Brahmā

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Quadruple tête de Brahma, sculptée au Cambodge (province de Siemreap, Phnom Bok) dans le style du Bakheng (fin IXe - début Xe siècle), Musée Guimet

Brahmā (devanāgarī : ब्रह्मा)[1] est le dieu créateur-démiurge de l'hindouisme, le premier membre de la Trimūrti, la trinité des déités hindoues majeures. Les autres membres sont Vishnou et Shiva. Sarasvatī est sa shakti, son énergie, son épouse. Sa monture vāhana est un hamsa, une oie ou un cygne. Sa couleur est le rouge. Il n'est pas mentionné dans les Veda (pas comme Brahmā, mais comme Prajāpati), ni dans les Brāhmana, mais il est cependant très présent dans le Mahābhārata, le Rāmāyana et les Purāna.

Brahmā intervient seulement de façon occasionnelle dans les affaires des dieux, et encore plus rarement dans celles des mortels. Il est considéré comme le père de Dharma et Atri. Brahmā vit à Brahmapura, une cité située sur le mont Meru.

Sa vie dure 36 000 de ses jours (cent de ses années), chacun d'eux valant environ 8,64 milliards d'années des mortels (voir Mesure védique du temps). Brahmā est un agent du Brahman, le « Soi Suprême » de l'hindouisme.

Ce dieu est un deus otiosus[2] : bien qu'étant le Créateur de toutes les créatures vivantes, il n'y a que quelques temples lui étant totalement dédiés, à Pushkar au Rajasthan, à Kumbakonam, à Thirupattur au Tamil Nadu[3], et à Thirunavaya au Kerala[4], ainsi que le temple d'Angkor Vat au Cambodge.

Représentation[modifier | modifier le code]

Sculpture de Brahmā à Halebid dans le Karnataka.

Il est traditionnellement représenté avec quatre têtes et quatre bras. Chacune de ses têtes récite un des quatre Veda. Ces quatre visages, selon certains védantins, représentent aussi le fonctionnement de la personnalité propre (antahkarana) laquelle est faite des pensées. Il y a l'esprit (manas), l'intellect (buddhi), l'ego (ahamkara), et la conscience conditionnée (citta). C'est le symbole des quatre voies de fonctionnement de la pensée; ce sont les manifestations de la conscience floue[5]. Ils peuvent aussi représenter les quatre points cardinaux, les quatre Védas, les quatre yuga, etc.[6] Ses mains tiennent :

  1. un pot à bec utilisé pour créer la vie dénommé kamaṇḍalu,
  2. une akṣamālā, un rosaire,
  3. un livre (pustaka) représentant le texte des Veda,
  4. une ou deux louches sacrificielles, sruk et/ou sruva[7].

Ses quatre têtes s'expliquent par la légende suivante : lorsqu'il était en train de créer l'univers, Brahmā engendra une déité féminine nommée Shatarūpā (IAST: Śatarūpā), celle aux cent formes superbes, également nommée Sarasvatī[8]. Brahmā en tomba immédiatement amoureux. Śatarūpā se déplaça alors dans de nombreuses directions pour éviter le regard insistant de Brahmā. Mais, où qu'elle allât, Brahmâ se créait une tête pour pouvoir continuer à la voir. À la fin, il en eut cinq, une pour chaque direction cardinale et une pour regarder au-dessus.

Dans le but de contrôler le dieu, Shiva coupa la tête supérieure, mais lorsqu'il apprit que Śatarūpā était la fille de Brahmā, il décida que c'était inconvenant pour lui d'en être obsédé et décréta qu'il n'y aurait pas de lieu où il serait vénéré. En effet, seuls Vishnou - ou ses avatars - et Shiva continuent à être vénérés alors que Brahmā est quasiment ignoré ; il ne possède que quelques temples à lui dédiés, à Pushkar notamment. Depuis cet incident, Brahmā récite les quatre Veda en pénitence.

Les épiclèses de Brahmā[modifier | modifier le code]

Selon ses attributs, il est présent dans les textes et les commentaires sous des noms différents[9] :

  • Hiranyagarbha : lorsqu'il est dans son attribution de créateur, d’œuf initial
  • Prajâpati : Seigneur de tout ce qui vit[10]
  • Brihaspati: Grand maître (dans son attribution de précepteur des Devas)
  • Vîrâj : le brillant[11]
  • Aja : le non-né (ce qui correspond sa sa qualité de s'engendrer à partir de lui-même)[12]
  • Âdikavi : le premier poète[13]
Temple de Brahmā à Pushkar

Le Brahmā bouddhiste[modifier | modifier le code]

Dans le bouddhisme, Brahmā n'est pas considéré comme le créateur du monde mais comme le roi des dieux ; il est, comme toute créature en dehors des bouddhas et des arhat, soumis au cycle du saṃsāra.

Il intervient cependant à plusieurs reprises. Notamment, Shakyamuni, après avoir atteint l'illumination, l'éveil, hésite à enseigner au monde une doctrine si subtile. Brahmā intervient alors pour le convaincre d'enseigner, puisque certains seront assez sages pour comprendre un tel enseignement.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. The Sanskrit Heritage Dictionary de Gérard Huet
  2. Deus otiosus, Dieu qui n’agit plus sur la création, qui n’est plus responsable des actions terrestres
  3. http://www.brahmatemple.org/brahma_history.htm
  4. http://thinkingparticle.com/articles/lord-brahma-temples-india-pushkar-and-others
  5. "The symbolism of hindu gods and rituals" de A. Parthasarathy publié chez Vedanta Life Institute, page 50
  6. Gösta Liebert, Iconographic Dictionary of the Indian Religions, Hinduism-Buddhism-Jainism, 1976, p. 46
  7. A. Daniélou, Mythes et dieux de l'Inde : le polythéisme hindou, 1992, p. 36
  8. A. Daniélou, Mythes et dieux de l'Inde, p. 364
  9. The Sanskrit Heritage Dictionary de Gérard Huet
  10. Manu Smrti 1.34, parfois identifié à une des dix premiers dieux créés par Brahma
  11. http://www.hinduwebsite.com/brahmanaspects.asp
  12. SRIMAD-BHAGAVATAM 3-19-27 :http://www.vedaveda.com/les_vedas/srimad/chant3/chant3chap19suite6.html
  13. John Dowson, A Classical Dictionary of Hindu Mythology, and Religion, Geography, History, Asian Educational Services, 2004, p. 59

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Article connexe[modifier | modifier le code]