Manifestation à Creys-Malville en 1977

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Stèle funéraire de Vital Michalon.

La manifestation à Creys-Malville en juillet 1977 est un rassemblement contre le projet de centrale nucléaire de Superphénix sur le futur site de Creys-Malville dans l'Isère qui a eu lieu le 31 juillet 1977. Des affrontements violents entre manifestants et forces de l'ordre ont fait un mort parmi les manifestants.

Contexte[modifier | modifier le code]

Une première manifestation avait eu lieu pendant l'été 1976. Depuis le début de l'année 1977, des débats avaient préparé cette nouvelle manifestation à l'initiative en particulier du Comité Malville de Grenoble. Avant même que le projet ne démarre, ces actions avaient conduit la presse nationale à faire de gros titres sur Superphénix et à présenter les spécificités de la filière à neutrons rapides et caloporteur sodium à l'ensemble des Français.

Hors de France, de nombreux citoyens de Genève s'inquiétaient du projet Superphénix en raison de sa proximité géographique[1].

Déroulement[modifier | modifier le code]

Superphénix et le village de Malville, photo prise en 1984.

Le 31 juillet 1977, 60 000 antinucléaires, habitants de la région, paysans, syndicalistes, écologistes de plusieurs pays d'Europe (Suisse, Allemagne, Italie), marchent contre Superphénix. Le préfet René Jannin a déployé des moyens importants : 5 000 CRS gendarmes et gardes mobiles, hélicoptères, véhicules amphibies, ponts mobiles, un régiment de gendarmes parachutistes et des membres des brigades anti-émeutes.

Avant la manifestation, il avait été annoncé aux organisateurs de la manifestation qu'il serait interdit d'approcher du site de la centrale nucléaire. 5 500 hectares autour du périmètre de la centrale avaient été interdits à toute circulation.

Lors de la manifestation, quelques milliers de manifestants prennent place dans les champs face à la police. Derrière eux, plusieurs milliers de personnes s'agglutinent sur la route. Quelques manifestants sont armés de bâtons, de barres de fer, ou de cocktails Molotov, certains jettent des pierres. La police riposte avec des grenades offensives et charge. Du côté des manifestants, le service d'ordre est dépassé et des échauffourées éclatent. Vital Michalon est tué, les poumons éclatés par la déflagration d’une grenade offensive[2] et plusieurs dizaines de manifestants sont blessés, dont deux mutilés : Michel Grandjean (qui perd un pied) et Manfred Schultz (qui perd une main).

Du côté des forces de l'ordre, un premier bilan fait état de 5 blessés[3] dont deux grièvement (un Gendarme mobile a la main arrachée par l'explosion d'une grenade offensive qu'il venait de dégoupiller (afin que les manifestants n'aient pas le temps de renvoyer la grenade sur les forces de l'ordre le gendarme a dégoupillé la grenade puis a laissé passer une partie de la temporisation du bouchon allumeur avant de l'envoyer). À la suite de témoignages publiés par le journal Le Monde d'un manifestant touché par un tir tendu de grenade, le président de la République Valéry Giscard d'Estaing interdira l'usage de ces tirs dans les corps à corps. Le témoignage de Dominique Walter cité dans le Monde et rapporté à la mère de Vital Michalon pour le procès Bourguoin-Jallieu août 1977 fera grand bruit : touché à bout portant au ventre par une grenade tirée en tir tendu, il verra un de ses compagnons de manifestation se faire fracasser le visage à coups de crosse avant l'arrivée d'un officier qui ordonnera la fin de cette violence. Il témoignera aussi des mouvements de refus de cette répression aveugle parmi les C.R.S et les Gendarmes Mobiles les plus jeunes qui esquisseront un mouvement de retraite avec les crosses de leurs fusils en l'air en signe de désertion. Il assistera à cette scène surréaliste: des officiers tabassant à coups de matraque leur propre troupe afin que celle-ci poursuivît la répression. (le Monde du 6 avril 1977 ) Des exclusions seront même prononcées dans la gendarmerie mobile.

Postérité[modifier | modifier le code]

En 1987, puis en 1997[4] et en 2007, à la date anniversaire de la manifestation, un rassemblement et un jeûne ont été organisés par des militants antinucléaires en commémoration de la mort de Vital Michalon. Une autre manifestation s'est tenue le 31 aout 2008[2],[5].

L'exploitation de la centrale de Creys-Malville sera finalement arrêtée en 1998, soit plus de 20 ans après.

Le site est actuellement en cours de démantèlement[6].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Ivo RENS (Professeur d'histoire des doctrines politiques à la Faculté de droit de l'Université de Genève), « Genève contre Malville Contribution à l'histoire d'un mouvement antinucléaire », sur http://www.unige.ch (consulté le 2 avril 2010)
  2. a et b Robert Marmoz, « 30 ans après, hommage au manifestant tué », sur http://tempsreel.nouvelobs.com/,‎ 23 juin 2008 (consulté le 2 avril 2010)
  3. Télévision Française 1, « Creys Malville », sur http://www.ina.fr/,‎ 31 juillet 1977 (consulté le 2 avril 2010)
  4. Manifestation du souvenir à Superphénix, article de L'Humanité du 4 août 1997 (attention, la date de décès de Vital Michalon dans l'article est erronée, 31 janvier au lieu du 31 juillet)
  5. Comemoration des 30 ans de la mort de Vital Michalon
  6. Avancée des travaux de démantèlement sur la page de l'EDF

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Collectif d'enquête, Aujourd'hui Malville, demain la France., livre noir sur la manifestation de 1977, La Pensée sauvage, 1978.
  • Gérard Borvon, Plogoff, un combat pour demain, Cloître, 2005.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]