Éveil spirituel

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La notion d'éveil spirituel (appelée également « illumination[n 1] », « réalisation de soi », « libération[n 2] », ou simplement « éveil »), communément associée au bouddhisme et à l'hindouisme, désigne dans plusieurs traditions religieuses, philosophiques et spirituelles, le retour à sa véritable nature[n 3], avec abandon de l'ego (« moi-je »), en tant qu'aboutissement d'un cheminement spirituel. Cet éveil prend parfois la forme mystique d'une extase ou union (samadhi) avec l'univers ou un principe divin[n 4].

Dans un contexte universitaire, notamment sociologique, les états d'éveil peuvent être classés parmi les états modifiés de conscience.

L'expression a pris un sens aux contours plus flous dans la mouvance dite New Age, où les acceptions et les traductions les plus diverses de la notion sont parfois amalgamées.

La notion d'éveil spirituel dans les traditions religieuses[modifier | modifier le code]

Ramakrishna en 1879, alors qu'il était apparemment en état de samadhi.

L’éveil spirituel, tel qu'il est défini dans certains courants mystiques de l'hindouisme[1] (voir moksha), du bouddhisme[2] (voir les notions de bodhi, bouddhéité, satori et nirvāna, voir également « l'éveil à soi » de Kitarō Nishida[3]), du christianisme (voir la conversion religieuse) et dans certains courants plus éphémères, comme l'illuminisme, représente l'aboutissement d'un engagement personnel sur une voie spirituelle. Une ascèse physique, morale, intellectuelle est censée conduire le pratiquant à l'émancipation radicale que représente l'éveil spirituel : toutefois, celui-ci peut être compris comme pouvant survenir brutalement (voir courant Zen Rinzai, révélations d'ordre mystique). Hermann Hesse, dans une lettre écrite à un ami, donne cette définition de l'éveil : « atteindre cet éveil, cette union avec la totalité, non de manière intellectualisée mais en la vivant comme une réalité avec l’âme et le corps, devenir cette unité, voilà le but auquel aspirent tous les disciples du Zen »[4].

Une telle expérience, traditionnellement réputée bouleversante, est décrite dans différentes traditions (hindouiste, le dvija, ou chrétienne, notamment) comme une « seconde naissance ». L'individu y découvrirait sa véritable nature accompagnée parfois, mais passagèrement, de joies et des états inaccessibles au commun des mortels (ataraxie, apatheia, samadhi).

Ce concept évoque traditionnellement, dans la philosophie indienne, une libération totale de l'ego (en tant que « moi » commun) pour un retour à sa véritable nature. Selon les courants, les moyens de parvenir à l'éveil diffèrent. Par exemple il existe plusieurs formes de yoga.

On trouve également l'expression dans le catholicisme pour désigner, de façon moins radicale, une première initiation ou un « éveil à la foi[5] ».

La notion hors du cadre religieux[modifier | modifier le code]

La notion d'éveil spirituel est parfois rapprochée du concept d'intuition tel qu'il est proposé par Héraclite[6] et Platon (notamment dans l'allégorie de la caverne) ou encore Plotin, Spinoza ou Bergson. Hors de toute notion de divinité, l'éveil spirituel est décrit comme une « vision directe du réel » caractérisée par un sentiment d'éternité, une joie infinie, un émerveillement devant la perfection intrinsèque de toute chose, un sentiment de non-séparation entre sujet et objet, une dissolution du sentiment d'individualité séparée et une communion avec toute chose.

Dans une lettre célèbre à Freud, l'écrivain français Romain Rolland évoque une telle expérience spirituelle non religieuse qu'il appelle « sentiment océanique ».

Jiddu Krishnamurti est un des penseurs modernes qui a le plus répandu la notion hors du cadre religieux[7]. D'autres auteurs contemporains, principalement issus du néo-advaïta occidental, utilisent fréquemment l'expression notamment Eckhart Tolle, Andrew Cohen, Jean Klein, Douglas Harding, Stephen Jourdain.

L'éveil spirituel dans l'approche des sciences sociales[modifier | modifier le code]

Le sociologue n'aborde pas la notion de la manière dont le fait l'initié d'une école philosophique ou spirituelle. De manière générale (il existe quelques exceptions en sociologie comme Edgar Morin, René Barbier[8] ou Éric Forgues[9], sociologues qui témoignent de leurs propres expériences spirituelles en utilisant cette expression), la formule utilisée pour désigner ce concept est état modifié de conscience[10]. Certains, comme Danièle Hervieu-Léger, parlent de « la plus haute conscience de soi[11] ».

L'éveil dans la mouvance New Age[modifier | modifier le code]

L'éveil spirituel est central dans les mouvements New Age, en tant que moyen de transformation de l'humanité[12].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Bouddhisme[modifier | modifier le code]

  • Au seuil de l’éveil, Dilgo Khyentse, éditions Padmakara, 1991
  • L’expérience de l’éveil, Nan Huai Chin, Seuil
  • Sous l'arbre de l'éveil : le bouddhisme dans son contexte historique, Étienne Hauttekeete, Kunchab, 2009
  • Bodhicaryāvatāra de Shantideva :
    • Vivre en héros pour l'Éveil, Georges Driessens, Seuil/Points Sagesse, Paris, 1993
    • La marche vers l'Éveil, Comité Padmakara, Saint-Léon-sur-Vézère (France), 2007 (2e édition)
    • Alexis Lavis, La conscience à l’épreuve de l’éveil, Paris, Les Éditions du Cerf, coll. « Sagesses d’Asie », , 546 p. (ISBN 978-2-204-12762-2)
  • Lamrim :
    • Atisha (Dipamkara Shrîjñâna), La lampe pour la voie de l'éveil (XIe siècle), traduction du tibétain par Marie-Stella Boussemart, Institut Guépèle, 2008, 95 p.
    • Gampopa, Le précieux ornement de la libération (XIIe siècle), Padmakara, 1999, 300 p.
    • Tsongkhapa, Le Grand Livre de la progression vers l'éveil (1402), trad. Georges Driessens, Dharma, 1999, 481 p.
  • Soutra de l'Éveil parfait, traduction Catherine Despeux, Fayard, 2005

Hindouisme[modifier | modifier le code]

  • Spiritualité hindoue, Jean Herbert, Albin Michel, 1972
  • La spiritualité hindoue, Mariasusai Dhavamony, Beauchesne, 1997
  • The Hindu way of awakening, J. Donald Walters, Crystal Clarity, 1998

Perception occidentale[modifier | modifier le code]

  • Science de l’Eveil Spirituel, Selim Aïssel, Éditions EccE, 2013
  • L’Irrévérence de l’Eveil, Stephen Jourdain, Accarias L’Originel, 2005
  • Les voix de l'éveil : Écritures et expérience spirituelle, Jean-Yves Pouilloux, L'Harmattan, 2009
  • Spiritualité contemporaine : défis culturels et théologiques, Camil Ménard, Fides, 1996
  • Le pouvoir du moment présent — Guide d'éveil spirituel, Eckhart Tolle, Ariane, 2000
  • Anthologie sur l'illumination spirituelle, Dervy, Érik Sablé, 2006
  • René Daumal : vers l'éveil définitif, Roger Marcaurelle, L'Harmattan, 2004
  • (en) Contemplative Science: Where Buddhism and Neuroscience Converge, B. Alan Wallace, Columbi University Press, 2007
  • Uranus et l'éveil spirituel, Emmanuel Le Bret, Dervy, 1999
  • L'au-delà au fond de nous-mêmes, initiation à la méditation, Alphonse et Rachel Goettmann, Albin Michel, 1997
  • Les portes de la perception, Aldous Huxley, Harper & Row, 1954 — Éveil spirituel sous usage de mescaline

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. L'illumination est un terme utilisé dans un contexte religieux, notamment dans le bouddhisme pour parler de bodhi et du satori (éveil permanent), ou kensho (éveil temporaire).
  2. Le nirvana bouddhiste (délivrance permanente du saṃsāra), ou moksha, l'équivalent hindouiste (cf. nirvāṇa et mokṣa, sur https://sanskrit.inria.fr/).
  3. Appelée dans certaines écoles bouddhistes, la nature de bouddha.
  4. Tel que brahman dans la philosophie indienne, ou Dieu dans les religions monothéistes.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Vocabulaire de l'hindouisme, Jean Herbert, Jean Varenne, Dervy, 1985
  2. Kelsang Gyatso, Introduction au bouddhisme : une explication du mode de vie bouddhiste, Tharpa, (présentation en ligne), p. 207
  3. Michel Dalissier, Anfractuosité et unification : la philosophie de Nishida Kitarô, Droz, (présentation en ligne), p. 114 « l’éveil à soi est un phénomène qui survient lorsqu’un système de conscience partie est unifié au centre de la conscience totale »
  4. Hermann Hesse, Neue Zürcher Zeitung 10 décembre 1961
  5. Gilles Routhier, Le devenir de la catéchèse, Médiaspaul, (présentation en ligne), p. 37
  6. Encyclopédie des mystiques, Marie-Madeline Davy, Robert Laffont, 1972
  7. "L'éveil de l'intelligence" et Se libérer du connu Krishnamurti
  8. http://www.barbier-rd.nom.fr/MorinConnaissance.html Dans lequel il évoque "l'accomplissement de soi" ou "l'avènement de la liberté radicale" et "l'éveil de l'intelligence" au sens de Jiddu Krishnamurti
  9. L'activité symbolique, La formation de soi et de la société, Paris, L'Harmattan, 2009. Voir aussi http://manuscritdepot.com/a.eric-forgues.1.htm Le nouvel âge vu par la presse écrite francophone au Québec. Éric Forgues, sociologue, chercheur à l'Institut canadien de recherche sur les minorités linguistiques. Depuis 1998, il mène des recherches sur le développement communautaire, la santé et le bien-être, le développement régional et durable. Il a enseigné à l'Université de Moncton en sociologie et en études environnementales
  10. Georges Lapassade, Les États modifiés de conscience, Presses universitaires de France), (ISBN 978-2-13-066370-6, lire en ligne)
  11. Le Pèlerin et le converti Danièle Hervieu Léger
  12. Jean-Paul Kurtz, Dictionnaire Etymologique des Anglicismes et des Américanismes, BoD, (ISBN 978-2-322-03437-6, lire en ligne), p. 850

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]