Pandémie de Covid-19 à Cuba

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Pandémie de Covid-19 à Cuba
Cuba - Location Map (2013) - CUB - UNOCHA.svg
Carte de Cuba
Maladie
Agent infectieux
Localisation
Coordonnées
Premier cas
Date d'arrivée
Depuis le
(10 mois et 11 jours)
Bilan
Cas confirmés
7 568 (au )[1]
Cas soignés
7 015 (au )[1]
Morts
131 (au )[1]

Au cours de la pandémie de Covid-19, les quatre premiers patients atteints de la nouvelle maladie de coronavirus sont confirmés à Cuba le .

Propagation du virus[modifier | modifier le code]

Le , quatre cas de contamination sont reconnus à Cuba[2]. Il s’agit de trois touristes italiens et d’un cubain. Le le premier mort est annoncé ainsi que 10 cas de contamination[3]. Le 20 mars, 21 cas de contamination sont confirmés[4], le 26 mars le nombre de contamination est de 80 cas[5]. Le 27 mars, 123 cas de contamination sont annoncés officiellement[6]. Le 1er avril, il est dénombré 186 cas de contamination et 6 morts[7]. Puis le 2 avril, 212 cas sont signalés[8]. Ensuite 320 cas de contamination et huit morts sont annoncés le 5 avril[9]. Le 9 avril, 564 cas de contamination et 15 morts sont comptabilisés[10]. Pour le 11 avril le pays présente 620 cas et 16 morts[11], puis 726 cas le 13 avril[12]. Le 15 avril, 24 morts et 814 contaminations sont annoncées[13].

Au 17 novembre 2020, un total de 7 639 cas de contaminations et 131 décès est enregistré[14].

La gestion par le gouvernement cubain de la crise sanitaire est saluée. Le pays affiche une bonne gestion de l'épidémie et les chiffres des autorités sont confirmés par l'Organisation mondiale de la Santé[14]. Cuba présente ainsi un taux de contamination beaucoup plus faible que la moyenne latino-américaine. En juin 2020, les Cubains étaient 24 fois moins susceptibles d'attraper le virus que les Dominicains, 27 fois moins que les Mexicains et plus de 70 fois moins que les Brésiliens[15].

Mesures de protection[modifier | modifier le code]

Les cubains ne peuvent pas se procurer des masques de protection et du gel antibactérien, aussi les autorités cubaines demandent aux habitants de l'île de les fabriquer par eux-même. À la mi-mars, les principaux événements culturels et sportifs sont suspendus mais les écoles et les restaurants restent ouverts. Les liaisons aériennes avec le reste du monde sont maintenues afin de permettre l'accueil des touristes[2],[16]. À partir du le Lycée français Alejo Carpentier de La Havane est fermé pour au moins 15 jours[17].

Le 20 mars les frontières sont fermées pour les non résidents, mais les 60 000 touristes encore présents sur l'île pourront rentrer chez eux[4]. Cependant, les mesures de restriction prises par certains pays ont contraint 4 000 étrangers et 5 845 émigrés cubains à rester à Cuba, ne pouvant pas rentrer chez eux[18]. Par ailleurs l'île sera toujours ravitaillée par bateaux et avions de marchandises car elle importe 80 % de ce qu’elle consomme. La majorité des hôtels et restaurants doivent cesser leurs activités. Cependant, les écoles restent ouvertes[4].

Le 24 mars les autorités cubaines changent de stratégie et placent les touristes restants sur l'île en confinement dans les hôtels propriété de l'État. Un touriste canadien indique : « Nous sommes entassés l'un sur l'autre dans un hôtel de la Havane avec des ressortissants de l’Italie ». De plus les écoles sont fermées[19],[20]. Par contre, la population cubaine n'est pas confinée. Le 9 avril les transports publics sont arrêtés et les magasins importants de La Havane fermés. La vente d'alcool est interdite dans les magasins d'alimentation. Mais les mesures de protection sont difficiles à faire appliquer[21]. À Santiago de Cuba, les habitants vivent bien souvent dans des logements surpeuplés, la nourriture est rationnée. Pour Nelva Ortega, de l'Union patriotique de Cuba et épouse de José Daniel Ferrer : « La situation est critique. On nous demande de rester confinés chez nous, mais ce n'est pas possible, nécessité fait loi ! Dans tous les foyers, des produits alimentaires manquent, faute d'un approvisionnement suffisant »[22]. Afin de pallier le manque de produits alimentaires et d’éviter les files d’attente devant les magasins, le gouvernement augmente le rôle de la libreta, le carnet de rationnement mis en place par Fidel Castro en 1963 [23].

Le personnel médical cubain effectue un travail de porte-à-porte, rendant visite aux habitants afin de s'enquérir de leur santé[24]. Certains observateurs ont jugé cette méthode autoritaire et portant atteinte à la vie privée[15]. Les masques et les solutions hygiéniques sont pratiquement tous confectionnés localement. Les personnes présentant les symptômes de la maladie sont invitées à se rendre rapidement dans le centre médical qui se trouve dans chaque quartier[24]. Les malades sont traités à l'Interferon Alpha 2b, un puissant activateur immunitaire et inhibiteur viral développé par BioCubaFarma[25]. Ce travail de détection et d'information est rendu possible par l'importance du secteur de la santé dans le pays. Cet investissement massif a notamment pour conséquence une très forte densité du nombre de médecins sur l'île : Cuba compte, selon l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), 82 médecins pour 10 000 habitants, contre 32 pour la France ou 26 pour les États-Unis[24]. L'Organisation panaméricaine de la Santé souligne que si 30 % des 630 millions de personnes vivant en Amérique latine et dans les Caraïbes n'ont « aucun accès aux soins de santé pour des raisons financières », tout le monde à Cuba est couvert par le système médical[15].

Développement d'un vaccin[modifier | modifier le code]

Plusieurs institutions scientifiques cubaines (l'Institut Finlay, l'Institut de Médecine Tropicale Pedro Kourí, le Centre d’immunologie moléculaire et le Centre d’ingénierie génétique et biotechnologique) travaillent conjointement au développement d'un vaccin contre la Covid-19[25]. Les vaccins Soberana 1 et Soberana 2 en particulier ont donné des résultats prometteurs. Un autre vaccin pouvant être administré par voie nasale est également en développement[26].

Les autorités prévoient de lancer le programme de vaccination de la population cubaine dans les six premiers mois de l'année 2021. Les personnes âgées, les enfants, les femmes enceintes et les membres du corps médical seront prioritaires. Cuba s'est engagé à mettre ensuite ses vaccins à disposition des pays membres de l’Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique (ALBA) et de le rendre disponible à travers les réseaux de l’Organisation Panaméricaine de la Santé (OPS)[26].

Aide internationale[modifier | modifier le code]

Envoi de personnel médical à l'étranger[modifier | modifier le code]

Des médecins cubains sont intervenus en Chine, épicentre de l'épidémie et au Venezuela. Miguel Díaz-Canel a aussi accepté une demande de Rosario Murillo pour venir en aide au Nicaragua. C'est la brigade Henry Reeve qui doit intervenir.

En , l'Italie, dont le système de santé est saturé, demande de l'aide à Cuba. Le ministère cubain des Affaires étrangères a répondu positivement et annoncé qu'il enverra « du personnel spécialisé dans le traitement des maladies contagieuses ». Le 21 mars, 65 médecins et infirmiers cubains, ayant notamment combattu l'épidémie d'Ebola en Afrique de l'Ouest, arrivent à Milan[27].

Plusieurs centaines de médecins cubains ont été déployés dans plusieurs pays caribéens (Haïti, Jamaïque, Antigua-et-Barbuda, Dominique, Sainte-Lucie, Saint-Vincent-et-les-Grenadines et Grenade)[28]. La France obtient également le déploiement de missions médicales cubaines dans plusieurs de ses départements d’outre-mer (Martinique, Guadeloupe, Guyane, Saint-Pierre-et-Miquelon)[29].

Les États-Unis ont condamné cette aide, affirmant que les médecins cubains étaient mal rémunérés et contraints de travailler dans des conditions insalubres[28]. Des sénateurs du Parti républicain présentent en juin 2020 un projet de loi visant à faire classer par le département d’État tout pays bénéficiant d'une aide médicale de Cuba comme coupable de trafic des êtres humains. Ce projet de loi a été ouvertement dénoncé par plusieurs pays ; Gaston Browne, Premier ministre d’Antigua-et-Barbuda a ainsi affirmé : « les médecins et les infirmières cubains font partie intégrale de la structure sanitaire de beaucoup de pays de la Caraïbe. Si on nous oblige de se séparer des cubains, notre système de santé va s’effondrer[30]. »

Livraison de médicaments à Cuba[modifier | modifier le code]

L'embargo des États-Unis ne concerne plus, depuis 1992, la livraison à Cuba de médicaments. Dans les faits cependant, les entreprises restent très réticentes à travailler avec Cuba dans le domaine humanitaire, les États-Unis menaçant de sanctions toute personne faisant des affaires, même indirectement, avec des biens nationalisés après la révolution de 1959[10]. Début avril la Chine fait livrer du matériel médical à Cuba[31]. Toutefois selon les autorités cubaines une cargaison de matériel médical n'a pas été livrée. En effet le transporteur américain ayant redouté des sanctions des autorités américaines s'est désisté de cette livraison[12].

Accueil de bateaux[modifier | modifier le code]

Le , les autorités cubaines acceptent d'accueillir les passagers du navire de croisière MS Braemar, de la compagnie britannique Fred Olsen Cruise Lines. Plusieurs pays ayant refusé de recevoir le bateau qui a cinq cas de contamination au virus à son bord. Une évacuation vers le Royaume-Uni par quatre avions charters est immédiatement organisée[32]. Puis Cuba refuse l'accostage d'un autre bateau le Costa Magica qui a à son bord plusieurs malades du coronavirus, celui-ci doit faire route vers les États-Unis[33].

Références[modifier | modifier le code]

  1. a b et c (es) « Infecciones por coronavirus – COVID-19 », sur temas.sld.cu
  2. a et b « Cuba se dit prête à affronter l’épidémie de coronavirus, malgré ses premiers cas », sur RFI, (consulté le 21 mars 2020)
  3. Premier décès lié au coronavirus à Cuba VOA, 18 mars 2020
  4. a b et c « Coronavirus: Cuba ferme ses portes aux touristes pour un mois », sur Le Journal de Montréal, (consulté le 21 mars 2020)
  5. Nota informativa sobre el COVID-19 en Cuba: 26 de marzo
  6. Cuba arriba a la cifra de 139 casos confirmados con Covid-19
  7. A Cuba, le porte-à-porte des étudiants en médecine pour traquer le coronavirus L’Obs, 1er avril 2020
  8. La lutte contre la COVID-19, une priorité du gouvernement cubain Granma (journal), 2 avril 2020
  9. Dans la lutte contre le coronavirus, Cuba s'impose comme un allié de choix Slate, 6 avril 2020
  10. a et b «L’embargo, encore plus cruel» en temps de pandémie, dénonce Cuba La Presse, 10 avril 2020
  11. Cuba registers 56 new patients and one death by COVID-19 in the last 24 hours
  12. a et b Coronavirus. L’embargo américain contre Cuba complique la lutte contre le virus Ouest France, 13 avril 2020
  13. Cuba registers 48 new infections; three deaths today from COVID-19
  14. a et b « Covid-19: la gestion de la crise sanitaire par les autorités cubaines saluée », sur RFI,
  15. a b et c (en) « Cuba sets example with successful programme to contain coronavirus », sur the Guardian,
  16. « Cuba veut fermer la porte au coronavirus... mais pas aux touristes », sur Le Point, (consulté le 21 mars 2020)
  17. « Informations Coronavirus – Covid-19 », sur cu.ambafrance.org (consulté le 21 mars 2020)
  18. Vous vouliez retourner à Cuba? C'est pour bientôt 16 mai 2020
  19. Rapatriements difficiles de Canadiens en Inde, aux Philippines et à Cuba La Presse, 26 mars 2020
  20. Coronavirus : Cuba place tous ses touristes à l’isolement
  21. Coronavirus à Cuba : transports publics à l'arrêt, grands magasins fermés 10 avril 2020
  22. Pénuries.À Santiago de Cuba, un confinement impossible Courrier International, 9 avril 2020
  23. Bruno Sat avec Reuters Covid-19 : à Cuba le rationnement revient en force via la "libreta"
  24. a b et c « Face au Covid-19, Cuba se bat sur tous les fronts », sur France 24,
  25. a et b « Cuba annonce les essais cliniques de son vaccin contre le Covid-19 », sur RT en Français,
  26. a et b « Covid-19 : Cuba compte lancer son programme de vaccination dans les 6 premiers mois de 2021 », sur France Info,
  27. « Coronavirus : la Lombardie demande l'aide de la Chine, de Cuba et du Vénézuela », sur Les Echos,
  28. a et b « Coronavirus : Donald Trump condamne Cuba pour sa coopération médicale », sur France Info,
  29. « Coronavirus: la France accepte des médecins cubains dans ses départements d’outre-mer », sur RFI,
  30. « Les brigades médicales de Cuba dans le collimateur des États-Unis », sur France Info,
  31. La Chine donne du matériel médical à Cuba Le Quotidien du Peuple, 8 avril 2020
  32. « A Cuba, l'escale d'une croisière avec à son bord... le coronavirus », sur L'Obs, (consulté le 21 mars 2020)
  33. Cuba refuse finalement l’accostage du Costa-Magica qui file vers Miami