Christianisme oriental
Le christianisme oriental s'est développé, à partir des provinces orientales de l'Empire romain (Proche-Orient, Anatolie, Égypte, Grèce...), vers le Moyen-Orient, l'Europe orientale, l'Arménie, l'Inde du Sud, l'Éthiopie... Il se caractérise par une organisation non centralisée (la Pentarchie, qui devient la Tétrarchie après que s'en soit détachée l'Église catholique romaine), par la place de la culture et de la langue grecques dans sa diffusion et sa liturgie, et par la multiplicité des dénominations et des pratiques. Depuis le schisme de 1054, il est également défini par contraste avec le « christianisme occidental », incarné initialement par l'Église catholique, de liturgie et de culture latine et d'organisation centralisée autour d'un pontife souverain infaillible, puis aussi, à partir de la réforme protestante, par tous les cultes qui en sont issus.
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Histoire[modifier]
Le christianisme est né et s'est d'abord développé dans la partie orientale de l'Empire romain. Les villes de Jérusalem, d'Antioche et d'Alexandrie jouent le rôle de capitales ecclésiastiques. En 330, l'empereur Constantin Ier transfère la capitale de l'empire de Rome à Constantinople (rebaptisée Nea Roma, « Nouvelle Rome »), qui devient un grand foyer intellectuel. À Rome, première capitale impériale, l'évêque de la capitale impériale (qui fait remonter la fondation de son Église à l'apôtre Pierre) a rang de patriarche, avec les titres (initialement purement honorifiques) de « pontife » et de « premier parmi ses pairs » (en latin Primum inter pares). Le premier concile de Constantinople en 381 place le siège de Constantinople au second rang, juste après celui de Rome.
On aboutit alors à ce qui est connu sous le nom de Pentarchie : les cinq centres historiques de Rome, Constantinople, Alexandrie, Antioche et Jérusalem (dans leur ordre de préséance et de primauté). En dehors de l'Empire romain, les chrétiens étaient libres de s'organiser en Églises indépendantes. Ce fut notamment le cas de l'Église arménienne et de l'Église géorgienne.
Le monde chrétien va ensuite connaître plusieurs controverses christologiques, ainsi que des crises et bouleversements idéologiques et politiques, qui expliquent la situation d'aujourd'hui.
- 301 (ou 314) : conversion de l'Arménie au christianisme. Ainsi, ce pays devient le premier état officiellement chrétien, avant même l'Empire romain.
- 424 : les Églises chrétiennes de l'Empire perse se proclament indépendantes, pour ne plus être soupçonnées de soutenir l'Empire romain.
- 431 : les thèses nestoriennes sont considérées comme hérétiques au concile d'Éphèse. Les nestoriens affirment que deux personnes différentes coexistent en Jésus-Christ : l'une divine et parfaite, l'autre humaine et faillible (Eli, Eli, lama sabachtani : « mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné »). Le concile d'Éphèse proclame que le Christ n'a qu'une seule nature et qu'elle est divine, cette dernière ayant absorbé sa nature humaine.
- 451 : le concile de Chalcédoine proclame l'unique personne du Christ, de nature à la fois divine et humaine. Ce dogme, accepté par la majorité des églises tant en Occident qu'en Orient (de la Grèce au Caucase), est rejeté par certaines églises d'Orient : ce sont celles dites « des trois conciles », et appelées « monophysites » car elles considèrent, comme le concile d'Éphèse, que le Christ n'a qu'une seule nature, divine. C'est le cas, entre-autres, des égyptiens, des éthiopiens et de la majorité des arméniens. On appelle « chalcédoniens », « orthodoxes » ("de la juste foi") ou « melkites » ("partisans de l'empereur") les chrétiens acceptant les dogmes du concile de Chalcédoine, par opposition aux monophysites.
- 484 : les chrétiens de l'Empire perse adoptent le nestorianisme comme doctrine officielle (c'est l'origine des Églises des deux conciles et de l'Église catholique chaldéenne).
- VIIe - VIIIe siècles : trois des centres du christianisme oriental (Alexandrie, Antioche et Jérusalem) tombent aux mains des musulmans : la vie chrétienne y continue, avec le statut de « dhimmis » ("protégés"), mais seules Constantinople et Rome gardent leur liberté politique.
- 687 : l'Église maronite (bien que chalcédonienne) rompt avec Constantinople.
- IXe siècle : évangélisation des peuples slaves : les slaves occidentaux (au sens géographiques, non linguistique : polonais, tchèques, slovaques, slovènes, croates) se rattachent à Rome, les slaves orientaux (serbes, bulgares et Rus' de Kiev) à Constantinople.
- 1054 : lors du Schisme de 1054, Constantinople et Rome s'excommunient mutuellement. Les Églises restées en « communion des sept conciles » (dont Constantinople est le principal centre) constituent ce qui est appelé l'« Église orthodoxe », tandis que l'église de Rome, appelée « Église catholique », aura encore 14 conciles qui modifieront profondément la théologie et le droit canon des sept premiers conciles, avec des innovations comme le filioque, le purgatoire, l'inquisition, le célibat des prêtres, l'infaillibilité papale et bien d'autres.
- 1182 : l'Église maronite entre en communion avec Rome lors des croisades : c'est la plus ancienne des églises dites « uniates ».
- 1204 : Lors de la Quatrième croisade prise et pillage de Constantinople par les armées croisées, sous influence des Vénitiens.
- 1439-1445 : au concile de Florence, l'Église catholique décide d'accorder la liberté liturgique aux Églises d'Orient en échange de leur reconnaissance de l'autorité du pape et des dogmes catholiques.
- 1453 : prise de Constantinople par les Turcs ottomans musulmans qui la rebaptisent Istanbul : cette fois encore, la vie chrétienne y continue, avec le statut de « dhimmis » ("protégés"), le Patriarche de Constantinople ayant, depuis la chute de l'empereur, le statut de « chef des Romains » (soit des anciens citoyens de l'Empire romain d'orient, formant dans l'Empire ottoman la « nation des Roumis »).
- 1551 : Rome réussit à faire reconnaître son autorité à certains fidèles de l'Église de Perse (Église catholique chaldéenne).
- 1589 : création du patriarcat de Moscou qui se proclame « troisième Rome » (la seconde étant Constantinople) et nouveau centre de l'orthodoxie. Désormais, la moitié des chrétiens orthodoxes vivent sous domination musulmane (essentiellement turque ottomane) : seuls y échappent les habitants des trois principautés (vassales, elles aussi, des turcs, mais autonomes) de Transylvanie, Moldavie, Valachie, et ceux de la Russie. Dès lors, la Russie se pose en championne et protectrice de tous les orthodoxes.
- 1596 : par l'union de Brest, une partie des orthodoxes ukrainiens s'unit à Rome, tout en conservant le rite byzantin. Ils forment la deuxième communauté catholique orientale uniate.
- 1697 : par l'union d'Alba-Iulia, une partie des orthodoxes roumains s'unit à Rome, tout en conservant le rite byzantin. Ils forment la troisième communauté catholique orientale uniate.
- XVIIe siècle : grâce aux efforts des maronites, l'autorité de Rome est reconnue par une partie de l'Église orthodoxe d'Antioche (chalcédonienne), de l'Église syriaque orthodoxe (monophysite) et du catholicossat arménien de Cilicie. (miaphysite). Ainsi se créent les Églises grecque-catholique melkite, catholique syriaque et catholique arménienne, ce qui porte le nombre des églises catholiques orientales (« uniates ») à six.
- XIXe siècle : la pression de la Russie et l'affaiblissement de l'Empire turc aboutissent à la libération progressive des chrétiens orientaux du Caucase et des Balkans ; ceux d'Anatolie, en revanche (Grecs et Arméniens pour l'essentiel), restent sous domination turque, et sont expulsés de Turquie au début du XXe siècle en application du Traité de Lausanne.
- XXe siècle et XXIe siècle : l'augmentation de la tension internationale, suite à l'opposition israéliens/palestiniens et, par le jeu des alliances et des solidarités, occidentaux chrétiens/monde musulman, aboutit au proche- et moyen-orient à une diminution de la tolérance des majorités musulmanes envers les minorités chrétiennes en Égypte, Syrie, Irak, Iran et Azerbaïdjan, d'où une émigration continue des chrétiens, surtout les melkites, syriaques et uniates arméniens liés à Rome (donc plus souvent considérés comme des agents d'influence de l'occident, et par ailleurs bénéficiant à l'ouest de points de chute grâce à l'« Œuvre d'Orient » catholique)[1],[2],[3].
Les familles d'Églises orientales[modifier]
Les chrétiens orientaux d'aujourd'hui ont un héritage historique et culturel commun, mais ils ont également connu de nombreuses divisions et recompositions, souvent plus politiques que religieuses.
Les Églises orientales peuvent être regroupées en quatre ensembles, qui forme chacun une « communion » :
- les Églises des deux conciles : Église apostolique assyrienne de l'Orient (Église malabare orthodoxe), Ancienne Église de l'Orient ;
- les Églises des trois conciles (les Églises orthodoxes orientales) :
- Église copte orthodoxe (Église orthodoxe britannique), Église éthiopienne orthodoxe, Église érythréenne orthodoxe ;
- Église syriaque orthodoxe (Église syro-malankare orthodoxe), Église malankare orthodoxe, Église malabare indépendante (Église syro-orthodoxe francophone) ;
- Église apostolique arménienne (Catholicossat de tous les Arméniens, Catholicossat de Cilicie) ;
- les Églises des sept conciles (les Églises orthodoxes « byzantino-slaves ») :
- Églises autocéphales : Constantinople, Alexandrie, Antioche, Jérusalem, Russie, Géorgie, Serbie, Roumanie, Bulgarie, Chypre, Grèce, Albanie, Pologne, Tchéquie-Slovaquie, Amérique* ;
- Églises autonomes (l'astérisque signifie que l'autocéphalie ou l'autonomie n'est pas universellement reconnue) : Sinaï, Finlande, Estonie (Patriarcat œcuménique)*, Estonie (Patriarcat de Moscou)*, Ukraine (Patriarcat de Moscou)*, Moldavie (Patriarcat de Moscou)*, Lettonie (Patriarcat de Moscou)*, Biélorussie (Patriarcat de Moscou)*, Bessarabie*, Ohrid*, Japon*, Chine*, Église orthodoxe russe hors frontières ;
- Églises indépendantes non canoniques : Ukraine (Patriarcat de Kiev), Ukraine (Église autocéphale), Macédoine, Monténégro, Biélorussie (Église autocéphale), Église orthodoxe vieille-ritualiste russe ;
- les Églises catholiques orientales ou « uniates », unies à l'Église catholique romaine (en quelque sorte, l'Église des vingt-et-un conciles), auxquelles on peut associer le Patriarcat latin de Jérusalem :
- tradition alexandrine / abyssinienne : Église catholique copte, Église catholique éthiopienne ;
- tradition syriaque : Église catholique syriaque (Proche-Orient), Église maronite (Liban), Église catholique chaldéenne (Irak), Église catholique syro-malabare (Kerala, Inde), Église catholique syro-malankare (Kerala, Inde) ;
- tradition arménienne : Église catholique arménienne ;
- tradition byzantine : Église grecque-catholique melkite, Église grecque-catholique ukrainienne, Église grecque-catholique roumaine, Église grecque-catholique ruthène, Église catholique byzantine, Église grecque-catholique slovaque, Église grecque-catholique tchèque, Église grecque-catholique hongroise, Église grecque-catholique bulgare, Église grecque-catholique croate, Église grecque-catholique serbo-monténégrine, Église grecque-catholique macédonienne, Église grecque-catholique russe, Église grecque-catholique biélorusse, Église grecque-catholique albanaise, Église grecque-catholique italo-albanaise, Église grecque-catholique hellène, Communauté grecque-catholique géorgienne.
Quelques Églises orientales se rattachent également à l'ensemble des Églises protestantes, notamment en Inde (par exemple, l'Église malankare Mar Thoma).
Évolution récente[modifier]
Proche- et Moyen-Orient[modifier]
La tendance des dernières décennies est celle d'une émigration des chrétiens des pays du Proche- et du Moyen-Orient vers l'Europe occidentale, l'Amérique du Nord, l'Australie. Aujourd'hui, certaines Églises orientales peuvent pratiquement être considérées comme des « Églises en diaspora », à l'exemple de l'Église apostolique assyrienne de l'Orient dont le primat et la majorité des fidèles sont aujourd'hui installés en Occident.
Ces départs de zones traditionnellement chrétiennes peuvent avoir différentes causes, économiques, politiques ou religieuses.
Les communautés une fois installées en Occident peuvent connaître des évolutions très diverses : de l'assimilation et la perte de l'identité culturelle et religieuse, à la réaffirmation et au renouveau de cette identité.
Europe orientale[modifier]
La fin de l'Union soviétique et de la domination russo-soviétique en Europe centrale et orientale a permis une nouvelle liberté religieuse et un renouveau des Églises orthodoxes et catholiques orientales dans cette région. Cela ne va pas sans situations conflictuelles.
La situation est particulièrement complexe en Ukraine et en Roumanie avec la restauration des églises grecque-catholique ukrainienne et grecque-catholique roumaine (qui avaient été liquidées en 1946 au bénéfice respectivement des églises orthodoxe russe et orthodoxe roumaine) et avec la création de plusieurs Églises orthodoxes nouvelles, ne voulant plus être inféodées aux hiérarchies en place à l'époque communiste. La tension tient aussi aux conflits à propos de la restitution de lieux de culte anciennement « Uniates », que les églises orthodoxes ont reçu du pouvoir communiste et qu'elles entendent conserver. L'Église orthodoxe russe, pour qui l'Ukraine fait partie de son territoire canonique traditionnel et qui se considère comme étant la seule héritière légitime de l'ancienne Rus' kievienne, suit cette évolution avec intérêt et préoccupation. Des évolutions similaires peuvent être observées en Biélorussie (où la liberté religieuse est très relative), en Moldavie et chez les Russes des pays baltes.
La Russie elle-même connaît de nombreux débats et situations conflictuelles (rôle et positionnement de l'Église orthodoxe officielle et de ses dirigeants pendant la période soviétique, rapports avec l'Église orthodoxe russe hors frontières, développement de l'Église grecque-catholique russe, la sortie de la clandestinité de l'« Église des catacombes », l'encadrement de la diaspora russe en Occident…).
Europe occidentale et reste du monde occidental[modifier]
L'arrivée de nouveaux immigrés orientaux en provenance du Proche- et du Moyen-Orient ou d'Europe orientale a renforcé et renouvelé les communautés chrétiennes orientales déjà installées et souvent bien intégrées. Deux tendances sont perceptibles, notamment dans les communautés orthodoxes : garder et transmettre le patrimoine culturel et linguistique ou s'adapter à la nouvelle situation. Fréquemment, la religion est conservée, tandis que la langue disparaît au profit de celle du pays d'accueil. On voit ainsi se multiplier les paroisses de langue française ou de langue anglaise. De même, on voit se développer des expériences d'occidentalisation rituelle. Enfin, toujours chez les orthodoxes, on perçoit une volonté de clarification juridictionnelle (organisation des Églises sur un principe « territorial » et non pas « national »).
Voir aussi[modifier]
Notes et références[modifier]
Articles connexes[modifier]
- Liste alphabétique des articles sur les chrétiens d'Orient
- Index thématique des articles sur les chrétiens d'Orient
- Chrétiens d'Orient
- Synode des évêques pour le Moyen-Orient
- Croisades
Bibliographie[modifier]
- Julius Assfalg et Paul Krüger, Petit dictionnaire de l'Orient chrétien, Brepols, Turnhout, 1991 (ISBN 2503500625)
- Ghislain Brunel (dir.), La présence latine en Orient au Moyen Âge, Centre historique des Archives nationales / Champion (col. Documents inédits des Archives nationales), Paris, 2000 (ISBN 2745304097)
- Dmitrij Bumazhnov, Emmanouela Grypeou, Timothy B. Sailors et Alexander Toepel, Bibel, Byzanz und Christlicher Orient : Festschrift für Stephen Gerö zum 65. Geburtstag, Peeters, Louvain, 2011 (ISBN 978-9042921771)
- Alain Ducellier, Byzance et le monde orthodoxe, Armand Colin (col. U), Paris, 1997 (3e éd.) (ISBN 2200015216)
- Alain Ducellier, Chrétiens d'Orient et Islam au Moyen Âge VIIe ‑ XVe siècle, Armand Colin (col. U), Paris, 1999 (ISBN 2200014481)
- Anne-Marie Eddé, Françoise Micheau et Christophe Picard, Communautés chrétiennes en pays d'Islam du début du VIIe siècle au milieu du XIe siècle, SEDES, Paris, 1997 (ISBN 2718190353)
- Bernard Heyberger, Chrétiens du monde arabe : un archipel en terre d'Islam, Autrement (col. Mémoires), Paris, 2003 (ISBN 2746703904)
- Bernard Heyberger, Les chrétiens du Proche-Orient au temps de la réforme catholique, École française de Rome, Rome, 1994 (ISBN 2728303096)
- Raymond Janin, Les Églises et les rites orientaux, Letouzey & Ané, Paris, 1997 (ISBN 2706302062) (5e éd. avec compléments bibliographiques, 1re éd. 1922)
- Pierre Maraval, Lieux saints et pèlerinages d'Orient : histoire et géographie, des origines à la conquête arabe, Cerf, Paris, 1985 (ISBN 2204022144)
- Pierre Maraval, Le christianisme de Constantin à la conquête arabe, Presse universitaire de France, Paris, 2001 (ISBN 2130515959) (1re éd. en 1997)
- Jean Meyendorff, Unité de l'Empire et divisions des chrétiens : l'Église de 450 à 680, Cerf, Paris, 1993 (ISBN 2204046469)
- Jean Meyendorff et Aristeides Papadakis, L'Orient chrétien et l'essor de la papauté : l'Église de 1071 à 1453, Cerf, Paris, 2001 (ISBN 2204066710)
- Frédéric Pichon, Voyage chez les chrétiens d’Orient, Presses de la Renaissance, Paris, 2006 (ISBN 2750900913)
- Jean Richard, La papauté et les missions d'Orient au Moyen Âge (XIIIe ‑ XVe siècles), École française de Rome, Rome, 1998 (ISBN 2728305196)
- Jean-Pierre Valognes, Vie et mort des Chrétiens d'Orient, Fayard, Paris, 1994 (ISBN 2213030642)
- Mahmoud Zibawi, Orients chrétiens, Desclée de Brouwer, Paris, 1995 (ISBN 2220036006)