Boris Nemtsov

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Boris Nemtsov
Бори́с Немцо́в
Boris Nemtsov en 2014.
Boris Nemtsov en 2014.
Fonctions
Vice-président du gouvernement de la Fédération de Russie
chargé de l'Économie
17 mars 199728 août 1998
(1 an, 5 mois et 11 jours)
Président Boris Eltsine
Président du gouvernement Viktor Tchernomyrdine
Sergueï Kirienko
Viktor Tchernomyrdine (intérim)
Ministre de l'Énergie
24 avril20 novembre 1997
(6 mois et 27 jours)
Président Boris Eltsine
Président du gouvernement Viktor Tchernomyrdine
Prédécesseur Piotr Rodionov
Successeur Sergueï Kirienko
Biographie
Date de naissance 9 octobre 1959
Lieu de naissance Sotchi, RSFS de Russie (URSS)
Date de décès 27 février 2015 (à 55 ans)
Lieu de décès Moscou (Russie)
Nature du décès Assassinat
Nationalité Soviétique
(1959-1991)
Russe
(1991-2015)
Conjoint Anna Douritskaya
Diplômé de Université d'État de Nijni Novgorod

Boris Efimovitch Nemtsov (en russe : Бори́с Ефи́мович Немцо́в), né le 9 octobre 1959 à Sotchi et mort assassiné le 27 février 2015 à Moscou, est un homme politique russe libéral.

Premier gouverneur de l'oblast de Nijni Novgorod de 1991 à 1997 après la chute de l'Union soviétique, ses réformes libérales lui valent le soutien de Margaret Thatcher lors de sa visite en 1993. Il devient par la suite ministre de l'Énergie et vice-président du gouvernement chargé de l'Économie sous la présidence de Boris Eltsine de 1997 à 1998. Élu plusieurs fois au Parlement russe, Boris Nemtsov est également membre du Conseil de sécurité de Russie et de la Douma de 1999 à 2003. Il devient en 1998, un vif opposant de Vladimir Poutine.

Biographie[modifier | modifier le code]

Vie privée[modifier | modifier le code]

Boris Efimovitch Nemtsov est le fils de Yefim Davidovitch Nemtsov et Dina Yakovlevna (née Eidman) Nemtsova[1]. Sa mère est de confession juive. Il est également le petit-neveu de Yakov Sverdlov[2]. Dans son autobiographie, il raconte que sa grand-mère paternelle orthodoxe russe le baptisa alors qu'il était nourrisson[3]. Nemtsov, chrétien pratiquant et orthodoxe, ne l'apprit que quelques années après qu'il fut devenu pratiquant[4].

Carrière politique[modifier | modifier le code]

Boris Nemtsov, leader du parti de l'Union des forces de droite avec le président Vladimir Poutine, en juillet 2000.

Boris Nemtsov, physicien de formation, avait commencé sa carrière politique en 1986 après la catastrophe nucléaire de Tchernobyl en organisant avec succès une protestation contre la construction d'une nouvelle centrale nucléaire près de sa ville natale.

Élu au Soviet suprême, le Parlement soviétique, en 1990, il devient gouverneur de l'oblast de Nijni Novgorod, à 400 km à l'est de Moscou. Ses réformes libérales et son style de gouvernement ouvert lui vaudront le soutien de Margaret Thatcher lors de sa visite en 1993[5]. Durant le putsch de Moscou en 1991, il soutient Boris Elstine face aux communistes[6]. Le voyant comme son successeur, Boris Eltsine persuade Nemtsov d'entrer dans son gouvernement en 1997. Nemtov continue son ascension politique jusqu’à devenir le principal opposant à Vladimir Poutine[6].

Avant de devenir vice-président du gouvernement chargé de l'Économie dans les cabinets de Viktor Tchernomyrdine de mars 1997 à août 1998, Boris Nemtsov était ministre de l'Énergie sous Boris Eltsine, ce qui lui valu par la suite d'être régulièrement dénoncé par le Kremlin comme un homme politique lié aux oligarques qui ont profité de la vague de privatisations des années 1990.

Au moment de sa nomination, il bénéficie d'une bonne popularité. Son image publique souffre ensuite de sa participation au gouvernement de Sergueï Kirienko, qui a conduit la Russie au célèbre « krach » d'août 1998. L'image de Nemtsov est également marquée par un scandale impliquant son protégé, Boris Brevnov, qui nommé au poste de direction dans le monopole énergétique russe RAO UES est accusé par les autorités de surveillance financières de gaspiller l'argent de la société endettée avec des vols de jet pour sa famille et d'autres dépenses extravagantes[7].

Le premier président de la Russie démocratique, dont il était très proche, avait envisagé un temps d'en faire son dauphin, avant de lui préférer le chef du FSB (ex-KGB), Vladimir Poutine. Limogé en août 1998, Boris Nemtsov a basculé dans l'opposition lorsque son rival a pris les rênes du pays[8].

Aux législatives de 1999, l'opposant est élu à la Douma — chambre basse du Parlement — et rejoint le parti libéral SPS (l'Union des forces de droite) qu'il avait fondé, en partie pour s'opposer au nouveau gouvernement de Vladimir Poutine. Depuis 2008, ce parti n'existe plus et a été remplacé par le mouvement Solidarnost, dont Nemstov était le leader avec l'ex-champion d'échecs, Garry Kasparov, la même année, après avoir perdu les élections présidentielles face à son candidat du parti Russie unie, de 2008[9].

Boris Nemtsov dans une marche pour la paix et la liberté en 2013.

Son opposition au pouvoir se fait de plus en plus tranchante après les élections législatives de 2007, où le parti SPS obtient 0,97 % des voix, élections qu'il dénonce comme « les plus malhonnêtes de l'histoire de la Russie ».

Manifestation à Moscou contre la guerre en Ukraine, en 2014.

Le 23 mars 2009, Boris Nemtsov, candidat à la mairie de Sotchi, est aspergé au visage avec de l'ammoniac, par des inconnus dans la rue. Dans une lettre ouverte publiée dans Novaïa Gazeta, Boris Nemtsov a estimé que la ville n'était « pas prête à supporter l'immense charge — en termes de construction, d'écologie, de transport et de migration — que constitue l'aménagement des infrastructures olympiques ». Mais c'est surtout aux côtés d'Alexeï Navalny qu'il s'affiche comme figure de proue des manifestations qui ont secoué Moscou pendant l'hiver 2011-2012. Après la réélection de Vladimir Poutine au Kremlin en mai 2012, il a continué à dénoncer les dépenses jugées excessives du président et la corruption, notamment lors de la tenue des Jeux olympiques d'Hiver de Sotchi, sa ville natale, en 2014. De plus, Boris Nemtsov avait pris parti dans le conflit de l'Est de l'Ukraine. Organisateur de plusieurs marches pacifiques en soutien à Kiev, il avait récemment réaffirmé sur son compte Facebook, qu'à ses yeux, l'annexion de la Crimée était illégale. Selon Ksenia Sobtchak, autre figure de l'opposition, Boris Nemtsov travaillait à un rapport sur la présence de forces russes en Ukraine, que le Kremlin nie avec acharnement[9].

Assassinat[modifier | modifier le code]

Les lieux, le lendemain de l’assassinat.

Boris Nemtsov est assassiné par un tireur circulant dans une voiture, de quatre balles, dans la nuit du 27 au 28 février 2015 en plein centre de Moscou, à quelques pas du Kremlin, alors qu'il se promenait avec sa compagne Anna Douritskaya[10], d'origine ukrainienne[11],[12].

Selon certaines sources, la victime s’apprêtait à révéler des preuves de la présence de forces russes dans la partie est de l’Ukraine[2].

Ses obsèques se déroulent le 3 mars 2015[13].

Enquête[modifier | modifier le code]

Les enquêteurs russes qualifient cet assassinat de « minutieusement planifié ». Selon eux, « Boris Nemtsov se rendait avec sa compagne à son appartement, qui est situé non loin du lieu des faits. Il est évident que les organisateurs et les auteurs de ce crime étaient informés de son trajet »[14].

Le président Vladimir Poutine a déclaré que cet événement « porte les marques d'un meurtre commandité et a tout d'une provocation ». Un important dispositif policier a été déployé sur les lieux. Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a également indiqué que le chef de l’État russe avait demandé au Comité d'enquête, au ministère de l'Intérieur et au FSB (ex-KGB) d'enquêter sur ce meurtre[15].

Réactions mondiales[modifier | modifier le code]

Moscou, le 28 février 2015.
En Russie[modifier | modifier le code]

Garry Kasparov, cofondateur de Solidarnost avec Nemtsov, se dit « anéanti par le meurtre brutal de son collègue de longue date dans l'opposition », fait le parallèle avec le meurtre d'Anna Politkovskaïa, et accuse Vladimir Poutine d'avoir « des océans de sang sur les mains »[16].

En Ukraine[modifier | modifier le code]
L'assassinat de Boris Nemtsov a retenti jusqu'en Ukraine, où l'on voit une femme déposer des fleurs en sa mémoire, place de l'Indépendance à Kiev, le 28 février 2015.

Le président ukrainien Petro Porochenko a réagi sur son compte Facebook : « [Boris Nemtsov] était un pont entre l'Ukraine et la Russie, et ce pont a été détruit par les coups de feu d'un assassin. Je pense que ce n'est pas par hasard ». À la télévision, Petro Porochenko a assuré que Boris Nemtsov avait été assassiné parce qu'il « disait qu'il allait révéler des preuves convaincantes de l'implication des forces armées russes en Ukraine. Quelqu'un avait très peur de cela, ils l'ont tué ».

De plus, en rendant hommage à Boris Nemtsov, de nombreuses personnes ont déposé des bouquets de fleurs dans le centre de plusieurs villes importantes d'Ukraine, notamment dans la capitale, Kiev[17].

En France[modifier | modifier le code]

Le président François Hollande dénonce ce meurtre comme étant un « assassinat odieux »[18].

Aux États-Unis[modifier | modifier le code]

Le président Barack Obama parle de « meurtre brutal » et appelle le gouvernement russe à « rapidement mener une enquête impartiale et transparente ». De plus, la Maison-Blanche ajoute qu'elle réclame que les circonstances de l'assassinat soient élucidées et que les responsables « de ce meurtre odieux soient traduits en justice »[19].

Par ailleurs, le président explique dans sa première réaction publique à la mort de Boris Nemtsov : « J’admirais le combat courageux de Nemtsov contre la corruption en Russie et je lui suis reconnaissant d’avoir partagé ses opinions franches avec moi lorsque nous nous sommes rencontrés à Moscou, en 2009 »[20].

Rassemblement[modifier | modifier le code]

Manifestation à Moscou le 1er mars 2015 en hommage à Boris Nemtsov.

C'est avec Alexeï Navalny qu'il devait organiser un vaste rassemblement, le 1er mars 2015, pour dénoncer la mauvaise gestion par le Kremlin de la grave crise économique que traverse la Russie en raison des sanctions financières occidentales et de la chute des prix du pétrole[21].

Mais après le meurtre de Boris Nemtsov, un autre responsable de la manifestation, Leonid Volkov, a annoncé que celle-ci était annulée et remplacée par une marche à la mémoire de l'opposant assassiné[9].

Les autorités de la ville de Moscou ont autorisé l'opposition à l'organiser, mais elle ne pourra rassembler plus de 50 000 participants, au centre de la capitale russe[22].

Au total, il y aurait plus de 70 000 personnes, selon les organisateurs, qui ont défilé dans les rues de Moscou, avec de très nombreux drapeaux, en scandant quelques slogans. Selon la police, il y en aurait 21 000. Cette manifestation était la plus importante, depuis les élections présidentielles de 2012, contre le pouvoir en place[23].

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Lev Krichevsky, « Russian Jewish Elites and Anti-Semitism », AJC,‎ 20 mai 2005.
  2. a et b Les Russes d'Israël sous le choc. L'opposant à Poutine, Boris Nemtsov (juif) a été tué par balle. sur IsraelValley.
  3. (en) Lev Krichevsky, « Russian Jewish Elites and Antisemitism (07 of 13) », American Jewish Committee.
  4. (en) Allensworth, Wayne. The Russian Question, p.289. Rowman & Littlefield (en), 1998, ISBN 0-8476-9003-2.
  5. (Chinayeva 1996, 37)
  6. a et b (en) http://www.economist.com/news/europe/21645432-russias-rising-political-hatred-claims-victim-scrupulously-honest-reformist-leader-liberal-martyr
  7. (en) Boris Nemtsov: From reformist wonder boy to disgruntled opposition leader, rt.com, 28 février 2015.
  8. « Boris Nemtsov, l'un des plus fervents opposants à Vladimir Poutine », sur Le Monde, 28 février 2015.
  9. a, b et c « Qui était Boris Nemtsov, l'opposant russe abattu par balles à côté du Kremlin », sur Huffington Post.
  10. http://www.lemonde.fr/videos/video/2015/03/03/la-compagne-de-boris-nemtsov-temoigne-a-la-television-russe_4586293_1669088.html
  11. « Russie : l’opposant Boris Nemtsov a été assassiné », sur Euronews,‎ 27 février 2015.
  12. « L'opposant russe Boris Nemtsov tué par balle au pied du Kremlin », sur Le Monde (consulté le 27 février 2015).
  13. « Plusieurs milliers de personnes rendent un dernier hommage à Boris Nemtsov », sur Le Monde.
  14. « L’assassinat de Nemtsov a été «minutieusement planifié», selon les enquêteurs russes », sur Le Temps.
  15. « Boris Nemtsov, tué par balles en plein centre de Moscous », sur L'Humanité.
  16. « L'opposant russe Boris Nemtsov tué par balle en plein Moscou », sur leparisien.fr, Le Parisien,‎ 27 février 2015.
  17. « Dans l'est ukrainien aussi, on salue la mémoire de Boris Nemtsov », sur RFI.
  18. « Hollande dénonce l'« assassinat odieux » de Boris Nemtsov », sur Le Monde (consulté le 28 février 2015).
  19. « Obama condamne le meurtre de Boris Nemtsov », sur RTL (consulté le 28 février 2015).
  20. « Obama condamne le meurtre de Nemtsov, veut une enquête « transparente » », sur Le Soir (consulté le 28 février 2015).
  21. « Russie: Alexeï Navalny condamné à de la prison », sur Le Figaro.
  22. « Les autorités russes autorisent la marche à la mémoire de Nemtsov », sur Le Soir.
  23. « Marche en hommage à Boris Nemtsov : entre 21 000 et 70 000 personnes », sur Le Point.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]