Oleh Sentsov

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Oleh Sentsov
Oleg Sentsov, Ukrainian political prisoner in Russia, 2015.JPG
Oleh Sentsov en 2015.
Biographie
Naissance
Période d'activité
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Nom dans la langue maternelle
Олег Геннадiйович СенцовVoir et modifier les données sur Wikidata
Nom de naissance
Oleh Hennadiyovitch Sentsov
Nationalités
Soviétique (-), Ukrainien (depuis )Voir et modifier les données sur Wikidata
Formation
Kyiv National Economic University named after Vadym Hetman (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Activités
Autres informations
Distinctions
Liste détaillée
Œuvres principales
Gaamer (d)Voir et modifier les données sur Wikidata

Oleh Hennadiyovitch Sentsov (en ukrainien : Оле́г Генна́дійович Сенцо́в ; souvent écrit en français « Oleg Sentsov » qui correspond à la transcription phonétique de son nom en russe), né le à Simferopol (RSS d'Ukraine), est un réalisateur, scénariste et producteur ukrainien de cinéma principalement connu pour le film Gaamer (2011).

Il est arrêté en 2014 par le Service fédéral de sécurité de la fédération de Russie (FSB) sous l'accusation de « préparation d'actes terroristes » et condamné l’année suivante à 20 ans de réclusion aux termes d'un procès contesté en Occident et qualifié de « stalinien » par Amnesty International. Emprisonné dans la colonie pénitentiaire de Labytnangui en Sibérie occidentale, il fait en 2018 145 jours de grève de la faim; sa cause devient mondialement célèbre. Il reçoit en octobre 2018 le prix Sakharov du Parlement européen. Il est libéré le 7 septembre 2019 au cours d'un échange de prisonniers entre l'Ukraine et la Russie.

Biographie[modifier | modifier le code]

Cinéaste[modifier | modifier le code]

Oleh Sentsov est né en 1976 à Simferopol, en Crimée[1]. Il a étudié l’économie à Kiev et suivi ensuite des cours sur la direction de film et la rédaction de scénarios à Moscou[1]. Ses deux premiers courts-métrages sont Un jour rêvé pour le poisson-banane (2008) et La corne d’un bœuf (2009)[1]. Gaamer (2011) est son premier long-métrage[1]. Il a été projeté en 2012 au Festival international du film de Rotterdam[2]. Il y a rencontré le succès, ainsi que dans d’autres festivals, ce qui a permis à Sentsov d’obtenir un financement pour son futur long-métrage Rhino, retardé par son engagement dans le mouvement de protestation Euromaïdan[3]. Le tournage devait commencer pendant l’été 2014[4].

En 2016, avec l'ukase no 77 du président d'Ukraine, on lui attribue le prix national Taras Chevtchenko pour les films Gaamer (Гамер, 2011) et Rhino (Носоріг, 2014)[5].

Activiste[modifier | modifier le code]

Après le début du mouvement Euromaïdan en novembre 2013, Oleh Sentsov est devenu un activiste d’AutoMaidan (en) et durant la crise de Crimée en 2014 il a aidé les militaires ukrainiens assiégés dans leurs bases en leur livrant des provisions[2]. Il a alors déclaré qu’il ne reconnaissait pas « l’invasion » puis l’annexion russe de la Crimée[6].

Arrestation et procès[modifier | modifier le code]

Sentsov a été arrêté le 11 mai 2014 sur supposition de préparation d’actes terroristes[2],[6]. Il est l’un des quatre citoyens ukrainiens (avec Hennady Afanasyev, Alexei Chirniy et Oleksandr Koltchenko) détenus par le FSB, qui les accuse de préparer des actes terroristes contre les infrastructures de Simferopol, Yalta et Sébastopol[2]. Ces charges sont passibles de vingt ans de prison[2]. Après une détention de trois semaines sans charges[7], une note du FSB a accusé les quatre Ukrainiens d’être « membres d’une organisation terroriste qui devait déposer des explosifs artisanaux le 9 mai 2014 près du mémorial de Lénine de Simferopol et mettre le feu aux bâtiments administratifs de la communauté russe de Crimée et du parti politique russe « Russie unie » à Simferopol les 14 et  »[8]. Sentsov, Afanasyev, Chirnogo et Kolchenko ont aussi été accusés d’être des membres du groupe ultranationaliste ukrainien Secteur droit, ce que Sentsov et Secteur droit ont nié[2],[6],[8]. Les procureurs russes ont déclaré que Sentsov avait confessé les préparatifs d’actes terroristes[2]. Mais Sentsov et son avocat, Dmitry Dinze (connu pour avoir défendu Nadejda Tolokonnikova et Maria Alyokhina, membres du groupe Pussy Riot) n’ont pas confirmé et ont déclaré qu'on avait battu Sentsov pour le forcer à avouer[2],[6]. Depuis le , Sentsov est détenu à la prison de Lefortovo à Moscou[2],[8]. Des cinéastes du monde entier comme Agnieszka Holland, Ken Loach, Mike Leigh et Pedro Almodóvar ont adressé le 10 juin 2014 au président de Russie Vladimir Poutine une lettre demandant la libération de Sentsov[2],[3]. Le , le Conseil de Russie pour les Droits de l’Homme a fait appel au vice-procureur général Viktor Grin pour qu’il vérifie les accusations contre Oleh Sentsov et Oleksandr Kolchenko[2]. Une réponse, publiée sur le site du conseil, mentionne qu’on n’a trouvé « aucune raison » de libérer les suspects[2]. Le , la détention de Sentsov a été prolongée jusqu’au 11 octobre[4], puis en octobre 2014 encore prolongée au [9]. Les autorités ukrainiennes sont empêchées par les autorités russes de contacter ou d’aider Sentsov[10], qui a déclaré qu’il avait été privé de sa nationalité ukrainienne[6]. L’Union européenne et les États-Unis ont condamné la détention d’Oleh Sentsov et demandé sa libération[11]. Le , Oleh Sentsov est condamné à 20 ans de prison pour « organisation d’un groupe terroriste »[12], au terme d'un procès qualifié de « stalinien » par Amnesty International[13],[12].

Détention et mobilisation pour sa libération[modifier | modifier le code]

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Manifestants arborant des tee-shirt à l’effigie de Sentsov à Moscou.

En novembre 2017, à nouveau, une pétition réclame la libération urgente d’Oleg Sentsov dont l’état de santé commence à se dégrader. Ken Loach, Mike Leigh, Pedro Almodovar ou Wim Wenders qui s’étaient déjà engagés, sont rejoints par Arnaud Desplechin, Bertrand Tavernier, l'Américain Frederick Wiseman, et au-delà du monde du cinéma, le philosophe slovène Slavoj Zizek, la sociologue Eva Ellouz, le metteur en scène polonais Krzysztof Warlikowski, ou encore l’écrivaine Annie Ernaux et le romancier américain Russel Banks[14].

Manifestation de soutien à Munich.

Le 5 février 2017, une petite délégation s’est rendue à l’Ambassade de Russie à Paris, à l'instigation de Michel Eltchaninoff et d'Adélaïde Fabre, mais aussi de l’Ambassadeur de France pour les Droits de l’homme, François Croquette, et Christiane Taubira qui a décidé de parrainer ce combat pour la libération d’Oleg Sentsov[14].

Pour protester contre sa condamnation qu'il estime illégale, Sentsov entame une grève de la faim le [15]. Il la poursuit pendant le mondial russe[16]. Vladimir Poutine reste inflexible devant les pétitions et appels des organisations internationales des intellectuels étrangers. Début août, l'administration russe refuse à Amnesty International le droit de visite[17]. Mi août 2018, son état de santé est décrit comme « catastrophique »[18],[19],[20],[21], ce que les services carcéraux russes réfutent[22], qualifiant son état de santé de « satisfaisant ». Un grand nombre de personnalités s'associent le 12 août pour demander sa libération et la mobilisation de l’ensemble de la communauté internationale[23]. Le 15 aout 2018, quatre experts indépendants des Nations unies, y compris Michel Forst, rapporteur spécial sur la situation des défenseurs des droits humains, « ont appelé les autorités russes à veiller à ce que M. Sentsov bénéficie immédiatement d'un traitement médical approprié, sur la base de son consentement complet et éclairé. La vie de Sentsov serait en danger imminent. Sa grève de la faim fait suite à un procès et à une condamnation non conforme au droit international. Nous exhortons les autorités russes à le libérer sans condition de toute urgence, ont déclaré les experts »[24]. Le 21 août, alors qu'il est en grève de la faim depuis 100 jours, des dizaines de personnalités demandent sa libération immédiate[25]. Un nouvel appel est lancé à la Mostra de Venise[26]. Fin septembre, ses jours sont en danger[27]. Le , il est hospitalisé[28]. Il arrête sa grève de la faim le 6 octobre[29], sous la contrainte, ayant été alimenté de force[30], mais son état de santé reste critique[31]. Il était « entre la vie et la mort[32] » selon Natalya Kaplan, la cousine d'Oleg Sentsov qui, accompagnée de l’avocat Dmitriy Dinze, a représenté le cinéaste lors de la remise du prix Sakharov pour la liberté de l'esprit par Antonio Tajani, président du Parlement européen, le 12 décembre 2018.

Libération et retour en Ukraine[modifier | modifier le code]

Le 19 juillet 2019, le nouveau président ukrainien, Volodymyr Zelensky, propose de l'échanger contre le journaliste russo-ukrainien Kyrylo Vychynsky, travaillant pour RIA Novosti et jugé pour « haute trahison »[33]. Fin août 2019, il est transféré dans une prison moscovite, en prévision d'un échange de prisonniers entre la Russie et l'Ukraine[34],[35] qui a lieu le 7 septembre[36].

Distinctions[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Source[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. a b c et d (nl) Short Bio, Festival international du film de Rotterdam.
  2. a b c d e f g h i j k et l (en) Ukrainian Filmmaker Remains Behind Bars Despite Growing Support, Radio Free Europe (26 juin 2014).
  3. a et b (en) Ken Loach, Mike Leigh and others call for release of Ukrainian director, The Guardian, .
  4. a et b (uk) Суд у Москві продовжив арешт українського режисера, Ukrayinska Pravda, .
  5. (uk) Petro Porochenko, « УКАЗ ПРЕЗИДЕНТА УКРАЇНИ №77/2016. Про присудження Національної премії України імені Тараса Шевченка », sur president.gov.ua,‎ (consulté le 16 mars 2016).
  6. a b c d et e (uk) Oleg Sentsov: I was tortured and humiliated, Ukrayinska Pravda (7 juillet 2014).
  7. (en) For Ukrainian director Oleg Sentsov, a battle with no end in sight, Los Angeles Times, .
  8. a b et c (en) Ukrainian film director Sentsov to remain in custody - Moscow City Court, Interfax-Ukraine (en), .
  9. (en) Ukraine film director Sentsov to stay in custody, Interfax-Ukraine (en), .
  10. (uk) Russia does not even because of arrested Ukrainian director Sentsov, Ukrayinska Pravda, .
  11. (en) US calls on Russia to immediately release detained Ukrainian citizens Savchenko and Sentsov, Interfax-Ukraine (en), .
  12. a et b Isabelle Mandraud, « La Russie condamne le réalisateur ukrainien Oleg Sentsov à vingt ans de prison », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  13. « La Russie condamne le réalisateur ukrainien Oleg Sentsov à 20 ans de prison », Libération,‎ (lire en ligne).
  14. a et b France Culture, « Christiane Taubira : “Ce n'est pas de l'ingérence que de réclamer à la Russie la libération du cinéaste Oleg Sentsov” », France Culture - Billet culturel de Mathilde Serrell,‎ (lire en ligne, consulté le 6 février 2018)
  15. Benoït Vitkine, « Le cas d’Oleg Sentsov, une ombre sur le Mondial russe », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  16. « La vie d’Oleg Sentsov suspendue à la grâce de Vladimir Poutine », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  17. (en) « Russia: Amnesty International denied access to Oleg Sentsov, on hunger strike for 81 days », sur www.amnesty.org (consulté le 3 août 2018).
  18. « "L'état de santé d'Oleg Sentsov est catastrophique" », France Culture,‎ (lire en ligne, consulté le 9 août 2018).
  19. « Oleg Sentsov en danger de mort après trois mois de grève de la faim », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  20. Mgr Borys Gudziak, « Dans un camp russe près du cercle arctique, la vie d’un jeune homme talentueux s’éteint », La Croix,‎ (lire en ligne).
  21. Charles Delouche, « Le cinéaste ukrainien Oleg Sentsov dans un état critique », Libération,‎ (lire en ligne).
  22. « L'état de santé d'Oleg Sentsov est “satisfaisant” selon les services carcéraux russes », RT France,‎ (lire en ligne).
  23. « Il faut agir vite pour ne pas laisser Oleg Sentsov mourir », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le 25 octobre 2018).
  24. (en) « UN experts call for immediate release of Oleg Sentsov », Protecting Defenders,‎ (lire en ligne, consulté le 1er octobre 2018).
  25. « « Oleg Sentsov peut mourir à chaque minute qui passe » », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne).
  26. AFP, « Mostra : un réalisateur russe lance un appel en faveur de Oleg Sentsov », Libération,‎ (lire en ligne).
  27. Samuel Bernard et Sébastien Lopoukhine, « Zoya Svetova : "Les jours d'Oleg Sentsov sont aujourd’hui bel et bien en danger" », France Culture,‎ (lire en ligne).
  28. Le Point, magazine, « Le cinéaste ukrainien Sentsov, en grève de la faim, hospitalisé », Le Point (consulté le 28 septembre 2018).
  29. AFP, « Russie : Oleg Sentsov arrête sa grève de la faim de peur d'être nourri de force », Le Point (consulté le 6 octobre 2018).
  30. Pierre Avril, « Sentsov arrête sous la contrainte sa grève de la faim », Le Figaro, 6-, p. 9.
  31. AFP, « Le cinéaste ukrainien Oleg Sentsov serait toujours dans un état critique », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le 16 octobre 2018).
  32. « Le cinéaste Oleg Sentsov entre la vie et la mort à la suite de sa grève de la faim, d'après sa cousine », Le Figaro,‎ (lire en ligne).
  33. Le Point, magazine, « L'Ukraine propose à Moscou d'échanger Sentsov contre un journaliste », sur Le Point (consulté le 19 juillet 2019)
  34. (en) The Moscow Times, « Jailed Ukrainian Filmmaker Sentsov Moved to Moscow Ahead of Rumored Exchange, Media Reports », sur The Moscow Times, (consulté le 30 août 2019)
  35. « Le crash du MH17 trouble l’échange de prisonniers entre l’Ukraine et la Russie », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le 6 septembre 2019)
  36. Nicolas Ruisseau, « La Russie et l’Ukraine échangent 35 prisonniers chacun, dont le cinéaste ukrainien Oleg Sentsov », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  37. (en) « Semena, Crimea Realities Receive Sakharov Order For Courage », RFE/RL,‎ (lire en ligne).
  38. (uk) « УКАЗ ПРЕЗИДЕНТА УКРАЇНИ №77/2016 — Офіційне інтернет-представництво Президента України », Офіційне інтернет-представництво Президента України,‎ (lire en ligne).
  39. Benoît Vitkine, « Oleg Sentsov fait citoyen d’honneur de la Ville de Paris », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  40. « Le prix Sakharov 2018 décerné au cinéaste ukrainien emprisonné Oleg Sentsov », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le 25 octobre 2018).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Maria Prokopenko, « Oleg Sentsov jusqu'au bout et au nom de tous les autres », Courrier international N°1450, Courrier international S.A., Paris, 16 août 2018, p.9, (ISSN 1154-516X) (article original paru dans Den, Kiev du 8 août 2018)
  • Clémence Dubost, « Oleg Sentsov prêt à mourir en martyr », Le Républicain Lorrain, Groupe Républicain Lorrain Communication, Woippy, 22 août 2018, p.10, (ISSN 0397-0639)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Documentaires[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]