Qi gong

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Idéogrammes chinois Cette page contient des caractères chinois. En cas de problème, consultez Aide:Unicode ou testez votre navigateur.
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Qigong (homonymie).
Démonstration de qi gong par Dra. Hu Yuen Xian à Barcelone.

Le qi gong, chi gong ou chi kung (chinois simplifié : 气功 ; chinois traditionnel : 氣功 ; pinyin : qìgōng ; Wade : ch'i⁴gong¹), est une gymnastique traditionnelle chinoise et une science de la respiration, fondée sur la connaissance et la maîtrise de l'énergie vitale, et associant mouvements lents, exercices respiratoires et concentration[1]. Le terme signifie littéralement « exercice (gong) relatif au qi», ou « maîtrise de l'énergie vitale ».

Origines[modifier | modifier le code]

« En faisant que ton souffle corporel (ou shen qi) et que ton énergie primordiale (ou jing qi) embrassent l'Unité, peux-tu redevenir un enfançon ? » Tao Tö King 10.

Vers le Ve siècle, Bodhidharma développait le qi gong dans le wu shu de l'école Shaolin plus communément appelé de nos jours Kung-fu Shaolin au monastère Shaolin, en Chine, en s'inspirant des gymnastiques taoïstes de longévité.
Durant la Révolution culturelle (XXe siècle), le qi gong est réprimé. Plus tard, de nombreuses écoles surgissent, parfois mercantiles, et une s'en détache par sa notoriété, le Falun Gong.
En 1981, le wu shu kung-fu Shaolin se reconstitue.

Historique du qi gong en Chine[modifier | modifier le code]

Genèse du qigong[modifier | modifier le code]

Le père du qigong est Liu Guizhen (1920-1983), un cadre du Parti communiste chinois. Après s'être fait soigner pour un ulcère par un maître qui lui enseigna une méthode de méditation et de contrôle de la respiration en position debout, il fut chargé par ses supérieurs de développer cette technique de maîtrise du souffle, mais débarrassée de ses éléments religieux[2].

Adoption par le Parti communiste[modifier | modifier le code]

Adopté par le régime communiste en 1949, le qigong est présenté dans les années 1950 « comme une thérapie d'origine populaire et chinoise »[3], en opposition à la médecine « bourgeoise » occidentale. En 1953, un sanatorium spécialisé est ouvert à Beidaihe, station balnéaire pour les cadres communistes, où ces derniers sont initiés aux méthodes de relaxation. Dans l'ensemble du pays, 70 centres de pratique du qigong sont ouverts y compris les cliniques et les sanatoriums[4]. Liu Guizhen est honoré par Mao Zedong[5].

Interdiction sous la Révolution culturelle[modifier | modifier le code]

Puis ces pratiques sont interdites et réprimées comme pratiques féodales et superstitieuses durant la Révolution culturelle. Le qigong continue cependant à se transmettre clandestinement entre maîtres et disciples[6].

Réapparition et promotion[modifier | modifier le code]

À partir des années 1970, le qigong refait surface et se pratique collectivement dans les parcs de Pékin à l'initiative d'une certaine Guo Lin qui estimait avoir guéri son cancer de l'utérus grâce au qigong[7]. En 1979, cette dernière est encouragée par plusieurs dirigeants qui voient dans le qigong un moyen sans frais d'améliorer l'état de santé de la population[8].

À la fin des années 1970, des savants réputés procèdent à des expériences présentées comme prouvant que le qi émis par un maître de qigong, était mesurable scientifiquement. La publication des résultats fait apparaître le qi comme une substance réelle, scientifiquement démontrée et, partant, ne faisant plus partie du monde de la religion, de la magie et de la superstition. Dès lors, la voie est libre pour que le qigong prenne son essor[9].

Au début des années 1980, dans le vide spirituel de l'ère post-Mao[10],[11],[12],[3], et dans un contexte de détente économique, peu après les premières réformes libérales et la première apparition du chômage, le pays connaît une véritable « fièvre du qigong », des millions de Chinois, principalement urbains et âgés, deviennent pratiquants d'une des diverses variétés ou écoles de qigong, dirigées par des maîtres charismatiques dont beaucoup deviennent des célébrités nationales. Dans des stades, devant des milliers de passionnés, des enseignements payants sont donnés par les maîtres dispensateurs de qi et de guérisons miraculeuses[13], à l'instar du maître Yan Xin, censé émettre un qi externe pouvant changer la structure moléculaire d'un échantillon d'eau à deux mille kilomètres de distance[14]. La Société de recherche scientifique sur le qigong de Chine (SRSQC), organisme national qui regroupe les associations de qigong, est créée par l’État en 1985 pour superviser le mouvement[15].

Les autorités, qui voient dans le qigong une façon de mettre en avant la culture chinoise, participent à sa promotion à travers les Salons de la santé qui lui sont consacrés à Pékin en 1992 et 1993[16],[17].

Pratiques[modifier | modifier le code]

Il existe différentes variantes permettant une pratique régulière :

Parfois y est retrouvé :

Tous les exercices de qi gong nécessitent de la patience et une pratique régulière. Certains pratiquants d'arts martiaux pratiquent leurs arts sans pratiquer le Qi gong en Chine. Cependant, sa pratique est nécessaire à une maîtrise complète des arts martiaux[réf. nécessaire].

Terminologie[modifier | modifier le code]

Le terme peut être connu sous d'autres transcriptions, chi kung (école anglo-saxonne Wade), ki kong (école française EFFEO), kiko (adaptation phonétique du japonais), kygung (marque déposée utilisée par l'ISMA), mais qi gong, transcription pinyin du terme, est la version désormais officielle dans les langues européennes.

Qi gong est le terme mandarin chinois et romanisé de deux caractères chinois: Qì ( ) et Gōng ( ). Son écriture (chinois simplifié : 气功 ; chinois traditionnel : 氣功) associe deux notions chinoises au sens vaste : qi (vapeur, souffle, énergie, esprit, air ou encore gaz) et gong, la réalisation ou les résultats : (attaque, travail, exercice, discipline)[18],[19]. Les deux mots sont combinés pour décrire des systèmes et des méthodes de cultivation de l'énergie ainsi que la manipulation de l'énergie intrinsèque de tous organismes vivants[19].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Encyclopédie Larousse
  2. Vincent Goosaert et David Palmer, La question religieuse en Chine : « à la fin des années 1940 [...] Liu Guizhen [...], un cadre du parti souffrant d'ulcères et d'insomnie, se fit soigner par un maître qui lui enseigna une technique de contrôle du souffle et de méditation debout. Constatant sa guérison, les supérieurs de Liu [...] le nommèrent reponsable d'une équipe clinique chargée d'étudier les techniques du souffle. [...] Liu et son équipe mirent au point deux méthodes qu'ils appelèrent qigong [...]. Cette catégorie en vint à inclure toutes les techniques traditionnelles permettant de contrôler l'esprit, le souffle et le corps, mais débarrassées de leurs éléments religieux. »
  3. a et b Jean-Jacques Tur, La Chine. Trois révolutions pour une renaissance : de Sun Yat-sen à Xi Jinping, L'Harmattan, 2013, 183 pages, Annexe 4. Le Falun Gong : mythes et réalités, p. 163.
  4. Vincent Goosaert et David Palmer, La question religieuse en Chine
  5. David Palmer, Falun Gong : la tentation du politique, Critique internationale, 2/2001 (no 11), p. 36-43, section « Le rôle du Parti communiste dans la renaissance du monde sectaire » (consultable sur le site cairn.info).
  6. David Palmer, Falun Gong : la tentation du politique, op. cit. : « Dans le contexte idéologique des années cinquante, hostile à la médecine moderne « bourgeoise » et « occidentale », le qigong, présenté comme une thérapie d’origine « populaire » et « chinoise », connut ainsi sa première floraison. Cela n’allait pas suffire à le protéger contre la Révolution culturelle. Liu Guizhen et ses disciples furent accusés de promouvoir des « superstitions féodales », et les institutions officielles de qigong furent fermées au milieu des années soixante. / Durant la Révolution culturelle, le qigong continua néanmoins à se transmettre secrètement dans des réseaux de maîtres et de disciples. »
  7. David Ownby, Qigong, Falun Gong, et la religion de l'État moderne chinois, p. 102 : « Une femme du nom de Guo Lin (née en 1909) aurait été parmi les premiers de ces maîtres, commençant à enseigner le qigong dans les parcs publics de Beijing au début des années 1970 (Palmer, 2005, p. 71-84). Guo estimait avoir guéri son cancer de l’utérus grâce au qigong. »
  8. David Palmer, Falun Gong : la tentation du politique, op. cit. : « Dès le début des années soixante-dix, Guo Lin, une femme guérie du cancer par cette méthode, osa l’enseigner en public. Elle inventa la pratique collective du qigong dans les parcs de Pékin, qui allait permettre sa propagation rapide. Guo Lin reçut l’encouragement de plusieurs dirigeants du pouvoir central dès le début de la politique d’ouverture en 1979. Ceux-ci voyaient dans le qigong une forme de prévention et de thérapie efficace et accessible aux masses, qui pourrait améliorer l’état de santé de la population sans nécessiter d’investissements publics. »
  9. David Ownby, Qigong, Falun Gong, et la religion de l'État moderne chinois, p. 102.
  10. (en) Benjamin Penny, Qigong, Daoism and Science: some contexts for the qigong boom, in M. Lee and A.D. Syrokomla-Stefanowska (eds.), Modernisation of the Chinese Past Sydney: Wild Peopy, 1993, p. 166-179.
  11. (en) Richard Gunde, Culture and Customs of China, Westport, CT: Greenwood Publishing Group, 2002.
  12. (en) Nancy Chen, Breathing spaces: qigong, psychiatry, and healing in China, New York, NY: Columbia University Press, 2003.
  13. (en) Thomas Banchoff, Robert Wuthnow, Religion and the Global Politics of Human Rights (Livre numérique Google), Oxford University Press, 2011, 336 pages, p. 232 : « Beginning from the early 1980s, China experienced a "qigong boom" as millions of Chinese became devoted followers of one school of qigong or another and made qigong an important part of their daily lives. These schools were led by charismatic qigong masters, many of whom became national celebrities and who built large, often nationwide, qigong organizations. Such masters went on national and sometimes international lecture tours in which thousands of enthusiasts bought tickets for lectures, often held in a local sports stadium, which could last for several hours as the masters "emitted qi" while they spoke, instantly curing the sick and otherwise transforming the members of the audience. »
  14. David Palmer, Falun Gong : la tentation du politique, op. cit.
  15. (en) Benjamin Penny, The Religion of Falun Gong,University of Chicago Press, 2012.
  16. (en) Maria Hsia Chang, Falun Gong: The End of Days, Yale University Press, 2004, 188 pages, p. 3 : « China's political leaders initially supported qigong because they saw in it a solution to the country's health-care provision problem. »
  17. David Ownby, « Le Falun Gong en Chine et en Amérique du Nord : un nouveau mouvement religieux chinois », in Louis Gay, Pierre Hamel, Dominique Masson et Jean-Guy Vaillancourt (dir.), Mouvements sociaux et changements institutionnels : l'action collective à l'ère de la mondialisation, PUQ, 2005, (ISBN 2-7605-1341-6), p. 297-315 : « Li devint instantanément une étoile du mouvement qigong, célébré aux Expositions orientales de la santé à Beijing en 1992 et 1993. »
  18. Dictionnaire français de la langue chinoise, RICCI, 1990. Sinogrammes 485 et 2879.
  19. a et b (en) Chen, Nancy N. (2003). Breathing spaces: qigong, psychiatry, and healing in China, Columbia University Press (ISBN 0231128045).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Autres pratiques liées[modifier | modifier le code]

Auteurs ayant écrit sur le sujet[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en)Ho, Peng Yoke (Oct 2000). Li, Qi, and Shu: An Introduction to Science and Civilization in China. Dover Publications. ISBN 0-486-41445-0.
  • (en) Cohen, K. S. (1999), The Way of Qigong: The Art and Science of Chinese Energy Healing, Random House of Canada, ISBN 978-0345421098.