Matteo Ricci

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Portrait de Matteo Ricci par le frère chinois Emmanuel Pereira
Matteo Ricci et Xu Guangqi

Matteo Ricci, en chinois chinois simplifié : 利玛窦 ; chinois traditionnel : 利瑪竇 ; pinyin : Lì Mǎdòu[1] (Macerata, 6 octobre 1552 - Pékin, 11 mai 1610) est un prêtre jésuite italien et missionnaire en Chine. Un des premiers jésuites à pénétrer en Chine, il en étudie la langue et la culture. Acquérant une profonde sympathie pour la civilisation chinoise, il y est reconnu comme un authentique « lettré » et comme l'un des rares étrangers à être considéré comme père fondateur de l'histoire chinoise. Au « Millennium Center » de Pékin, le bas-relief consacré à l'histoire de la Chine ne comporte que deux étrangers, tous deux italiens : Marco Polo à la cour de Kubilaï Khan et Matteo Ricci scrutant le ciel et habillé comme un mandarin confucéen.

Il dessine des mappemondes qui font connaître aux Chinois le reste du monde, traduit en chinois des livres de philosophie, de mathématiques et d'astronomie. Inversement, il révèle à l'Occident Confucius et sa philosophie, créant de la sorte un dialogue très conséquent avec les lettrés et les hommes de culture [2].

Il incarne aussi la nouvelle démarche d'inculturation de la religion chrétienne en Chine[3] telle que définie par Valignano.

A l'ère de la mondialisation et des échanges interculturels généralisés, Matteo Ricci incarne ce que peut être un passeur et un pont entre la Chine et l'Occident [2].

En 1935, l'union astronomique internationale a donné le nom de Riccius à un cratère lunaire.

Biographie[modifier | modifier le code]

Né d'un père pharmacien, dans une famille de treize enfants[4], il étudie à Macerata puis à Rome. Matteo Ricci entre au noviciat des Jésuites le 15 août 1571 malgré l'opposition de son père. Il est étudiant au Collège romain où il suit l'enseignement de Christophorus Clavius[4]. Se sentant appelé au travail missionnaire il quitte Rome pour Lisbonne (18 mai 1577) où il embarque pour Goa. Il termine sa formation à Goa et Cochin (Kerala actuel) où il est ordonné prêtre le 25 juillet 1580.

Il arrive à Macao en août 1582[5] puis entre en Chine en 1583 et s'installe à Zhaoqing, près de Canton, et parvient à entrer en contact avec des mandarins, grâce à ses grandes connaissances en mathématiques et en astronomie. Il reste dix-huit ans dans le sud de la Chine, à proximité de Macao. Doué pour les langues - il en connait déjà plusieurs - il se met à l'étude du chinois. Au bout de trois mois[4] il se sent déjà à l'aise.

Lui et un de ses compagnons jésuites, Michele Ruggieri (it), s'habillent d'abord en moines bouddhistes, puisqu'ils sont religieux, mais adoptent plus tard le vêtement des lettrés, ayant appris que les bonzes étaient généralement incultes et mal considérés[4]. Il prend l'habitude de se présenter comme un religieux qui a quitté son pays natal dans le lointain Occident, à cause de la renommée du gouvernement de la Chine, où il désire demeurer jusqu'à sa mort, en y servant Dieu, le Seigneur du ciel[6]. Auprès des lettrés, il parle de Dieu, utilisant la sagesse et les écrits confucéens, soulignant ce qui y est semblable au christianisme[4].

En 1601, il est le premier Européen à être invité à la cour impériale de Pékin auprès de l'empereur Wanli, porteur d'une épinette, d'une mappemonde et de deux horloges à sonnerie. Sa rencontre avec les proches de l'empereur est à l'origine de l'essor de l'horlogerie moderne en Chine, au début de la dynastie Qing (1644-1911) [7]. Matteo Ricci enseignera les sciences au fils préféré de l'empereur[4].

Comme l'astronomie, la philosophie et l'horlogerie la musique est également utilisée pour faire passer son message. Il chantait des airs édifiants, souvent sur des textes traduits en chinois[8]. Il publie à Pékin en 1608 un recueil de huit airs avec accompagnement (西琴曲意; Xīqín qū yì : « Airs pour cithare européenne » - littéralement cithare occidentale, il peut s'agir également d'un clavecin ou d'un clavicorde). Le succès est grand : ses rééditions se succédèrent jusqu'au XIXe siècle. La musique en semble perdue, mais les paroles en chinois ont été conservées[9].

Matteo Ricci tisse des liens culturels et scientifiques importants avec le lettré Xu Guangqi dont il devient grand ami. Ce dernier se convertit au christianisme et est baptisé en 1603 sous le nom de Paul[4].

Tombe de Matteo Ricci, à Pékin
Autre vue de la tombe.

Ricci est le premier missionnaire chrétien des temps modernes, et premier Occidental, à avoir été aussi proche de l'empereur[10].

Ricci est considéré comme le fondateur de l'Église chinoise. Son travail et ses activités ont toujours eu une perspective d'évangélisation en profondeur, même s'il n'a pas cherché à baptiser en masse. En 1605 il fit édifier le Nantang, l'église du sud (actuel siège de l'évêché de Pékin). On estime à 2 500[4] le nombre de chrétiens chinois à sa mort. Et 9 des 18 jésuites œuvrant en Chine étaient chinois[11]. Mais ses efforts d'évangélisation furent partiellement compromis, plus tard, par la virulente querelle des Rites chinois. Il fut inhumé, avec une permission spéciale de l'empereur, à proximité de la Cité interdite.

La « Méthode Ricci »[modifier | modifier le code]

Alessandro Valignano (1539-1606) -maître des novices et visiteur jésuite en Asie de l'Est de 1574 à 1606- avait défini la ligne de conduite des jésuites en Chine. Matteo Ricci la met en application de manière novatrice, si bien que les générations suivantes de missionnaires la désignent sous l'appellation de « méthode Ricci »[2] caractérisée par quatre principes directeurs :

  1. Une politique d'ajustement ou d'adaptation à la culture chinoise : Valignano insiste pour que les jésuites présents connaissent la langue et la culture chinoise. Sans doute inspirés par l'expérience japonaise, les jésuites commencent par adopter la tenue des moines bouddhistes, puis s'adaptent davantage aux modes de vie et aux usages de l'élite confucéenne composée de lettrés et de fonctionnaires.
  2. La propagation de la Foi et l'évangélisation par « le haut » : Les jésuites s'adressent à l'élite instruite, estimant que si celle-ci, l'empereur et sa cour se convertissaient, l'ensemble du pays se rallierait au Christianisme. Ricci étudie les classiques confucéens et, grâce à sa mémoire prodigieuse, devient un invité fort apprécié des cercles d'échanges philosophiques.
  3. La propagation indirecte de la Foi : l'exposé des sciences et techniques européennes doit attirer l'attention des chinois instruits et les persuader du degré d'avancement de la civilisation européenne. Ricci présente une horloge, des tableaux qui utilisent la technique de la perspective, les écrits mathématiques d'Euclide, les travaux du mathématicien jésuite Christophorus Clavius (1538-1612), une mappemonde sur laquelle figurent les résultats des dernières découvertes.
  4. L'ouverture aux valeurs chinoises et la tolérance à leur égard : Ricci considère qu'il côtoie une société aux hautes valeurs morales, pour laquelle il éprouve une profonde admiration. Suivant la tradition humaniste, il estime que Confucius (552-479 av JC) est tout à fait comparable à « un autre Sénèque » [12],[13],[14]. Il plaide pour un retour au confucianisme initial qu'il considère comme une philosophie fondée sur la loi naturelle et qui contient l'idée de Dieu. Enfin, il adopte une attitude de tolérance envers les rites confucéens tels que le culte des ancêtres ou la vénération de Confucius, considérés comme des « rites civils ».

Béatification[modifier | modifier le code]

Son procès en béatification a été ouvert, à la phase diocésaine, le 24 janvier 2010. Elle fut close le 10 mai 2013. Sa cause est maintenant étudiée à Rome par la Congrégation pour la Cause des Saints. Il est donc considéré par l'Église catholique comme Serviteur de Dieu. Depuis 2011 la cause en béatification de son disciple et ami chinois Paul Xu Guangqi, lui est associée.

Héritage[modifier | modifier le code]

Connue depuis l'Empire romain, notamment avec la soie qui venait d'Orient, Matteo Ricci permet à l'Europe d'identifier la Chine comme étant le Cathay décrit par Marco Polo. Il introduit en Chine la géométrie sphérique[15].

Dans la religion populaire chinoise, Matteo Ricci est vénéré comme maître des horloges et protecteur des horlogers.

Les Instituts Ricci ont été fondés par les Jésuites après leur retrait forcé de Chine continentale, pour poursuivre l'œuvre intellectuelle de Matteo Ricci. Le Grand Ricci (利氏漢法辭典), en français, est à ce jour le plus grand dictionnaire du chinois vers une langue occidentale. On doit également à Matteo Ricci la traduction des quatre livres du confucianisme[4].

Mappemonde de Matteo Ricci[modifier | modifier le code]

Matteo Ricci est à l'origine de la dénomination actuelle de nombreux pays. Il profite de sa présence en Chine pour affiner la cartographie de cette région du monde et hésite longtemps avant de présenter à l'empereur une carte dont la Chine n'est pas le centre[15].

Mappemonde de Matteo Ricci et contour des côtes des terres australes
Carte de Matteo Ricci

Année Ricci[modifier | modifier le code]

L'année 2010 célèbre, en Italie (Macerata et Rome) en Chine et en France, le 400e anniversaire du « jésuite du XVIe siècle qui nous a ouvert les portes de la Chine ».

En France, le douzième colloque international de sinologie a eu lieu les 27 et 28 mai 2010 sur le thème « L’échange des savoirs entre la Chine et l’Europe »[16].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Son nom chinois se conformant à la manière chinoise d'annoncer le nom puis le prénom : Lì représente Ricci, Mǎdòu est l'homophone de Matteo
  2. a, b et c La Documentation Catholique, 5 décembre 1910, N° 2457, page 1057
  3. Message du pape Benoit XVI, 6 mai 2009, agence catholique Zénit
  4. a, b, c, d, e, f, g, h et i Philippe Oswald, Ce jésuite qui ouvrit les portes de la Chine, Famille chrétienne no 1686, 8-14 mai 2010
  5. Paul Pelliot, « La peinture et la gravure européennes en Chine au temps de Mathieu Ricci », T'oung Pao, vol. XX,‎ 1921, p. 1–18 (lire en ligne)
  6. Philip Caraman, L'empire perdu, Paris, Desclée de Brouwer, 1988, pg.20.
  7. L'horloge Guang-zhong, (zhong signifiant cloche, sonnerie, gong) dans la ville de Guangzhou, de la province de Guandong, suivie de la pendule de Nanjing ou Nanjing-zhong, puis, dans la province de Jiangsu, de la Su-zhong ou Ben-zhong, ben signifiant domestique)
  8. Rhapsody in red: how western classical music became Chinese Sheila Melvin, Jindong Cai, Algora publishing, 2004 (Google Books)
  9. Silkin : Paroles en chinois et anglais pour « Eight Songs for Western Keyboard »
  10. Les nestoriens (au IXe siècle et les Franciscains au XIIIe siècle, avec Jean de Montecorvino, ont eu des missions en Chine.
  11. Philip Caraman, Tibet; the Jesuit century, Saint Louis (USA), Institute of Jesuit sources, 1997, p.135.
  12. Lettere, P 185 (Shaozhou, 10 décembre 1593)
  13. Un altro Seneca, P 100 (Zhaoqing, 20 octobre 1585)
  14. Paul Rule, K'ung-tzu or Confucius?, The Jesuit Interpretation of confucianism, Sydney, Allen & Unwin ,1986, p. 28-29
  15. a et b « Matteo Ricci messager des sciences entre la Chine et l’Europe au XVIIe siècle », France Culture.com La marche des sciences par Aurélie Luneau (consulté le 29 mai 2010)
  16. Colloque de Sinologie 2010 - Célébration nationale 400e anniversaire de la mort de Matteo Ricci


Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Textes anciens[modifier | modifier le code]

Dictionnaire portugais chinois de Ricci et Ruggieri
  • Histoire de l'expédition chrestienne au royaume de la Chine rédigée par Nicolas Trigault à l'aide des papiers laissés par Matteo Ricci, en latin [lire en ligne], traduction en français imprimée à Lyon en 1616, [lire en ligne] (bibliothèque de Lausanne), réédité dès 1617 [lire en ligne] (université de Tours) ; Édition moderne, Joseph Shih, Georges Bessiere, Joseph Dehergne, Desclée de Brouwer, Paris, 1978.
  • The Diary of Matthew Ricci, in Matthew Ricci, China in the Sixteenth Century, trans Louis Gallagher, (New York: Random House, 1942, 1970), as excerpted in Mark A. Kishlansky, Sources of World History, Vol. 1 (New York: HarperCollins, 1995), le journal de Matteo Ricci.
  • Ricci, le P. Matthieu dans Biographie universelle ancienne et moderne de Michaud, 2e édition 1843 tome 35 page 555, en ligne sur Wikisource.

Textes antérieurs à l'année 2000[modifier | modifier le code]

  • Jonathan D. Spence, Le palais de mémoire de Matteo Ricci, Payot, 1986
  • René Étiemble, L'Europe chinoise - I De l'Empire romain à Leibniz, Gallimard, 1988
  • René Étiemble, L'Europe chinoise - II De la sinophilie à la sinophobie, Gallimard, 1989
  • Li Mateou, l'horloge et le maître du ciel, biographie dans Jésuites de Jean Lacouture, volume 1 page 244, Le Seuil, 1991, (ISBN 2-02-012213-8).
  • Matteo Ricci, le lettré d'Occident, Étienne Ducornet, Ouvrage publié avec le concours du Conseil de l'Université de Fribourg, Collection « Petits Cerf Histoire » 1992.
  • Jonathan D. Spence, La Chine imaginaire - Les Chinois vus par les Occidentaux de Marco Polo à nos jours, Presses de l'Université de Montréal, 2000

Textes postérieurs à l'année 2000[modifier | modifier le code]

  • Le Cerf/Institut Ricci : Liang Shuming, Les idées maîtresses de la culture chinoise. Trad. Michel Masson
  • Jacques Bésineau, Matteo Ricci - Serviteur du Maître du Ciel, Desclée de Brouwer, 2003
  • Paul Dreyfus, Matto Ricci : le jésuite qui voulait convertir la Chine. Paris : Éditions du Jubilé-Asie, 2004. 274 p., 21 cm. (ISBN 2-86679-380-3).
  • Matteo Ricci, Traité de l'amitié. Éditions Noé, 2006. 78 p. (ISBN 2-916312-00-5).
  • Matteo Ricci et Confucius, Jean Charbonnier.- Missions Étrangères de Paris, no 450, mai 2010, pages 51-58
  • Un jésuite chez l'empereur de Chine par Jean Sévillia, Le Figaro Magazine, 3 juillet 2010
  • Vincent Cronin, Le sage venu de l'Occident, Éditions Albin Michel, 1957 et 2010
  • Michela Fontana, Mateo Ricci, Un jésuite à la cour des Ming, Éditions Salvator, 2010 (Grand Prix de la Biographie politique en 2010).
  • An Huo, Lettres à Matteo Ricci, Bayard, 2010 (publié avec la caution scientifique et historique de l'Institut Ricci)
  • Michel Masson, Matteo Ricci un jésuite en Chine - Les savoirs en partage au XVIIe siècle, Editions Facultés jésuites de Paris, 2010

Cartographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]