Impôt sur la barbe

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Caricature de la taxe du tsar Pierre le Grand ; Gravure sur bois fin XVIIe

L'impôt sur la barbe est un ancien impôt levé en Angleterre et Russie et destiné à réguler l'apparence des hommes.

En Angleterre[modifier | modifier le code]

En 1535, le roi Henri VIII d'Angleterre, lui-même barbu, introduisit une taxe sur les barbes. La taxe était graduée, suivant la position sociale du barbu. Sa fille, Élisabeth Ire réintroduisit la taxe, en ne concernant que les barbes de plus de deux semaines[1].

En Russie[modifier | modifier le code]

L'impôt russe sur la barbe a été créé par le tsar de Russie Pierre le Grand en 1704.

Contexte[modifier | modifier le code]

Il s'agit d'un des exemples les plus significatifs des réformes de Pierre pour abolir les anciennes coutumes. Ainsi, l'interdiction du caftan, long vêtement traditionnel aux larges manches, rentra également dans le cadre de la politique d'occidentalisation des mœurs et des modes, initié par le tsar. Celui-ci considérait que le port de la barbe était un signe rétrograde par rapport aux autres Européens. Jusqu'à cette époque, les hommes étaient très attachés à cet aspect de leur personnalité.

Ainsi, en 1717, l'Anglais John Perry écrivait : « Les russes vouaient à leur barbe un respect quasi religieux : ils la peignaient et la lissaient en s'efforçant de ne pas en perdre un poil. Les prêtres les maintenaient dans cette coutume en donnant comme exemple les saints représentés barbus sur les icônes[2]. »

La barbe avait également pour les russes une fonction pratique : lors des grands hivers, elle protégeait le visage des morsures du froid.

Ce sont les ciseaux ramenés dans ses valises depuis son voyage en Hollande, qui donnèrent à Pierre l'idée d'oukase. Il n'hésita pas à officier lui-même, aidés de ses bouffons. Il fit même poster des barbiers professionnels aux portes de Moscou pour raser tous les arrivants. Lui-même n'en portait plus depuis son retour d'Europe occidentale, ne gardant qu'une simple moustache.

Taxe et contraintes[modifier | modifier le code]

Seul les récalcitrants souhaitant « conserver une ressemblance avec le Créateur », devaient s'acquitter d'une taxe annuelle proportionnelle à leur rang social[2] :

  • 100 roubles pour les nobles et les hauts fonctionnaires ;
  • 60 roubles pour les courtisans et commerçants ;
  • 30 roubles pour laquais et cochers ;
  • 1/2 kopeck à l'entrée et à la sortie de chaque ville pour les paysans.

En guise de quittance, ceux-ci recevaient un jeton de bronze (qui servit également de monnaie d'échange), sur lequel l'inscription annonçait : « La taxe a été perçue » (« Dengi vziaty »), et l'image représentait une barbe. Parfois apparaissait la devise : « La barbe est un fardeau inutile ». Les résistants au barbier étaient tenus de porter sur eux les jetons et de les présenter à chaque réquisition. Le jeton était à renouveler chaque année. Mais par la suite beaucoup de nobles et de commerçants trouvant la charge trop lourde, finissaient par se raser. Les plus récalcitrants étaient les gens du peuple. Ils payaient leur écot et demeuraient persuadés qu'ainsi ils étaient de « vrais mâles et de vrais chrétiens ».

Cette taxe se révéla très vite impopulaire pour les raisons mentionnées ci-dessus. Les opposants les plus virulents furent les membres de l'Église orthodoxe. Pierre publia un rectificatif, dispensant les religieux de l'oukase, et donc de la taxe.

Une bonne partie de la société russe accepta petit à petit cette contrainte, alors que l'hostilité du petit peuple restait manifeste. Pierre Ier réagit alors en éditant quelques oukases supplémentaires plus dissuasifs :

  • Si un barbu se présentait dans un bureau :
    • refuser systématiquement sa requête ;
    • ou l'obliger à verser 50 roubles supplémentaires ;
    • en cas de non solvabilité, faire régler son amende par des travaux utilitaires.
  • Celui qui croisait un barbu vêtu de façon non réglementaire (ne portant pas de vêtements « à la mode occidentale » pouvait amener celui-ci de force aux autorités. Il percevait la moitié du montant de l'amende infligée au contrevenant, tant sur sa barbe, que sur sa tenue non appropriée.

Références[modifier | modifier le code]

  1. M. E. Sharpe, Challenge, Vol 2, New York University Institute of Economic Affairs, 1967, p. 14
  2. a et b Aloïse Prümm (2002), L'impôt sur la barbe.