Alexander Dubček

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Alexander Dubček
Alexander Dubček en 1989
Alexander Dubček en 1989
Fonctions
Premier secrétaire du Parti communiste tchécoslovaque
Prédécesseur Antonín Novotný
Successeur Gustáv Husák
Président de l'Assemblée fédérale tchécoslovaque
Prédécesseur Peter Colotka
Successeur Dalibor Hanes
Président de l'Assemblée fédérale tchécoslovaque
Prédécesseur Alois Indra
Successeur Michal Kováč
Biographie
Date de naissance
Lieu de naissance Uhrovec, Drapeau de la Tchécoslovaquie Tchécoslovaquie
(Maintenant Slovaquie)
Date de décès (à 70 ans)
Lieu de décès Prague, Drapeau de la Tchécoslovaquie Tchécoslovaquie
(Maintenant République tchèque)
Nature du décès Accident de la route
Nationalité Slovaque
Parti politique Parti communiste de Slovaquie (1939-1948)
Parti communiste tchécoslovaque (1948-1970)
Société contre la violence (1989-1992)
Parti social-démocrate slovaque (1992)

Signature

Alexander Dubček ( - ) est un homme politique tchécoslovaque d'origine slovaque, Premier secrétaire du Parti communiste tchécoslovaque en 1968-1969 et, à ce titre, une figure de proue du Printemps de Prague en 1968. Après la Révolution de velours, il occupe de 1989 à 1992 le poste de Président du Parlement fédéral de la République fédérale tchèque et slovaque.

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Alexander Dubček naît à Uhrovec, en Slovaquie, ses parents ayant quitté Chicago (États-Unis) et regagné la Tchécoslovaquie en 1921. Quand Alexander Dubček a trois ans, la famille rejoint une coopérative industrielle Interhelpo espérantiste en République socialiste soviétique kirghize, pour édifier le Socialisme mais aussi à cause de la pénurie d'emplois en Tchécoslovaquie. En 1938, la famille revient au pays natal où Alexander Dubček s'inscrit au parti communiste (clandestin) slovaque, créé après la formation d'un État slovaque, et qui entre en résistance au régime de la République slovaque - satellite de l'Allemagne nazie - dirigé par Jozef Tiso. En , Dubček combat au sein de l'insurrection nationale slovaque et est blessé, tandis que son frère Július est tué [1].

Carrière politique[modifier | modifier le code]

Le Parti communiste de Slovaquie (KSS) devient en 1948 la branche slovaque du Parti communiste tchécoslovaque (KSČ). Après la seconde Guerre mondiale, Dubček gravit progressivement les échelons de la Tchécoslovaquie communiste. Secrétaire de la section de Trenčín en 1949, de 1951 à 1955, il est membre de l'Assemblée nationale, Parlement de la Tchécoslovaquie. Il est envoyé, en 1955, au Collège politique à Moscou, d'où il sort diplômé en 1958. Il rejoint le Comité central de la branche slovaque en 1955, le Comité central du Parti communiste tchécoslovaque en 1958 (il en est Secrétaire de 1960 à 1962) et devient membre du Presidium à partir de 1962. De 1960 à 1968, il est encore une fois membre du Parlement fédéral.

En 1963, une lutte de pouvoir à la direction de la branche slovaque du Parti, dégomme Karol Bacílek et Pavol David, alliés conservateurs d'Antonín Novotný, Premier secrétaire du KSČ et Président de la Tchécoslovaquie. À leur place, une nouvelle génération de communistes slovaques prend le contrôle du Parti et des organes de l'État, menée par Alexander Dubček qui devient Premier secrétaire de la branche slovaque du Parti.

Sous la direction de Dubček, la Slovaquie entame une période de libéralisation politique. Depuis que Novotný et ses prédécesseurs stalinistes ont dénigré dans les années 1950 les nationalistes slovaques bourgeois, notamment Gustáv Husák et Vladimír Clementis, la branche slovaque veille à promouvoir l'identité slovaque. Cette promotion s'exprime par des célébrations et des manifestations, telles les dates anniversaires de Ľudovít Štúr et Jozef Miloslav Hurban, chantres du renouveau national slovaque au 19e siècle, le centenaire de la fondation Matica slovenská en 1963, et le 20e anniversaire de l'insurrection nationale slovaque. À la même époque, le climat politique et intellectuel de la Slovaquie évolue vers plus de liberté qu'en zone tchèque. Pour preuve, le succès grandissant de Kultúrny život, revue hebdomadaire de l'Union des écrivains slovaques, qui publie de franches discussions sur la libéralisation, la fédéralisation et la démocratisation, écrites par des écrivains progressistes ou controversés, slovaques et tchèques mélangés. En conséquence, Kultúrny život devient la première revue slovaque à gagner en notoriété auprès des Tchèques.

Printemps de Prague[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Printemps de Prague.

Pendant les années 1960, l'économie planifiée est gravement en déclin et le contrôle obligatoire opéré depuis Prague déçoit les communistes locaux tandis que le programme de déstanilisation est une cause supplémentaire d'inquiétude. En , nombre de réformateurs, dont Ota Šik et Alexander Dubček, décident d'agir : ils défient le Premier secrétaire Antonín Novotný lors d'une réunion du Comité central. Novotný est confronté à la contestation au sein du Comité central, c'est pourquoi il a secrètement invité à Prague Léonid Brejnev, en , pour qu'il expose son avis. Quand Brejnev arrive à Prague et rencontre les membres du Comité central, il est stupéfait de constater l'opposition à Novotný, ce qui l'incite à lui refuser son soutien et ouvre la voie à son éviction. Dubček devient le nouveau Premier secrétaire du Parti communiste de Tchécoslovaquie le . La période qui suit la chute de Novotný est nommée Printemps de Prague.

Durant cette période, Dubček et les autres réformateurs cherchent à libéraliser le gouvernement communiste et à créer un socialisme à visage humain. Bien que ceci limite l'influence du Parti sur le pays, Dubček reste un fervent communiste et manœuvre pour conserver l'autorité du Parti. Cependant, lui et les autres communistes réformateurs tentent de capter le soutien populaire au gouvernement communiste en éliminant les pires et les plus répressives de ses caractéristiques, en autorisant une plus grande liberté d'expression et en tolérant que des organismes politiques et sociaux échappent au contrôle communiste. Il est cependant rapidement débordé par les aspirations de ses concitoyens et notamment de la jeunesse qui, comme en France, réclame une évolution de la société. "Dubček! Svoboda!" devient le slogan populaire lors des manifestations étudiantes de cette époque. Pourtant Dubček se met lui-même en situation de plus en plus indéfendable. Le programme de réformes gagne du terrain, menant à des pressions pour une libéralisation et une démocratisation plus poussées. Au même moment, les communistes conservateurs de Tchécoslovaquie et les dirigeants des autres pays du Pacte de Varsovie pressent Dubček de leur donner carte blanche pour intervenir. Bien que Dubček désire superviser le programme des réformes, il refuse de le faire en usant de la manière forte.

Par des négociations successives, les Soviétiques essaient de freiner ou stopper le train de réformes en Tchécoslovaquie. L'Union soviétique consent à des pourparlers bilatéraux avec la Tchécoslovaquie, en juillet à Čierna nad Tisou près de la frontière Slovaquie-Union Soviétique. Lors de la réunion, Dubček tente de convaincre les Soviétiques et les dirigeants des autres pays du Pacte de Varsovie de son amitié indéfectible envers Moscou, arguant que les réformes relèvent de la cuisine intérieure. Il pense avoir beaucoup appris de l'échec de l'insurrection de Budapest en 1956, au cours de laquelle les dirigeants hongrois avaient été jusqu'au retrait du Pacte de Varsovie. Dubček croit que le Kremlin le laissera libre de poursuivre sa réforme interne aussi longtemps que la Tchécoslovaquie reste un membre fidèle du bloc soviétique. En dépit des efforts constants de Dubček pour confirmer ses engagements, Brejnev et les autres restent dubitatifs.

Destitution[modifier | modifier le code]

La nuit du 20 au , les forces du Pacte de Varsovie entrent en Tchécoslovaquie. Les armées d'occupation prennent rapidement le contrôle de Prague et s'emparent du bâtiment du Comité central, amenant Dubček et les autres réformateurs en garde à vue chez les Soviétiques. Mais avant son arrestation, Dubček presse la population de ne pas résister par les armes. Plus tard dans la journée, Dubček et les autres sont transférés à Moscou dans un avion soviétique de transport de troupes (à ce qu'on dit, utilisé par les troupes soviétiques d'invasion). En dépit de son appel à la résistance non-violente de la population tchèque et slovaque, qui porte à huit mois fermes l'entière perte de contrôle par les forces du Pacte de Varsovie (en démenti de l'estimation soviétique de quatre jours) et devient un premier exemple de défense civile, les réformateurs sont finalement forcés d'accéder aux sommations soviétiques, en signant le Protocole de Moscou (seul František Kriegel refuse de signer). Dubček et la plupart des réformateurs sont renvoyés à Prague le et Dubček conserve tout un temps son poste de Premier secrétaire du Parti. En effet, les avancées du Printemps de Prague ne furent pas rognées du jour au lendemain, mais sur une période de sept mois. En , Dubček est hospitalisé à Bratislava, se plaignant d'un refroidissement, et il doit annuler un discours. Des rumeurs courent, selon lesquelles sa maladie est un empoisonnement par un isotope radioactif du strontium, qui aurait été ajouté à son potage durant son séjour à Moscou, avec l'intention de l'assassiner. Cependant, un rapport américain dément ces rumeurs par manque de preuve [2].

Dubček est forcé de démissionner de son poste de Premier secrétaire le [3] après des manifestations de hooliganisme, quand l'équipe tchécoslovaque de hockey sur glace bat l'équipe soviétique à Stockholm. Il est réélu à l'Assemblée fédérale tchécoslovaque et devient son rapporteur. Il est ultérieurement envoyé comme ambassadeur en Turquie (1969-1970), avec l'espoir sous-jacent qu'il fuira à l'Ouest, mais ceci n'arrive pas. En 1970, il est exclu du Parti communiste et perd ses sièges au Parlement slovaque (depuis 1964) et à l'Assemblée fédérale.

Vie privée[modifier | modifier le code]

Après son expulsion du Parti, Dubček travaille à l'Administration forestière de Slovaquie. Il garde une grande popularité dans son milieu professionnel, aussi bien parmi les Tchèques que parmi les Slovaques, utilisant sa bonne réputation pour procurer à son milieu de travail de l'équipement rare ou difficile à acquérir. Dubček et sa femme Anna occupent sans discontinuer une villa confortable dans un beau quartier de Bratislava. En 1988, Dubček est autorisé à se rendre en Italie pour devenir docteur honoris causa de l'Université de Bologne et, au cours de son voyage, accorde une interview - au cours de laquelle il réitère ses positions politiques libérales - publiée dans le journal communiste italien L'Unità, ses premières déclarations publiques à la presse depuis 1970. Sa réapparition et l'interview l'aident à opérer son retour sur la scène internationale.

Révolution de velours[modifier | modifier le code]

Pendant la Révolution de velours de 1989, il soutient le mouvement Société contre la violence (VPN) et le Forum civique. Le soir du , Dubček apparaît avec Václav Havel au balcon dominant la place Venceslas à Prague, où il est accueilli par des applaudissements soutenus émanant des foules de contestataires, et adulé comme un symbole de liberté démocratique. Plusieurs spectateurs scandent même Dubček na hrad ! (Dubček au Château de Prague), l'invitant à la Présidence. Il déçoit la foule quelque peu en appelant la révolution à poursuivre le travail qu'il à entamé vingt ans plus tôt, et tait le bilan négatif des gouvernements communistes contemporains ; à cette époque, les manifestants présents à Prague ne soutiennent ni la direction communiste ni l'économie planifiée. Plus tard dans la nuit, Dubček est sur scène avec Havel au théâtre Laterna Magika de Prague, quartier général du Forum civique, quand l'Autorité de direction du parti communiste démissionne en bloc, mettant ainsi fin au rôle des communistes en Tchécoslovaquie [4]. Au moment du renversement de l'Autorité communiste, Dubček définit la Révolution de velours comme une victoire de sa vision d'un socialisme à visage humain.

Dubček est élu Président de l'Assemblée fédérale (Parlement tchécoslovaque) le , et réélu en 1990 et 1992.

En 1992, il devient Président du Parti social-démocrate slovaque (SSDS), et représente ce parti à l'Assemblée fédérale. À cette époque, Dubček soutient passivement l'union entre Tchèques et Slovaques à l'intérieur d'une seule fédération, face à la dissolution et la naissance d'un État slovaque indépendant, ce qui s'est finalement produit.

Décès[modifier | modifier le code]

Mémorial de Dubček sur les lieux de l'accident qui lui a coûté la vie.
La tombe de Dubček

Dubček décède le à la suite des blessures encourues lors d'un accident de voiture survenu le sur l'autoroute D1 (République tchèque, près de Humpolec)[5],[6].
Il est inhumé au cimetière Slávičie údolie de Bratislava, Slovaquie.

Fonctions occupées[modifier | modifier le code]

En un coup d'œil :

1951-1955 et 1960-1968 et 1969-1970 : membre du Parlement tchécoslovaque (ou Assemblée nationale, appelée depuis 1969 Assemblée fédérale) dont il devient, en 1969, le porte-parole.
1955-1968 : membre du Parti communiste slovaque, membre du présidium à partir de 1962, premier secrétaire du Comité central à partir de 1963.
1958-1969 : membre du Parti communiste tchécoslovaque, secrétaire de 1960 à 1962, membre du présidium à partir de 1962, premier secrétaire du Comité central à partir de 1968.
1964-1970 : membre du Parlement slovaque (Comité national slovaque).
1969-1970 : ambassadeur en Turquie.
1989-1992 : membre du parti Société contre la violence (VPN).
1989-1992 : porte-parole du Parlement fédéral tchécoslovaque.
1992 : président du Parti social-démocrate slovaque (SSDS), élu au Parlement.

Récompenses et mise à l'honneur[modifier | modifier le code]

Il est lauréat du Prix Sakharov pour la liberté de l'esprit lui décerné par le Parlement européen en 1989. Il est le deuxième bénéficiaire depuis la création du prix [7]. En 1990, il reçoit l'International humanist Award décerné par l'Union internationale humaniste et éthique.

Il remet aussi les diplômes aux lauréats de la classe 1990 de l'American University à Washington, D.C.; c'est son premier voyage aux États-Unis [8]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Dennis Kavanagh, A Dictionary of Political Biography, Oxford, OUP,‎ (lire en ligne), « Dubcek, Alexander », p. 152
  2. Radiation Sickness or Death Caused by Surreptitious Administration of Ionizing Radiation to an Individual. Report No. 4 of The Molecular Biology Working Group to The Biomedical Intelligence Subcommittee of The Scientific Intelligence Committee of USIB, 27 August 1969. Retrieved 5 May 2007
  3. Constanze Villar, Le Discours diplomatique, Éditions L'Harmattan, 2006.
  4. (en) Victor Sebetsyen, Revolution 1989: The Fall of the Soviet Empire, New York City, Pantheon Books,‎ (ISBN 0-375-42532-2)
  5. 1992/11/08/world/alexander-dubcek-70-dies-in-prague.html?sec=&spon=&pagewanted=1 Alexander Dubcek, 70, Dies in Prague (New York Times, 8 November 1992)
  6. Kopanic, Michael J Jr, "Case closed: Dubček's death declared an accident, not murder", Central Europe Review (Vol 2, No 8), 28 February 2000
  7. http://www.touteleurope.eu/actualite/qu-est-ce-que-le-prix-sakharov.html
  8. « Commencement Address - C-SPAN Video Library », C-spanvideo.org,‎ (consulté le 19 novembre 2013)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]