Histoire de la psychiatrie

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L'histoire de la psychiatrie traite de l'évolution historique des connaissances scientifiques, sociales et médicales du traitement des maladies mentales et psychiques, mise en lien avec l'histoire de la folie ou d'autres données sociales telles que l'évolution des normes autour de différentes époques, l'étude des comportements déviants et de l'expérience individuelle.

Chronologie[modifier | modifier le code]

Antiquité[modifier | modifier le code]

Dans l'antiquité les questions psychiatriques ne sont pas traitées en tant que telles pour deux raisons majeures :

  • la pensée religieuse qui englobe tout ne reconnait pas les troubles psychiatriques mais des manifestations du divin ;
  • il n'y a pas dans ces époques de différenciation entre psychisme et soma. Tout est traité dans le corps.

Hippocrate apportera un début de différentiation en distinguant des troubles mentaux tels la phrénétis, la manie ou la mélancolie et l'hystérie en interprétant ce trouble par un déplacement de l'utérus dans le corps de la femme. Les transes hystériques quasi identiques aux crises d'épilepsie il avait été ainsi établi un lien de nature divine. Il a mis en place la théorie des humeurs.

Les affections mentales ont longtemps été considérées comme des possessions d'un être par une entité démoniaque, diabolique.

Moyen Âge[modifier | modifier le code]

Les malades mentaux restent auprès de leurs proches. Pour éviter qu'ils ne s'automutilent ou lors des crises ils sont attachés avec un luxe de précautions pour qu'ils ne blessent pas. Seuls les malades les plus dangereux sont emprisonnés. Des institutions laïques ou religieuses peuvent s'en occuper. L'exorciste est mis à contribution. Des « traitements » fantaisistes fleurissent par exemple l'extraction de la pierre de la folie. Dans certaines situations en cas d'échec c'est le bûcher pour sorcellerie qui est appliqué. Au Moyen Âge, lorsque la folie atteignait un enfant, on le considérait comme décédé[réf. souhaitée]. L’église brûlait les hérétiques et les sorciers, mais aussi des malades mentaux, hallucinés, hystériques, etc. Dans le pays de Trèves, près de 8 500 fous passent au bûcher[réf. souhaitée].

Renaissance[modifier | modifier le code]

Les médecins Jean Wier et Juan Luis Vives s'insurgent contre la pratique du bûcher pour les fous. Ils estiment que ces derniers doivent être traités avec bienveillance et qu'il y a espoir de guérison. La folie passe du surnaturel au rang de maladie. Saint Jean-de-Dieu, qui est considéré comme le saint-patron des hôpitaux psychiatriques, fait une publication hospitalière.

Fin du XVIIIe siècle[modifier | modifier le code]

Le psychiatre Philippe Pinel délivrant les aliénés à Bicêtre en 1793. Tableau de Charles-Louis Mullet exposé dans le hall de réception de l'Académie Nationale de Médecine à Paris.

Le médecin hygiéniste Jean Colombier, qui a travaillé comme Inspecteur général des Hôpitaux, dépôts de mendicité et prisons, en 1780, rencontre à l'hôpital de Bicêtre le surveillant Jean-Baptiste Pussin, dont les conceptions se rapprochent des siennes[1]. Colombier publie en 1785 Instruction sur la manière de gouverner les insensés, et de travailler à leur guérison dans les asyles qui leur sont destinés.

Après la Révolution de 1789 les fous sortent des prisons pour les asiles d'aliénés. Le rôle du personnel se réduit cependant trop souvent à celui des gardiens. Le souhait des aliénistes de l'époque est de faire de ces maisons d'aliénés un lieu de guérison. Philippe Pinel rencontre à son tour le surveillant Jean-Baptiste Pussin à l'asile de Bicêtre lorsqu'il y est nommé en 1793 ; puis, nommé médecin-chef de la Salpêtrière en 1795, avec Pussin qui y fut muté quelques années plus tard, à la demande de Pinel, ils décident de retirer leurs chaînes aux fous après avoir constaté que certains le sont par période et d'autres continuellement. Ils entreprennent de classer les maladies mentales en catégories selon leurs signes cliniques, leur continuité ou discontinuité, les crises de folie, etc. La psychiatrie est née. Cependant, le concept de lésion synonyme de maladie perdure, on ne parle pas encore de maladies à causes psychiques.

XIXe siècle[modifier | modifier le code]

En 1820 Jean-Etienne Esquirol succède à Pinel à la Salpêtrière. Esquirol reprend les idées de son prédécesseur pour donner naissance à la réglementation psychiatrique de 1838, restée en vigueur jusqu’en 1990. Un hôpital psychiatrique par département et deux mesures d'internement : le placement d'office (PO) et le placement volontaire (PV de par la volonté du peuple). Il s'agit là d'une loi de protection de la société avant tout. Un malade peut être hospitalisé avec son consentement. Il est alors en service libre.

La vie dans les grands hôpitaux psychiatriques (ou asiles) était rythmée de façon immuable. Toute transgression était sévèrement punie, les traitements curatifs peu nombreux. Des méthodes comme la saignée, l'utilisation de purgatifs, sédatifs (type bromure de potassium, vomitifs ou de l'eau (notamment la balnéothérapie)pour ses vertus relaxantes (techniques relevant de la théorie des humeurs) côtoient des méthodes barbares (comme faire frôler la mort au malade pour provoquer un état de choc). Le choix du personnel commence à évoluer. Ces grands hôpitaux vivent en autarcie. Les malades, le personnel, les médecins vivent ensemble à l'intérieur des murs. Les sorties sont rares et les malades sont souvent internés à vie car la guérison est rare (5 % des patients de la clinique de Passy de l'aliéniste Émile Blanche ressortent guéris)[2], si bien qu'en France le nombre d'aliénés passe de 10 000 en 1838 à 110 000 en 1939 (époque où les asiles sont huit fois plus peuplés que les prisons de droit commun)[3], le Centre hospitalier général de Clermont-de-l'Oise étant alors le plus grand asile d'Europe. Ce constat pessimiste aboutit au milieu de ce siècle à la théorie de la dégénérescence.

Jean-Martin Charcot, éminent clinicien et anatomo-pathologiste et chef de file de l'École de la Salpêtrière, déclare à la suite de ses études sur l'aphasie, le sommeil et l'hystérie, que pour certaines maladies mentales, il n'y a aucune lésion organique. Il invente alors le concept de lésion dynamique fonctionnelle. Puis, il se prononce en faveur d'une étiologie psychique des maladies mentales. Il fait notamment des représentations pour expliquer le déroulement des crises hystériques, auxquelles Sigmund Freud, alors jeune médecin, assiste. C'est à la suite de ceci qu'il étudiera l'effet de pratiques comme l'hypnose sur les malades et, n'étant pas satisfait par cette méthode, décide d'écouter et de faire parler les personnes atteintes de pathologies mentales. Il crée ainsi la psychanalyse.

XXe siècle[modifier | modifier le code]

Au début du XXe siècle on trouve encore dans certains ouvrages de médecine les traitements suivants : Bromure de potassium, valériane, opium, morphine. Pour le traitement de la crise : Eau froide, compression des ovaires, flagellation.

En 1937, en France, le terme d'« asile » disparait de la terminologie officielle pour être remplacé par celui d'« hôpital psychiatrique ». Le terme d'« aliéné » restera en vigueur jusqu'en 1958[4].

Sous l'influence de théories eugénistes, des programmes de stérilisation contrainte visant notamment les malades mentaux sont mis en place dans de nombreux pays d'Amérique et d'Europe ainsi qu'au Japon. Le cadre légal qui permet ces pratiques disparait dans les années 1970 en Suède, et dans les années 1980 en Suisse dans le canton de Vaud.

L'Allemagne nazie extermine les malades mentaux dans le cadre de l'Aktion T4.

Selon Max Lafont, le nombre des malades mentaux qui succombent à la famine dans les hôpitaux psychiatriques en France, de 1940 à 1944, est de 40 000. Ce bilan s'explique par l'indifférence et l'oubli contre lesquels ne s'élèvent que de très rares et faibles protestations. Les artistes Sylvain Fusco, Camille Claudel et Séraphine de Senlis font partie de ces victimes[5].

La lobotomie (aussi appelée leucotomie), opération chirurgicale du cerveau qui consiste en une section ou une altération de la substance blanche d'un lobe cérébral, est formalisée en 1935 par les neurologues portugais Egas Moniz et Almeida Lima de l'Université de Lisbonne, ce qui leur vaut un Prix Nobel en 1949. Entre 1933 et 1944, certains médecins allemands nazis s'essaient à la lobotomie, souvent sans anesthésie ni antiseptique, sur les prisonniers des camps de concentration.

La lobotomie connaît son essor après la seconde guerre mondiale, notamment avec l'invention américaine de Walter Freeman : le pic à glace. On estime que quelque 100 000 patients furent lobotomisés dans le monde entre 1945 et 1954 dont la moitié aux États-Unis. Freeman parcourt les États-Unis dans les années 1950 dans un autocar équipé pour pratiquer des lobotomies « en série », enfonçant ce pic à glace dans le lobe orbitaire des patients après avoir soulevé la paupière (lobotomie trans-orbitale), moyennant parfois une anesthésie locale. Cette pratique, le plus souvent combinée à des électrochocs, a alors un grand succès (grand mouvement de « l'hygiène mentale ») et on estime que Freeman à lui seul lobotomisa quelque 2 500 patients (ou 4 000 patients selon l'article « Lobotomie »). La lobotomie est alors utilisée pour traiter les maladies mentales, la schizophrénie, l’épilepsie et même les maux de tête chroniques. Dès les années 1950, de sérieux doutes concernant cette pratique commencent à se faire entendre et avec la découverte des produits neuroactifs plus efficaces et moins dangereux (les neuroleptiques), cette pratique décline dès les années 1960.

Les abus de ces méthodes discréditeront un temps les tenants de la psychiatrie organiciste (en faveur d'une causalité biologique des troubles mentaux et d'un traitement spécifique).

D'autres traitements sont utilisés, comme la cure de Sakel (abandonné aujourd'hui) et la sismothérapie qui n'est plus utilisée aujourd'hui que dans des conditions rigoureuses lors de cas très précis (accès mélancolique grave ou schizophrénie résistant aux traitements médicamenteux).

En 1952, Henri Laborit observe par hasard que le largactil a des propriétés myorelaxante et le propose en psychiatrie pour calmer les agités. C'est l'arrivée des neuroleptiques qui révolutionne la psychiatrie. Jean Delay et Pierre Deniker envisagent une resocialisation pour des milliers d'internés. Roland Kuhn, psychiatre suisse, découvre le premier antidépresseur (imipramine).

Vers les années 1960 des méthodes plus douces sont également utilisées en traitement des psychoses comme les packs (méthode d'enveloppement humide). Des techniques de soins par la parole et les psychothérapies font leur apparition.

De nombreux courants d'idées souvent antagonistes apparaissent (psychiatrie organiciste contre psychiatrie psychanalytique, ambulatoire contre institution par exemple).

En France, une circulaire ministérielle de mars 1960 crée la politique de secteur psychiatrique grâce à l'action des médecins désaliénistes. Les grands hôpitaux psychiatriques et le cadre unique cèdent la place aux petites structures et au maintien des malades mentaux au sein de la cité. Les infirmiers psychiatriques deviennent infirmiers de secteur psychiatriques (dont la formation spécifique s'arrêtera en 1992 ) et les psychologues deviennent de plus en plus présent dans les services. Peu à peu les aides soignants, les aides médico-psychologique et les agents des services hospitaliers sont inclus dans les services ainsi que du personnel spécialisé (ergothérapeutes, assistants sociaux, éducateurs spécialisés).

Parallèlement la loi de 1838 va céder la place à celle du 27 juin 1990 en mettant l'accent sur le soin et le renforcement des droits du malade. Elle conservera toutefois les deux modes d'hospitalisation sans consentement. Le placement d'office est remplacé par l'hospitalisation d'office. Le placement volontaire (sous entendu, par la volonté du peuple) cède la place à l'hospitalisation à la demande d'un tiers. Les patients ayant donné leurs consentements sont en hospitalisation libre.

XXIe siècle[modifier | modifier le code]

La psychiatrie est toujours en pleine évolution et doit faire face aux nouveaux maux de la société actuelle entraine une série de réforme comme le plan santé mentale 2005/2008.

Des faits divers comme le drame de Pau en 2004 et de Grenoble le 12 novembre 2008 (ou un étudiant, Luc Meunier a été tué par un schizophrène) relancent régulièrement les débats sur la prise en charge des malades mentaux et la sécurité. Ainsi dès le 2 décembre 2008 Nicolas Sarkozy qui veut une réforme du droit pour la psychiatrie, annonce un nouveau un plan de sécurisation des hôpitaux psychiatriques devant un parterre de médecins : - 30 millions seront débloqués pour « mieux contrôler les entrées et les sorties des établissements et prévenir les fugues ». - Mise en place « dispositif de géo-localisation » qui, s'ils sortent du périmètre autorisé par le médecin, déclenchera l'alerte. - Des unités fermées, équipées de portes et de systèmes de vidéosurveillance, seront installées dans chaque établissement qui le nécessite. - 200 chambres d'isolement seront aménagées pour les « patients qui peuvent avoir des accès de violence envers le personnel ».

De nombreuses voix s'élèvent contre ces réformes et cela prend même un tournure politique (opposition du parti socialiste en particulier)

Grands courants de la psychiatrie[modifier | modifier le code]

Grands noms de la psychiatrie (ordre chronologique)[modifier | modifier le code]

Il existe une catégorie dédiée à ce sujet : Psychiatre.

De la psychanalyse[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Marie Didier, Dans la nuit de Bicêtre, Gallimard, Paris, 2006 ; rééd. Folio, 2008
  2. Laure Murat , La maison du docteur Blanche : histoire d'un asile et de ses pensionnaires, de Nerval à Maupassant, Hachette, 2001, 424 p.
  3. Aude Fauvel « Avant-propos », revue n° 141 Romantisme, mars 2008, p. 3
  4. Isabelle von Bueltzingsloewen, « Les « aliénés » morts de faim dans les hopitaux psychiatriques français sous l'Occupation », Vingtième Siècle. Revue d'histoire, 2002/4 no 76, note 1, p. 99. DOI:10.3917/ving.076.0099
  5. Roger Darquenne Lafont (Max). L'extermination douce. La mort de 40 000 malades mentaux dans les hôpitaux psychiatriques en France, sous le régime de Vichy, Revue belge de philologie et d'histoire, Vol.68, N°4, 1990, p. 1052-1054

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean Colombier, Instruction sur la manière de gouverner les insensés, et de travailler à leur guérison dans les asyles qui leur sont destinés, Paris, 1785
  • Jacques Hochmann "Histoire de la psychiatrie"Paris, PUF, Que Sais-Je 2011
  • Jean-Noël Missa. Naissance de la psychiatrie biologique. Histoire des traitements des maladies mentales au XXe siècle, PUF, 2006, ISBN 2130551149
  • Jacques Postel et Claude Quetel (sous la direction de), Nouvelle histoire de la psychiatrie, Dunod (ISBN 2-1004-8443-5)
  • Jean-Charles Sournia, Histoire de la médecine, La découverte (ISBN 2-7071-2783-3)
  • Jean Thuillier, La Folie, Histoire et dictionnaire, Robert Laffont, (ISBN 2-221-06426-7), (octobre 2002).
  • Patrick Coupechoux : Un monde de fous. Comment notre société maltraite ses malades mentaux Ed Seuil, 2006
  • Henri Ey :
  • Marcel Gauchet : Le Sujet de la folie. Naissance de la psychiatrie, précédé De Pinel à Freud, Calamann -Lévy
  • Gladys Swain, Marcel Gauchet : Dialogue avec l'insensé - A la recherche d'une autre histoire de la folie Éd.: Gallimard, 1994, ISBN 2070739082
  • Gladys Swain, Marcel Gauchet : La Pratique de l'esprit humain. L'Institution asilaire et la révolution démocratique, Éd: Gallimard 1980 ISBN 2070205401
  • Ian Goldstein Consoler et classifier. L'essor de la psychiatrie française, préf. de Jacques Postel, Ed Les empêcheurs de penser en rond, 1997, traduit par Francoise Bouillot, ISBN 2843240069
  • German E Berrios & Roy Porter The History of Clinical Psychiatry London, Athlone Press, 1995
  • German E Berrios The History of Mental Symptoms Cambridge Cambridge University Press, 1996
  • Georges Lanteri Laura : La Chronicité en psychiatrie Ed: Les empêcheurs de penser en rond / Synthélabo, 1997, ISBN 2843240077
  • Georges Lanteri Laura : Histoire de la phrénologie, PUF, 2000, ISBN 2130456472
  • Georges Lanteri Laura : Essai sur les paradigmes de la psychiatrie moderne, Le Temps Éditions, 1998, ISBN 2842740548
  • Georges Lanteri Laura : Recherches psychiatriques coffret, 3 vol., Sciences en situation, 1998, ISBN 2908965097
  • Georges Lanteri Laura : Psychiatrie et connaissance, Sciences en situation, 1998, ISBN 290896502X
  • Georges Lanteri Laura : Le temps de la psychose avec coll. Franca Madioni, L'Harmattan, 2000, ISBN 2738472192
  • Georges Lanteri Laura : Essai sur la discordance dans la psychiatrie contemporaine avec coll. Martine Gros, EPEL, 1992, ISBN 2908855054
  • Dominique Lecourt (dir.), Dictionnaire de la pensée médicale (2004), réed. PUF/Quadrige, Paris, 2004.
  • Jacques Arveiller, Dora B. Weiner, Jean Garrabé et al., Psychiatries dans l’histoire : Actes du 6e congrès de l’Association européenne pour l’histoire de la psychiatrie, Caen, PUC, coll. « Symposia »,‎ 2008, 478 p. (ISBN 978-2-84133-331-8) [table des matières] [aperçu]
  • Marie Didier, Dans la nuit de Bicêtre, Gallimard, Paris, 2006 ; rééd. Folio, 2008

Histoire médicale[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]