Pierre Goldman
Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Pierre Goldman, (22 juin 1944 à Lyon - 20 septembre 1979 à Paris) est un intellectuel engagé d'extrême gauche ayant glissé dans le banditisme, demi-frère du chanteur Jean-Jacques Goldman. Il est mort assassiné dans le 13e arrondissement de Paris. L'acte fut revendiqué par un groupe clandestin d'extrême droite, Honneur de la Police, mais reste à ce jour un mystère non élucidé.
Sommaire |
[modifier] Enfance
Pierre Goldman naît vers la fin de la Seconde guerre mondiale de parents juifs polonais (Alter Mojsze Goldman et Janine Sochaczewska) qui participent activement à la Résistance à Lyon. Il racontera ainsi que ses parents traversaient Lyon avec des armes et de la propagande anti-allemande cachées dans son berceau[1]. Il passe par plusieurs établissements scolaires. En classe de seconde au collège d'Étampes, il se montre extrêmement agité et contestataire[2]. Admiratif de l'action de ses parents, il adhère aux Jeunesses communistes, est responsable du service d'ordre de l'Union des étudiants communistes et finit par rejoindre le Venezuela en 1968, où il passe un an dans les rangs de la guérilla.
[modifier] Banditisme
Dès son retour en France, en septembre 1969, il commet trois braquages : la pharmacie Farmachi, actuelle Pharmacie de l'Opéra Bastille, boulevard Richard Lenoir, une usine de haute couture dans les Etablissements Vog et un agent des allocations familiales, passage Ramey.
[modifier] Affaire Goldman
Un indicateur de la police dénonce Pierre Goldman comme auteur d'un braquage sanglant, ayant eu lieu boulevard Richard-Lenoir à Paris le 19 décembre 1969. Deux pharmaciennes y ont été tuées, un client ainsi qu'un gardien de la paix en civil, Gérard Quinet, blessés.
Arrêté, Pierre Goldman nie y avoir participé et ne reconnaît que trois précédents braquages. Soutenu par les milieux de gauche, son procès déchaîne les passions. Il est dans un premier temps condamné à perpétuité par la Cour d'assises de Paris en 1974. L'annonce du verdict se fait dans une ambiance houleuse. Suite à ce procès, des comités de soutien se créent, une pétition est lancée, la presse en parle, des personnalités intellectuelles ou artistiques de gauche, telles que Simone Signoret ou Maxime Le Forestier (qui écrira sur lui sa chanson La vie d'un homme) prennent fait et cause pour lui. Le premier jugement est annulé par la Cour de cassation. Puis, au terme d'un second procès, devant la Cour d'assises de la Somme, défendu par maitre Kiejman et Émile Pollack, il est jugé innocent des meurtres du boulevard Richard-Lenoir, et condamné à douze ans de prison pour les trois autres braquages. Par le jeu des remises de peine et des détentions provisoires, il est libéré quelques mois plus tard.
Après sa libération, Pierre Goldman collabore notamment aux journaux Temps Modernes et à Libération.
[modifier] Écrivain
En prison, Pierre Goldman écrit Souvenirs obscurs d'un juif polonais né en France, qui obtient un succès critique et populaire (plus de 60 000 exemplaires vendus[1]). Maitre Arnaud Lyon-Caen, son avocat devant la Cour de cassation en fait même distribuer un exemplaire à chaque membre de la Cour avant son procès en révision[1]. Ce livre autobiographique attire la sympathie d'une partie de l'opinion publique pour sa cause. Son second ouvrage connaît un succès moindre et est beaucoup plus contesté. Publié en 1977, quelques mois après sa libération, L'ordinaire mésaventure d'Archibald Rapoport, met en scène un personnage qui lui ressemble par certains aspects et qui reprend des éléments du meurtre du boulevard Richard-Lenoir, créant chez beaucoup de lecteurs un sentiment de malaise[1].
[modifier] Assassinat
Pierre Goldman est assassiné le jeudi 20 septembre 1979 en pleine rue à bout portant, place de l'Abbé-Georges-Hénocque à Paris 13e. Les témoins décrivent trois personnes d'allure hispanique. La police pense à une piste mafieuse. L'assassinat est néanmoins revendiqué à l'AFP par une organisation d'extrême droite inconnue : Honneur de la Police.
Les coupables ne sont pas retrouvés et plusieurs hypothèses voient le jour :
- VSD (19 juillet 2001) évoque les services secrets français.
- La piste la plus sérieuse semble être celle du milieu marseillais qui aurait réalisé un contrat commandité par des structures qui formeront plus tard les Groupes antiterroristes de libération (peut être suite à des rumeurs selon lesquelles Pierre Goldman aurait aidé l'ETA à se procurer des armes). En avril 2006, le journal Libération publie ainsi une entrevue avec le commissaire Lucien Aimé-Blanc dans laquelle celui-ci affirme révéler le nom de son assassin :
- « C'est mon informateur Jean-Pierre Maïone qui a flingué Pierre Goldman et me l'a avoué bien après. Au départ, comme la revendication était signée « Honneur de la police » et que Maïone travaillait avec le directeur des RG (Renseignements généraux), Maurice Paoli, ancien des réseaux Algérie française, j'ai pensé que ces « ultras » avaient liquidé Goldman, acquitté du double meurtre de la pharmacie. Mais mon collègue Paoli, qui ne me cachait pas grand-chose, m'a dit : « C'est pas nous ». Et puis mon indic, Maïone, m'a expliqué que c'est le futur Groupe d'action libération, le GAL, qui avait décidé du « flingage » de Goldman. Le GAL, c'était un service parallèle de contre-terrorisme composé de barbouzes et de voyous manipulés par les forces répressives officielles espagnoles qui liquidaient des gens d'ETA (organisation armée séparatiste basque, ndlr). Pierre Goldman, qui fréquentait la brasserie Bofinger, fief des indépendantistes basques, ambitionnait de monter un réseau armé pour contrer ces anti-ETA. Il a contacté des voyous de gauche, comme Charlie Bauer qui n'a pas marché, Mesrine qui s'est défilé, et des autonomes. À force de se vanter de ses futures actions contre le GAL, Goldman est apparu dangereux. Des voyous marseillais du GAL l'ont tué avec Maïone, qui a évoqué aussi un commandant, ancien du SDECE mais actif à l'époque, sans me donner son identité[3]. »
Le commissaire Lucien Aimé-Blanc a confirmé cette version dans un livre paru en 2006 intitulé L'Indic et le Commissaire (par Lucien Aimé-Blanc et Jean-Michel Caradec'h, Plon, 2006, 246 pages).
27 000 personnes dont de nombreuses personnalités intellectuelles de gauche assistent à son enterrement[1]. Il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise. Sa femme, épousée en prison, accouche de leur enfant quelques jours après son assassinat[1].
[modifier] Bibliographie
- Œuvres de Pierre Goldman
- Souvenirs obscurs d'un juif polonais né en France, Seuil, 1975.
- L'ordinaire mésaventure d'Archibald Rapoport, 1977, ouvrage dans lequel il revient indirectement sur les meurtres des deux pharmaciennes et où il prévoit son assassinat.
- Livres écrits sur lui
- Antoine Casubolo, La vie rêvée de Pierre Goldman, 2005 (ISBN 2350760073).
- Hélène Cixous, Un K incompréhensible: Pierre Goldman, 1975.
- Michaël Prazan, Pierre Goldman, le frère de l'ombre, 2005 (ISBN 2020678950).
- Matricule 518.941-2.87 : prison de Fresnes : correspondance d'un prévenu avec son professeur, Amnassar, 2005 (ISBN 2350730441).
- Son assassinat
- Lucien Aimé-Blanc et Jean-Michel Caradec'h, L'Indic et le Commissaire, Plon, 2006, 246 pages.
[modifier] Lien interne
[modifier] Notes
- ↑ a b c d e f Faites entrer l'accusé , France 2, diffusé le 5 décembre 2007
- ↑ Frédéric Gatineau, article « Collège » in Étampes en lieux et places, édition À Travers Champs, 2003, en ligne (texte révisé) sur http://www.corpusetampois.com, p. 39.
- ↑ « Mon indic a flingué Pierre Goldman, entretien avec Lucien Aimé-Blanc » publié par Libération le 20 avril 2006.
[modifier] Liens externes
- Article du Nouvel Observateur du 9 juin 2005 sur le livre de Michaël Prazan.
- Pierre Goldman, sur un site sur Jean-Jacques Goldman, son demi-frère.
- La chanson La vie d'un homme (Maxime Le Forestier, 1975) est dédiée à Pierre Goldman.

