Rudra

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Rudra, dessin d'un livre sur l'hindouisme du XIXe siècle.

Rudra (devanagari: रुद्र) est un dieu du Rig-Véda, associé à la nature sauvage, au vent, à la tempête et à la médecine[1]. Maître des animaux, il est à la fois chasseur de gibier (mriga-vyadha) et maître du bétail (Pashupati)[2].

Il est l'archer divin avec comme attribut principal l'arc d'Indra.

Étymologie[modifier | modifier le code]

Le nom du dieu rudrá- se superpose exactement à l'adjectif latin rullus « rustre »[3].

Le nom a été traduit par « Le Rugissant », « Le Hurleur », le « Furieux[4] ». Rudra est une figure primitive de Shiva, un des dieux majeurs de l'hindouisme[5]. En effet, le théonyme Shiva provient d'une épithète de Rudra, l'adjectif shiva « gentil, aimable » utilisé par euphémisme pour ce dieu qui, dans le Rigveda porte également l'épithète ghora « terrible ». L'utilisation de l'épithète a fini par dépasser le théonyme d'origine et dans la période post-védique (dans les épopées sanskrites), le nom de Rudra a fini par être considéré comme un synonyme du dieu Shiva et les deux noms ont été utilisés de façon interchangeable.

Mythe[modifier | modifier le code]

Le mythe central de Rudra qui illustre sa position dans le panthéon védique est le sacrifice de Daksha : tous les dieux y ont été conviés, sauf lui. Il se venge selon les versions soit en le pertubant ou en mutilant plusieurs divinités.

Une version précise que Rudra crée de sa bouche un monstre nommé Vīrabhadra « bénéfique aux héros » qui jette des flammes. Selon la version des Puranas, Rudra désormais nommé Shiva mutile plusieurs participants et est qualifié de Bhagahārin- « qui a frappé Bhaga ».

L'identification de Rudra à Agni dieu du feu sacrificiel et du foyer jointe à son qualificatif de vāstavia- « resté sur place » fournit une explication au mythe : le feu a permis aux dieux de monter au ciel grâce à sa flamme et à sa fumée, mais ses braises restent liées au foyer. L'Inde présente une variante du mythe indo-européen que l'on retrouve dans les Sarcasmes de Loki ou la légende de Syrdon où le Feu divin n'est pas agressif parce qu'exclu (injustement) du banquet des dieux mais exclu du banquet en fonction de son agressivité verbale (le « feu de la parole »). L'agressivité est naturelle au feu qui peut se muer en ennemi[6].

Nature et fonctions[modifier | modifier le code]

Le mythe indien le présente comme un démon ásura-, ennemi des dieux. Néanmoins, ce terme qui signifie initialement « seigneur » s'applique d'abord aux grandes divinités[7]. Il est ainsi dit « maître du monde ». Mais il ne règne que sur la part sauvage, forestière, montagnarde et nocturne du monde. Pour cette raison, il est le chef naturel des jeunes hommes et des Maruts. Il préside à l'initiation des garçons qui s'effectue dans la nature sauvage et partiellement la nuit. L'activité de la chasse s'y ratache. Ces bandes représentent le Männerbund aristocratique[7]. Plus largement, il a pour séides tous ceux qui vivent en dehors de notre monde ou qui en sortent : les malfaiteurs, les marchands ambulants, les chasseurs, les pêcheurs, les éleveurs de chiens qui sont priés d'exercer leurs activités loin du village. Comme Hermès, Rudra est le dieu des voleurs et la formation au vol fait partie de l'initiation des jeunes garçons lors du Männerbund[7].

Il est le père des Rudras, un groupe de divinités qui sont les correspondants divins des jeunes hommes soumis à l'initiation dans la nature sauvage que Rudra a reçue en partage.

Sa couleur est le rouge sombre, mais en tant que sanglier céleste, il est qualifié de « fauve », « rouge clair »[8].

Archer divin, il a comme attribut principal l'arc d'Indra. Son arme, la flêche, s'identifie à l'éclair[9].

Vers Shiva[modifier | modifier le code]

Rudra est la deuxième facette de Shiva, appelé parfois Shiva-Shankar, la face sombre de Shiva ; dieu des animaux, de la mort, des orages. Dieu hurleur effrayant et dieu des tempêtes. Il représente le côté le plus mystérieux du grand dieu, il n'intervient que dans certaines incarnations (avatars de Krishna) pour rappeler à Shiva qu'il n'y a pas de dualité en lui (puisque Shiva est une conscience pure) lorsque l'être aimé est perdu : on pourrait dire que Rudra est Shiva sans sa Shakti.[réf. nécessaire]

Modernité[modifier | modifier le code]

C'est encore un des nombreux noms de Krishna. Par ailleurs, Rudra est le nom choisi par le chorégraphe Maurice Béjart pour son école de jeunes danseurs, basée à Lausanne (Suisse): l'École-atelier Rudra, fondée en 1992.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Bernard Sergent, Le dieu fou. Essai sur les origines de Siva et de Dionysos, Paris, Les Belles Lettres, 2015
  • (de) Ernst Arbman: Rudra. Untersuchungen zum altindischen Glauben und Kultus. Akademiska Bokhandeln, zugl.: Univ. Uppsala, Diss. 1922
  • (de) Manfred Mayrhofer: Der Gottesname Rudra In: Zeitschrift der Deutschen Morgenländischen Gesellschaft, Bd. 103, Harrassowitz, Wiesbaden 1953, p. 141–150.

Références[modifier | modifier le code]

  1. The A to Z of Hinduism par B.M. Sullivan publié par Vision Books, pages 185 et 186, (ISBN 8170945216)
  2. Guillaume Ducœur. Conquérir sa part sacrificielle en Inde ancienne : le pouvoir rudraïque. In: Dialogues d'histoire ancienne. Vol. 35 N°1, 2009. pp. 41-59.
  3. Jean Haudry, Le feu dans la tradition indo-européenne, Archè, Milan, 2016 (ISBN 978-8872523438), p.493
  4. Gérard Huet, Dictionnaire Héritage du Sanscrit (lire en ligne).
  5. Catherine Clément, Promenade avec les dieux de l'Inde, Points, , p. 36.
  6. Jean Haudry, 2016, p.494-495
  7. a b et c Jean Haudry, 2016, p.494
  8. Jean Haudry, 2016, p.493
  9. Patrice Lajoye, Perun, dieu slave de l'orage. Archéologie, histoire, folklore, Lingva, 2015, p. 258-259