Machine de Marly

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La Machine de Marly par Pierre-Denis Martin, 1723. Au premier plan, l'ile Gauthier ou île de la Machine du roi, territoire royal. On aperçoit à droite en arrière plan, l'aqueduc de Louveciennes et sa tour du Levant dans laquelle arrivait l'eau pompée.
La Machine de Marly à vol d'oiseau

La machine de Marly est un gigantesque dispositif de pompage des eaux de la Seine, construit sous le règne de Louis XIV à Bougival, œuvre du maître charpentier et mécanicien liégeois Rennequin Sualem. Elle était destinée à alimenter en eau les jardins du château de Marly et le parc de Versailles. Construite entre 1681 et 1682, elle s'inspirait des machines d'exhaure des mines de Liège et du Harz, ce qui en faisait l'une des machines les plus complexes de son temps. Cependant, elle ne parvint jamais longtemps à fournir le débit attendu, mais fonctionna 133 ans avant d'être remplacée en 1817 par plusieurs pompes successives plus performantes, jusqu'à des électro-pompes en 1968.

Cette machine immense qui frappe d'étonnement tous ceux qui la voient, par l'énormité de sa construction, est une grande chose qui fera toujours un honneur infini à son Inventeur, malgré ses défauts.
Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, 1751[1]

Il ne paroit pas que l'on ait jamais exécuté de machine qui ait fait autant de bruit dans le monde que celle de Marly...
Bernard Belidor, 1737[2].:195

Contexte historique[modifier | modifier le code]

Dès la construction du château et du parc de Versailles s'est posé le problème de l'approvisionnement en eau. Le site choisi par Louis XIV sur un ancien pavillon de chasse de Louis XIII était loin de toute rivière et en hauteur. La volonté du souverain de disposer d'un parc avec toujours plus de bassins, de fontaines et de jets d'eau marquera son règne par l'extension ou l'amélioration quasi permanente du système d'adduction d'eau avec la construction de nouvelles pompes, aqueducs et réservoirs pour aller chercher toujours plus d'eau, toujours plus loin.

L'idée d'amener l'eau de la Seine jusqu'à Versailles était déjà dans l'air. Mais plus que la distance - le fleuve se situe à près de 10 km du château - se posait le problème du dénivelé à franchir, près de 150 mètres. Depuis 1670, Colbert s'était ainsi opposé à plusieurs projets, dont celui de Jacques de Manse, tant pour des raisons de faisabilité que de coût[3].

Mais Arnold de Ville (1653-1722), un jeune et ambitieux bourgeois de Huy dans le pays de Liège, qui avait déjà fait construire une pompe à Saint-Maur, réussit à présenter au roi son projet pour pomper les eaux de la Seine pour le château du Val en forêt de Saint-Germain, en assurant pouvoir faire de même pour alimenter Versailles. Cette machine, sorte de modèle réduit de ce que pouvait être la machine de Marly, ayant été mise en œuvre avec succès[4], le roi accepta alors de lui confier la réalisation d'une machine sur la Seine pour approvisionner les jardins de Versailles, mais aussi ceux du château de Marly[3] alors en construction.

Situation géographique[modifier | modifier le code]

La machine de Marly se trouve à 7 km au nord du château de Versailles et à 16,3 km à l'ouest de Paris centre, sur la Seine dans le département des Yvelines. Les anciennes machinerie des pompes et les bâtiments d'administration ont étés situés à Bougival; les puisards, les chevalets, l'aqueduc et les réservoirs ont étés situés à Louveciennes. Un réservoir se trouve toujours à Marly-le-Roi.

Entre Port-Marly et Bezons, la Seine est, sur sa longueur, divisée en deux bras par une suite d'îles et d'atterrissements que l'auteur propose de réunir par des digues de charpente, de façon à former comme deux lits de rivière parallèles, sans communication, sur plus de dix kilomètres de longueur. En travers du bras de gauche, un peu au-dessous du petit village de la Chaussée, en aval de Bougival, est établie une pompe avec machine hydraulique, refoulant l'eau de la rivière jusqu'au sommet du coteau qui borde la Seine[5].:95
Le barrage de Bezons et la machine ont ainsi créé sur la rivière une chute de 3,10 m qui est utilisée par les roues hydrauliques[5].:101

La construction[modifier | modifier le code]

Carte de 1783 montrant la dérivation de la Seine

Pour concevoir et construire cette machine, Arnold de Ville, qui n'avait pas les compétences techniques, fit appel à deux Liégeois, le maître charpentier et mécanicien Rennequin Sualem (1645-1708) et son frère Paulus. Il avait déjà travaillé avec eux pour une pompe au château de Modave et Rennequin Sualem était le concepteur de la pompe du château du Val. L'ensemble des travaux, chenal et digues sur la Seine, construction de la machine et du réseau d'aqueducs et de bassins, allait durer 6 ans. Le site choisi sur la Seine fut celui de Bougival (à hauteur des actuelles écluses de Bougival)

Assez loin en amont, Colbert fit canaliser une partie de la Seine en reliant les îles par des digues depuis l'île de Bezons et séparant ainsi le fleuve en deux bras, un bras occidental laissé à la navigation et un bras oriental destiné à alimenter la machine en créant un rétrécissement et une chute artificielle d'un [3] à deux mètres[4] pour entraîner les 14 roues à aubes de la machine.

La construction allait mobiliser 1800 ouvriers et nécessiter plus de 100 000 tonnes de bois, 17 000 tonnes de fer et 800 tonnes de plomb et autant de fonte[4].

Une légende assez souvent reprise[6] veut que les pièces et les matériaux aient été importés du pays liégeois. En fait seules des manivelles furent réalisées par les frères Cox, cousins des Sualem. Arnaud de Ville tenta également, pour accroître son profit financier, de faire fabriquer par son père, à Huy, des corps de pompes, mais ceux-ci ne convinrent pas. Le bois ayant servi à la construction de la plate-forme et des roues de la machine, pour l'endiguement entre les îles ou pour les bâtiments, vint des forêts environnantes, le fer pour les tringles vint du Nivernais, puis de Champagne et la plupart des tuyaux de fonte furent produits en Normandie[3].

Un grand nombre de Wallons vinrent travailler sur le chantier. Ils possédaient un savoir-faire acquis par les travaux d'hydraulique dans les mines. Beaucoup s'exilèrent aussi à cause des difficultés économiques rencontrés alors dans une Wallonie qui avait été ravagée par les guerres. Illettrés, les frères Sualem étaient issus d'une famille de maîtres-charpentiers des mines de Liège. Ils avaient travaillé pour les mines du comte d'Arenberg et pour celles de l'abbaye du Val-Saint-Lambert, à Liège. Ils firent aussi venir des membres de leur famille, charpentiers ou menuisiers. Les frères Sualem étaient les seuls à maîtriser le mécanisme de commande à distance, la feldstange nécessaire au bon fonctionnement de la machine de Marly. Les principaux artisans qui ensuite assureront son entretien seront d'ailleurs ces Wallons[3].

Vue rapprochée de la première machine de Marly

Le chantier commença en juin 1681 par la canalisation de la Seine. La construction de la machine commença à la fin de 1681. Le , une démonstration réussie se déroula en présence du roi[3]. L'eau put être acheminée en haut du coteau. La machine fut inaugurée le [4] par Louis XIV et sa cour. L'aqueduc de Louveciennes fut achevé en 1685 et l'ensemble des travaux, trois ans plus tard, en 1688.

Le coût total du chantier fut de 5,5 millions de livres tournois. Il comprenait les travaux de construction de la machine proprement dite(3,859,583 livres), des bâtiments, des aqueducs et bassins, la fourniture des matériaux, les salaires des ouvriers et artisans (Rennequin Sualem était le mieux payé avec 1800 livres par an[3]).

Après la fin des travaux et la démonstration réussie, Rennequin Sualem fut nommé Premier ingénieur du Roy par Louis XIV et anobli. Au roi, qui lui demandait comment il avait eu l'idée de cette machine, Rennequin répondit en wallon: « Tot tuzant, sire » (« En y réfléchissant, sire »)[7]. Arnold de Ville gagna beaucoup d'argent dans la réussite de cette machine et en profita pour se hisser dans l'aristocratie[3].

Description[modifier | modifier le code]

Vue de la Fameuse Machine de Marly
De bas en haut: les roues et les pompes; les petits et les grands chevalets; les puisards et le réservoir de la mi-côte

Actionnées à 3 révolutions par minute par le courant de la Seine et la chute d'eau artificielle créée, 14 (le "chiffre" du roi) grandes roues à aubes de 12 mètres de diamètre[4] entraînaient des pistons refoulants. Par un système de balancier et de chaînes, chaque roue actionnait ainsi en continu 8 pompes immergées dans la Seine et une série de pompes situées aux niveaux supérieurs[4] sur les 700 mètres du coteau[4]. La dénivellation était trop forte, plus de 150 mètres, pour faire monter l'eau d'un seul jet[8] jusqu'à l'aqueduc. Les cuirs des pistons n'auraient pas résisté à la pression de 15 bars, si bien qu'il fut nécessaire de diviser la montée en trois paliers de 50 m avec deux puisards qui seront creusés à 48 m et 99 m au-dessus du fleuve et deux bassins intermédiaires, eux-mêmes munis de pompes. Chaque roue à aube était munie d'un varlet qui, pivotant autour d'un axe vertical, transformait le mouvement parallèle au fleuve des roues en un mouvement perpendiculaire[4]. Celui-ci actionnait alors des doubles tringles en fer maintenues par des balanciers, eux-mêmes fixés sur un chemin de bois continu comprenant des chevalets, innovation principale de la machine[réf. nécessaire] et qui actionnaient les pompes intermédiaires sur le coteau.

La partie amont des transmissions s'arrêtant à la station intermédiaire dite de mi-côte était appelée transmission des petits chevalets. La partie d'aval montant jusqu'à la station intermédiaire supérieure s'appelait transmission des grands chevalets. Elle actionnait aussi au passage un ensemble de pompes à la station de mi-côte. La machine comptait au total plus de 250 pompes[4]. La puissance théorique de la machine était de 700 chevaux environ et son débit théorique maximal de 6 000 m3 (6 millions de litres) par jour.

L'eau effectuait sa dernière remontée dans la tour du Levant, haute de 23 mètres et construite par Mansart au sommet du coteau de Louveciennes.

Une vidéo sur l'histoire de l'acheminement de l'eau à Versailles par le site du château de Versailles montre de plus amples détails.

Une vidéo sur le fonctionnement d’une pompe aspirante et refoulante de la machine de Marly par le site du château de Versailles.

Aqueduc et réservoirs[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Aqueduc de Louveciennes et Aqueduc de Picardie.

Cette tour du Levant était l'extrémité septentrionale de l'aqueduc de Louveciennes (appelé quelquefois aqueduc de Marly) qui acheminait l'eau par simple gravité sur 640 mètres à son autre extrémité, la tour du Jongleur ou du Couchant, haute de 12 mètres, d'où elle était déversée par un siphon jusqu'au regard du Jongleur, qui répartissait l'eau vers les réservoirs destinés aux jardins du château de Marly et ceux pour Versailles. Depuis ces derniers, un aqueduc souterrain, dit de Picardie ou de Marly, long de 6 km acheminait l'eau, toujours par gravité, vers ce qui était alors nommé la « montagne » de Picardie dans un bassin homonyme[3]. De là, un autre aqueduc, dit mur de Montreuil, acheminait l'eau jusqu'au mont de Montbauron[3], une hauteur de Versailles où quatre réservoirs avaient été construits. Ceux-ci recueillaient aussi les eaux des étangs dit inférieurs, situés au sud du château[3]. Des tuyauteries enterrées partaient de Montbauron vers les réservoirs dits intermédiaires du parc situés sous le parterre ou au-dessus de l'aile Nord[3].

Le stockage continue de fonctionner de nos jours à Montbauron, fournissant une heure de réserve d'eau pour l'alimentation des grandes eaux de Versailles[9].

Fonctionnement et difficultés[modifier | modifier le code]

Cette machine est souvent considérée comme « la plus complexe du XVIIe siècle[4] ». En plus des artisans wallons, plus d'une soixantaine d'ouvriers assuraient jour et nuit son fonctionnement et entretien. Il y avait des charpentiers, des menuisiers, des plombiers ou de simples poseurs de tuyaux, des forgerons mais également des gardes. Les frères Sualem resteront chargés du bon fonctionnement des pompes, tringles et autres mécanismes jusqu'à leur mort[3], Paulus en 1685 et Rennequin en 1708[10]

Très bruyante, la machine fonctionnait sans cesse, jour et nuit sauf lors des crues, des basses eaux ou en hiver si la Seine venait à geler[3]. En amont, un dispositif de brise-glaces et un « dégrilleur » furent installés pour éviter la dégradation des aubes.

Avant même son achèvement, une organisation administrative fut mise en place pour gérer la machine. Louvois, qui venait d'être nommé Surintendant des bâtiments du roi à la mort de Colbert, nomma Joachim Cochu avec le titre de Contrôleur des bâtiments du roi. Homme de confiance de Louvois, son rôle était de surveiller les travaux et d'autoriser les paiements. Louvois lui demanda aussi de surveiller Arnaud de Ville. Ensuite, et pendant une trentaine d'année, Cochu allait administrer l'établissement responsable de la machine de Marly. La totalité du site sur le coteau fut enclos, des logements, des ateliers et des réserves, à l'écart du village de Bougival, furent construits sur le site pour héberger artisans, ouvriers et gardes[3].

La machine de Marly devait initialement fournir 6 000 m3 par jour[4] pour une puissance théorique de 700 cv. Mais en raison d'une mauvaise synchronisation du dispositif, le rendement initial n'était que de 83 % environ. Malgré l'entretien continu de la machine par de nombreux charpentiers, forgerons, plombiers ou goudronneurs[4], les pièces s'usaient prématurément à cause du frottement et cassaient souvent[4]. Au-dessus des 14 grandes roues, un système anti-incendie permettait d'éteindre rapidement les fréquents embrasements résultant de frictions excessives sur l'axe principal des roues. La production initiale de 5 000 m3/jour chutera à 2 000 à 3 200 m3 au milieu du XVIIIe[3],[4].

Ce rendement insuffisant poussera assez rapidement à la recherche d'une nouvelle source d'approvisionnement pour le parc de Versailles et au lancement de la construction du canal de l'Eure[4], canal qui ne sera cependant jamais achevé. Dès 1685, l'usage de la machine de Marly était presque entièrement réservé aux jardins du château de Marly[11]. À partir de 1739, elle alimentera les fontaines et certains hôtels particuliers de Versailles[3].

La machine était bruyante et son entretien coûteux. Le coût annuel, entre les salaires des personnes dédiées à son entretien et le coût d'achat des matériaux, fer, bois, charbon, plomb ou cuir, se montait à 60 000 livres tournois[3].

Constituée à 90 % de bois, elle se détériora au fil des ans. On arrêta finalement de l'entretenir dans le courant du XVIIIe siècle, accélérant sa dégradation. Son rendement continuera de baisser, passant de 640 m3 par jour en 1798 à 240 m3 par jour en 1803. Sous la Révolution, on envisagea même de la détruire[11].

Néanmoins, la machine de Marly fonctionna durant 133 ans[8]. Elle sera détruite en 1817 et remplacée par une machine provisoire[11]

Machines suivantes[modifier | modifier le code]

Machine provisoire[modifier | modifier le code]

La machine « provisoire » construite par l'ingénieur Louis Martin et l’architecte François-Charles Cécile pour remplacer la machine de Marly devait laisser le temps de construire une pompe plus performante. Elle allait rester en service 10 ans et fonctionna ensuite en même temps que la machine à vapeur[11].

Ils construisent une machine d’essai qui utilise une roue de l’ancienne installation ce qui lui permet, dès 1814, d’obtenir l’élévation de l’eau en une seule fois. Cet essai convaincant réalisé, il construit la machine hydraulique provisoire, à partir de deux roues restaurées de l’ancienne machine de Louis XIV, obtenant ainsi un débit bien supérieur à celui que les pompes de la première machine avaient fini par donner à la fin du XVIIIe siècle[12].:7

Huit pompes élèvent ensemble, d'un seul jet, en 24 heures, plus de 800 mille litres d'eau à 160 mètres de hauteur[13].:221

Les conduites étaient faites de tuyaux provenant de l'ancienne machine. La machine provisoire fut mise en marche pour la première fois le 25 août 1817, jour de la fête du roi[5].:101

Pompe à vapeur[modifier | modifier le code]

Martin et Cécile conçurent pendant ce temps une « pompe à feu[11] ». Assemblée en 1825 et installée à Bougival dans le bâtiment Charles X du nom de son inaugurateur, elle était mise en service en 1827[11]. Fonctionnant à la vapeur, elle délivrait une puissance de 95 cv pour un débit de 2 000 m3 par jour et une consommation de 10 tonnes de charbon par jour[5]:158. La « pompe à feu » est une machine à vapeur à double effet de type Watt. Elle fonctionnait de façon satisfaisante dès son démarrage en 1827.

Cependant, ses coûts d'exploitation ayant été jugés trop élevés[11], la décision de son remplacement a été prise en 1837[14].

Machine de Dufrayer[modifier | modifier le code]

La pompe à vapeur fut remplacée en 1859, sous Napoléon III, par une machine hydraulique conçue par l'ingénieur Dufrayer[11] (les deux machines fonctionneront simultanément entre 1858 et 1859[11]). Cette machine comportait six roues[11] de 12 m de diamètre et 4,5 m de large, pesant 120 t et entraînant 4 pompes. Chaque roue était capable d'assurer un débit de 3 500 m3 par jour, soit 21 000 m3 par jour pour l'ensemble de l'installation. Un bâtiment sur la Seine, dit bâtiment Napoléon III, fut construit pour l'abriter[11]. En 1893, elle arrêta de pomper l'eau du fleuve[11], trop polluée, pour pomper dans la nappe phréatique[11].

Un petit édifice, construit au milieu de la Seine et visible de nos jours, servait à remiser les « aiguilles », lattes de bois de 3,20 m de longueur, posées les unes à côté des autres qui régulaient le débit de la Seine.

En 1910, la machine de Dufrayer fut renforcée par une machine à gaz actionnant des pompes et en 1938 par des moteurs diesel actionnant deux pompes d'une puissance de 400 cv pour environ 1 200 m3 refoulés par heure[réf. nécessaire].

La machine de Dufrayer fut arrêtée en 1963[11] et détruite en 1968[11].

Groupe d'électro-pompes[modifier | modifier le code]

En 1968, un groupe d'électro-pompes a remplacé la machine du Second Empire. Celui-ci fournit une puissance de 760 cv pour 1 100 m3 refoulés par heure, en renforcement des autres groupes. Le service n'a cessé d'évoluer jusqu'à nos jours, avec des meilleurs rendements de pompe. Actuellement, en heures de pointe, le refoulement atteint 5 500 m3 par heure ; il fournit environ 22 communes, dont Versailles[réf. nécessaire].

Les vestiges[modifier | modifier le code]

De l'ensemble des machines installées jadis, ne subsistent de nos jours que quelques bâtiments, dont les réservoirs de Marly, le Regard du Jongleur, l’aqueduc de Louveciennes, la conduite d’eau sur le coteau de Bougival, des canalisations souterraines et des vestiges hydrauliques dans le parc de Marly, restant de la machine du roi Louis XIV, le bâtiment Charles X abritant à l'époque la machine à vapeur et le petit édifice sur la Seine, vestige de la machine de Dufrayer[14].

Références historiques[modifier | modifier le code]

Visite du tsar Pierre Ier (le Grand) de Russie en France, 1717
Il fut à Versailles, à Marly, à Trianon, à la Ménagerie et à Saint-Cyr. Il parut étonné de la machine de Marly pour l'élévation des eaux, de sorte qu'à son retour à Paris, étant à table, on le vit faire des mouvements de corps et figurer cette machine avec une cuiller et une fourchette.[15].:271

L'ARRIVÉE DE LA SEINE AU CHATEAU DE MARLY.
Poème, par M. Cassan, Mercure galant, année 1699

Une nymphe de la Seine est capté par la machine de Marly et est forcé vers le haut dans les aqueducs. Elle est rassurée par Apollon et arrive à Marly, qu'elle trouve si belle qu'elle se endort. Louis XIV se réveille, trouve la nymphe dans le jardin avec le premier de l'eau de la Seine, et lui demande d'en faire sa maison[16].:42
L'auteur décrit d'abord le cours de la Seine avant son arrivée au château de Marly. Au moment où le fleuve se resserre par suite des travaux d'endiguement, il décrit ainsi la machine[17]::190


Mais enfin son penchant lui faisant violence,
L'entraîne dans ce lieu, malgré sa résistance,
Et fait voir à la nymphe, au-delà du tournant,
Le formidable objet d'un travail surprenant.
Comme on voit en hiver la forêt des Ardennes,
Quand la bise a fait choir le feuillage des chênes,
Et chassé les voleurs de tous les défilés,
Présenter ses vieux troncs qui paraissent brûlés;
Ainsi se voit de loin la machine effroyable,
Ouvrage de nos jours, qui paraît incroyable,
Avec tout l'attirail de son corps hérissé
De rouage et de ponts, l'un sur l'autre exhaussé,
Dont les bras, s'étendant vers le haut de la côte,
Meuvent les balanciers comme on voit une flotte,
Que la vague entretient dans le balancement,
Incliner tous ses mâts à chaque mouvement.
Quoi ! dit-elle en voyant la machine étonnante,
Serai-je donc contrainte à poursuivre ma pente ,
Et me faire rouer parmi tous les ressorts
Que je vois remuer par de si grands efforts!
Non, non, dit-elle alors, la nymphe de la Seine
Se mêlera plutôt avec l'eau qui l'entraîne,
Et, par son changement, saura bien éviter
Les outrages cruels qu'elle voit apprêter.
Ainsi dit, à l'instant elle se rend liquide;
Son corps va se mêler avec l'onde rapide,
Et, dans le fil de l'eau , tâche de s'allonger,
Croyant par ce moyen éviter le danger.
Mais en vain, car aux ponts cent pompes aspirantes
L'enlèvent de son lit à reprises fréquentes,
Et la livrent ensuite aux pistons refoulants,
Qui font pour l'enlever des efforts violents.
Alors par ces efforts elle sent qu'elle monte
Vers le haut du coteau dans des tuyaux de fonte,
Qui vont la revomir au prochain réservoir,
Où cent autres tuyaux viennent la recevoir.
Là, les pistons changeant leur manière ordinaire,
Pressent de bas en haut par un effet contraire.
Elle reçoit le jour pour la seconde fois,
Et reprend en ce lieu l'usage de la voix,
Pour se plaindre en passant du chevalier de Ville
Qu'elle voit sur sa gauche avec son air tranquille.
Qui l'oblige, dit-elle, avec ton art maudit,
A venir malgré moi m'enlever de mon lit ?
A ces mots les pistons lui coupant la parole,
Le clapet la retient, s'ouvrant à tour de rôle ,
Et la fait parvenir, après tant de détours ,
Sur le haut du regard pour lui donner son cours.
De là sur l'aqueduc, sa pente naturelle
Lui fait prendre bientôt une route nouvelle.
Enfin elle descend par des tuyaux de fer
Dans un long réservoir appelé Trou d'Enfer[18].:10

Le bruit de la machine était légendaire.

Elizabeth-Francoise-Sophie de la Live, La Comtesse d'Houdetot, était une des offensée pendant un séjour au château de Fourqueux en 1778:
«Malheureusement, on entendait le bruit de la machine de Marly, bruit confus, formé de sons discordants et désagréables. Elle écrivit alors ces vers :

SUR LA MACHINE DE MARLY
Cet appareil de fer et ces grands mouvements,
Ces efforts redoublés et ces gémissements
Offrent partout aux sens la nature offensée;
Elle semble gémir d'avoir été forcée,
Et, cédant à regret aux entraves de l‘art,
Aux caprices des rois se plaint d'avoir en part.»[19].:63


«Mme Vigée le brun, venue à Louveciennes en 1786 peindre le portrait de la comtesse du Barry, tout en étant plus laconique n'en est pas moins autant affectée: son bruit lamentable m'ennuyait fort... déplore-t-elle dans ses Souvenirs.»[20].:290
Et «dans le magnifique jardin de madame Dubarry, pres du Temple de l'Amour entouré de fleurs» elle se plaint du «bruit sinistre de la machine.»[21].:219

Illustrations[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Denis Diderot (1713-1784), Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, Paris, Briasson, David, Le Breton, S. Faulche,‎ (lire en ligne)
  2. Bernard Forest de Belidor(1697-1761), Architecture Hydraulique, ou L'art de conduire, d'élever et de ménager les eaux pour les différens besoins de la vie, Tome Second, Paris, L. Cellot (Paris),‎ , 423 p. (lire en ligne)
  3. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o, p, q et r Bruno Bentz et Éric Soullard, « La Machine de Marly », Château de Versailles - de l'ancien régime à nos jours, no 1,‎ , p. 73 à77
  4. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n et o Philippe Testard-Vaillant, « Des grands travaux en cascade », Les Cahiers de Science & Vie, no hors-série Les Sciences au château de Versailles,‎ , p. 70-71
  5. a, b, c et d Louis-Alexandre Barbet, Les Grandes Eaux de Versailles: installations mécaniques et étangs artificiels: description des fontaines et de leurs origines, Paris, H. Dunod et E. Pinat,‎ , 356 p.
  6. Fonderie des Vennes sur le site La Braise, Liège
  7. «Rennequin Sualem» de: Famous Belgians, in Belgium, the place to be
  8. a et b http://www.arts-et-metiers.net/pdf/machine-marly.pdf
  9. Chronologie du dispositif hydraulique mis en place pour alimenter les eaux de Versailles [1]
  10. Rennequin Sualem est enterré dans l'église de Bougival avec écrit sur sa pierre tombale « seule inventeur de la machine de Marly ».
  11. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n et o Archives des Yvelines, « Ressources en ligne > Les machines de Marly », Archives des Yvelines (consulté le 20 avril 2011)
  12. Musée Promenade de Marly-le-Roi / Louveciennes, Fiches de l'exposition Les Maitres de l'eau, Marly-le-Roi,‎ 4 mars au 30 juillet 2006 (lire en ligne)
  13. J.-A. Borgnis, Théorie de la méchanique usuelle, ou Introduction à la étude de la méchanique appliquée aux arts, Paris, Bachelier,‎ (lire en ligne)
  14. a et b Musée promenade de Marly
  15. Jean Buvat(1660-1729), Journal de la Régence : 1715-1723. Tome 1, Paris, H. Plon,‎ (lire en ligne)
  16. (en) John Dixon Hunt, Michel Conan et Claire Goldstein, Tradition and Innovation in French Garden Art: Chapters of a New History, Philadelphia, University of Pennsylvania Press,‎ (lire en ligne)
  17. Joseph-Adrien Le Roi(1797-1873), Curiosités historiques sur Louis XIII, Louis XIV, Louis XV, Mme de Maintenon, Mme de Pompadour, Mme du Barry etc..., Paris, H. Plon,‎ (lire en ligne)
  18. M. Cassan, La nymphe de Chanceaux, ou L'arrivée de la Seine au château de Marly, Paris, A. Chrétien,‎ (lire en ligne)
  19. Hippolyte Buffenoir, La Comtesse d'Houdetot, Paris, Calmann Lévy,‎
  20. Jacques Laÿ et Monique Laÿ, Louveciennes mon village, Louveciennes (France), Jacques Laÿ,‎ (ISBN 9782950391308)
  21. Louise-Elisabeth Vigée-Lebrun, Souvenirs de Madame Vigée Le Brun, Paris, Charpentier & Cie,‎ (lire en ligne)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Liens externes[modifier | modifier le code]

48° 52′ 16″ N 2° 07′ 32″ E / 48.87111, 2.12556