Ilham Tohti

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Ilham Tohti
Description de l'image Profesor Ilham Tohti.jpg.
Naissance (47 ans)
Artux, province du Xinjiang
Nationalité Chinoise
Profession
enseignant du droit constitutionnel et commerce international
Distinctions
PEN/Barbara Goldsmith Freedom to Write Award (prix pour la Liberté d’écrire) (2014) Prix Martin Ennals (2016)
Conjoint
Guzailai Nu’er
Famille
deux enfants

Ilham Tohti[Note 1] (ouïghour : ئىلھام توختى, ÉOuL: Ilham Toxti, ÉOuN: Ilⱨam Tohti; chinois simplifié : 伊力哈木•土赫提; ; pinyin : Yīlìhāmù•Tǔhètí) (né le 25 octobre 1969 au Xinjiang, Chine) est un militant ouïghour et un économiste chinois.

Biographie[modifier | modifier le code]

Ilham Tohti enseigne le droit constitutionnel et le commerce international à l'université centrale des minorités de Pékin. Ses étudiants sont des Ouïghours, mais aussi des Hans, Mongols ou Tibétains[1]. Il est célèbre pour ses conférences « libres » où il n'hésite pas à aborder des sujets difficiles comme le bilinguisme au Xinjiang, le contrôle de la presse et du net... Cet enseignement lui vaut une surveillance permanente[2].

Son blog Uyghur Online lui permet de proposer des solutions auprès des cadres politiques et économiques chinois pour améliorer la situation au Xinjiang[1].

Mise au secret en 2009[modifier | modifier le code]

Il a été arrêté à Beijing, Chine en juillet 2009 par les autorités chinoises en raison de sa critique de la politique du gouvernement chinois envers les Ouïghours dans la Région autonome Ouighour du Xinjiang[3]. La détention de Tohti s'est produite quelques jours après les émeutes au Xinjiang en juillet 2009.

En juillet 2009, Wang Lixiong et sa femme Tsering Woeser ont lancé une pétition[4] afin de demander la libération de l'universitaire Ilham Tohti. La pétition souligne qu’Ilham Tohti revendique des relations amicales entre nationalités. Son blog a été conçu comme un espace d'échange, Ilham Tohti ne saurait être tenu pour responsable des propos tenus par des participants au forum du blog[5]. Le 14 juillet, 250 personnes avaient signé cette pétition.

Hou Hanmin le porte-parole du Bureau d’Information de la région autonome du Xinjiang et relayé par l’agence de presse Xinhua affirme qu’Ilham Tohti est « parti en vacances ». Le journal Mandarin news a essayé sans succès d'entrer en contact avec le blogueur.

Concernant cette affaire l'organisation non gouvernementale internationale Reporters sans frontières indique le 7 août 2009 que « les dirigeants du Xinjiang ont déclaré à la télévision nationale que les sites Uyghur Online et Diyarim.com étaient deux canaux à travers lesquels les manifestations étaient organisées. Plus d’une cinquantaine de forums Internet et de plateformes de discussions ont été fermés, dont Uyghur Online, ainsi que de nombreux réseaux sociaux (Facebook, Twitter, YouTube, MSN messenger). Pour Reporters sans frontières, cette censure partielle d’Internet traduit la volonté des autorités d’empêcher les mobilisations de ouïghours et la publication d’informations alternatives à la propagande du gouvernement »[6].

Le 25 août 2009, Ilham Tohti a été libéré. Il indique avoir été assigné à résidence dans un hôtel proche de Pékin, puis dans son logement. Il dit ne pas avoir subi de mauvais traitements[7].

Arrestation et procès en 2014[modifier | modifier le code]

Lors d'une opération musclée, près de 30 policiers de Pékin et du Xinjiang l'ont arrêté à nouveau le 15 janvier 2014, et ont saisi quatre ordinateurs, des téléphones portables et des mémoires de ses étudiants. Un porte-parole du ministère des affaires étrangères a déclaré que Tohti était soupçonné d'avoir commis des délits et enfreint la loi[8],[9]. Il avait exprimé sur son site web sa crainte d'une recrudescence des pressions exercées contre les Ouïghours à la suite d'un attentat, attribué aux séparatistes, où une voiture fonça dans la foule sur la place Tienanmen à Pékin, tuant cinq personnes[10].

Accusé d’un « crime » qui peut être puni de la peine de mort ou de la prison à perpétuité[11], Ilham Tohti est jugé en septembre 2014 devant un tribunal du Xinjiang pour « séparatisme ». Selon son avocat, il n'a fait qu' « exprimer ses opinions en tant qu'universitaire ». Les observateurs étrangers n'ont pas pu accéder au tribunal d'Urumqi. L'ONG Human Rights Watch évoque une « mascarade de justice » qui « confortera le sentiment de discrimination à l'encontre des Ouïghours »[12]. Amnesty International dénonce les pressions qui ont contraint l'un de ses avocats à renoncer à le défendre, et le fait que ses avocats n'ont pas eu accès à toutes les pièces du dossier. Il leur a aussi été interdit pendant six mois de voir leur client[13]. Après deux jours de procès, Ilham Tohti est condamné à la réclusion à perpétuité, accusé notamment d'avoir écrit des messages favorables à l'indépendance du Xinjiang sur son site web. La BBC remarque que le verdict est surprenant : membre du Parti communiste chinois, Ilham Tohti avait toujours insisté, dans ses écrits universitaires ainsi que sur son site web, que le Xinjiang devait rester chinois, et avait fermement dénoncé la violence de certains séparatistes ouïghours[13]. Le professeur Elliot Sperling qualifie le procés d'inéquitable[14].

En juillet 2015, l'avocate Wang Yu qui est intervenue pour défendre Tohti, est arrêtée.

Le 15 janvier 2016, quatre cents universitaires, de toutes nationalités, ont demandé à Xi Jinping, le président chinois, de libérer Ilham Tohti[15].

Hommage[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. "Ilham Tohti" est le résultat quand les médias anglophones omettent erronément mais intentionnellement les diacritiques de l'ÉOuN.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c André Gattolin, Marie Holzman et Noël Mamère Donnons le prix Sakharov à un intellectuel ouïghour Libération, 14 juillet 2016
  2. Le Nouvel Observateur du 23 décembre au 5 janvier 2010 : La voix des sans paroles de Ursula Gauthier - Ilham Tohti : une fenêtre sur le Xinjiang (page 83).
  3. « Outspoken Economist Presumed Detained », Radio Free Asia (consulté le 12 juillet 2009)
  4. Texte de la pétition en faveur de la libération de l’économiste Ilham Tohti
  5. Source : Le Courrier International.
  6. Reporteurs sans Frontières : un mois sans nouvelles
  7. Libéré, un universitaire blogueur ouïghour demeure sous étroite surveillance - Reporters sans frontières
  8. « China police detain Uighur scholar Ilham Tohti », BBC News,‎ (lire en ligne)  : « Foreign Ministry spokesman Hong Lei said the scholar had been "criminally detained" and was suspected of "committing crimes and violating the law" ».
  9. Brice Pedroletti, Inquiétudes après l'arrestation de l’intellectuel ouïgour Ilham Tohti
  10. China police detain Uighur scholar Ilham Tohti, op. cit. : « He had recently expressed fears on his website about increased pressure on Uighurs following last October's deadly attack in Beijing's Tiananmen Square. / A car crashed through a crowd and burst into flames, killing five people. Beijing authorities have blamed the incident on Uighur separatists. »
  11. Gregory B. Lee (en), sinologue Après Simon Leys : lettre ouverte aux sinologues et défenseurs des droits humains, 16 août 2014.
  12. AFP, Chine: 2e jour de procès pour séparatisme d'un intellectuel ouïghour au Xinjiang, Le Point, 18 septembre 2014.
  13. a et b (en) "China jails prominent Uighur academic Ilham Tohti for life", BBC News, 23 septembre 2014.
  14. (en) European Parliament Conference Launches Ilham Tohti’s Candidature for Sakharov Prize « Even more worryingly, as Professor Elliot Sperling cautioned, by demonising the Uyghur’s Islamic faith, this fosters resentment. What’s more, by imprisoning without a fair trial Professor Ilham Tohti, a moderate, liberal and non-violent public critic of the government, the legitimate issues he brings to the surface are ignored, leaving the situation at risk of exploitation from extremists. »
  15. Des centaines d’intellectuels exhortent le président chinois à libérer Ilham Tohti Amnesty international, 15 janvier 2016
  16. Droits de l’homme : le prix Martin Ennals décerné à l’intellectuel ouïgour Ilham Tohti