Église Shincheonji de Jésus

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

Église Shincheonji de Jésus, le Temple du Tabernacle du Témoignage
Image illustrative de l’article Église Shincheonji de Jésus
Siège social de l'Église Shincheonji de Jésus, le Temple du Tabernacle du Témoignage

Repères historiques
Fondation 14 mars 1984
Fondateur(s) Lee Man-hee
Siège Daegu, Drapeau de la Corée du Sud Corée du Sud
Fiche d'identité
Courant religieux Nouveau mouvement religieux chrétien
Type Organisme religieux
Dirigeant Lee Man-hee
Sur Internet
Site internet www.shincheonji.kr

L'Église Shincheonji de Jésus, le Temple du Tabernacle du Témoignage (hangeul : 신천지예수교 증거장막성전), plus simplement Shincheonji (hangeul : 신천지), est une organisation et un mouvement religieux chrétien sud-coréen basé à Daegu. Fondée le par Lee Man-hee, elle totalise plus de 120 000 membres en 2014 et produit 100 000 diplômes en 2019.

L'organisation suscite d'importantes controverses en Corée du Sud et est accusée d'être une secte. En , elle se retrouve au centre de la propagation de la pandémie de Coronavirus en Corée du Sud, qui passe de 31 cas confirmés et aucun mort le 18 février à 5 328 cas et 32 morts le 4 mars[1]. Accusée d'être responsable de la contamination dans le pays, l'organisation voit une pétition demandant sa dissolution recueillir plus de 500 000 signatures.

Histoire[modifier | modifier le code]

La sixième Olympiade nationale de Shincheonji au stade olympique de Séoul en 2012.

Le mouvement est fondé le à Daegu, ville de naissance du fondateur Lee Man-hee, lequel se sépare au même moment du mouvement Olive Tree (en) en plein déclin suite à son changement de doctrine théologique en 1980[2]. Le nom de Shincheonji est dérivé de la « nouvelle terre » du premier verset du 21e chapitre d'Apocalypse ; la mention de Jésus signifie que le leader du mouvement est Jésus en personne ; le Temple du Tabernacle du Témoignage vient du cinquième verset du 15e chapitre d'Apocalypse.

Le 13 décembre 2012, lors des élections présidentielles sud-coréennes de 2012, le critique évangéliste Kim Yong-min répand l'idée que la candidate du parti Saenuri, Park Geun-hye, est associée au mouvement[3]. L'information est démentie le même jour par le parti[4]. Le Conseil chrétien de Corée (en) confirme que rien ne lie Park Geun-hye à Shincheonji[5].

Pandémie de coronavirus en 2020[modifier | modifier le code]

Dans le contexte de la pandémie de maladie à coronavirus début 2020, la Corée du Sud présente en dessous de 30 cas confirmés jusqu'au 17 février, mais le mouvement Shincheonji joue un rôle important dans la transmission de la maladie[6].

Une femme de 61 ans, membre de Shincheonji, présente de la fièvre dès le 10 février, mais refuse deux fois de se soumettre au test de dépistage du coronavirus au prétexte de ne pas s'être rendue à l'étranger. Elle réalise des aller-retours entre l'hôpital et le mouvement et assiste à quatre offices religieux où se trouvent 1 001 autres fidèles de Shincheonji. Elle est confirmée atteinte de la maladie du coronavirus le 18 février, portant le total du nombre d'infections à 31[7].

Les fidèles du mouvement sont soumis au test et le nombre de cas confirmés en Corée du Sud connaît une augmentation brusque de 20 cas dès le 19 février, portant le total à 51[8]. Le 20 février, le total augmente à 82, puis 104 dont la moitié est membre de Shincheonji[9],[10]. Avec 142 nouveaux cas pour un total de 346 le 21 février[11], 229 nouveaux cas pour un total de 433 le 22 février[12], 169 cas pour un total de 602 le 23 février[13], la Corée du Sud devient le plus grand foyer de maladie à coronavirus derrière la Chine et le paquebot Diamond Princess. Le maire de Daegu appelle alors les fidèles de la secte à subir le test[14]. La Corée du Sud se dresse en état d'urgence[15], puis devient officiellement le plus grand foyer d'infection hors de Chine le lendemain avec 833 cas[16].

Le mouvement se voit très rapidement accusé d'avoir favorisé la propagation de la maladie[17]. Un demi-million de personnes signent une pétition sur le site Internet de la Maison Bleue demandant la dissolution de l'organisation[17]. Le maire de Séoul décide de fermer les églises de l'organisation présentes à Séoul[18].

Shincheonji communique son intention de coopérer avec le gouvernement, dénonce la haine proférée à l'encontre de ses fidèles et critique les accusations à l'encontre de l'organisation, se considérant « la plus grande victime d'un virus originaire de Chine »[19]. À la demande du gouvernement sud-coréen, Shincheonji fournit une liste de 210 000 personnes supposée être la liste exhaustive des fidèles[20]. Toutefois, selon le gouvernement sud-coréen, autour de 70 000 nouvelles recrues ne figurent pas sur cette liste[21]. Shincheonji justifie ses difficultés à fournir une liste complète car plusieurs de ses membres ne sont pas encore des « membres à part entière »[22]. La peur de l'ostracisme dissuade plusieurs membres de l'organisation de se déclarer pour se faire dépister[23]. Le 2 mars, la mairie de Séoul porte plainte pour homicide contre douze dirigeants du mouvement, dont le fondateur Lee Man-hee, qui sont accusés de ne pas avoir encouragé leurs membres à coopérer avec le personnel sanitaire pour empêcher la propagation du coronavirus et d'avoir transmis une liste inexacte[24]. Lee Man-hee se présente publiquement en personne le même jour, à genoux et front contre terre, pour s'excuser de la responsabilité de l'organisation dans la contamination en Corée du Sud[25].

Critiques[modifier | modifier le code]

L'organisation est controversée car son fondateur Lee Man-hee est accusé d'être un faux prophète[26]. Des critiques de Shincheonji ont été diffusées à plusieurs reprises en 2007 et 2008 par MBC ; selon l'émission, les croyants croient que Lee Man-hee vivra pour toujours. Shincheonji accuse l'émission de diffuser de fausses informations et poursuit MBC en justice[27]. La Haute Cour de Séoul demande à MBC de communiquer les informations à corriger[27].

En août 2019, la Convention baptiste de Manipur en Inde appelle ses fidèles à se méfier de Shincheonji en ces termes[28] :

« Il s'agit d'informer toutes les associations, institutions et églises de la Convention baptiste de Manipur (MBC) de rester informé et vigilant sur le dangereux groupe de culte hérétique, appelé Shincheonji, de Corée du Sud. Leur chef Lee Man-hee prétend avoir accès à une connaissance secrète des Écritures que les autres pasteurs d'église ne connaissent pas. En outre, il affirme que l'on ne peut vraiment connaître Dieu qu'en suivant et en écoutant les enseignements de Shincheonji. [...] Leurs enseignements créent de l'animosité et de la méfiance entre les membres d'église et les pasteurs d'église locaux. Une fois qu'ils font partie de ce groupe, ils passent la plupart de leur temps à inviter des gens à rejoindre le groupe Shincheonji et à passer bien moins de temps avec leurs familles, amis et à l'église, ainsi qu'à négliger et quitter leurs études ou leur travail. »

— Wungnaoting Konghar, secrétaire général de la Convention baptiste de Manipur

En février 2020, le rôle de Shincheonji dans la propagation de la maladie de Covid-19 l'expose à des critiques massives de la population sud-coréenne. Une pétition adressée à la présidence sud-coréenne demandant la dissolution de l'organisation reçoit plus de 500 000 signatures au 24 février[29].

Analyses[modifier | modifier le code]

Selon le prêtre catholique Lee Geum-jae, la société sud-coréenne elle-même est responsable du succès d'un mouvement comme celui de Shincheonji[30]. D'après son analyse, le modèle ultra compétitif de la société en Corée du Sud, connue pour son taux de suicide (en) parmi les plus élevés au monde et son système scolaire très exigeant, expose les personnes en difficulté aux recruteurs du groupe religieux qui se renseignent sur leurs goûts et leur apportent des aides[30]. Ces personnes reçoivent la promesse qu'elles deviendront des prêtres et seront servies comme des rois par le seul fait de rejoindre le groupe et trouvent en Shincheonji un confort et une sécurité qui les attire, malgré le scepticisme qu'elles peuvent éprouver en la personne du fondateur Lee Man-hee[30]. Il conclut en la nécessité pour la société sud-coréenne de trouver des alternatives et des méthodes de reconversion en cas d'échec[30].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Center For Disease Control and Prevention, « The updates of COVID-19 in Republic of Korea », sur www.cdc.go.kr (consulté le 4 mars 2020)
  2. (en) David W. Kim et Won-il Bang, « Guwonpa, WMSCOG, and Shincheonji: Three Dynamic Grassroots Groups in Contemporary Korean Christian NRM History », Religions, vol. 10, no 3,‎ , p. 212 (DOI 10.3390/rel10030212, lire en ligne, consulté le 24 février 2020)
  3. (ko) « 박근혜 신천지 의혹, 김용민 "이거 아주 심각한 문제다" », sur ezyeconomy.com,‎ (consulté le 24 février 2020)
  4. (ko) Seon Han-bitz, « 새누리당 '박근혜-신천지 연관설' 김용민 고발 », sur mbn.co.kr, Maeil Broadcasting Network,‎ (consulté le 24 février 2020)
  5. (ko) « 한기총 ‘박근혜 신천지 연루설’ 명백한 허위 », sur 한강타임즈,‎ (consulté le 24 février 2020)
  6. Slate.fr, « La moitié des cas de coronavirus coréens sont liés à une secte », sur Slate.fr, (consulté le 24 février 2020)
  7. « (3e LD) Coronavirus : Séoul en alerte contre la transmission communautaire, 31 cas au total », sur fr.yna.co.kr, Yonhap, (consulté le 24 février 2020)
  8. « (6e LD) Coronavirus : la Corée du Sud en alerte élevée après l'apparition de 20 nouveaux cas », sur fr.yna.co.kr, Yonhap, (consulté le 24 février 2020)
  9. « Covid-19 : près de 40 membres d'une secte contaminés par le nouveau coronavirus en Corée du Sud », sur Franceinfo, (consulté le 24 février 2020)
  10. « Coronavirus : près de 40 membres d'une secte contaminés en Corée du Sud », sur LExpress.fr, (consulté le 24 février 2020)
  11. Avec AFP, « Nouveau coronavirus. 346 malades en Corée du Sud, mais ralentissement des contaminations en Chine », sur Ouest-France.fr, (consulté le 24 février 2020)
  12. « Corée du Sud: nouveau pic de contamination qui touche un employé de Samsung », sur Sciences et Avenir (consulté le 24 février 2020)
  13. « Covid-19 : 3 nouveaux décès et 169 cas supplémentaires », sur world.kbs.co.kr, (consulté le 24 février 2020)
  14. « Coronavirus : en Corée du Sud, appel aux fidèles de la secte touchée à se faire dépister », sur www.cnews.fr (consulté le 24 février 2020)
  15. « Covid-19 : la Corée du Sud en état d'urgence, les voisins de l'Iran se protègent », sur France 24, (consulté le 24 février 2020)
  16. Futura avec l'AFP-Relaxnews, « Covid-19 : la Corée du Sud devient le plus gros foyer après la Chine », sur Futura (consulté le 24 février 2020)
  17. a et b Louis Chahuneau, « Coronavirus : pourquoi une secte chrétienne de Corée du Sud est accusée d’avoir propagé l’pandémie », sur leparisien.fr, (consulté le 24 février 2020)
  18. « Covid-19 : Séoul interdit les rassemblements sur 3 places et ferme les églises de Shincheonji », sur world.kbs.co.kr, (consulté le 24 février 2020)
  19. (en) Ock Hyun-ju, « Shincheonji says is fully cooperating », sur koreaherald.com, The Korea Herald, (consulté le 24 février 2020)
  20. (en) « In South Korea, mounting anger over Shincheonji church as virus cases rise », sur South China Morning Post, (consulté le 27 février 2020)
  21. A. F. P. News, « US, South Korea Postpone Joint Military Exercises Over Virus », sur International Business Times, (consulté le 27 février 2020)
  22. Le Point magazine, « Corée du Sud: les nouveaux cas de coronavirus explosent, report des manoeuvres avec Washington », sur Le Point, (consulté le 3 mars 2020)
  23. « Virus: la peur de l'ostracisme pour les adeptes de l'Eglise sud-coréenne controversée », La Croix,‎ (ISSN 0242-6056, lire en ligne, consulté le 3 mars 2020)
  24. Le Point magazine, « Virus: Séoul porte plainte contre l'Eglise Shincheonji au coeur de la pandémie », sur Le Point, (consulté le 3 mars 2020)
  25. « Coronavirus: le gourou de la secte chrétienne sud-coréenne présente ses excuses », sur RFI, (consulté le 3 mars 2020)
  26. (en) « Controversial religious group holds int'l peace event in Seoul », sur koreatimes, (consulté le 24 février 2020)
  27. a et b (ko) « 'PD수첩-신천지의 수상한 비밀' 정정·반론 보도 », sur news.naver.com,‎ (consulté le 24 février 2020)
  28. (en) « 'Dangerous Korean cult' Shincheonji sends Christians in Northeast into a tizzy », sur The New Indian Express, (consulté le 24 février 2020)
  29. Ouest-France, « Coronavirus en Corée du Sud. Une secte chrétienne accusée d’être à l’origine de la contamination », sur Ouest-France.fr, (consulté le 24 février 2020)
  30. a b c et d « [Interview] Understanding the Shincheonji cult », sur english.hani.co.kr (consulté le 5 mars 2020)

Annexes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]