Nasrin Sotoudeh

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Nasrin (ou Nasrine) Sotoudeh (translittération anglaise : Sotoodeh), née en 1963[1], est une avocate iranienne, spécialiste des Droits de l'homme.

À la suite du mouvement de contestation des élections en Iran de juin 2009, elle a défendu des activistes et des hommes politiques de l'opposition, ainsi que des prisonniers condamnés à la peine de mort pour des crimes commis lorsqu'ils étaient mineurs[2]. Parmi ses clients, on trouve le célèbre journaliste Isa Saharkhiz, ou encore Heshmat Tabarzadi, le leader d'un groupe d'opposition proscrit, le Front Démocratique[3]. Sotoudeh a été arrêtée en septembre 2010 sous les chefs d'accusation suivants : diffusion de propagande et conspiration mettant en danger la sécurité de l'État[2] - elle a été alors emprisonnée dans la prison d'Evin[4],[5] (au nord de Téhéran). En janvier 2011, les autorités iraniennes ont condamné Nasrin Sotoudeh à 11 ans de prison ; à cette peine s'ajoutent l'interdiction de pratiquer son métier d'avocate, et l'interdiction de quitter l'Iran pour une durée de 20 ans. Selon son mari, Reza Khandan, elle aurait déclaré avoir renoncé à une procédure d'appel. En 2012, avec Jafar Panahi, elle remporte le Prix Sakharov, remis par le Parlement européen[6].

Biographie[modifier | modifier le code]

Famille et éducation[modifier | modifier le code]

Nasrin Sotoudeh est née en 1963 dans une famille iranienne, religieuse et de classe moyenne[7]. Bien qu'elle eut espéré étudier la philosophie à la faculté, et qu'elle ait obtenu la 53e place à l'examen d'entrée universitaire iranien, elle n'eut pas assez de notes suffisamment élevées pour y accéder[8]. C'est ainsi qu'elle finit par étudier le droit à l'Université Shahid Beheshti à Téhéran. Après avoir achevé ses études de droit international, Sotoudeh passa avec succès l'examen du barreau en 1995, mais dut attendre huit autres années pour obtenir le droit de pratiquer son métier[7].

Nasrin Sotoudeh est mariée à Reza Khandan. Le couple a deux enfants[9]. Nasrin a insisté sur le fait que Reza soit "réellement un homme moderne", la soutenant et l'aidant dans les épreuves[8].

Travail et activités[modifier | modifier le code]

Nasrin commence sa carrière au bureau de droit du Ministère iranien du logement. Au bout de deux ans, elle rejoint la section du droit de la banque d'État Tejarat. Pendant ce mandat à la banque, elle est « fortement impliquée dans les affaires légales et les litiges légaux pour bien des affaires que l'Iran a présenté à la Haye », dans son conflit avec les États-Unis lors des « convocations au tribunal de l'Algérie »[8].

Le premier travail de Sotoudeh dans le champ des droits de la femme fut le rassemblement d'interviews, de reportages et d'articles pour le journal Dericheh. L'éditeur en chef de publication rejeta le recueil ainsi formé, ce qui ne fit que rendre Sotoudeh "encore plus déterminée dans son travail pour les droits de la femme"[7].

En 1995, à 32 ans, elle passa l'examen du Barreau (Kanoon Vokala), obtint ses certificats d'avocate, et devint un des membres les plus actifs du barreau[8]. Son travail inclut la défense de femmes et enfants maltraités, et faire en sorte de protéger les enfants maltraités d'un retour auprès de leurs pères violents. Elle croit que bon nombre de ces personnes violentes sont malades ou bien elles-mêmes des victimes passées de mauvais traitements, et qui ont besoin d'une prise en charge professionnelle et médicale. Nasrin espère que les tribunaux feront meilleur usage à l'avenir des spécialistes des enfants ainsi que des psychologues dans le contrôle des cas de maltraitance, afin de mieux protéger les enfants[8].

Elle s'est chargée d'activistes renommés et/ou de journalistes tels qu'Isa Saharkhiz, Heshmat Tabarzadi, Nahid Keshavarz, Parvin Ardalan, Omid Memarian, Roya Tolouie, ainsi que de nombreuses affaires criminelles et cas de maltraitance d'enfants, qui ont fait beaucoup de bruit[4],[8].

Sotoudeh est une proche associée de Shirin Ebadi, le prix Nobel de la paix iranien[10]. Cette dernière a appelé à sa libération et a fait part de ses inquiétudes concernant sa santé. Shirin Ebadi a ainsi déclaré : "Madame Sotoudeh fait partie de ces derniers et courageux avocats restants qui ont accepté d'affronter tous les risques pour défendre les victimes des violations des Droits de l'Homme en Iran." L'ancien président tchèque Václav Havel, ainsi que Zahra Rahnavard, l'épouse du leader d'opposition Mir Hossein Moussavi, ont également appelé à sa libération[4].

Son arrestation[modifier | modifier le code]

Le 28 août 2010, les autorités iraniennes ont dévalisé le bureau de Nasrin Sotoudeh, alors que celle-ci était en train de représenter Zahra Bahrami, une femme à la double nationalité (néerlandaise-iranienne) accusée d'atteintes à la sécurité. Que le raid soit lié à sa cliente est sujet à caution[11],[12]. Le 4 septembre 2010, les autorités iraniennes ont arrêté Mme Sotoudeh elle-même sous les chefs d'accusation qui suivent : diffusion de propagande et conspiration mettant en danger la sécurité d'État[2]. Amnesty International a rapidement appelé à sa libération, considérant qu'il s'agit d'un « prisonnier de conscience qui est exposée à la torture ou d'autres mauvais traitements »[9]. Selon Associated Press, son arrestation "pourrait être le signal de l'élargissement de la répression en Iran de l'opposition pro-réformes". Mme Sotoudeh, qui est emprisonnée dans la prison d'Evin, serait détenue dans une cellule d'isolement[4].

Première grève de la faim[modifier | modifier le code]

Le 25 septembre, elle commença une grève de la faim afin de dénoncer l'interdiction de visites et d'appels téléphoniques de sa famille, dont elle était la victime[4],[10]. Selon son mari, Mme Sotoudeh a mis fin à cette grève de la faim quatre semaines plus tard, le 23 octobre[4].

Deuxième grève de la faim[modifier | modifier le code]

Le 31 octobre, selon la Campagne internationale pour les Droits de l'Homme en Iran, Mme Sotoudeh a continué à protester contre sa détention et les maltraitances subies en entamant une grève de la faim sèche (c'est-à-dire la refus non seulement de la nourriture, mais également de l'eau). Le 4 novembre, ses deux jeunes enfants ont eu la permission de lui rendre visite en prison pour la première fois. Ils l'auraient trouvée en très mauvaise santé, et ayant perdu beaucoup de poids.

Troisième grève de la faim[modifier | modifier le code]

Elle entame une grève de la faim le , pour que sa fille Mehraveh retrouve ses droits à la suite d'une interdiction judiciaire du régime iranien de quitter le pays[13].

Condamnation[modifier | modifier le code]

Le 9 janvier 2011, les autorités iraniennes ont condamné Mme Sotoudeh à 11 années de prison pour des chefs d'accusation tels que la participation à des « activités mettant en danger la sécurité nationale », ou encore la « propagande orientée contre le régime ». Cette peine a été assortie d'une interdiction de pratiquer son métier, et de quitter le pays pour une durée de 20 années[14].

Libération[modifier | modifier le code]

Le 18 septembre 2013, Nasrin Sotoudeh a été graciée et libérée. L'arrivée du nouveau président iranien Hassan Rohani, qui cherche à montrer une image plus ouverte de l'Iran a probablement pesé sur la balance pour la libération de Nasrin Sotoudeh[15].

Réponse internationale[modifier | modifier le code]

En octobre 2010, la Campagne Internationale pour les Droits de l'Homme en Iran, Human Rights Watch, la Commission internationale de juristes, la Fédération internationale des ligues des droits de l'homme, la Ligue iranienne de Défense des Droits de l'Homme, l'Union internationale des avocats et l'Organisation mondiale contre la torture se sont joints à Amnesty International dans une déclaration commune dénonçant l'arrestation de Sotoudeh et appelant à sa libération immédiate.

Le , le Parlement européen lui décerne son Prix Sakharov "pour la liberté de l'esprit" ainsi qu'à Jafar Panahi[16].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Article du Courrier international du 7 mars 2013
  2. a, b et c « Iran opposition lawyer Nasrin Sotoudeh detained », BBC News,‎ 9 septembre 2010 (lire en ligne)
  3. « Iran: Lawyers' defence work repaid with loss of freedom », Human Rights Watch,‎ 1er octobre 2010 (lire en ligne)
  4. a, b, c, d, e et f « Jailed Iran Lawyer 'Gets Family Visit, Ends Hunger Strike' », Radio Farda,‎ 26 octobre 2010
  5. Article du Monde du 12 décembre 2011
  6. Article du site News.va du 26 octobre 2012
  7. a, b et c Azadeh Davachi, « IMPRISONED -- Nasrin Sotoudeh: A Mother, A Lawyer, An Activist », Payvand,‎ 15 septembre 2010 (lire en ligne)
  8. a, b, c, d, e et f Syma Sayyah, « Nasrin Sotoudeh: The Ardent, Passionate and Dedicated Attorney at Law », Payvand,‎ 29 mai 2007 (lire en ligne)
  9. a et b « Iran: Demand Release of human rights lawyer, Nasrin Sotoudeh », Amnesty International,‎ 9 septembre 2010
  10. a et b « Jailed Iranian opposition lawyer on hunger strike », Fox News,‎ 6 octobre 2010 (lire en ligne)
  11. « Inval bij advocate Bahrami in Teheran »,‎ 31 août 2010
  12. « Advocaat Zahra Bahrami opgepakt in Teheran », Nederlandse Publieke Omroep,‎ 7 septembre 2010 (lire en ligne)
  13. Article du Point du 30 novembre 2012
  14. William Yong, « Iran Sentences Human Rights Lawyer to 11 Years in Jail », The New York Times,‎ 10 janvier 2011 (lire en ligne)
  15. Iran: l'avocate des droits de l'Homme Nasrin Sotoudeh libérée, Romandie, 18 septembre 2013
  16. Article du Point du 26 octobre 2012

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]