Tchétchènes

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Tchétchènes
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Tchétchènes à un mariage, vers 1870–1886.

Populations importantes par région
Drapeau de la Russie Russie 1 431 360[1]
Drapeau de la Tchétchénie Tchétchénie 1 206 551[2]
Drapeau du Daghestan Daghestan 93 658[2]
Drapeau de la République d'Ingouchie Ingouchie 18 765[2]
Drapeau de l'oblast de Moscou Oblast de Moscou 14 524[2]
Drapeau du kraï de Stavropol Kraï de Stavropol 11 980[2]
Drapeau de l'oblast de Rostov Oblast de Rostov 11 449[2]
Drapeau de l’Union européenne Union européenne 130 000[3]
Drapeau de la Turquie Turquie 100 000[4],[5]
Drapeau de la France France 68 000[6]
Drapeau du Kazakhstan Kazakhstan 31 974[7]
Drapeau de la Jordanie Jordanie 16 000[8]
Drapeau de l'Irak Irak 11 000[9]
Drapeau de la Géorgie Géorgie 10 100 (dont les Kistines)
Population totale 2 millions[10]
Autres
Langues Tchétchène, Russe
Religions Islam sunnite (majoritaire)
Ethnies liées Nakh (Ingouches, Bats et Kistines)

Le peuple tchétchène (en tchétchène : Нохчий, Nokhchi, en russe : Чеченцы) forme le plus grand groupe ethnique natif du Caucase du Nord avec, selon le recensement russe de 2010, 1 431 360 représentants[1], dont 1 206 551 en Tchétchénie[11] pour à peu près un total de 2 millions de représentants dans le monde. Ils ont pour langue le tchétchène et pour religion prédominante l'islam sunnite.

Étymologie[modifier | modifier le code]

Les Tchétchènes se désignant par le terme de « Nohcho » ou « Nohchi », l'origine du mot « tchétchène » est floue.

Histoire[modifier | modifier le code]

Origines[modifier | modifier le code]

Les Tchétchènes sont l'un des peuples Nakh qui vivent dans les hautes terres du Nord-caucase depuis la préhistoire[12]. Il existe des preuves archéologiques de la continuité historique remontant à 3000 avant J-C[13] ainsi que des preuves indiquant la migration de leurs ancêtres du Croissant Fertile entre 10 000 à 8 000 avant J-C.

Amjad Jaimoukha note dans son livre Les Tchétchènes : « Certaines autorités pensent que la nation Nakh était une progéniture des Hourrites et des Urartéens, bâtisseurs des magnifiques civilisations du Proche-Orient, qui ont eu de profondes influences sur les autres cultures de la région »[14]. Selon certaines données, les Tchétchènes sont génétiquement, linguistiquement et anthropologiquement considérés comme les descendants des Hourrites et des Urartéens[15],[16].

Moyen-Âge[modifier | modifier le code]

Au Moyen Âge, la Tchétchénie est dévastée par les invasions mongoles du XIIIe siècle et celles de Tamerlan au XIVe.

Les invasions du Caucase par Tamerlan à la fin du XIVe siècle ont été particulièrement coûteuses pour le royaume tchétchène de Simsir, allié de la Horde d'Or et anti-timurides. Son chef Khour Ela a soutenu Khan Tokhtamych pendant la bataille de la rivière Terek[17]. Les Tchétchènes ont la particularité d'être l'un des rares peuples à avoir résisté avec succès aux Mongols et à se défendre contre leurs invasions ; pas une fois, mais deux, bien que cela leur ait coûté cher, car leurs États ont été complètement détruits. Ces événements ont joué un rôle clé dans la formation de la nation tchétchène et de sa société à orientation martiale et basée sur les clans[18].

Période moderne[modifier | modifier le code]

Couple tchétchène au début du XXe siècle. L'homme porte une tchokha.

Le Caucase était une zone concurrente majeure pour deux empires rivaux voisins : l'Empire ottoman, à l'ouest du Caucase, et l'Empire perse (Safavides, Afcharides, Qajars), à l'est et au centre. Les Tchétchènes, cependant, ne sont jamais vraiment tombés sous la domination de l'un ou l'autre empire[19].

Alors que la Russie entreprend d'accroître son influence politique dans le Caucase et la mer Caspienne aux dépens de la Perse safavide, Pierre Ier lance la guerre russo-persane, au cours de laquelle la Russie annexe une grande partie des territoires du Caucase pendant plusieurs années. Le conflit a notamment marqué la première rencontre militaire entre la Russie impériale et les Tchétchènes. Cheikh Mansour dirige un important mouvement de résistance tchétchène à la fin du XVIIIe siècle. À la fin des XVIIIe et XIXe siècles, la Russie se lance dans une conquête à grande échelle du Caucase du Nord lors de la guerre du Caucase. La résistance tchétchène à la domination russe a atteint son apogée sous la direction du chef de guerre avar, l'Imam Chamil. Les Tchétchènes sont finalement vaincus en 1861 après une guerre sanglante qui a duré des décennies, au cours de laquelle ils ont perdu la majeure partie de leur population[20]. Dans les années qui suivent, un grand nombre de survivants sont déportés par les autorités russes vers l'Empire ottoman[21].

Depuis le XIXe siècle[modifier | modifier le code]

Véterans tchétchènes de la Grande Guerre patriotique.

Depuis lors, il y a eu diverses rébellions tchétchènes contre le pouvoir russe/soviétique en 1865-1866, 1877, pendant la guerre civile russe et la Seconde Guerre mondiale, ainsi qu'une résistance non violente à la russification et aux campagnes de collectivisation et anti-religion de l'Union soviétique. En 1944, tous les Tchétchènes, ainsi que plusieurs autres peuples du Caucase, sont déportés sous l'ordre du dirigeant soviétique Joseph Staline vers les RSS kazakh et kirghize. Au moins un quart - et peut-être la moitié - de l'ensemble de la population tchétchène a péri dans le processus, et un coup sévère a été porté à leur culture et à leurs archives historiques[22],[23]. Bien que "réhabilités" en 1956 et autorisés à revenir l'année suivante, les survivants ont perdu leurs ressources économiques et leurs droits civils et, sous les gouvernements soviétiques et post-soviétiques, ils font l'objet de discriminations officielles et non officielles et de discours publics discriminatoires[24]. Les tentatives tchétchènes de recouvrer l'indépendance dans les années 1990 après la chute de l'Union soviétique ont conduit à la première et à la deuxième guerre avec le nouvel État russe, à partir de 1994.

Géographie[modifier | modifier le code]

La majorité des Tchétchènes se trouve dans la République tchétchène de la fédération de Russie, dans le Nord-Est du Caucase. Des groupes important se trouvent également dans les régions voisines (Ingouchie, Daghestan) ainsi qu’à Moscou.

À l’étranger on trouve des populations tchétchènes en Turquie et au Moyen-Orient (Jordanie, Syrie et Irak), descendants de Tchétchènes qui ont été déportés lors de la guerre du Caucase au XIXe siècle, ainsi qu’au Kazakhstan, descendants de Tchétchènes déportés sous Joseph Staline. Dans les années 1990, la guerre de Tchétchénie a poussé certaines familles de civils (dont femmes et enfants) qui étaient menacées par les bombardements russes, à immigrer avec le statut de réfugié en Europe, particulièrement en France, Belgique et en Allemagne

Culture, traditions et modes de vies[modifier | modifier le code]

Langue[modifier | modifier le code]

La langue principale du peuple tchétchène est le tchétchène. Le tchétchène appartient à la famille des langues nakh (langues du Caucase du Nord-Est).

Image dans la culture populaire et la littérature[modifier | modifier le code]

Au cours du XIXe siècle, durant les premières guerres batailles contre l'Empire russe, les tchétchènes furent l'objet de fascinations de la part d'écrivains, poètes et romanciers russes ayant observés ce peuple durant leurs voyages et séjour dans le Caucase. Le général Ermolov, rapportait dans ses écrits les tchétchènes comme étant «une véritable horde de bandits», l'écrivain russe Léon Tolstoï, décrivait les tchétchènes comme étant «Ce que tous les Tchétchènes, petits et grands, ressentaient, était plus fort que la haine. Tout simplement, ils ne reconnaissaient plus les Russes pour des chiens que pour des hommes, ils éprouvaient tant de dégoût, de répulsion, d'horreur devant la stupide cruauté de ces êtres que leur désir de les exterminer comme celui d'exterminer les rats, les araignées venimeuses, les loups, était un sentiment aussi naturel que l'instinct de conservation». également le poète russe Mikhaïl Lermontov, décrivait les tchétchènes comme des barbares ensanglantés portant toujours un couteau avec eux, les écrits de Lermontov au sujet des tchétchènes sont devenus une berceuse que l'ont apprend et raconte depuis aux enfants russes «Dors le grand méchant tchétchène est en train d'aiguiser son couteau mais ton Papa veille». Le poète russe Alexandre Pouchkine décrivait quant à lui les tchétchènes comme un peuple de montagnard rebelle, insoumis et impossible à pacifier[25],[26].

Religion[modifier | modifier le code]

Mosquée typique de Tchétchénie à Tolstoy-Yurt.

Au Moyen Âge, la plaine de Tchétchénie est dominée par les Khazars puis les Alains. La culture locale est également soumise à l'influence géorgienne et certains Tchétchènes se sont convertis au christianisme orthodoxe. Avec une présence remontant au XIVe siècle, l'islam s'est progressivement répandu parmi les Tchétchènes[27],[28], bien que la religion traditionnelle Tchétchène soit encore très présente jusqu'au XIXe siècle.

Aujourd'hui, les Tchétchènes sont majoritairement musulmans[29]. La plupart de la population suit soit la jurisprudence Shafi'i ou le Hanafi[30]. L'école de jurisprudence Shafi'i a une longue tradition parmi les Tchétchènes, et reste donc la plus pratiquée[31].

A la fin des années 2000, cependant, deux nouvelles tendances sont apparues en Tchétchénie. Un vestige radicalisé du mouvement séparatiste armé tchétchène est devenu dominé par les salafistes (populairement connus en Russie sous le nom de wahhabites et présents en Tchétchénie en petit nombre depuis les années 1990), abandonnant pour la plupart le nationalisme au profit du panislamisme et fusionnant avec plusieurs autres insurrections islamiques régionales pour former l'émirat du Caucase. Dans le même temps, la Tchétchénie sous le régime autoritaire de Ramzan Kadyrov, soutenu par Moscou, a mené sa propre contre-campagne controversée d'islamisation de la république, le gouvernement local promouvant et appliquant activement sa propre version d'un soi-disant « islam traditionnel », y compris l'introduction d'éléments de la charia qui remplacent les lois officielles russes[32],[33],[34].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (ru) Composition par nationalité de la fédération de Russie lors du recensement de 2010.
  2. a b c d e et f Russian Census of 2002 « https://web.archive.org/web/20141006125801/http://www.perepis2002.ru/index.html?id=17 »(Archive.orgWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?), (ru)
  3. As Hit Men Strike, Concern Grows Among Chechen Exiles, RFE/RL, March 12, 2009
  4. Chechens in the Middle East: Between Original and Host Cultures « https://web.archive.org/web/20110722061015/http://belfercenter.ksg.harvard.edu/publication/12785/chechens_in_the_middle_east.html# »(Archive.orgWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?), , Event Report, Caspian Studies Program
  5. Kristiina Markkanen: Chechen refugee came to Finland via Baku and Istanbul « https://web.archive.org/web/20111121195649/http://www.hs.fi/english/article/Chechen+refugee+came+to+Finland+via+Baku+and+Istanbul/1135246619648 »(Archive.orgWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?), (Englisch)
  6. « La France accueille le premier réfugié tchétchène homosexuel », France 24, (consulté le )
  7. « Etnografia »(Archive.orgWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?),
  8. (en) « Jordan willing to assist Chechnya – King », sur Reliefweb.int, (consulté le )
  9. (en) Ahmet Katav et Bilgay Duman, « Iraqi Circassians (Chechens, Dagestanis, Adyghes) », ORSAM Reports, no 134,‎ (lire en ligne [archive du ], consulté le )
  10. (en) « Chechnya 'has no troops in Ukraine' », sur www.bbc.com, (consulté le )
  11. (ru) Composition par nationalité des sujets de la fédération de Russie lors du recensement de 2010.
  12. « ETHNICITY AND CONFLICT IN THE CAUCASUS(5) », sur Src-h.slav.hokudai.ac.jp (consulté le )
  13. Bernice Wuethrich, « Peering Into the Past, With Words », Science, vol. 288, no 5469,‎ , p. 1158 (DOI 10.1126/science.288.5469.1158, S2CID 82205296)
  14. Amjad Jaimoukha, The Chechens, (ISBN 978-0-203-35643-2, DOI 10.4324/9780203356432, lire en ligne), p. 28
  15. « The Urartian language itself took several generations to decipher and is now believed to be a distant ancestor of existing Caucasian languages such as Chechen. »
  16. "Chechnya i Rossiya: obshchestva i gosudarstva: Sb. materialov konferentsii. Pod red. D.Furmana. M .: Polinform-Talburi." English translation: "This sounds extremely unexpected, but it is. The Chechen nation is the ethnic root part of the Caucasian race, one of the oldest sources of human civilization, the fundamental principle of spirituality, passed through the Hurrian, Mittani, Urartian cultures.", (ISBN 978-5-93516-004-3)
  17. Amin Tesaev, « Симсим », РЕФЛЕКСИЯ, vol. 2,‎ , p. 61–67
  18. James Minahan, One Europe, Many Nations: A Historical Dictionary of European National Groups, Greenwood Publishing Group, (ISBN 978-0-313-30984-7, lire en ligne), p. 168
  19. Hooman Peimani, Conflict and Security in Central Asia and the Caucasus, ABC-CLIO, (ISBN 978-1-59884-054-4, lire en ligne)
  20. (en) Jaimoukha (p.50): "The Chechens suffered horrific losses in human life during the long war. From an estimated population of over a million in the 1840s, there were only 140,000 Chechens left in the Caucasus in 1861..."
  21. « Who are the Chechens? » [archive du ] by Johanna Nichols, University of California, Berkeley.
  22. Jaimoukha p.58
  23. Dunlop, Chapter 2 "Soviet Genocide", particularly pp. 70–71 ("How many died?")
  24. Jaimoukha p.60
  25. Jean-Pierre THIBAUDAT, « Le caucase, une fascination littéraire. », sur Libération (consulté le )
  26. « Chirac évacuait question tchétchène pirouette littéraire citant Lermontov Dors petit papa protège méchant tchétchène temps Occident mêlait guère Grozny écrasée Moscou myopie payée », sur Scoopnest (consulté le )
  27. « Islam: Islam in the Caucasus and the Middle Volga | Encyclopedia.com », sur www.encyclopedia.com (consulté le )
  28. Encyclopedia of the World's Minorities, New York, Routledge, (ISBN 1-57958-468-3), p. 280
  29. « The George Washington University – Washington, D.C. » [archive du ], sur Gwu.edu (consulté le )
  30. Roger McDermott, « Shafi'i and Hanafi schools of jurisprudence in Chechnya », Jamestown.org (consulté le )
  31. Marjorie Mandelstam Balzer, Religion and Politics in Russia: A Reader, (ISBN 978-0-7656-2931-9, lire en ligne)
  32. United Nations High Commissioner for Refugees, « Kadyrov Exploits Ties with Moscow to Build Islamic State », sur Refworld.org (UNHCR) (consulté le )
  33. « Virtue Campaign on Women in Chechnya under Ramzan Kadyrov | Human Rights Watch », sur Hrw.org, (consulté le )
  34. « Chechen Leader's Islamic Policies Stir Unease », sur Npr.org (consulté le )

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Mariel Tsaroieva, Anciennes croyances des Ingouches et Tchétchènes : peuples du Caucase du nord (texte remanié d'une thèse d'Histoire des religions, INALCO), Paris, Maisonneuve & Larose, , 423 p. (ISBN 2-7068-1792-5).
  • Laurent Vinatier, Tchétchènes : une diaspora en guerre (texte remanié d'une thèse de sciences politiques), Paris, Pétra, , 289 p. (ISBN 978-2-84743-085-1).
  • Amjad Jaimoukha, The Chechens: A Handbook, Londres; New-York, Routledge, .

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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