Serge July

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Serge July
Image illustrative de l'article Serge July
Serge July au Parlement européen à Strasbourg, février 2014.

Naissance 27 décembre 1942 (71 ans)
Paris
Nationalité française
Profession journaliste
Médias
Presse écrite cofondateurs du journal Libération

Serge July est un journaliste français, né le 27 décembre 1942 à Paris, 15e. Il est l'un des cofondateurs du journal Libération qu'il dirigea de 1973 à 2006.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Serge July est issu d'une famille de militaires. Son grand-père Fortuné July est un colonel chef d'orchestre de l'infanterie ayant écrit des chansons pour Mistinguett. Son père, libre penseur aux origines arméniennes, est un polytechnicien ayant fait les deux guerres mondiales dans l'artillerie. Sa mère est une ouvrière bretonne catholique originaire de Châteauneuf-d'Ille-et-Vilaine. Le couple, dont la liaison est cachée à cause de cette mésalliance, se marie lorsque la famille paternelle disparaît, et s'installe dans le 15e puis le 11e arrondissement de Paris. Il fait partie de la bourgeoisie parisienne, lui étant directeur d'exportation chez Ducretet-Thomson, elle couturière dans la maison de haute couture Lucien Lelong[1].

En 1958, élève au lycée Turgot, Serge July lance le journal de l'établissement et entre à la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme avec des camarades de classe comme René Frydman ou Pierre-William Glenn. Il participe aux manifestations violentes contre la guerre d’Algérie et le retour du général de Gaulle au pouvoir[2].

Années 1960[modifier | modifier le code]

Alors qu'il est étudiant en histoire de l’art à la Sorbonne, il adhère en 1961, sans être encarté, à l’Union des étudiants communistes (UEC, proche du PCF), dominée par la tendance « italienne » (en référence à l’aile togliattiste du PC italien) puis en est expulsé en 1963[3]. Il commence alors à collaborer à Clarté, magazine des étudiants communistes, publiant dans des domaines variés : interview de Louis Malle dans le numéro de novembre, étude du théâtre moderne à travers l’œuvre de Samuel Beckett et des ballets de Maurice Béjart, dans le numéro de décembre, compte-rendu de lecture de Michel Butor en janvier 1964, analyse sur le phénomène des « copains » en février 1964. À ses côtés, on retrouve Jean-Marcel Bouguereau, Marc Kravetz et Jean-Louis Péninou, que l’on retrouvera tous les trois, quelques années plus tard, à Libération[3].

Grâce à Félix Guattari, psychanalyste de la clinique de La Borde à Cour-Cheverny, dans le Loir-et-Cher, Serge July réussit à se faire réformer et échappe au service militaire, pouvant continuer ses activités syndicales et politiques[4]. En 1965, il est vice-président de l'Union nationale des étudiants de France (UNEF), chargé de l'information. De 1966 à 1969, il est enseignant au collège Sainte-Barbe, préparant les élèves aux grandes écoles en français-philosophie[2]. Marié, habitant dans un appartement payé par ses beaux-parents dans le Marais, il continue de participer aux manifestations contre la guerre du Viêt Nam, manifestations violentes influencées par les organisations militarisées des Zengakuren[1].

Le 23 mars 1968, il rejoint à Nanterre le comité du Mouvement du 22-Mars. Pendant les « événements » de Mai 68, il fait partie de ceux de l'extrême gauche qui politisent fortement le mouvement, quittant par la même occasion son poste de professeur et sa femme[1]. À Nanterre, il anime le bulletin d'information militant Interluttes. C'est à cette occasion qu'il rencontrera pour la première fois le philosophe Jean-Paul Sartre qui en devient directeur de la publication. Cette stratégie permet aux militants d'échapper à la répression que subissent les militants politiques à cette époque et sera réutilisée lors de la dissolution de La Cause du peuple sous le coup des lois Marcellin[réf. nécessaire].

En août 1968, Serge July et Alain Geismar font un voyage à Cuba où ils sont reçus triomphalement. De retour ils rédigent un livre intitulé Vers la guerre civile : « […] Mai… a remis la société française sur ses pieds… il a remis la révolution et la lutte de classe au centre de toute stratégie. Sans vouloir jouer aux prophètes  : l’horizon 70 ou 72 de la France, c’est la révolution… Mai en France, c’est le début d’une lutte de classe prolongée[5]. » Désireux de concrétiser cette prophétie, il fait partie des fondateurs de la Gauche prolétarienne, le 31 octobre 1968, et de son comité exécutif (comme rabatteur de phénomènes nouveaux en émergence). Elle est autodissoute par Benny Lévy (alias Pierre Victor) en 1973, de peur d'une dérive terroriste.

Le 11 avril 1970, Serge July et Michel Le Bris signent une « Libre opinion » dans Le Monde, où, citant Saint-Just et Marat, ils réaffirment la centralité de la lutte des classes en France et la nécessaire résistance contre le pouvoir gaulliste/pompidolien et l'exploitation capitaliste. Trois jours plus tard, Raymond Marcellin ordonne l’arrestation de Michel Le Bris.

Activité dans le Nord[modifier | modifier le code]

En avril 1970, il est responsable du mouvement maoïste dans le Nord de la France, sous le pseudonyme de Marc. Il succède à Jean Schiavo comme chef mao du Nord, après l’arrestation sur dénonciation de ce dernier en mars pour un attentat contre un bâtiment des Houillères à Hénin-Liétard, le 17 février, en représailles contre la responsabilité des dirigeants des mines dans un coup de grisou qui a fait seize morts à Fouquières-lès-Lens. Le 12 décembre 1970, il est l'un des organisateurs d'un « tribunal populaire » à Lens qui juge de la responsabilité de la direction des Houillères. Sartre y joue le rôle de procureur.

En avril 1972, il couvre, comme journaliste de La Cause du peuple, l'affaire de Bruay-en-Artois (commune minière du Pas-de-Calais) : la jeune Brigitte Dewèvre, quinze ans et demi, fille de mineur, est découverte morte dans un terrain vague. Sur place, il fait campagne avec les responsables locaux de la Gauche prolétarienne, Joseph Tournel et François Ewald, contre Pierre Leroy, un notaire de la ville, et sa compagne Monique Beghin-Mayeur, et contre ce qu’ils appellent la justice bourgeoise. C'est lui qui corédige les articles qui paraissent dans le journal de la Gauche prolétarienne. Le notaire inculpé bénéficie d'un non-lieu en 1974[6].

À la même période il participe au lancement de l'agence de presse Libération (APL) avec Maurice Clavel et Jean-Claude Vernier. Il rencontre les journalistes militants du bulletin Pirate lancé quelques mois auparavant dans le but d'expérimenter de nouvelles formes de journalisme militant.

Directeur de Libération[modifier | modifier le code]

Serge July à Strasbourg au Parlement européen lors d’une conférence de presse pour la libération des journalistes otages en Syrie le 5 février 2014.

En novembre 1972, Benny Lévy est convaincu de lancer le quotidien Libération. Sartre pèse pour qu’il ne soit pas strictement maoïste. July est nommé le 6 décembre 1972 « responsable politique » du projet Libération par Lévy.

Le 4 janvier 1973, Libération est présenté à la presse. Le journal commencera à paraître à partir du 18 avril, à la Maison verte, rue Marcadet. À la tribune, Serge July, Philippe Gavi, Jean-Paul Sartre, Jean-Claude Vernier et Jean-René Huleu.

Sartre en est le directeur de la publication jusqu'au 24 mai 1974. Serge July lui succède.

Le journal, qui se veut un quotidien d'information en rupture avec la presse bourgeoise (« Peuple, prends la parole et garde-la ») disparaît en février 1981. Serge July déclare la même année  : « Le gauchisme et la contre-culture ont cessé d'être des forces créatives. »

En mai 1981, date de la renaissance d'un Libération plus modéré, il devient gérant (puis cogérant avec Evence-Charles Coppée en 1996) de la SARL Société nouvelle de presse et de communication (SNPC) créée en 1974 pour reprendre en location-gérance le titre Libération, propriété des Éditions Libération. Serge July est le principal artisan dans ces années de la transformation du journal situé initialement à l'extrême gauche vers ce qu'il décrit par un euphémisme comme « libéral-libertaire »[7]. Les principes fondateurs du journal sont ainsi abandonnés et dès février 1982, les premières pages de publicité apparaissent dans le journal. July justifie alors ce reniement des principes initiaux par un éloge opportun de la publicité: « Non, Libération ne change pas ; c’est la publicité qui a changé. Elle est un art. On ne sait plus très bien où commence la culture et où finit la publicité. Sans elle Libération eût été incomplet »[8].

Depuis 1993, il fait partie du club Le Siècle, comme Laurent Joffrin, qui lui a succédé à Libération, et Édouard de Rothschild[réf. nécessaire].

Ancien maoïste devenu patron et grande figure de la presse (surnommé « Citizen July »[9]), July est par ailleurs éditorialiste politique :

En 1999, la justice française le condamne pour avoir publié des extraits du livre de Mathieu Lindon, Le Procès de Jean-Marie Le Pen, que la justice française juge diffamatoires envers Jean-Marie Le Pen. La Cour européenne des droits de l'homme confirmera cet arrêt le 22 octobre 2007[10].

Le début des années 2000 est difficile pour Libération  : la diffusion chute de 200 000 exemplaires à moins de 135 000 ; les différentes recapitalisations échouent à remettre le journal sur les rails, faute de modification réelle dans la gestion du journal, ce qui aboutit au licenciement de plus de 25 % du personnel en 2006. Le 13 juin 2006, Serge July dément avoir annoncé son départ de Libération « contraint et forcé », demandé par le principal actionnaire de Libération, Édouard de Rothschild, en raison d'une situation financière du journal difficile[11]. Le 28 juin 2006, il annonce son départ du journal conformément à la demande du principal actionnaire, Édouard de Rothschild[12].

Depuis son départ de Libération[modifier | modifier le code]

Depuis 2006, il est éditorialiste sur l'antenne de radio RTL et réalise des films avec sa compagne la productrice Marie Génin. Père d'un fils, il a deux filles d'une seconde union[13].

Depuis 2011, il est également éditorialiste aux Inrockuptibles[14].

Œuvres[modifier | modifier le code]

Écrits[modifier | modifier le code]

  • Vers la guerre civile (avec Alain Geismar et Erlyn Morane), Éditions et publications Premières, Lattès chez Denoël, 1969
  • Dis maman, c'est quoi l'avant-guerre ?, Alain Moreau, 1980
  • Les Années Mitterrand, Grasset, 1986
  • La Drôle d'année, Grasset, 1987
  • Le Salon des artistes, Grasset, 1989
  • La Diagonale du Golfe, Grasset, 1991
  • Un Nouveau monde, l'album pour les 20 ans de "Libération", 1993
  • Entre quatre z'yeux, en collaboration avec Alain Juppé, Grasset, 2001
  • Gérard Fromanger, Cercle d'Art, 2002
  • Faut-il croire les journalistes ?, avec Philippe Gavi, Edwy Plenel et Jean-François Kahn, Éditions Mordicus,‎ 2009

Documentaires[modifier | modifier le code]

  • Il était une fois… Tchao Pantin, film diffusé sur France 5 le 18 mai 2003.
  • Il était une fois… Le Dernier Tango à Paris, 2004
  • Il était une fois… Tess, film de 2006 diffusé sur Arte le 16 mars 2007.
  • Empreintes - Dany Cohn-Bendit, agitateur depuis quarante ans, film de 2007 diffusé sur France 5 le 27 mars 2008.
  • Empreintes - Agnès de A à b, film de 2009 diffusé sur France 5 le 17 avril 2009 à 20h35 (Documentaire.Culture)

Citation[modifier | modifier le code]

  • « Le monde démocratique a besoin de l'Amérique. Dans la globalisation, les défaites politiques de l'Amérique sont des défaites de la démocratie. » Libération, 26 mars 2003.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Thierry Ardisson, interview de Serge July, émission Tout le monde en parle, 3 mars 2001
  2. a et b Éric Aeschimann, Serge July. Le manifestant de Paris, émission À voix nue sur France Culture, 24 avril 2012
  3. a et b Éric Aeschimann, Serge July. Le symbole, émission À voix nue sur France Culture, 23 avril 2012
  4. « Serge July » (ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?), 17 octobre 2009, sur France Culture
  5. Alain Geismar, Serge July et Erlyn Morane, Vers la guerre civile, Éditions et publications premières, 1969, p. 16-17.
  6. Rémi Guillot, « Les réseaux d’information maoïstes et l’affaire de Bruay-en-Artois », Les Cahiers du journalisme, no 17,‎ 2007, p. 210
  7. « L'ex-Gauche prolétarienne était “libertaire-autoritaire”, Libération est libéral-libertaire. » Serge July, Esprit, mai 1978.
  8. Benjamin Dormann, Ils ont acheté la presse, Jean Picollec, 2012, 344p
  9. Sorj Chalandon, C’était il y a mille ans, Libération, 30 juin 2006
  10. « Diffamation envers Le Pen confirmée par la Cour européenne » (ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?), sur 20 Minutes
  11. « Serge July n'a pas annoncé son départ de Libération » (ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?), 13 juin 2006, sur Libération
  12. « Départ de July. Libé tourne la page » (ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?), 29 juin 2006, sur L'Express
  13. « Serge July, co-fondateur de Libération », sur nouvelobs.com,‎ 23 novembre 2005
  14. « Les Inrockuptibles: 25 bougies et toujours à l'affût », sur lexpress.fr,‎ 26 octobre 2011

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]