Jaïnisme

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Une statue d'Ajitnath, deuxième Tîrthankara, « créateur de chemin », du cycle du temps jaïn actuel.

Le jaïnisme ou jinisme (du sanskrit Jina, « vainqueur du soi ») est une des plus anciennes religions[1], dont les origines sont peu connues, qui seraient venus de l'animisme et qui prend ses racines dans la plus haute antiquité[2]. Le jaïnisme ou dharma jaïn compte près de six millions de fidèles dans le monde, ascètes et laïcs confondus, en majorité en Inde[3] (30 000 en Europe et 100 000 aux États-Unis[4],[5]).

Le but de la vie pour les jaïns est le même que pour l'hindouisme, le bouddhisme et le sikhisme. Le croyant doit atteindre l'illumination appelée moksha ou nirvana. L'humain doit sortir du flux perpétuel des réincarnations : le samsara, par des choix de vie appelés vœux comme la non-violence ; la prière, la méditation, et le jeûne sont aussi des pratiques jaïnes. Les Maîtres éveillés, moteurs spirituels de cette religion dénommés les Tirthankaras (en sanskrit « les faiseurs de pont ») ont enseigné avant notre ère les principes du jaïnisme. Le terme de chemin de purification est utilisé de nos jours pour décrire la route que doit suivre le pèlerin afin d'atteindre le but de toute vie : l'illumination.

Histoire[modifier | modifier le code]

Le jaïnisme connait ses débuts en Inde dès le Xe siècle avant notre ère grâce au Maître éveillé Rishabhanatha[6]. Il atteint un sommet de son développement au cours du VIe siècle av. J.-C., sous l'influence de Mahâvîra, le dernier Tirthankara. Vingt-deux Maîtres éveillés ont alors vécu entre ces deux hommes ; ils ont creusé leurs sillons dans la civilisation du sous-continent indien et déjà apporté de nombreuses fleurs, de nombreux fruits dans les consciences des croyants par leurs enseignements. Mahavira donna lui des cours primordiaux suivis encore aujourd'hui. Il construisit des bases solides à la foi jaïne, tel un prophète. Mahâvîra est décrit comme un pionner de la civilisation de l'Inde[7] au même titre que Confucius, ou Socrate sur leurs continents. La non-violence : l'ahimsa est devenue la pratique la plus prêchée ; tout à chacun a alors œuvré pour sa mise en place dans la société du sous-continent indien. Les Acaryas ou chef d'ordres religieux ont continué le travail des Tirthankaras à travers les siècles, travail théologique, travail pédagogique qui ont permis le développement et la croissance de cette religion. Des temps antiques, il reste les textes sacrés, les Purvas, les enseignements des Tirthankaras, les Agamas de Mahâvîra entre autres. Le yoga a aussi fait son entrée dans la pratique du jaïnisme.

La communauté[modifier | modifier le code]

Si d'époque en époque les Acarayas jaïns ont enseigné la foi, cette religion vit surtout à travers ses rituels religieux réunissant laïcs et moines-ascètes itinérants. Il est possible de devenir jaïn en suivant les Trois Joyaux, valeur commune avec le bouddhisme, l'hindouisme et les Mahavratas : des décisions morales. La propagation en Inde de la non-violence, de la charité universelle, du végétarisme ou du véganisme, à toutes les époques envers tous : personnes ou créatures, au-delà des frontières idéologiques et communautaires sont la moisson d'une foi très pacifiste et humaniste[8]. Il s'est créée en Inde une architecture religieuse spécifique jaïnique de bâtiments complémentaires aux pratiques de la vie itinérante des religieux

La philosophie jaïne[modifier | modifier le code]

Symbole officiel du Jaïnisme représentant la Cosmographie jaïne et sa devise : Parasparopagraho Jivanam (« les vies se doivent un mutuel respect »). La paume de la main représente la non-violence, le réconfort moral et la compassion.
Symbole Jaïn ; le svastika est un symbole majeur du jaïnisme. Ici, les points bleus entre les branches du svastika représentent les quatre mondes : en haut à gauche, le monde des hommes ; en haut à droite, le monde des dieux ; en bas à gauche, le monde des animaux et des plantes ; en bas à droite, le monde des démons : seul le monde des hommes est ouvert à la délivrance, grâce aux trois joyaux (en vert) du jaïnisme (vision juste, connaissance juste, conduite juste), qui permet d'accéder à la libération du cycle des réincarnations (le candra-bindue : en jaune).

Le jaïnisme partage ainsi de nombreuses ressemblances plus ou moins évidentes avec l'hindouisme, le bouddhisme et même le sikhisme. Le jaïnisme est, d'un point de vue philosophique, un matérialisme[9],[10] éthique. Malgré ses temples, le jaïnisme peut être considéré comme « transthéisme[11] », mais il n'est pas athée ; les Tirthankaras : les Maîtres éveillés sont considérés par les dévots comme des dieux, et dans les cieux jaïns le mot déva est utilisé. Le point important sur lequel tous les fidèles jaïns se penchent est le karma. Répertorié, il est absolument à brûler par la prière entre autres pour atteindre le moksha : la libération, et la sortie du samsara.

L'important pour ne pas accumuler du karma est le respect envers toutes les formes de vie: les jivas.

Pour autant si les prières passent par des mantras intérieurs comme la mantra Namaskara et des pujas extérieurs au corps physique, dans des temples, certaines branches du jaïnisme refusent le culte des idoles ; ainsi :

« Le culte, intérieur et extérieur, a valeur uniquement subjective et sert à la concentration de l'esprit du fidèle sur l'exemple d'êtres parfaits que l'on peut imiter, mais qu'on ne peut prier d'intervenir dans le destin de l'homme. L'homme, en dernier lieu seul avec lui-même, en compagnie de son seul effort, pourra parachever l'ascèse qui le portera à la paix au-delà de toute expérience humaine[9]. »

Les Tattvas : la vérité de l'univers[modifier | modifier le code]

Les jaïns croient que la réalité de l'univers est composée de sept principes éternels[9], les Tattwas :

  1. Les âmes, des substances animées : jiva ;
  2. Les substances non vivantes : ajiva ;
  3. Les effets du karma : asrava ;
  4. La servitude, les chaines karmiques sur l'âme qui en résulte : bandha ;
  5. L'arrêt du flot karmique : samvara ;
  6. L'usure et l'élimination de la matière karmique : nirjara ;
  7. La délivrance ultime : moksha.

Les dravyas : les substances de l'univers[modifier | modifier le code]

Il y a trois dravyas, trois substances reconnues dans l'univers pour le jaïnisme[12]. Elles sont :

  1. les jivas : riche d'émotions et sans matière visible ;
  2. les pudgala : matériels mais sans émotion, comme la pierre ;
  3. les immatériels et sans émotion : le temps (kala), l'espace (akasha), le principe du mouvement (dharma), le principe de l'immobilité (adharma). Du fait que ces substances se classifient en quatre éléments, certains historiens parlent de six dravyas[13].

Les pudgala sont doués de qualités fondamentales (guna)[9] ; quant aux âmes, il en existe deux catégories :

  1. Les âmes libres de toutes attaches corporelles ou passionnelles (ce sont entre autres les Tîrthankara ou « faiseurs de ponts », sortes de prophètes qui sont au nombre de vingt-quatre dans notre cycle de temps, le dernier étant Mahavira)[9], mais aussi les siddhas.
  2. Les âmes liées dans la transmigration : le samsara ; elles sont les humains, les animaux, les végétaux : tous les êtres vivants. Ces catégorisations des jivas et ajivas amènent le croyant à ne faire aucun mal à tout ce qui vit (pratique de l'ahimsâ).

Les choix de vie primordiaux : les Mahavratas[modifier | modifier le code]

Le code moral du jaïnisme est considéré comme la simplicité même, et sa pratique, graduelle[14]. Il est exprimé dans les vœux suivis par les laïcs dits petits vœux (anuvrata) et par les ascètes dits grands vœux (mahâvrata), vœux qui ne sont pas différents des cinq vœux moraux de base d'une des six branches de la philosophie hindoue – le Yoga-Sûtra de Patanjali –, ni des trois premiers devoirs de base (ahimsa, satyam, asteya) de toute la communauté hindoue (les ârya ou « nobles » en sanskrit) des Lois de Manu[15],[16].

Les membres de la communauté monastique sont obligés de respecter strictement ces cinq vœux ; les laïcs jaïns sont dispensés d'appliquer strictement les quatrième et cinquième : il leur est donc loisible de se marier, d'avoir des enfants et de posséder des biens matériels[17] ; ainsi, ces vœux ne changent pas de nature mais de degrés, – les laïcs et ascètes possèdent le même code moral mais appliqué moins rigoureusement chez le laïc jaïn, afin qui ce dernier puisse vivre dans la société et apporter la nourriture aux ascètes, eux qui ne possèdent rien ni ne travaillent, guidant leurs disciples dans la pure non-violence.

Les cinq vœux majeurs des jaïns sont :

  1. Le vœu de non-violence : ahimsâ. C'est la « non-volonté de faire souffrir les créatures », la « fraternité, compassion, charité universelle », ou « le respect impérieux de la vie ».
  2. Le vœu de sincérité : satya. En termes simples, c'est ne pas dire des paroles qui font du tort, mais le sens est beaucoup plus large.
  3. Le vœu d'honnêteté, de refus du vol : asteya. Voler, c'est prendre ce qui n'est pas donné, mais un sens large est attribué à ce mot. Les jaïns disent qu'il ne faut prendre que ce que l'on nous a donné.
  4. Le vœu de célibat, la chasteté : brahmacharya. Le manque de chasteté est une faute qui peut prendre des formes diverses. Pour les laïcs, le couple jaïn doit pratiquer la fidélité absolue à son conjoint. Pour les ascètes (moines et nonnes), le vœu de pureté signifie le célibat absolu et l'absence de toute pratique sexuelle.
  5. Le vœu de non-attachement aux choses du monde, ou non-possessivité : aparigraha. L'attachement aux choses du monde consiste à désirer plus que ce dont on a besoin. Ainsi, l'accumulation de choses, même nécessaires, en grand nombre, l'émerveillement devant la richesse des autres, l'avidité, la transgression des limites des possessions et l'augmentation de celles existantes sont des fautes à ne pas commettre. Chez l'ascète (sadhu), cela se traduit par la non-propriété et une non-possession d'objets pure et simple[18].

Cosmographie jaïne et cycle du temps[modifier | modifier le code]

La philosophie jaïne a créé une cosmographie qui lui est propre. Elle considère l'univers occupé comme fini, et l'univers innocupé au-dessus du premier comme infini[19]. Depuis la fin du Moyen-Age, les univers ou loka-akasha sont symboliquement représentés sous la forme d'un corps humain, où les créatures se réincarnent sous différentes apparences depuis toujours. Selon le jaïnisme, l'univers global, qui est infini, n'a pas été créé, et il ne cessera jamais d'exister :

« Le monde est incréé ; il n’a ni commencement ni fin, il existe par sa propre nature ; il est plein de jivas (les êtres vivants ou âmes), et, d’ajivas (les substances sans vie) ; il existe dans une partie de l’espace et il est éternel. »

— Samana Suttam[20].

Toutefois, soumis à des changements, il traverse une série continue de périodes d'ascensions et de déclins (voir le Temps jaïn). Chaque période est divisée en six phases. Nous serions actuellement, selon cette optique, dans la cinquième phase d'une période de déclin (à rapprocher de la Kali Yuga des hindouistes).

Dans chacune de ces longues périodes — qui font penser au jour de Brahma de l'hindouisme —, il y a toujours vingt-quatre Tîrthankara. Dans l'ère actuelle du monde, le vingt-troisième a été Pârshvanâtha, un ascète et prophète, qui aurait vécu vers 850 - 800 av. J.-C.. Ce fut un réformateur qui réclama un retour à la croyance et aux pratiques de la tradition religieuse originale. Le vingt-quatrième et dernier Tirthankara de cette ère est connu par son titre, (Mahâvîra, le « grand héros » (599 - 527 av. J.-C.). Ce fut aussi un maître spirituel errant qui a rappelé les jaïns à la pratique rigoureuse de leur foi antique.

L'Anekantavada : la réalité relative[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Anekantavada.

La philosophie jaïne a développé une doctrine qui lui est propre : l'Anekantavada ; l'être humain ne pouvant aller au-delà des limites de ses sens, et de sa pensée limitée, son appréhension de la réalité est partielle et non omnisciente, car la réalité terrestre est multiple. Ce concept est dénommé nayavada et sa formulation est le sapta-bhangi-naya. Viennent se rajouter à cette réalité relative les notions de temps et d'espace par exemple: c'est le concept de syadvada. Cette doctrine philosophique en trois parties s'applique aux réalités humaines, et non pas spirituelles comme le karma et le but de la vie : le moksha.

Exemple d'enluminure jaïne, tirée du Sutra Kalpa.

Code moral jaïn[modifier | modifier le code]

Statue de Mahâvîra, le « grand héros ».

Le karma à brûler : la purification[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Voie du salut dans le jaïnisme.

Tout contact du jîva avec le pudgala engendre de la souffrance. Ainsi, les Jaïns constatent que ce monde est souffrance et ils estiment que ni les réformes sociales (en leur essence, car sinon le jaïnisme pousse à une société humaine fondée sur la charité universelle[14]), ni les efforts non méritoires ou non valables des individus ne pourront jamais la faire cesser. Dans chaque être humain, un jîva est emprisonné, et ce jîva souffre en raison de son contact avec l'ajîva. La seule manière d'échapper à la douleur est pour le jîva (l'âme) de se libérer des transmigrations successives auxquelles elle est soumise et de parvenir ainsi au bonheur parfait éternel.

Les jaïns considèrent que c'est le karma qui maintient le jîva emprisonné dans l'ajîva et qu'il faut donc se débarrasser de celui existant et ne pas en acquérir de nouveau. La libération de l'âme est difficile. Les jaïns croient que le jîva continue à souffrir pendant toutes ses vies ou réincarnations, qui sont d'un nombre indéfini. Ils pensent que chaque action effectuée par une personne, qu'elle soit bonne ou mauvaise, ouvre les canaux des sens (vue, ouïe, toucher, goût et odorat), par lesquels une substance invisible, le karma, s'infiltre à l'intérieur et adhère au jîva, déterminant les conditions de sa prochaine réincarnation.

La conséquence des actions mauvaises est un karma mauvais, qui tire le jîva vers le bas, l'entraînant vers une nouvelle vie de condition inférieure sur l'échelle des existences. La conséquence des bonnes actions est un bon karma, qui permet au jîva de monter après sa vie actuelle ou dans une prochaine à un niveau plus élevé dans l'échelle des existences, là où il y a moins de souffrances à supporter. Cependant, les bonnes actions ne peuvent pas seules mener à la libération. La méditation, l'ascèse et l'équanimité sont aussi nécessaires.

La libération — ou moksha — s'obtient grâce aux différents moyens définis comme les Trois Joyaux: la vision juste, la connaissance juste et la conduite juste ; et aussi des rituels spirituels quotidiens.

Le karma est le mécanisme de cause à effet en vertu duquel toutes les actions ont des conséquences auxquelles on ne peut se soustraire. Ledit karma a pour résultat de maintenir le jîva dans une suite ininterrompue d'existences durant lesquelles il va souffrir jusqu'à un certain degré. Ainsi, la libération du cycle des transmigrations implique le rejet du karma, la destruction de celui existant et l'évitement de la constitution de nouveau.

Au moment d'une mort sans karma, le jîva flotte vers le haut, exempt de tout pudgala, libéré de la condition humaine, exempt de toutes futures réincarnations. Il s'élève au-dessus de l'univers dans un endroit appelé Siddhashila. Là, identique à tous les autres jîva purs, il peut enfin éprouver sa vraie nature dans un calme éternel, dans un bonheur parfait. Il est alors totalement pur et libéré. La manière d'effacer le karma acquis consiste à se retirer du monde autant que faire se peut et à fermer le canal des sens pour empêcher toute matière karmique d'entrer et d'adhérer au jîva.

Dans leurs efforts d'atteindre le but le plus élevé qu'est le retrait permanent du jîva de toute souillure due à la matière karmique, les jaïns ne croient pas qu'un esprit ou un être divin peut les aider de quelque façon que ce soit. Ils considèrent que les dieux, les êtres célestes (deva, devî), peuvent influencer les évènements de ce monde mais qu'ils ne peuvent pas aider les jîva à obtenir leur libération. Celle-ci ne peut être réalisée que par les efforts soutenus de chaque individu. En fait, les dieux (les êtres célestes) ne peuvent obtenir leur propre libération qu'à la condition d'avoir été au préalable réincarnés sous forme d'êtres humains et d'avoir suivi le mode de vie des ascètes jaïns.

Pârshvanâtha, le 23e et avant-dernier Tîrthankara, reconnaissable aux serpents qui le protègent, au-dessus de sa tête (sept au minimum)

Fruits de la non-violence et de la violence[modifier | modifier le code]

Les conséquences du karma sont inévitables. Les conséquences peuvent prendre du temps pour entrer en vigueur mais le karma n'est jamais stérile. Pour expliquer ceci, un moine jaïn, Ratnaprabhacharya, déclarait : « la prospérité présente d'un homme vicieux et la misère actuelle d'un homme vertueux sont respectives, mais viennent des effets de bonnes actions et de mauvais actes faits antérieurement. Le vice et la vertu peuvent avoir leurs effets dans les vies suivantes. De cette façon, la loi de causalité n'est pas violée ici. »[21]

Le karma latent devient actif et porte des fruits quand les conditions favorables, pour l'accomplissement du karma, surgissent. Une grande partie de karma attiré porte ses conséquences avec des effets passagers mineurs, car généralement la plupart de nos activités sont influencés par des émotions négatives douces. Cependant, les actions, qui sont influencés par des émotions négatives intenses, causent un attachement karmique également fort et qui ne porte pas d'habitude de fruits immédiatement. Il prend un état inactif et attend des conditions favorables à son accomplissement (tel le temps, le lieu et l'environnement) pour surgir et se manifester, pour enfin produire des effets. Si les conditions favorables à l'accomplissement du karma ne surgissent pas, les karmas respectifs se manifesteront à la fin de la période maximale pendant laquelle le karma peut rester attaché à l'âme. Ces conditions favorables pour l'activation de karmas latents sont déterminées par la nature des karmas, l'intensité de l'engagement émotionnel au moment de l'attachement des karmas et de notre relation réelle au temps, au lieu, à l'environnement. Il y a certaines lois de préséance parmi les karmas, selon lesquels la réalisation de certains des karmas peut être reportée, mais non absolument annulée[21].

Temple jaïn ; les objets en cuir ou autres produits non-végétariens y sont strictement interdits d'entrée.
Ambika, une yakshi, déesse protectrice jaïne du 22e tîrthankara, Neminath.

Les catégories du vivant[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Les catégories du vivant.

Le karma est hiérarchisé en fonction de l'être blessé. Tout vie doit être protégée. Une classification a cependant été établie. Il est important d'être végétarien pour blesser un minimum de jiva.

Précisions sur les différentes façons d'engager la violence[modifier | modifier le code]

Gouache du XVIIe siècle, originaire du Gujarat, dépeignant différentes violences (chasse, lutte, consommation de chair animale, abus sexuel).

Il serait faux de conclure que la non-violence, l’ahimsâ, interdit seulement la violence physique. Un texte jaïn déclare : « avec les trois moyens de punition – pensées, mots, actes – vous ne blesserez aucun être vivant. »[22] En fait, la violence peut être commise par la combinaison des quatre facteurs suivants :

  1. Le concours de nos actions. Nous pouvons commettre la violence par
    1. Le corps (l'organisme), c'est-à-dire l'action physique,
    2. Le discours, c'est-à-dire l'action verbale, ou
    3. L'esprit, c'est-à-dire des actions mentales.
  2. Le processus engageant la violence. Ceci inclut : si vous
    1. Décidez seulement ou planifiez d'agir,
    2. Faites des préparatifs d'actes, par exemple comme le rassemblement de matériels nécessaires à un vol ou d'armes, ou
    3. Commencez en réalité l'action violente.
  3. La modalité de notre action, y compris si nous
    1. Commettons la violence (directement),
    2. Incitons d'autres à effectuer la violence envers une créature, ou
    3. Donnons notre approbation silencieuse à la violence.
  4. La motivation de l'action violente. Ceci inclut les émotions négatives suivantes que la violence a motivées :
    1. Colère,
    2. Avidité,
    3. Fierté,
    4. Manipulation ou duperie.

Le pardon[modifier | modifier le code]

À travers l'Ahimsâ: la non-violence est enseigné le pardon; ce principe pousse à pratiquer le pardon. Le jaïnisme a pour prière principale la Mantra Namaskara, il existe cependant des phrases pour demander pardon, dans le but d'effacer ses péchés c'est-à-dire brûler son mauvais karma pour atteindre l'éveil, le moksha. La cérémonie du pardon se nomme Kshamapana[23]; elle a lieu une fois dans l'année lors d'un festival, différent suivant l'ordre auquel le croyant est rattaché. Le pardon est un point important du dharma jaïn. Voici une prière de demande de pardon[24],[25]:

Khâmemi Savva Jive Je pardonne tous les êtres vivants ;
Savve Jivâ Khamantu me Que toutes les âmes puissent me pardonner ;
Mitti me Savva Bhuesu Je suis amical envers tous ;
Veram Majjha Na Kenai Je n'ai aucune animosité envers la moindre créature ;
Michchhami Dukkadam Que toutes mes fautes puissent être dissolues.

La demande de pardon est capitale, car le pardon est une des qualités principales que doivent cultiver les jaïns. Mahâvîra a déclaré à ce sujet[26] :

« En pratiquant prāyaṣcitta (le repentir), une âme se débarrasse de péchés et ne commet aucune transgression ; celui qui pratique correctement prāyaṣcitta gagne un chemin et la récompense du chemin, il gagne la récompense de la bonne conduite. En priant pour le pardon il obtient le bonheur de l'esprit ; ainsi, il acquiert une disposition bienveillante envers toutes sortes d'êtres vivants ; par cette disposition bienveillante il obtient la pureté de caractère et se libère de la crainte. »

— Uttarādhyayana Sūtra 29:17–18.

Enluminure jaïne de 1465, représentant les rêves d'une mère de Jina, dans le Kalpa-sutra.

Même le code de conduite des moines exige que les moines demandent pardon pour toutes leurs transgressions[27] :

« Si parmi des moines ou des nonnes advient une querelle ou un conflit, ou la dissension, le jeune moine doit demander pardon à ses supérieurs et le supérieur au jeune moine. Ils doivent pardonner et demander pardon, apaiser et être apaisé et s'entretenir sans contrainte. Pour celui qui est apaisé, il y aura le succès (dans le contrôle) ; pour celui qui n'est pas apaisé, il n'y aura aucun succès ; donc, il faut apaiser son soi. « Pourquoi tout cela a-t-il été précisé ? La paix est l'essence du monachisme ». »

— Kalpa Sūtra 8:59.

Il y aussi le Iryavahi sutra, prière jaïne demandant pardon à tous les êtres vivants pour les avoir lésés lors d'activités quelconques[28] :

« Pouvez vous ceci, ô Révéré ! Permettez-moi la grâce de ce qui va suivre. Je voudrais avouer mes péchés engagés en me déplaçant. J'honore votre permission. Je désire me délier des péchés en les avouant. Je cherche le pardon de tous ces êtres vivants que j'ai torturés en marchant, en allant et venant, en mettant le pied sur un quelconque organisme vivant – des graines, l'herbe verte, des gouttes de rosée, des fourmilières, la mousse, l'eau vivante, la terre vivante, la toile d'araignée et d'autres créatures. Je cherche le pardon de tous ces êtres vivants, qu'ils aient – un sens, deux sens, trois sens, quatre sens ou cinq sens. Tous ceux qui ont été victimes d'un coup de pied, couverts par la poussière, frottés au sol, mis en collision avec d'autre, mis sens dessus dessous, torturés, effrayés, changés d'un endroit à un autre ou tués et privés de leur vie. En avouant ces actes, puis-je être délié de tous ces péchés. »

Les quatre vertus du jaïnisme[modifier | modifier le code]

Deux sculptures de Tirthankaras, le premier, Adinath, et le dernier et vingt-quatrième, Mahavira.

Le disciple jaïn doit méditer et pratiquer les quatre vertus suivantes qui sont à la base des cinq grands vœux[14] :

  1. Maitrî : l' Amitié pour tous les êtres vivants.
  2. Pramoda : la Joie de voir des êtres plus avancés que soi sur la voie de la libération (Moksha) du cycle des réincarnations.
  3. Kârunya : la Compassion pour les créatures qui sont malheureuses.
  4. Mâdhyasthya : la Tolérance[29] (ou Indifférence, se tenir au centre comme le Purusha) envers ceux qui sont discourtois ou qui se conduisent mal.

L'alimentation non-violente[modifier | modifier le code]

Outre les cinq petits vœux du laïc, les vertus de base du jaïn s'incarnent dans l'abstention de consommer les « trois M » que sont[14] :

  1. mâmsa (la viande, la « chair » des créatures),
  2. madya (le vin), et
  3. madhu (le miel).

Afin de réduire au minimum les dommages aux êtres vivants, une abstinence totale de ces « trois M » est préconisée (la viande est considérée comme une source infinie de violence – contraire à l' ahimsâ –, de maltraitance (la maltraitance suprême étant le fait de tuer), et est rejetée totalement en tout premier lieu). Et de manière plus générale, le jaïnisme encourage vivement à un mode de vie végan[30].

Ainsi, dans l'ouvrage classique tamoul, le Tirukkural, du poète antique Tiruvalluvar, qui est considéré pour être un jaïn par quelques lettrés (il est aussi considéré comme étant un hindou shivaïte ou vishnouïte), les mangeurs de viande sont critiqués en ces termes :

« 256. Si le monde n'achetait ni ne consommait de la viande, personne n'abattrait de créatures et il n'y aurait aucune viande à vendre »[31].

Les deux sections principales du jaïnisme[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Ordres principaux du jaïnisme.

Un schisme a eu lieu dans le jaïnisme aux alentours du IVe siècle avant notre ère, un schisme dû aux cultures locales, aux traditions existantes. La notion d'ascétisme n'était plus alors vu de la même manière. Il en résulte aujourd'hui deux courants majeurs dans le jaïnisme, deux branches: digambara et svetambara. Cependant chacun de ses ordres a aussi des sous-ordres propres ce qui donnent au jaïnisme des croyances et pratiques diverses ; elles ne sont pour autant pas si différentes.

Le jaïnisme en images[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Shah, Natubhai (1998a), Jainism: The World of Conquerors, Sussex Academic Press, ISBN 978-1-898723-30-1 http://books.google.fr/books?id=EmVzvUzbwegC&redir_esc=y
  2. Joel Diederik Beversluis (2000) : Sourcebook of the World's Religions : An Interfaith Guide to Religion and Spirituality, New World Library : Novato, CA ISBN 1-57731-121-3 « Originating on the Indian sub-continent, Jainism is one of the oldest religion of its homeland and indeed the world, having pre-historic origins before 3000 BC and the propagation of Indo-Aryan culture… » p. 81
  3. http://www.jainworld.com/JWFrench/jainworld/jainsinindia.asp
  4. Lee, Jonathan H. X. (21 December 2010), Encyclopedia of Asian American Folklore and Folklife, ABC-CLIO, p. 487–488, ISBN 978-0-313-35066-5
  5. Wiley, Kristi L. (2004), Historical dictionary of Jainism, Scarecrow Press, p. 19, ISBN 978-0-8108-5051-4
  6. Jainism The World of Conquerors, par Natubhai Shah, aux éditions Motilal Banarsidass Publishers, volume I, pages 15 et suivantes, ISBN 81-208-1938-1
  7. Jainism The World of Conquerors, par Natubhai Shah, aux éditions Motilal Banarsidass Publishers, volume I, pages 27 et suivantes, ISBN 81-208-1938-1
  8. Dundas, Paul (2002). The Jains. London: Routledge. ISBN 0-415-26605-X.
  9. a, b, c, d et e Encyclopédie de la philosophie, Le Livre de Poche, ISBN 2-253-13012-5
  10. Le jaïnisme est défini comme un « matérialisme naïf » dans Les philosophies de l'Inde, Heinrich Zimmer, Payot, ISBN 978-2-228-89063-2
  11. Les philosophies de l'Inde, Heinrich Zimmer, Payot, ISBN 978-2-228-89063-2
  12. The A to Z of Jainism de Kristi L. Wiley édité par Vision Books, page 82, ISBN 81-7094-681-6
  13. Jainism The World of Conquerors, par Natubhai Shah, volume II, pages 45 et suivantes, ISBN 81-208-1939-X
  14. a, b, c et d Vilas Adinath Sangave, Le Jaïnisme, traduction de Pierre Amiel, Maisnie, Tredaniel, (1999), (ISBN 2844450784)
  15. http://wikisource.org/wiki/%E0%A4%AE%E0%A4%A8%E0%A5%81%E0%A4%B8%E0%A5%8D%E0%A4%AE%E0%A5%83%E0%A4%A4%E0%A4%BF_10 अहिंसा सत्यमस्तेयं शौचमिन्द्रियनिग्रहः। एतं सामासिकं धर्मं चातुर्वर्ण्येऽब्रवीन् मनु, ahimsâ satyam asteyam shaucham indriyanigrahah, etam sâmâsikam dharmam câturvarnyabravîn manu, soit, au chapitre X : « 63. L'ahimsâ (respect impérieux de la Vie, non-violence), la véracité, l'abstention de s'approprier les biens d'autrui, la pureté et le contrôle des sens, Manu a ainsi déclaré que tout cela peut être considéré comme le résumé du Dharma pour les quatre varna (« couleurs », membres) d'ârya »
  16. http://www.sacred-texts.com/hin/manu/manu10.htm
  17. Gerhard J. Bellinger, Encyclopédie des religions, ISBN 2-253-13111-3
  18. Jainism The World of Conquerors, par Natubhai Shah, volume I, pages 96 et 97, ISBN 81-208-1939-X
  19. Jaina mathematics, J J O'Connor et E F Robertson.
  20. http://www.jainworld.com/JWFrench/jainworld/jainbooks/samansuttam/ch36.asp
  21. a et b Bhattacharya, Harisatya, 1966, p. 197
  22. Huntington, Ronald, Jainism and Ethics, http://www1.chapman.edu/schweitzer/huntington.html
  23. The A to Z of Jainism de Kristi L. Wiley édité par Vision Books, page 72, ISBN 81-7094-681-6
  24. Jaini, Padmanabh (2000). Collected Papers on Jaina Studies. Delhi: Motilal Banarsidass Publ. ISBN 81-208-1691-9. p.18 and 224
  25. http://www.jainworld.com/JWFrench/jainworld/jainprayer.asp
  26. *Jacobi, Hermann (1895). In (ed.) F. Max Müller. The Uttarādhyayana Sūtra. Sacred Books of the East vol.45, Part 2 (in English: translated from Prakrit). Oxford: The Clarendon Press. ISBN 0-7007-1538-X. Note: ISBN refers to the UK:Routledge (2001) reprint. URL is the scan version of the original 1895 reprint.
  27. Jacobi, Hermann (1884). In (ed.) F. Max Müller. The Kalpa Sūtra. Sacred Books of the East vol.22, Part 1 (in English: translated from Prakrit). Oxford: The Clarendon Press. ISBN 0-7007-1538-X. Note: ISBN refers to the UK:Routledge (2001) reprint. URL is the scan version of the original 1884 reprint.
  28. Translated from Prakrit by Nagin J. shah and Madhu Sen (1993) Concept of Pratikramana Ahmedabad: Gujarat Vidyapith pp.25–26.
  29. http://www.jainworld.com/JWFrench/jainworld/tatvarth1/chapter7.asp
  30. http://www.herenow4u.net/index.php?id=76726
  31. Tiruvaḷḷuvar ; trans. Satguru Sivaya Subramuniyaswami (2000). Tirukkuṟaḷ = Tirukural : ethical masterpiece of the Tamil people. New Delhi: Abhinav Publications. ISBN 81-7017-390-6.

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Pierre P. Amiel Les Jaïns aujourd'hui dans le monde L'Harmattan (2003) (ISBN 2-7475-5354-X)
  • Pierre P. Amiel B.A.-BA Jaïnisme Éditions Pardès (2008) (ISBN 978-2-86714-411-0)
  • Dayanand Bhargave, Jaïna Ethics
  • Colette Caillat, Les Expiations dans le rituel ancien des religieux jaïna (1965) Éditions De Boccard
  • C. et Kumar Caillat, La Cosmologie jaïna(1981) Chêne/Hachette
  • Bool Chand, Mahâvîra, le Grand Héros des Jaïns Maisonneuve et Larose (1998)(ISBN 2-7068-1326-1)
  • A. Chakravarti, The Religion of Ahimsâ
  • A. Guérinot, La Religion Djaïna, Paul Geuthner, (1926), ASIN : B0000DY141
  • P. Letty-Mourroux, Une nouvelle approche du Jaïnisme
  • P. Letty-Mourroux, Cosmologie Numérique Teerthankara
  • J.P. Reymond, L'Inde des Jaïns
  • N. Tiffen, Le Jaïnisme en Inde, Weber, Genève, (1990), (ISBN 7047440631)
  • Vilas Adinath Sangave, Le Jaïnisme, Maisnie, Tredaniel, (1999), (ISBN 2844450784)
  • N. Shanta, La Voie jaina, Œil, (1990), (ISBN 2868390269)
  • Collectif, Religions & Histoire n° 21, juillet-août 2008, Le jaïnisme, religion indienne de la non-violence, Dijon, Éditions Faton, 2008
  • (en) Nagendra Kr Singh, Encyclopaedia of Jainism, Anmol Publications PVT. LTD., 2001, ISBN 81-261-0691-3, 30 volumes.