Alexeï Navalny

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Alexeï Navalny
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Alexeï Navalny le 2 avril 2007.

Nom de naissance Alexeï Anatolievitch Navalny
Naissance (40 ans)
Oblast de Moscou, RSFS de Russie, URSS
Nationalité Russe
Pays de résidence Drapeau de la Russie Russie
Profession
Activité principale
Formation

Alexeï Anatolievitch Navalny (en russe : Алексей Анатольевич Навальный), né le dans l’oblast de Moscou, est un avocat et militant politique russe connu pour être un opposant au président Vladimir Poutine.

Biographie[modifier | modifier le code]

Début[modifier | modifier le code]

Alexeï Navalny a étudié à l’université Yale, où il fut un « Yale World Fellow »[1]. Il est connu pour être l’auteur du blog Navalny et du site Rospil, où il dénonce des faits de corruption en Russie. En octobre 2010, il accuse l’entreprise d’énergie Transneft de détournement de fonds à hauteur de 2,9 milliards d’euros lors de la construction d’un oléoduc en Sibérie[2]. Il est surnommé par le magazine Time « l’Erin Brockovich russe »[3] et est désigné personnalité de l’année 2009 par le quotidien économique russe Vedomosti[4].

Activité politique[modifier | modifier le code]

Engagement politique[modifier | modifier le code]

En 2009, il est conseiller du gouverneur de la région de Kirov[5].

Alexeï Navalny s’oppose au pouvoir en place en Russie et à Vladimir Poutine en particulier, qualifiant en février 2011 son parti, Russie unie, de « parti des voleurs et des escrocs »[2]. Lors de la contestation des élections législatives russes de 2011, à laquelle il participe activement, il est emprisonné le 5 décembre[6]. À sa sortie de prison le 20 décembre, il appelle les Russes à s’unir contre Poutine, afin que celui-ci ne gagne pas l’élection présidentielle de 2012, à laquelle il se dit prêt à participer[7]. En 2011, la BBC décrit Navalny comme étant « probablement le seul réel opposant politique à avoir émergé en Russie ces cinq dernières années »[8]. Fin décembre 2011, il participe à l’organisation d’une manifestation qui rassemble 120 000 personnes selon l’opposition[9].

En juillet 2013, sa condamnation à cinq ans de camp avec sursis pour détournement de fonds d'une société forestière est dénoncée comme un procès politique par les États-Unis et l'Union européenne.

Le 8 septembre 2013, il est battu par le maire de Moscou sortant, Sergueï Sobianine (nommé par Vladimir Poutine par décret en 2010) par 52 % des voix contre 30 % mais conteste les résultats. Le taux de participation est de 30 %. Navalny affirme avoir récolté 35,6 % des voix, contre 46 % à son adversaire et réclame un second tour. Les ONG indépendantes qui ont surveillé le scrutin n'ont pas observé de « graves violations ». Selon le journaliste Pierre Avril, ce scrutin a permis à Navalny de s'affirmer comme l'un des principaux opposants à Vladimir Poutine. Dès lors, poursuivre les procédures judiciaires intentées contre lui reviendrait à en faire un martyr pour l'opposition[10]. Une manifestation de 9 000 personnes a lieu en soutien le lendemain. L'opposition à Poutine sort toutefois requinquée de ces élections municipales, notamment par la victoire d'Evgueni Roizman à Iekaterinbourg, quatrième ville du pays et d'une candidate du parti Iabloko à Petrozavodsk[11].

Accusations d'influence américaine[modifier | modifier le code]

En octobre 2011, sa correspondance électronique est rendue publique par un hacker dans le but de montrer que « Navalny est un ultranationaliste corrompu financé par les autorités américaines ». L'authenticité des mails n'est toutefois pas intégralement confirmée par Navalny[12].

D'après ces mails, en 2006, le mouvement politique DA! auquel Navalny a créé aurait obtenu un financement de la fondation américaine National Endowment for Democracy[12],[13].

En 2010, Alekseï Navalny part étudier à l'université Yale grâce à Michael McFaul, éminent cadre de la NED et cela aurait été financé par la NED dans le but de préparer une révolution orange en Russie[14].

Plusieurs articles essayent de présenter Alekseï Navalny comme un agent américain. Pour Alex Jones, Navalny est un « agent de la sédition financé par les États-Unis ». L'économiste et journaliste américain Paul Craig Roberts dit que « la Russie a toutes les raisons d'avoir des doutes sur l'opposition politique qui semble être réunie autour d'Alexeï Navalny. Tout comme les "révolutions de couleur" dans l'espace post-soviétique, l'opposition russe est financée avec des moyens américains. Washington ne veut pas que la Russie puisse contredire sa volonté »[15]. Ces articles sont décrits par le journal américain American Thinker comme des agents de propagande russe diffusant des théories du complot[16].

En août 2013, le parquet russe annonce que lors des vérifications des comptes de campagne pour l'élection du maire de Moscou, Alexeï Navalny a obtenu des financements étrangers émanant de plus de 300 personnes physiques et entités juridiques étrangères issus de 46 pays dont les Etats-Unis, la Finlande, la Grande-Bretagne, la Suisse et le Canada[17],[18].

La Novaïa Gazeta accuse le parti au pouvoir, Russie unie, d'avoir budgetté 10 millions de roubles pour une campagne visant à discréditer Alekseï Navalny en filmant un sosie dans des situations compromettantes[12].[Quand ?]

Positionnement extrême-droite[modifier | modifier le code]

En 2006, Alexeï Navalny cofonde la marche russe, un rassemblement annuel de plusieurs centaines d'extrémistes faisant le salut nazi à Moscou[19].

Sa participation à l'organisation « Narod » (dont il est cofondateur) a déclenché une controverse, celle-ci alliant des positions d'extrême-gauche et d'extrême-droite. En 2008, l'organisation s'est rapprochée de groupes connus pour leurs positions racistes comme « le mouvement contre l'immigration illégale », interdit en 2011 par la justice pour extrémisme[20]. Navalny a en outre participé en 2011 à un défilé ultranationaliste dont l'un des slogans était « Arrêtons de nourrir le Caucase ! »[21]. Il participe régulièrement à la Marche russe ce qui lui vaut d'être expulsé en 2007 du Parti d'opposition Iabloko, dont il était alors membre[22].

En août 2013, lors de la campagne électorale pour l'élection à la mairie de Moscou, Navalny présente son programme s'articulant surtout autour de la lutte contre la corruption et l'immigration[23]. Il a notamment déclaré : « J'ai regardé les statistiques. Savez-vous que près de 50 % des crimes et délits sont commis par des étrangers ? »[24].

En novembre 2013, Alekseï Navalny publie sur son blog et diffusé par la radio Écho de Moscou : « Jamais je ne soutiendrai la position selon laquelle en Russie le nationalisme est une chose terrible qu’il faut interdire. En France, en ce moment, le Front national connaît une période de poussée frénétique de sa popularité. Vous parlez d’une horreur, Alain Delon soutient Marine Le Pen! Et des processus analogues ont cours dans toute l’Europe. Et alors, allons-nous boycotter les croissants français ? Ou bien dire carrément que les Français ont le droit de faire ça, et pas les Russes ? »[25].

En décembre 2014, Alexeï Navalny déclare que « le problème de l'immigration illégale en Russie était cent fois plus important que l'Ukraine » et ajoute qu'il ne rendrait pas la Crimée à l'Ukraine s'il en avait le pouvoir[26].

Scandales politico-judiciaires[modifier | modifier le code]

Nomination à Aeroflot[modifier | modifier le code]

Son élection au conseil d'administration d'Aeroflot en juin 2012 a provoqué un vif débat en Russie. Navalny a été accusé d'avoir été nommé à un poste confortable soit par le pouvoir afin de le faire taire (l'État détient 51 % des actions de la compagnie aérienne), soit par son proche allié et opposant notoire à Vladimir Poutine, Alexandre Lebedev (qui détient 15 % des actions)[27].

Détournements de fond d'une société forestière[modifier | modifier le code]

Le 31 juillet 2012, Navalny est inculpé par la Commission fédérale d'enquête de vol à grande échelle à cause des lourdes pertes financières d'une société publique d'exploitation forestière et encourt jusqu'à dix ans de prison[28]. Il est accusé du détournement de seize millions de roubles (377 000 euros) au détriment de cette exploitation forestière, à l'époque où il était conseiller du gouverneur de l'oblast de Kirov, Nikita Bielykh. Le 18 juillet 2013, il est reconnu coupable de détournement de fonds et condamné à cinq ans de camp[29],[30],[31] pour avoir détourné 400 000 € au détriment de la société forestière[32]. Les principaux médias occidentaux, les États-Unis et l'Union européenne soutiennent qu'il est victime d'un procès politique[33],[34].

Financement de campagne électorale[modifier | modifier le code]

En août, Vladimir Jirinovski, président du Parti libéral-démocrate, a demandé au ministère de l'Intérieur l'ouverture d'une enquête sur le financement de la campagne électorale de Navalny. Celui-ci aurait récolté de l'argent de la part de donateurs anonymes étrangers via un système de paiement sur Internet, pratique interdite par la loi russe[35]. Navalny a nié ces accusations, affirmant que les magistrats du parquet étaient des « benêts »[36]

Détournement de fonds d'Yves Rocher[modifier | modifier le code]

Il risquait par ailleurs dix ans de prison pour une affaire l'opposant à l'entreprise française Yves Rocher[37]. Le , il est condamné dans cette affaire à trois ans et demi de prison avec sursis par le tribunal de Moscou pour avoir détourné selon l’accusation, près de 400 000 euros appartenant à une filiale russe du groupe Yves Rocher[32]. Son frère Oleg est, lui, condamné à trois ans et demi dans la même affaire[38],[39].

Autres condamnations[modifier | modifier le code]

En mai 2012, il participe à une manifestation qui dégénère en heurts avec la police. Il est arrêté avec le dirigeant du Front de gauche Sergueï Oudaltsov et condamné à quinze jours de prison pour désobéissance aux forces de l'ordre[40].

En février 2014, il est placé en résidence surveillée pour une durée de 2 mois par un tribunal de Moscou pour avoir quitté la capitale ce qui est en infraction avec un jugement rendu précédemment[41].

En avril 2014, il est reconnu coupable de diffamation à l'encontre d'un député qu'il aurait qualifié de toxicomane. Il est condamné à une amende de 300 000 roubles[42].

Il est libéré début mars 2015, mais se voit refuser de participer aux obsèques de son ami Boris Nemtsov, opposant à Vladimir Poutine assassiné il y a peu. Il déclare par la suite : « Je n'ai pas peur et mes associés non plus. Nous ne céderons sur rien »[43].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) « Profil de Navalny », sur université Yale (consulté le 2 août 2012).
  2. a et b « Alexeï Navalny : la naissance d’un leader de l’opposition », Radio France internationale,‎ .
  3. Carl Schreck, « Russia’s Erin Brockovich: Taking On Corporate Greed », Time, 9 mars 2010. Consulté le 9 février 2011.
  4. « Персоны года — 2009: Частное лицо года » (en Russe). Vedomosti. 30 décembre 2009. consulté le 9 février 2011.
  5. L'opposant russe Alexeï Navalny assigné à résidence LaPresse du 1er août 2012
  6. (en) « Russia faces to watch: Alexei Navalny », BBC News,‎ .
  7. (en) Guy Faulconbridge, « Navalny challenges Putin after leaving Russian jail », Reuters,‎ .
  8. (en) « Profile: Russian blogger Alexei Navalny », BBC News,‎ .
  9. (en) Fred Weir (en), « Huge protest demanding fair Russian elections hits Moscow », Christian Science Monitor,‎ .
  10. Pierre Avril, « Moscou : Navalny conteste la victoire du maire sortant », in Le Figaro, lundi 9 septembre 2013, page 8.
  11. Pierre Avril, « Moscou : le bon score de Navalny requinque l'opposition », in Le Figaro, mardi 10 septembre 2013, page 9.
  12. a, b et c (en) « Navalny's Private E-Mails Leaked », The Moscow Times,‎
  13. (en) Stephen Lendman, [Putin Wins], International, March 6th, 2012 : « [lawyer Alexei] Navalny has NED ties. His LiveJournal blog admits receiving funding. »
  14. McFaul and the Moscow opposition rallies RT du 7 février 2012
  15. Navalny: la situation profite à Washington (politologue US) Sputnik du 21 juillet 2013
  16. Alex Jones and Kremlin propaganda American Thinker du 29 janvier 2012
  17. Russie: le parquet accuse Navalny d'être financé par l'étranger La Croix du 12 août 2013
  18. Russie: Navalny accusé de recevoir des financements étrangers L'Express du 12 août 2013
  19. En Russie, "un discours raciste débridé" Le Monde du 14 octobre 2013
  20. http://www.regard-est.com/home/breve_contenu.php?id=1290.
  21. Madeleine Leroyer, « Alexeï Navalny, ce blogueur sulfureux qui défie Poutine », Le Figaro, 26 décembre 2011, mis à jour le 27 décembre 2011.
  22. http://french.ruvr.ru/2013_07_19/Reflexions-sur-la-condamnation-d-Alexei-Navalny-6459/.
  23. http://www.rfi.fr/europe/20130816-russie-moscou-navalny-campagne-anticorruption-immigration Radio France internationale.
  24. http://www.lefigaro.fr/international/2013/08/25/01003-20130825ARTFIG00180-l-opposant-navalny-defie-poutine-a-moscou.php.
  25. Russie. Le nationalisme, c'est si terrible ? Courrier International du 6 novembre 2013
  26. Qui est Navalny, l'opposant numéro un à Poutine ? Europe 1 du 30 décembre 2014
  27. « Navalny fait des remous chez Aeroflot », Le Courrier de Russie,‎ .
  28. « Russie: Un blogueur anti-Poutine inculpé », Reuters et 20 minutes,‎ .
  29. « Cinq ans de prison pour l'opposant russe Alexeï Navalny », Libération,‎ .
  30. Alexandre Pitot, « Alexeï Navalny dans la tourmente judiciaire », Le Courrier de Russie,‎ .
  31. Vera Gaufman, « Navalny est condamné à cinq ans de prison », Le Courrier de Russie,‎
  32. a et b Russie : Alexeï Navalny, figure de proue de l’opposition, candidat à la présidentielle de 2018 Le Monde du 13 décembre 2016
  33. Piotr Smolar, « Cinq ans de prison pour l'opposant russe Alexeï Navalny : "Ne soyez pas résignés !" », Le Monde,‎ .
  34. « Putin Critic Gets 5-Year Jail Term, Setting Off Protests », The New York Times,‎ .
  35. http://www.rtl.be/info/monde/europe/1024478/russie-le-parquet-accuse-navalny-d-etre-finance-par-l-etranger.
  36. http://www.lesechos.fr/economie-politique/monde/actu/reuters-00542221-russie-l-opposant-navalny-accuse-d-etre-finance-par-l-etranger-594721.php.
  37. Pierre Avril, « Des procès en cascade pour Navalny, ennemi juré de Poutine », Le Figaro, vendredi 25 avril 2014, page 5.
  38. Yves Bourdillon, « Le Kremlin punit l’opposant Alexeï Navalny », Les Échos,‎ .
  39. (en) Laura Smith-Spark, Matthew Chance et Alla Eshchenko, « Kremlin critic Alexey Navalny arrested hours after sentencing », CNN,‎ .
  40. « Deux opposants russes condamnés à quinze jours de prison », Le Monde,‎ .
  41. « L'opposant russe Alexei Navalny placé en résidence surveillée », La Tribune et Reuters,‎ .
  42. « La justice russe condamne l'opposant Alexeï Navalny », Le Figaro, mercredi 23 avril 2014, page 5.
  43. « Russie : l'opposant Alexeï Navalny sort de prison », Le Figaro, samedi 7 / dimanche 8 mars 2015, page 8.

Liens externes[modifier | modifier le code]

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