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Jñāna

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Jñāna (sanskrit, devanagari : ज्ञान ; pali : ñāṇa) est, dans l'hindouisme, un mot qui signifie « connaissance, savoir »[1], mais il peut être traduit par gnose, mot apparenté à jñāna.

Le jñāna est de deux ordres: la connaissance commune et la connaissance de la Réalité ultime, qui diffère selon les systèmes philosophiques et religieux. On retrouve cette notion importante dans les philosophies de l'hindouisme, dans le bouddhisme et dans le jainisme.

Dans l'Advaita Vedānta

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Étymologie et distinction conceptuelle

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Le mot jñāna dérive de la racine verbale sanskrit JÑĀ-, signifiant connaître, savoir. Il se distingue de vidyā, issu de la racine VID- (même sens), ce dernier désignant plus spécifiquement la science ou l'étude par excellence, jusqu'aux Védas eux-mêmes. Dans le cadre védantique, jñāna désigne la connaissance libératrice proprement dite, distincte aussi de vijñāna, qui relève de la connaissance discriminative ou scientifique des objets du monde[2].

Source textuelle fondatrice : la Muṇḍaka-Upaniṣad

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Dès la composition des Upaniṣads, le jñāna constitue la voie prépondérante de délivrance (mokṣa). La Muṇḍaka-Upaniṣad en offre l'une des formulations les plus explicites, distinguant une connaissance supérieure (parā vidyā) — révélant l'immuable — d'une connaissance inférieure couvrant les sciences de l'époque ainsi que la connaissance rituelle des Védas eux-mêmes. Par la connaissance supérieure, le sage parvient à percevoir partout ce qui est sans attaches ni caractéristiques, éternel et omniprésent, la matrice de tous les êtres, et s'identifie à ce principe : « Quiconque connaît le suprême brahman devient brahman lui-même »[2]. Cette connaissance a un effet immédiat et résolutif : elle « dénoue les nœuds du cœur », image d'une intrication profonde dont la dissolution établit le sujet dans l'Être et la vérité.

Nature identificatoire de la connaissance libératrice

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Dans l'Advaita Vedānta, le jñāna libérateur n'est pas une connaissance d'objet — elle ne porte pas sur un autre. C'est une coïncidence, une saisie évidente du Soi par le soi, analogue à la reconnaissance d'une personne précédemment méconnue. Elle s'exprime par la grande parole so'ham (« cela, je le suis ») et par l'affirmation tat tvam asi (« tu es cela »). Elle n'est ni livresque, ni intellectuelle au sens ordinaire du terme : elle est index sui, auto-révélation, et s'accomplit dans la translucidité d'un éveil[2],[3].

Cette connaissance est également purgative : en dissolvant l'ignorance (avidyā) et les fausses identifications au corps, au psychisme et aux biens du monde, elle révèle la nature essentielle du sujet, désignée par la triade sat, cit, ānanda — être, conscience et joie parfaite. Ces trois attributs essentiels ne sont pas des qualités mondaines mais la tonalité ontologique de l'ātman-brahman, réalité transpersonnelle et impérissable[2].

L'apophatisme védantique et la distinction d'avec l'intellect

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La voie du jñāna dans l'Advaita culmine dans une position apophatique résumée par la formule neti neti (« ni ceci, ni ceci ») : le sujet se désidentifie successivement de toutes ses déterminations contingentes — sexe, âge, caractère, moi — pour reconnaître sa nature comme pure présence consciente. L'Advaita distingue à cet effet quatre états de conscience : la veille ordinaire, le sommeil avec rêves, le sommeil profond, et un quatrième état (turīya), qui est la conscience non-affectée, fond silencieux des trois premiers[2].

Cette connaissance se distingue radicalement du modèle scientifique et expérimental propre aux sociétés modernes. L'opposition sujet-objet y est déplacée au profit d'une opposition entre illusion (māyā) et réalité : connaître, c'est sortir de l'illusion, non constituer un savoir sur un objet extérieur. En cela, le jñāna védantique est pensé sur le modèle du réveil plutôt que de l'acquisition[3].

Distinction avec le nirvāṇa bouddhiste

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Bien que le bouddhisme partage avec le Vedānta le constat que l'ignorance est la racine de la souffrance, les deux traditions divergent sur un point central : l'hindouisme non-dualiste pose l'absoluité d'un sujet — l'ātman-brahman — dont les attributs essentiels sont l'être, la conscience et la joie. Le nirvāṇa bouddhiste, à l'inverse, ne retient pas la consistance d'un tel sujet-support de la béatitude, ce qui constitue une difficulté conceptuelle que l'Advaita résout par l'affirmation positive de la plénitude du Soi (pūrṇa)[2].

Pour le bouddhisme, jñāna au sens de la connaissance est complémentaire de prajna qui elle est l'intuition, mais que l'on traduit aussi par sagesse[4].

Pour le Jaïnisme, jñāna est l'intuition et aussi la connaissance issues de la méditation. Soit une meilleure compréhension développée par l'exploration spirituelle. Cela inclut toutes les formes de savoir indirect, un élément clé de la foi[5],[6].

Notes et références

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  1. B.M. Sullivan, The A to Z of Hinduism, Vision Books, 2001, 288 p. (ISBN 8170945216) p. 111
  2. a b c d e et f Martine Chifflot, « Le guru à la croisée de la voie de la connaissance et de la voie de l'amour », Aditi, n° 1, Centre Aditi, juin 2018, p. 49–50. Texte intégral en ligne.
  3. a et b Martine Chifflot, « La libération selon le Yoga et le Védānta », L'Enseignement philosophique, vol. 72, n° 4, 2022, p. 35–46. DOI 10.3917/eph.725.0035
  4. (en) Charles S. Prebish, The A to Z of Buddhism, New Delhi, Vision Books, , 280 p. (ISBN 978-81-7094-522-2), p. 143.
  5. (en) Acharya Hemchandra, Trishasti Shalaka Purusa Caritra 1, Jain eBooks, 560 p.
  6. (en) Helen M Johnson, Helen M Johnson Trisastisalakapurusacaritra Vol I, digitallibraryindia; JaiGyan, , 560 p. (lire en ligne)

Articles connexes

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