Pandémie de Covid-19 au Chili

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Pandémie de Covid-19 au Chili
COVID-19 Outbreak Cases in Chile (cases per region).svg
Nombre de cas confirmés par région au  :
  • 1 à 9
  • 10 à 99
  • 100 à 499
  • 500 à 999
  • 1000 à 9999
  • ≥10000
Maladie
Agent infectieux
Origine
Localisation
Coordonnées
Premier cas
Date d'arrivée
Depuis le
(10 mois et 16 jours)
Site web
Bilan
Cas confirmés
529 676 (au )[1]
Cas soignés
505 243 (au )[1]
Morts
14 777 (au )[1]

Le Chili enregistre son premier décès lié à l'épidémie de coronavirus le [2]. Au 25 juillet, plus de 343 000 cas et plus de 13 000 décès ont été comptabilisés[3], ce qui représente un taux de contagion parmi les plus élevés au monde.

Propagation du virus[modifier | modifier le code]

Nombre de cas déclarés (bleu) et décès (rouge) en échelle logarithmique. Les différences quotidiennes sont indiquées en pointillés.

Le ministre de la Santé publique a confirmé un premier cas de contamination à la Covid-19 au Chili, faisant ainsi du pays le cinquième d'Amérique latine à signaler une infection après le Brésil, le Mexique, l'Équateur et l'Argentine[4],[5], cette dernière ayant signalé son premier cas quelques heures auparavant. Le patient zéro est un homme de 33 ans de la ville de Talca[6].

L'épidémie était à l'origine principalement concentrée sur Santiago, la capitale du pays. Jusqu'au 21 mars, 71 % des contaminés habitaient dans la capitale, qui représente 38 % de la population chilienne. L'épidémie s'est ensuite plus largement étendue aux provinces : entre les 20 et 25 mars, la proportion de malades issus du reste du pays est passée de 28 % à 42 %[7].

L'épidémie atteint le 24 mars l'île éloignée de Pâques[8]

Mesures de protection[modifier | modifier le code]

Le président Sebastian Piñera instaure « l'état d'exception constitutionnel pour catastrophe » permettant le déploiement de l'armée pour le maintien de l'ordre. Les frontières du pays sont par ailleurs fermées depuis le 18 mars. En revanche, aucune mesure de quarantaine n'a été annoncée[2]. Le président décide finalement, le 26 mars, d'imposer au moins une semaine de confinement pour la région de Santiago[9].

Le gouvernement chilien a longtemps été réticent à prendre des mesures, refusant systématiquement les mesures de confinement que réclament les organisations de professionnels de la santé et l'opposition politique. Le ministre de la Santé, Jaime Mañalich, affirme le 14 mars que « la fermeture des classes était irresponsable ». Le 22 mars, il posait la question : et « si le virus mutait et devenait sympathique, pourquoi imposer un confinement à tout le pays ? »[7].

D'après la correspondante au Chili du journal L'Humanité : « Le Chili a eu la chance de n'avoir eu son premier cas de coronavirus que le 3 mars. Le pays bénéficiait de l’expérience concrète de différents pays touchés préalablement et qui ont réagi de façons très différentes. À l'aune des décisions prises ailleurs, de l'analyse des moyens disponibles, on aurait pu penser que le gouvernement aurait choisi la voie la meilleure pour lutter contre le virus. Il n'en a rien été. Tout se passe comme si c'était au Chili que le coronavirus était apparu en premier. » Selon lui, alors que la plupart des salariés continuent d'aller travailler, le gouvernement « privilégie les stratégies économiques favorables à ses amis. Le confinement total obligerait à poser la question des ressources de millions de Chiliens privés d’emploi pendant cette période. Et donc celle de la redistribution des richesses. Les riches ne sont absolument pas d'accord et ce sont eux qui dirigent le pays[7]. »

Le gouvernement encourage dès la fin avril la réouverture des centres commerciaux et la reprise du travail présentiel, mais change d'attitude le 13 mai en plaçant la région de Santiago en confinement. Cette situation entraîne une importante perte de revenus pour les familles les plus vulnérables, dans un pays où plus de 30 % des actifs travaillent dans le secteur informel[10].

Une enquête est ouverte en octobre concernant de possibles manipulations des chiffres des rapports épidémiologiques par le ministre de la Santé[11].

Limites du système de santé[modifier | modifier le code]

Le fonctionnement du système de santé est décrié pour son caractère très inégalitaire. Au Chili, il existe « une santé pour les riches, et une santé pour les pauvres », souligne Alejandra Fuentes-Garcia, professeure en santé publique à l’Université du Chili. Près de 80 % de la population, les plus pauvres notamment, sont affiliés au système de santé public. Les plus riches sont affiliés à des assurances santé privées. Le système de santé public est sous-financé et ne semble pas en mesure de faire face à une crise. En temps normal, des patients sont refusés, faute de lits ou de personnel[12].

Alors que selon le gouvernement le pic de la contagion de Covid-19 est attendu dans le pays en mai ou juin, les inégalités d’accès à la santé « seront manifestes aussi pendant l’épidémie, estime José Miguel Bernucci, secrétaire national du principal syndicat de médecins. Car le système santé chilien dispose de moitié moins de lits de soins intensifs que l’Italie, proportionnellement à sa population, et les chiffres sont encore moins bons si l’on prend en compte uniquement les hôpitaux publics[12]. »

Conséquences politiques et économiques[modifier | modifier le code]

L'épidémie a provoqué la fin du mouvement de protestation contre le gouvernement. Alors que ses conséquences économiques risquent de toucher principalement les plus pauvres, l'épidémie pourrait mettre en lumière le caractère inégalitaire de la société chilienne, un des principaux griefs des manifestants qui réclamaient davantage de présence de l'État dans les domaines de la santé, de l'éducation et des retraites, aux mains du secteur privé depuis le régime militaire de Pinochet[13].

Le référendum sur l'adoption d’une nouvelle constitution est repoussé. Seul le parti ultraconservateur Union démocrate indépendante (UDI), nostalgique de la dictature du général Pinochet, s'est opposé à cette mesure, tablant sur une forte abstention pour conserver la Constitution héritée de la dictature[14].

Les chutes des Bourses mondiales ont causé de lourdes pertes aux Administrateurs de fonds de pension (AFP) privés auxquels cotisent les Chiliens, et significativement réduit leur capital retraite[9]. Selon la Fondation Sol, 25 milliards de dollars ont été perdus en mars[15].

Des émeutes éclatent le 18 mai dans la banlieue pauvre de Santiago en raison des pénuries de nourriture. Une vingtaine de personnes sont arrêtées par la police. La municipalité d'El Bosque a publié un communiqué dans lequel elle dénonce la détérioration de « la qualité de vie des habitants » et le manque de considération du pouvoir central pour les plus pauvres : « Ce sont ces habitants et habitantes qui, après plus d'un mois sans pouvoir travailler, sans avoir vu non plus de mesure concrète de la part de l’État, protestent aujourd'hui », a écrit le maire[16]. Ces émeutes conduisent le gouvernement à adopter, deux mois après l'instauration du confinement, un plan d'aide pour les plus pauvres[17]. Un programme de distribution de colis alimentaires est mis en place mais est généralement jugé insuffisant[16]. Les colis, théoriquement destinés aux familles démunies, sont souvent distribués de façon hasardeuse[18].

Le ministre de la Santé, Jaime Mañalich, démissionne de sa fonction le 13 juin, après plusieurs mois d’une gestion marquée par des hésitations et déclarations controversées. Il était particulièrement critiqué par l’Ordre des médecins du Chili, qui lui reprochait de n’avoir pas agi à temps face à l’avancée de l’épidémie dans le pays[19].

Un homme de 21 ans est abattu par les forces de l'ordre lors de manifestations sociales le 3 juillet, dans la périphérie de Santiago. Plus de 1 700 personnes sont arrêtées lors de ces manifestations au motif d'infraction à la quarantaine sanitaire ou de violation du couvre-feu[20].

Crise environnementale[modifier | modifier le code]

Le centre du Chili est frappé par une sécheresse sans précédent qui assèche les rivières, vide les réservoirs des barrages et rend les habitants plus vulnérables face à l'épidémie de coronavirus. Dans la région métropolitaine de Santiago et à Valparaiso, les précipitations de l'année 2019 ont été inférieures de 80 % au plus bas historique, et de 90 % dans la région de Coquimbo. Pour près de 1,5 million de personnes, la consommation quotidienne de 50 litres d'eau (soit la quantité minimum recommandée par l’Organisation mondiale de la santé pour subvenir aux besoins de base comme boire, se laver, cuisiner) est fournie par des camions-citernes[21]. Selon Greenpeace, plus de 350 000 Chiliens se trouveraient dans une situation de pénurie et ne pourraient donc pas se protéger du coronavirus. L’organisation environnementale a appelé le gouvernement à déployer un plan d’urgence de distribution d’eau potable. Selon le directeur de Greenpeace Chile, Matías Asun, « le manque d’eau est en train de se transformer en ennemi létal »[22].

Depuis la dictature de Pinochet, les ressources en eau ont été presque intégralement privatisées. L'État conserve théoriquement le pouvoir de réguler la quantité d'eau puisé mais ne l'a jamais fait. En outre, le cas échéant, l'État sevrait alors indemniser les détenteurs des droits de leurs pertes financières au prix du marché. L'eau est en conséquence inégalement distribuée. D'après Rodrigo Mundaca, porte-parole du Mouvement pour la défense de l'accès à l'eau, la terre et pour la protection de l'environnement, « dans une situation de pandémie comme aujourd'hui, cela montre une fois de plus que lorsqu'il existe un modèle d'appropriation privée de l'eau (...), cela ne garantit pas le droit humain à l'eau et rend les communautés encore plus fragiles »[21].

Références[modifier | modifier le code]

  1. a b et c (es) « Casos confirmados en Chile COVID-19 », Ministerio de Salud, Gobierno de Chile, no Mars 2020,‎ (lire en ligne, consulté le 15 avril 2020)
  2. a et b « Coronavirus : premier décès au Chili », sur Le Figaro,
  3. « Coronavirus au Chili : plus de 13.000 morts à déplorer, en incluant les cas probables », sur RTBF Info,
  4. (en) « Chile records first confirmed case of coronavirus: health ministry » [archive du ], sur reuters.com, (consulté le 10 juin 2020)
  5. (es) « Confirman primer caso de coronavirus en Chile: paciente está en Talca », sur 24Horas.cl, (consulté le 3 mars 2020)
  6. (en) « Chile Records First Confirmed Case of Coronavirus: Health Ministry », sur usnews.com, (consulté le 3 mars 2020)
  7. a b et c « Pourquoi l’exécutif chilien fait-il le choix de mettre sa population en danger face à la pandémie ? », sur L'Humanité,
  8. Le coronavirus touche aussi la lointaine île de Pâques
  9. a et b « Au Chili, le coronavirus met en lumière les inégalités dénoncées par le mouvement social », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne)
  10. « Au Chili, le coronavirus progresse et alimente la colère sociale », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le 24 mai 2020)
  11. « Covid-19: le gouvernement chilien accusé d'avoir manipulé les chiffres », sur RFI,
  12. a et b Justine Fontaine, « Au Chili, la «fracture» de santé dans le viseur du mouvement social », sur Libération.fr,
  13. « Au Chili, le coronavirus met entre parenthèses la vague des manifestations », sur Le Point,
  14. « En Amérique latine, la pandémie attise les crises », sur L'Humanité,
  15. « Au Chili, le coronavirus affaiblit aussi les retraites », sur Ouest-France.fr,
  16. a et b « Au Chili, des émeutes de la faim explosent dans la banlieue de Santiago », sur France 24,
  17. Justine Fontaine, « Au Chili, le Covid-19 menace le système de retraite de Pinochet », sur Libération.fr,
  18. « Chili: l'aide alimentaire promise avant l'hiver distribuée au hasard », sur RFI,
  19. « Coronavirus : au Chili, le ministre de la santé démissionne au plus fort de l’épidémie », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne)
  20. « Chili: Un manifestant tué, des centaines d’arrestations »,
  21. a et b « Au Chili, une sécheresse historique en pleine crise du coronavirus », sur Geo.fr,
  22. « Face au manque d'eau, les Chiliens s'entraident », sur Reporterre, le quotidien de l'écologie,