Totila

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Totila
Image illustrative de l'article Totila
Titre
Roi des Ostrogoths en Italie
541552
Prédécesseur Éraric
Successeur Teias
Biographie
Lieu de naissance Trévise
Date de décès 552
Lieu de décès Taginae, (auj. Gualdo Tadino)

Totila ou Baduila (en gotique 𐍄𐍉𐍄𐌹𐌻𐌰/Totila), dit l'« Immortel » (né à Trévise - mort en 552 à Taginae, (auj. Gualdo Tadino), près d'Urbino, Ombrie) est un roi ostrogoth d'Italie de 541 à 552.

Biographie[modifier | modifier le code]

Totila est élu roi d'Italie en 541 après la mort de son oncle Ildebad et celle de son successeur, son cousin Eraric, dont il organise l'assassinat en 541[1].

Depuis 535 l'empereur byzantin Justinien Ier cherchait à reconquérir l'Italie. Son général Bélisaire vient de prendre Ravenne, la capitale des Ostrogoths en 540 et s'empare de Vitigès leur souverain. Totila est le prince ostrogoth qui est élu roi en remplacement de Vitigès. Doué d'indéniables qualités militaires il est victorieux à Faenza puis reprend aux Byzantins la Toscane, l'Ombrie et l'Italie du sud (prise de Naples en 543).

Ces succès s'expliquent aussi par un choix politique habile. Totila en effet se présente comme le défenseur de l'Italie et de la Romanité face à l'« étranger » grec et son imposante fiscalité. Il cherche aussi à se concilier les Catholiques et rencontre, selon Grégoire le Grand, Benoît de Nursie, l'abbé du Mont-Cassin, qui lui dit [2] « Tu fais beaucoup de mal, tu as fait beaucoup de mal. Cesse enfin de te montrer aussi cruel ». De plus il esquisse une « révolution sociale » en libérant les esclaves présents sur les grands domaines.

Totila assiège la ville de Rome en 544 et, après un siège de deux ans, s'empare de la ville en 546. Il tente alors d'entamer des négociations avec Justinien et essaye de rallier les sénateurs romains à sa politique. C'est un échec et Totila abandonne Rome et vide la ville de tous ses habitants. Bélisaire reprend alors la ville mais est bientôt rappelé à Constantinople. Totila profite du départ du plus célèbre général byzantin de l'époque et reprend l'offensive. Rome est reprise en 552. Peu après (549) Totila arme une flotte qui place sous la direction d'Indulf, un déserteur byzantin, et s'empare de la Corse, de la Sardaigne (549), d'une partie de la Sicile (550) et de la Dalmatie, enfin Corfou et l'Épire sont menacés en 551.

Pour Justinien c'en est trop. Il envoie en Italie son général Narsès avec une armée composée en grande partie de contingents de mercenaires « barbares » (Huns, Gépides, Lombards, Hérules...). Une bataille décisive a lieu à Taginae (Gualdo Tadino dans l'Apennin près d'Urbino en Ombrie) en 552. C'est une cuisante défaite pour les Ostrogoths et Totila est blessé mortellement après la bataille par un jeune gépide nommé Asbad. Même s'ils résistent encore trois ans sous la direction d'un nouveau chef, Theia ou Teias, la mort de Totila marque le début de la fin de la domination des Ostrogoths en Italie. En 555, les dernières troupes gothiques capitulent dans la forteresse de Conza, au nord-est de Salerne.

Légendes et postérité[modifier | modifier le code]

Au Moyen Âge, Totila rejoint la liste des nefandissimi, monstrueux ennemis de l'Église, qui avec Alaric et Attila devaient devenir des symboles d'adversité et des figures littéraires et artistiques[3].

Références[modifier | modifier le code]

  1. Totila neveu d'Ildibad, qui était fort estimé pour la sagesse de sa conduite, et pour la grandeur de son courage, et qui était gouverneur de Tarvisîum, ayant appris la nouvelle du massacre de son oncle, envoya à Ravenne offrir à Constantien de livrer la place pourvu que l'on lui donnât ses assurances. Constantien écouta volontiers la proposition, et lui promit tout ce qu'il voulut. Ensuite ils prirent jour pour l'exécution du traité. Le gouvernement d'Eraric était déjà insupportable aux Goths. Ils le tenaient incapable de soutenir le poids de la guerre contre les Romains ; et ils lui reprochaient en face, les maux qu'il avait attirés sur eux, depuis la mort d'Ildibad. Enfin ils envoyèrent à Tarvsium offrir la couronne à Totila. Le regret qu'ils avaient de la perte d'Ildibad, leur faisait espérer de devenir victorieux sous la conduite d'un de ses parents, qui l'imiterait. Totila expliqua à ceux qui lui furent envoyés, l'accord qu'il avait fait avec les Romains, et il leur promit de faire ce qu'ils demandaient, pourvu que dans un jour qu'il leur marqua, ils se défissent d'Eraric. Les Goths ayant reçu cette réponse, songèrent au moyen de faire mourir ce prince. Tandis que cela se passait dans le camp des Goths, les Romains, à qui l'agitation de leurs ennemis donnait du repos, demeuraient dans l'oisiveté, et ne formaient aucune entreprise. Dans le même temps Eraric proposa d'envoyer une ambassade à Justinien, pour lui demander la paix, aux mêmes conditions auxquelles il l'avait accordée à Vitigis, c'est-à-dire, à la charge que les Goths se contenteraient du pays qui est au-delà du Pô, et qu'ils abandonneraient le reste de l'Italie. La proposition ayant été agréée, il envoya Caballarius, et quelques autres de ses plus intimes amis en apparence, pour exécuter ce qui avait été résolu ; mais il le ordonna ordre, en particulier, de demander pour lui de grandes sommes d'argent, une place dans le Sénat, avec le titre de patrice ; et d'offrir de sa part de céder l'Italie, et de se dépouiller de la dignité royale. Les ambassadeurs suivirent exactement tous ses ordres; mais sur ces entrefaites il fut tué en trahison par les Goths, et Totila fut élu roi en sa place, comme il avait été convenu. (Procope, Guerres contre les Goths, livre III, chapitre I, 2, traduction Cousin, 1685)
  2. Dammertz 1980, p. 8
  3. Jacques Chiffoleau, « Dire l'indicible. Remarques sur la catégorie du nefandum du XIIe au XVe siècle », Annales. Histoire, Sciences Sociales, 1990, v. 45, n° 2, pp. 289-324.

Sources[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Louis Halphen, Les Barbares. Des Grandes invasions aux conquêtes turques du XIe siècle, PUF, 1946, p. 102 - 103.
  • (en) Peter J. Heather, 3The Goths, Blackwell Publishing, 1996.
  • Victor Dammertz, Saint Benoît père de l'Occident : Benoît-Patron de toute l'Europe, t. Titres de Benoît, Anvers, Fonds Mercator,‎ 1980, 477 p.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :