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Didier Raoult

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Didier Raoult
Didier Raoult.png
Portrait de Didier Raoult.
Fonctions
Directeur général (en)
Fondation Méditerranée Infection
depuis
Directeur
Unité de Recherche sur les Maladies Infectieuses et Tropicales Emergentes (d)
-
Philippe Parola (d)
Président d'université
Université de la Méditerranée - Aix-Marseille II
-
Claude Mercier (d)
Biographie
Naissance
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DakarVoir et modifier les données sur Wikidata
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Didier Raoult, né le à Dakar, au Sénégal, est un infectiologue et professeur de microbiologie français. Il est spécialiste des maladies infectieuses tropicales émergentes à la faculté des sciences médicales et paramédicales de Marseille et à l'institut hospitalo-universitaire en maladies infectieuses de Marseille (IHU).

Lauréat du grand prix de l'Inserm en 2010, il décrit, avec son équipe marseillaise, des virus complexes. Il est co-auteur de milliers de publications scientifiques.

Connu pour son franc-parler et ses prises de position iconoclastes, il acquiert une certaine popularité et une notoriété médiatique internationale en 2020 quand, avec son équipe, il affirme avoir trouvé un traitement contre la maladie à coronavirus 2019 à base de deux médicaments existants, provoquant un débat qui déborde rapidement du monde scientifique et médical. Ses détracteurs avancent que les données disponibles ne démontrent pas l'utilité de ce traitement, voire qu'elles en indiquent les dangers. Il est cependant largement soutenu dans le grand public, notamment chez les antisystèmes et les amateurs de théories complotistes.

Biographie

Marseille, ville de résidence et de travail de l'infectiologue
Marseille, ville de résidence et de travail de l'infectiologue, éponyme du Marseillevirus, genre de girus découvert en 2009 par Raoult et son équipe[1].

Didier Raoult naît le à Dakar, au Sénégal. Il gardera un lien affectif avec ce pays et le continent africain[a]. Son père est un médecin militaire originaire de Bretagne, fondateur de l'Organisme de recherches sur l’alimentation et la nutrition africaines (Orana)[3],[4], et sa mère une infirmière née à Marseille.

La famille s'installe à Marseille en 1961[5].

Il effectue une partie de sa scolarité dans un lycée de Nice, puis dans un internat à Briançon[6]. Mauvais élève[4],[7], Didier Raoult part travailler à 17 ans[7], pendant deux ans, sur des bateaux (paquebot[7] et navire de la marine marchande[8]).

En 1972, il passe un baccalauréat littéraire en candidat libre puis s'inscrit à la faculté de médecine de Marseille[9] car « c’étaient les seules études que son père acceptait de financer »[4]. Il réussit l'internat et obtient un doctorat. Il souhaite devenir obstétricien, mais son classement en internat lui permet de devenir infectiologue, comme son arrière-grand-père Paul Le Gendre (1854-1936)[10],[11],[12].

Marié en 1982 avec Natacha Caïn, psychiatre issue d'une famille juive lituanienne[13]. Il est père de trois enfants[14].

Carrière professionnelle

Recherche

Didier Raoult découvre un moyen de cultiver les rickettsies[4], ce qui lui permet de les étudier[15] et en 1983, il crée l'Unité des rickettsies[7]. Devenu professeur, il dirige des thèses sur les maladies infectieuses à la faculté des sciences médicales et paramédicales de Marseille[16] : de 1988 à 2018, il fait soutenir quatre-vingt neuf thèses[17]. Il est président de l'université de la Méditerranée Aix-Marseille II de 1994 (où il est élu face à Michel Fougereau)[18] à 1999[19],[20].

À la demande du gouvernement, durant l'épidémie de SRAS de 2002-2004, il rédige en 2003 un rapport sur le bioterrorisme et les risques épidémiologiques. Il y pointe l'impréparation du système de santé français en cas de pandémie. Il recommande un grand discours fondateur d'une nouvelle politique de santé qui serait capable de mieux anticiper les risques épidémiologiques, dont il voit qu'ils deviendront un des enjeux forts d'un monde interconnecté. Il met en garde contre les risques de débordement des services de santé français, et recommande de doter les hôpitaux d'infectiopôles, notamment d'unités de fabrication de tests, afin de repérer le plus vite possible, et le plus tôt possible, les premiers malades[21].

Il dirige de 2008 à 2017 l'Unité de recherche sur les maladies infectieuses et tropicales émergentes (Urmite) à Marseille et à Dakar au sein du campus de Hann, de l'Institut de recherche pour le développement (IRD) et de l'université Cheikh-Anta-Diop (UCAD)[22].

Son équipe est à l'origine de la création de quelques start-ups[23]. Toutefois[pas clair], en butte à des problèmes de financement, il critique le système « égalitariste » français et demande des évaluations individuelles[24][pas clair].

Le , il reçoit le grand prix Inserm 2010 pour l’ensemble de sa carrière[25],[26].

Grâce à la subvention la plus élevée accordée en France pour la recherche médicale (72,3 millions d’euros portés par l’ANR[27] dans le cadre du Programme investissements d'avenir (PIA)[28],[29]), Didier Raoult fait construire un nouveau bâtiment pour accueillir l'IHU Méditerranée Infection, inauguré en 2018[30]. Cet institut est dédié au diagnostic, à la prise en charge et à l’étude des maladies infectieuses y compris les soins, la recherche et l’enseignement[31]. L'IHU Méditerranée Infection a pour membres fondateurs : université d'Aix-Marseille, Assistance publique - Hôpitaux de Marseille, BioMérieux, l'Établissement français du sang, l'IRD, le Service de santé des armées[32]. Il bénéficie de l'aide de l'Union européenne et du Fonds européen de développement régional ainsi que de nombreux partenariats[33].

Notoriété

Biologiste reconnu

Coronavirus SARS-CoV-2 (microbiologie).
La microbiologie, domaine de compétence du Professeur Raoult.
Bactérie Raoultella planticola
Bactérie Raoultella planticola dans un tube à essai.

Il est d'abord célèbre pour ses contributions à la recherche sur le mimivirus, qui ont ouvert un champ complètement inexploré[26], celui des girus. Les nombreuses récompenses qu'il accumule, notamment le prestigieux Grand Prix Inserm en 2010[25], décerné pour l'ensemble de ses travaux sur les agents pathogènes et sa co-découverte des virus géants, et le prix de la fondation Louis D. (Institut de France) en 2015 pour son étude sur le répertoire des microbes du tube digestif et l'évolution de son activité antibiotique[34],[35], contribuent à mettre en valeur ses découvertes scientifiques.

Chercheur iconoclaste et prolifique[24], il fait partie en 2015 des chercheurs français les plus cités dans la communauté scientifique internationale, selon la Highly Cited Researcher list de Clarivate Analytics[36],[37].

L'un des meilleurs infectiologues de la planète selon Le Point[38], ponte de la recherche[39], Raoult est connu pour avoir fait évoluer, en collaboration avec son équipe, via leurs nombreux essais cliniques et leurs brevets[40], la science des bactéries de manière significative[41]. Le site américain Expertscape spécialisé dans le référencement de médecins experts[42] le classe 1er au monde pour les maladies transmissibles en 2020[43],[44].

Spécialiste en matière de maladies infectieuses et tropicales[45].

Hommage scientifique, le genre de protéobactéries Raoultella, de la famille des entérobactéries, a été nommé en référence au chercheur, éponyme[46],[47].

Médiatisation

Avec ses prises de position sur la pandémie de Covid-19, critiquées par une partie de la communauté scientifique mais soutenues par une autre, Didier Raoult est devenu en 2020 l'une des personnalités les plus suivies par les médias grand public et les réseaux sociaux en France. En , il apparait en deuxième place du baromètre Odoxa des personnalités préférées des Français[48]. Sa chaîne YouTube de l'IHU de Marseille totalise des millions de vues ; son compte Twitter personnel atteint 100 000 abonnés trois jours après sa création[49] et approche les 600 000 en juin 2020. Il est soutenu par des personnalités (Jean-Marie Bigard[50], Jair Bolsonaro[51],[52], Valérie Boyer, Christian Estrosi, Éric Cantona, Gilbert Collard, Dieudonné[49], Laeticia Hallyday[50], Elon Musk[38][source insuffisante], Michel Onfray[53]…), certains médecins (Philippe Douste-Blazy, Christian Perronne, Michèle Barzach, Marc Gentilini, Patrick Pelloux, Paul Trouillas, Martine Wonner[54]… alors que d'autres témoignent de leur opposition[55]), et des groupes de citoyens sur les réseaux sociaux[56],[57] — entre autres des Gilets Jaunes[49]. Le groupe Facebook « Didier Raoult Vs Coronavirus », créé le , réunit en quelques jours 370 000 membres ; selon l'analyse de la Revue des médias de l'INA, le contenu de ce qui y est publié s'apparente à une communication institutionnelle de l'IHU de Marseille, ce qui limite la portée de la comparaison avec les « gilets jaunes »[56]. Selon certains médias, il acquiert un statut de « lanceur d'alerte »[58] et de « figure centrale »[59] dans les milieux complotistes. Cette période apporte à Didier Raoult une importante notoriété médiatique[50].

D’après le chercheur Antoine Bristielle, ses soutiens sur les réseaux sociaux sont avant tout des personnes manifestant une défiance vis-à-vis des institutions et des médias, éduquées et plutôt à droite[60],[61].

Champs de recherches

Microbiologie clinique

Didier Raoult s'est investi dans la microbiologie clinique[62],[63].

Son équipe utilise un séquenceur d'ADN pour obtenir le séquençage de l'ARN ribosomique 16S afin d’identifier les bactéries[64], puis recourt au MALDI-TOF pour l’identification des bactéries en routine[65]. Par la suite, Didier Raoult intègre un centre de soins dans son laboratoire de recherche[66],[67].

L’équipe de Didier Raoult rapporte des cas d'endocardites à hémoculture négative et détermine les étiologies de bactéries fastidieuses ou détruites par les antibiotiques[68]. Elle propose un traitement spécifique des endocardites à hémocultures négatives[69] ainsi que dans la prise en charge des endocardites[70]. Concernant les péricardites, son équipe rapporte des séries de péricardites permettant le diagnostic étiologique de ces infections et la découverte de virus associés[71].

Depuis 1984, l’équipe de Didier Raoult travaille également sur les maladies transmises par les tiques et produit un grand nombre de publications sur les domaines concernant les rickettsioses, les borrélioses et les bartonelloses.

Virus géants

Virus Spoutnik (virologie)
Virus Spoutnik.

Concernant les virus géants, il a identifié avec Bernard La Scola un virus géant d’amibe, mimivirus[72]. Depuis les recherches sur mimivirus se poursuivent avec la publication de son génome[73], la découverte de Spoutnik le premier virophage, c'est-à-dire un virus capable d'infecter un autre virus pour se reproduire[74],[75],[76] ; la mise en évidence dans mimivirus d'un mécanisme de défense empêchant l’implantation du virophage dans l’usine à virus (MIMIVIRE)[77],[78] ; et enfin la mise en évidence que ce virophage pouvait s’intégrer aux cellules sous forme de pro-virophage et qu’il pouvait être associé à des transposon-like structures appelées transpovirons (en)[79]. Une équipe chinoise a prouvé en 2018 que l'activité enzymatique de MIMIVIRE est comparable à celle de CRISPR[80].

Par ailleurs, son équipe a découvert les Marseillevirus[81],[1] et les Faustovirus (en)[82],[83]. Sa co-découverte (avec l'équipe de Jean-Michel Claverie et Chantal Abergel[84],[85]) des virus géants remet selon eux profondément en cause la classification des virus. Didier Raoult a plusieurs fois rapporté qu'il considérait que les virus géants sont d’une nature différente des autres virus et qu'ils constituent un quatrième domaine du vivant, les « mégavirales », aux côtés des eucaryotes, bactéries et archées. Cette idée étant controversée[86], il propose brièvement en remplacement l'acronyme de TRUC pour Things Resisting Uncompleted Classifications soit en français « choses résistantes aux classifications incomplètes »[86] avant de revenir à l'appellation de megavirales[87], idée toujours controversée en 2017[88].

En 2018, l'équipe en collaboration avec des chercheurs français, brésiliens et suédois, découvre deux souches de nouveaux virus géants, les Tupanvirus, les virus les plus longs de la virosphère actuellement connue, et qui présentent une nouvelle étape vers la compréhension du monde des virus géants[89].

Bactéries nouvelles

Depuis les années 1990, il a identifié et décrit avec son équipe une centaine de nouvelles bactéries pathogènes[90]. Deux bactéries ont reçu son nom : Raoultella planticola (en) et Rickettsia raoultii (en)[91].

Rickettsies, bartonella, fièvre Q

Avec son équipe, il a identifié dix nouvelles espèces de Rickettsies pathogènes pour l'homme. Il est cosignataire de deux articles[92],[93] où en particulier il est montré qu’à côté de la transmission par les poux, les puces et les tiques, une rickettsie est aussi susceptible d’être transmise par les moustiques ; c'est le cas de Rickettsia felis (en) qui est l'espèce la plus commune sous les tropiques[94].

Le laboratoire[Lequel ?] est un centre national de référence (partenariat avec l'Institut de veille sanitaire) et centre collaborateur de l'OMS.

Pour les Bartonellas, l'équipe a été la première à identifier leur rôle dans les endocardites[95].

Pour la fièvre Q, maladie transmise par l'agent bactérien Coxiella burnetii, il a été amené à en redéfinir les critères de diagnostic, à décrire tous les aspects de la maladie et à mettre en évidence le rôle de la bactérie dans la genèse des lymphomes non hodgkiniens[96].

Il a mis en évidence, avec son équipe, le rôle des anticorps anti-phospholipide dans les endocardites à Coxiella burnetii[97] et dans les thromboses. Il a récemment décrit les endocardites aiguës[98] et redéfini les endocardites persistantes. Il a mis au point les stratégies thérapeutiques actuellement utilisées par le monde médical (doxycycline et hydroxychloroquine) en utilisant pour la première fois le plaquenil pour alcaliniser la vacuole acide dans laquelle vivent les bactéries afin de permettre l’activité des antibiotiques inhibés par cette acidité[99].

Maladie de Whipple

Maladie de Whipple : infiltrat de macrophages mousseux dans la lamina propria.
La maladie de Whipple est une maladie rare et mortelle due à la bactérie Tropheryma whipplei.

Tropheryma whipplei, l'agent causal de la maladie de Whipple, décrite en 1907 par le docteur Georges Hoyt Whipple, a été isolée pour la première fois dans le laboratoire de Didier Raoult[100]. Son équipe est l'une des deux mondiales à avoir séquencé le génome de la bactérie[101]. La découverte de Tropheryma whipplei a montré que la bactérie est relativement commune dans l'environnement ou sur les muqueuses des patients, sans nécessairement être associée à la pathologie[102].

Pour la maladie de Whipple, il a mis en place un traitement par doxycycline et hydroxychloroquine[103] et décrit les formes aiguës de la maladie qui incluent les pneumopathies[104], les traitements de référence n'utilisant toutefois pas l'hydroxychloroquine[105].

Paléomicrobiologie

En collaborant avec des équipes d'anthropologues, Didier Raoult, Michel Drancourt et Gérard Aboudharam utilisent la technique connue d'extraction d'ADN[106] de la pulpe dentaire et établissent un diagnostic rétrospectif de la peste du Moyen Âge dont une résurgence avait eu lieu à Marseille au début du XVIIIe siècle[107] puis la confirmation, sur des prélèvements de la peste du XIVe siècle, que Yersinia pestis est l'agent causal de la peste noire[108]. Ce travail a fait l’objet d’une contestation par Marcus Thomas Pius Gilbert (en)[109].

L’équipe de Didier Raoult a également postulé que la transmission extrêmement rapide de Yersinia pestis était due à l’infection du pou qui a probablement joué le rôle de relais dans l'épidémie de peste justinienne[110].

Ces techniques ont également conduit à la mise en évidence de la cause de la mort d'une partie des soldats de l'armée de Napoléon Ier au cours de la retraite de Russie à partir des fosses communes découvertes à Vilnius[111]. En 2018, des équipes universitaires italiennes ainsi que l'équipe de l'IHU Infection participent à la recherche des causes possibles de la mort du peintre italien le Caravage. Celui-ci aurait succombé à une infection due au staphylocoque doré[112],[113],[114].[pertinence contestée]

Microbiogénomique

En 1999, Didier Raoult décide de démarrer un nouveau programme de génomique et de l'appliquer à la microbiologie et aux maladies infectieuses. L'équipe a commencé avec Rickettsia conorii[115].

Analyse du microbiote humain

L'analyse du microbiote humain, ou « culturomique microbienne »[116] pour reprendre le néologisme inventé par les équipes de Didier Raoult, a donné lieu à des publications dont la première recensée (J. C. Lagier et al.) date de 2012, et est considérée comme appartenant aux 1 000 premières cultures de microbiotes connues[117]. Ces recherches ont été menées pour exprimer la multiplication des techniques de culture, identification par MALDI-TOF et confirmation par séquençage de l'ARN ribosomique 16S. L'équipe du professeur Raoult, l'a décrite dans un encart de la revue Science de mars 2018[118].

Cette nouvelle approche technique donne lieu à l'analyse de près de 1 000 échantillons provenant du tube digestif humain (selles, estomac, intestin grêle et colon), et à la mise en culture de 1 170 bactéries différentes présentes dans le tube digestif, dont 247 espèces de bactéries entièrement nouvelles. Par ailleurs, ont été isolées pour la première fois chez l'homme 269 bactéries qui étaient connues uniquement dans l’environnement et 250 bactéries qui avaient déjà été isolées chez l’homme mais jamais dans le tube digestif. L’ensemble de ces nouvelles espèces de bactéries sont disponibles dans des collections de souches internationales (Collection de Souches de l’Unité des Rickettsies, et Deutsche Sammlung von Mikroorganismen und Zellkulturen). de la biodiversité est appliquée aux microbiotes humains. Ainsi dans l'étude décrite dans la revue Nature Microbiology (en) en 2016[119].

Après un travail réalisé par le laboratoire et publié dans Clinical Microbiology and Infection en septembre 2012[120], l'équipe considère que cette approche du microbiote digestif a amené à repenser le rôle du microbiote dans la malnutrition[121].

Selon lui ou son équipe, cette production à haut débit d’espèces nouvelles, a rendu obligatoire la création d’une nouvelle approche de la description des espèces appelée Taxonogénomique[122],[123].

Microbiotes et cancer

Didier Raoult développe entre 2015 et 2018, en collaboration avec d'autres équipes, des recherches sur les relations entre microbiote et cancer, en particulier sur les modifications du système immunitaire selon la composition du microbiote intestinal[124],[125],[126]. En effet, la structure du microbiome peut induire des modifications du système immunitaire et moduler la pharmacodynamique des médicaments chimiothérapeutiques et ainsi la réponse des malades aux thérapies[118].

Étude sur les probiotiques

L'un des champs de recherche développé par Didier Raoult est très controversé, mais représente selon lui une question majeure de santé publique. Il concerne les manipulations de la flore intestinale et l'obésité[127].

Dans la revue scientifique Nature Reviews Microbiology[128] de septembre 2009, Didier Raoult indique : « les yaourts et les boissons lactées aux probiotiques, depuis près de vingt ans, auraient leur part de responsabilité dans l'épidémie d'obésité… »

Il affirme que « les probiotiques sont utilisés comme promoteurs de croissance dans le secteur agricole. De nouvelles études devraient être effectuées pour confirmer qu'ils soient sûrs pour l'usage chez l'homme ».

Sida : guérison spontanée et piste de traitement ?

Didier Raoult publie en 2014 dans sa revue Clinical Microbiology and Infection[129] une étude sur deux patients identifiés par les équipes d'Yves Lévy à l'hôpital Henri Mondor[130]. Cette étude fait l’analogie entre l’évolution de rétrovirus du koala (en)[131] actuellement en cours d’endogénéisation et une apparente guérison spontanée de l’infection par le VIH chez deux patients jamais traités par antirétroviraux et n’ayant aucun symptôme clinique lié au VIH ni aucun acide nucléique VIH détectable dans le sang par les tests diagnostics standards. Les séquences VIH obtenues chez ces deux patients à l’aide de techniques modernes de séquençage ont montré que les gènes VIH étaient inactivés par le remplacement des codons tryptophane par des codons-stop, ce qui pourrait être dû à l’action d’une enzyme cellulaire, APOBEC[132]. Didier Raoult recommande que cette piste soit étudiée, car si c'était confirmé, cela pourrait ouvrir la voie à la recherche de nouvelles formes de traitement du sida. Bien que le sida ne fasse pas partie de son champ de compétences, il indique avoir « voulu donner un point de vue évolutionniste sur cette maladie », et sa découverte serait alors une illustration de « l’hypothèse de la reine rouge »[130]. Cette piste est accueillie comme intéressante mais restant à prouver ; un médecin souligne que malgré le bruit médiatique fait autour de cette publication, il n'y a rien de bien nouveau puisque « les patients décrits dans cette étude sont des "HIV controllers" (des patients capables de contrôler spontanément l'infection du VIH dans leur corps), un phénotype décrit depuis 2005 », et le mécanisme analysé est correct mais déjà connu[129].

Prises de position

Selon le portrait que l'Inserm dresse de lui, Didier Raoult n'aime ni les consortiums ni le consensus[9] et se réjouit des controverses scientifiques : « Rien ne m'amuse plus que de détruire des théories si bien établies[9]. »

Les prises de position de Didier Raoult, médecin sûr de lui[133] multipliant les interventions sur les médias, sont qualifiées parfois d'iconoclastes, mais jugées toujours polarisantes, ce qui lui vaut des soutiens hétéroclites, dont celui des amateurs de théories du complot[134],[59].

Sur la Covid-19

Minimisation de la pandémie

Le , sur la chaîne YouTube de l'IHU, Didier Raoult relativise la portée de la pandémie de maladie à coronavirus en affirmant : « Il y a trois Chinois qui meurent et ça fait une alerte mondiale. L’OMS s’en mêle, on en parle à la télévision et à la radio. Tout cela est fou, il n’y a plus aucune lucidité »[6],[135]. Début février dans le JDD, il persiste : « ce virus n'est pas si méchant, ce n'est pas un meurtrier aveugle. Le taux de mortalité, estimé aujourd'hui aux environs de 2 % c'est-à-dire équivalent à celui de toutes les pneumonies virales présentes à l'hôpital »[136],[137]. Il co-signe un article dans l'International Journal of Antimicrobial Agents (de) concluant que « le problème avec le SARS-CoV-2 est probablement surestimé »[138]. L'étude est mise en cause dans une lettre à l'éditeur, publiée dans le même journal[139].

Le , Didier Raoult devient l'un des onze experts choisis pour faire partie du conseil scientifique Covid-19, chargé d'éclairer les décisions à prendre par les autorités pour lutter contre la pandémie en France[140], mais il n'assiste à aucune des séances et annonce le qu'il refuse d'y participer[6],[141],[142], estimant qu'« Il n’y a rien de fiable scientifiquement là-dedans »[143]. Il se positionne rapidement à contre-courant de la politique de faible dépistage et se désolidarise des mesures de confinement prises en France[144], estimant que « confiner des gens infectés, qui ne le savent pas, avec d’autres qui ne le sont pas, c’est une curieuse méthode »[145]. Jugeant que la mortalité due à la maladie est peu significative eu égard à sa faible létalité enregistrée, qui concerne alors dans sa zone géographique (PACA) seulement deux personnes de plus de 87 ans pour cent vingt cas confirmés, il blâme l'intense surmédiatisation du virus sans base scientifique, en comparant ces chiffres à ceux du Diamond Princess[146].

Le 21 mars, au journaliste de La Provence qui l'interroge sur la « la grippette dont [il] parl[ait] il y a quelques semaines » , il répond « là, on en est à moins de 500 [morts en France]. On va voir si on arrive à en tuer 10 000, mais ça m'étonnerait »[147],[148].

Le 14 avril 2020, sur la base de la baisse très significative du nombre de cas détectés par l'IHU de Marseille, il évoque la possibilité que l'épidémie disparaisse « dans quelques semaines au printemps, ce qui est assez banal pour une maladie virale respiratoire ». Il renouvelle sa prédiction selon laquelle « cette crise sanitaire ne modifierait pas l'espérance de vie des français »[149].

Le 5 mai, constatant que parmi tous les patients hospitalisés à l'IHU il y a eu un seul mort de moins de soixante-cinq ans et que le risque de mourir parmi la population n'ayant pas de facteur de risque est très faible, il considère que « tout le délire autour de la gravité monstrueuse de cette maladie est aussi une autre forme de délire déraisonnable »[150].

Le 12 mai, il constate que l'épidémie est « en train de disparaître » à Marseille avec « un seul cas détecté hier malgré le fait qu'on ait testé plus de 1 200 personnes »[151].

Il appelle, le 14 mai, à réfléchir sur le confinement quand une étude espagnole montre que les travailleurs essentiels autorisés à continuer à se rendre sur leur lieu de travail ont été moins infectés que les travailleurs confinés à domicile[152].

Le 2 juin 2020, il annonce que 40 à 70 % de la population était immunisée avant le début de l'épidémie. Cette immunité à la Covid-19 proviendrait des coronavirus épidémiques et serait maximale chez les enfants vivant en collectivité touchés tous les ans par ces coronavirus[153].

Le Figaro note qu'après avoir dit le 12 mai que l'épidémie était « en train de se terminer », en juin il « se contredit » et n'exclut plus une seconde vague, expliquant que « personne n'est capable de prédire l'avenir »[154].

Prescription et promotion de l'hydroxychloroquine

Il annonce la « fin de partie » pour le coronavirus le , estimant que la chloroquine (un médicament antipaludéen) est « probablement le traitement le moins cher et le plus simple pour traiter le coronavirus de la Covid-19 »[137],[155],[156]. Sa prise de position[157] fait suite à deux communications chinoises : la première le faisait état d'une grande efficacité in vitro, la seconde le de résultats préliminaires positifs sur une centaine de malades[158]. Elle fait l'objet de nombreuses mises en garde[159], en raison de nombreux échecs à traiter d'autres virus à la suite des résultats in vitro pourtant prometteurs, de l'absence de données cliniques et de contre-indications, effets secondaires, risques de surdosage et problèmes d'interactions médicamenteuses connus[137],[160]. Le , une première étude randomisée chinoise effectuée sur une petite cohorte de patients ne démontre pas une plus grande efficacité de la chloroquine à faire disparaître la Covid-19 dans un test au septième jour de traitement, ce résultat étant massivement atteint avec le traitement classique[161]. Le ministère français de la Santé affirme alors qu’aucune étude rigoureuse, publiée dans une revue internationale à comité de lecture indépendant, ne démontre l’efficacité de la chloroquine pour soigner le coronavirus[162].

Didier Raoult indique avoir reçu des menaces de mort, les et , pour le dissuader de préconiser la chloroquine[163]. Le le parquet de Nantes confirme avoir ouvert une enquête sur l'auteur présumé des appels téléphoniques[164].

Le , il diffuse une vidéo enregistrée devant ses étudiants dans laquelle il annonce les résultats positifs de sa propre étude clinique d'un traitement à base de l'hydroxychloroquine et d’un antibiotique, l'azithromycine[137],[165],[166], qui seront publiés le ,[167].

Dans un premier temps, ni la chloroquine ni l'hydroxychloroquine ne font partie des médicaments testés dans le premier essai clinique national Discovery, annoncé le . La justification alors donnée est le risque d'interaction médicamenteuse avec les traitements de réanimation, les effets secondaires et l'absence de la chloroquine sur la liste des traitements prioritaires recommandés par l’OMS[168]. Néanmoins, le , le ministre français de la santé Olivier Véran, jugeant « prometteurs » les résultats de Didier Raoult et son équipe, donne l'autorisation pour que d'autres équipes entreprennent un essai plus vaste dans « les plus brefs délais »[169].

Le , les résultats préliminaires de l'expérimentation présentée le 16 sont mis en ligne sous le titre « Hydroxychloroquine and Azithromycin as a treatment of COVID-19: preliminary results of an open-label non-randomized clinical trial », sous forme d'une « pré-publication » non validée par les pairs sur le site MedRxiv[170], et publiés dans la revue International Journal of Antimicrobial Agents[171], dont le rédacteur en chef est également l’un des coauteurs de l’étude et un membre de l’IHU, ce qui suscite des critiques de conflit d'intérêts[172]. Des critiques du contenu, principalement axées sur la faiblesse méthodologique de l'étude, sont émises par la communauté scientifique[6],[173],[174],[175],[176],[177], le conseil scientifique Covid-19[178], la société savante (International Society of Antimicrobial Chemotherapy) propriétaire du journal qui a publié l'étude[179],[180] et sur le site PubPeer[181].

L'hydroxychloroquine est bientôt incorporée dans de nombreux essais cliniques[137], y compris l'essai clinique européen Discovery dévoilé par l'INSERM le [182],[183], alors qu'elle en avait été exclue dans un premier temps[184],[185]. Christian Perronne (ancien président de la commission spécialisée maladies transmissibles du Haut Conseil de la santé publique) reproche à l'essai Discovery de tester l'hydroxychloroquine seule (plutôt que l'association Hydroxychloroquine/Azithromycine) et critique le principe du test : « ce n’est pas éthique de tirer au sort les patients qui recevront un traitement potentiellement efficace quand ils n’ont que quelques jours à vivre »[186]. La réalisation des essais cliniques est rendue difficile car certains patients veulent être traités à l'hydroxychloroquine. L'inclusion dans les essais risque d'être ralentie par la communication débridée, « réinformer » les patients prenant beaucoup de temps[187],[188].

L'équipe de Raoult annonce le qu'elle proposera à tous les patients infectés un traitement en associant l'hydroxychloroquine et l'azithromycine, hors AMM[189],[190]. Le Haut Conseil de la santé publique (HCSP) recommande de ne pas utiliser cette molécule dans ce contexte, à l’exception de formes graves hospitalières de la maladie[137]. Le , le ministre français de la Santé annonce qu'il autorise l'usage de l'hydroxychloroquine hors AMM pour la Covid-19 dans ses « formes graves, hospitalières, sur décision collégiale des médecins et sous surveillance stricte » (autorisation effective le [191],[192]). Elle reste déconseillée dans les autres cas, dans l'attente de preuves de son efficacité[193]. Selon la Revue des médias de l'INA, les médias et les réseaux sociaux diffusent très largement la nouvelle[56].

Didier Raoult continue selon ses déclarations « d'accumuler des données — donc du savoir supplémentaire — et de mesurer tous les jours l’effet clinique du traitement » qu'il propose pour « les cas modérés à sévères. Quand les patients sont en réanimation, c’est trop tard »[194]. Le , il publie sur le site de l’IHU les résultats de sa nouvelle étude sur l'effet de l'association hydroxychloroquine + azithromycine sur 80 patients présentant des symptômes légers, étude qui selon lui démontre l'efficacité du protocole[195],[196]. L'étude est rapidement critiquée, d'une part parce que la majorité des patients se remettraient de la maladie avec ou sans traitement, d'autre part parce qu’elle ne comporte pas de comparaison avec un groupe de contrôle[173],[183],[197] (sans lequel il n'est pas possible de conclure sur les effets du traitement). Cette étude est ensuite publiée par la revue Travel Medicine and Infectious Disease le 11 avril, revue dont le rédacteur en chef adjoint est un membre de l’IHU et le premier auteur de l'étude en question, ce qui suscite à nouveau des critiques de conflit d'intérêts[172].

La revue médicale indépendante Prescrire se basant sur un patient d'un petit test randomisé effectué en Chine durant le mois de février et sur la première étude du professeur Raoult signale que l'hydroxychloroquine pourrait aggraver la Covid-19[198].

Didier Raoult affiche le 9 avril sur le site de l'IHU les premiers résultats (résumé et un tableau de données)[199],[200] de sa troisième étude effectuée sans groupe contrôle, portant sur de nouveaux patients présentant très majoritairement un état clinique encore peu sévère au début du traitement qui a lieu avec un délai médian de cinq jours après le début des symptômes. Les données présentées portent sur 1 061 patients ayant suivi le traitement pendant au moins trois jours. Il dévoile la primeur des résultats au président Emmanuel Macron, qui a fait le déplacement à Marseille. Au bout de dix jours de traitement, 91,7 % des patients (sur les 1 061 retenus) n'excrètent plus de virus et ne présentent plus de symptômes cliniques, ce que divers journaux (dont Les Échos[201], Valeurs actuelles[202], Sputnik France[203]) interprètent comme un taux d'efficacité de 91,7 % pour le traitement administré ; aucune toxicité cardiaque n'est observée ; 0,47 % des patients sont morts, tous âgés de 71 à 95 ans[204],[201],[205],[206]. À la date de publication de l'étude, 98 % des 1 061 patients suivis sont guéris, et seuls seize patients sont encore hospitalisés. Les critères d'inclusion dans l'étude sont d'avoir été traité au moins trois jours à l'hydroxychloroquine et à l'azithromycine avec un début de traitement entre le 3 et le et ne pas avoir été pris en compte par une étude précédente. Le nombre et le sort des patients testés positifs sur le site, mais exclus ou sortis prématurément du traitement pour des raisons médicales ou autres n'est pas documenté. Compte-tenu des données manquantes, dont on ne sait quand elles seront publiées, pour un chercheur du CNRS l'étude « ne peut pas permettre de conclure quoi que ce soit, que le médicament testé soit efficace ou pas », tandis pour d'autres les méthodes de recrutement et l'absence de groupe de contrôle font que l'étude n'est pas jugée sérieuse[207]. Christine Rouzioux, spécialiste en virologie ajoute qu'« il y a un pourcentage de guérison quasi identique à ce qui est décrit dans l'histoire naturelle de la maladie »[207]. Les résultats complets sont mis en ligne sur le site de l'IHU le , mais selon Le Monde, « l’interprétation bute sur l’impossibilité de comparer cette cohorte à un groupe témoin »[208].

Entre le 27 mars et le 9 avril 2020, 54 cas de troubles cardiaques chez des patients prenant de l'hydroxychloroquine, dont quatre décès, ont été répertoriés en France[209], et le nombre d'alertes double entre le 9 et le [208],[210]. Le Monde note que « la plupart des déclarations concernent un patient traité par hydroxychloroquine ou chloroquine, ce médicament étant associé dans environ la moitié des cas à l’azithromycine »[208]. Selon la responsable du centre régional de pharmacovigilance chargé de la surveillance nationale des effets indésirables cardiaques des médicaments évalués dans l’infection au nouveau coronavirus, ces chiffres pourraient être « la partie visible d'un iceberg », 95 % des anomalies liées à la prise d'un traitement n'étant jamais déclarées[209]. Le 21 avril, la revue Science compile les données disponibles sur la toxicité de l'hydrocychloroquine, et relève qu'une étude de dossiers médicaux de 900 000 patients, non validée par les pairs, « pré-publiée » sur le site MedRxiv[211], conclut que l'ajout de l'azithromycine à l'hydroxychloroquine augmente les risques cardiaques[212].

Le 19 mai 2020, Didier Raoult parle d’une « hallucination collective des médias » contre l’hydroxychloroquine et pointe du doigt le rôle « d’un certain nombre de responsables », dont le directeur de l’ANSM Dominique Martin « qui a fait prendre des décisions totalement déraisonnables », le président du Haut Conseil de la santé publique Franck Chauvin et le président du Conseil national de l'Ordre des médecins Patrick Bouet. Il salue par contre leurs prédécesseurs, Roger Salamon au HCSP et Dominique Maraninchi à l'ANSM[213]. Selon lui, l'hydroxychloroquine, « ça doit être préventif de la folie, car ceux qui ne veulent pas en prendre deviennent fous »[214].

Une étude faisant état d’une dangerosité de l’hydroxychloroquine paraît dans le Lancet le 22 mai 2020, ce qui entraîne l'interdiction du médicament par l'OMS, le 25 mai, et par la France, le 27 mai, dans le cadre des traitements contre la Covid-19. Cependant, plusieurs dizaines de scientifiques, dont le professeur Nicolas White (en), écrivent une lettre ouverte pour exprimer leurs inquiétudes sur la méthodologie et l'intégrité des données de l'étude. Pour Didier Raoult, ce sont « des gens qui font du « big data », qui est une espèce de fantaisie complètement délirante qui prend des données dont on ne connaît pas la qualité, qui mélange tout, qui mélange des traitements dont on ne connaît pas la dose donnée » ; il affirme que l’étude a été menée « par des gens qui n'ont pas vu de patients »[215]. Début juin 2020, l'article du Lancet est critiqué[216], puis très vite rétracté[217], et les essais de l'hydroxychloroquine par l'OMS reprennent[218].

Le 27 mai 2020, Didier Raoult diffuse le résumé de sa propre étude comparative rétrospective, portant sur 3 737 patients atteints de la Covid-19 traités à l'IHU de Marseille, selon lui « la plus grande cohorte suivie dans un seul et même centre dans le monde ». Il conclut qu'« un diagnostic précoce, un isolement précoce et un traitement précoce avec au moins trois jours d'hydroxychloroquine-Azithromycine (HCQ-AZ) permettent d'obtenir un résultat clinique et une contagiosité nettement meilleurs chez les patients atteints de Covid-19 que les autres traitements »[219].

Quelques jours plus tard, Peter Horby et Martin Landray de l'Université d'Oxford, directeurs de l'essai randomisé contrôlé anglais Recovery, estiment que l’hydroxychloroquine n’a aucun effet bénéfique sur les patients hospitalisés pour Covid-19[220],[221].

Le 17 juin, s'appuyant sur les résultats des essais Solidarity/Discovery et Recovery, l'OMS décide l'arrêt définitif du bras testant l'hydroxychloroquine dans l'essai Solidarity[222].

Le 24 juin, au cours de son audition devant la commission d’enquête[223] sur la gestion de la pandémie à l’Assemblée nationale, Didier Raoult critique la gestion de la crise sanitaire en France et défend la réautorisation au plus tôt de la prescription d'hydroxychloroquine et d'azithromycine[224],[225],[147]. Éric Ciotti, rapporteur de la commission d'enquête, retient « sa proposition de supprimer l’Inserm et de recentrer la recherche sur l’université, sa volonté de créer sept zones de défense françaises, avec des centres d’analyse des maladies infectieuses dans les CHU »[226]. Certaines de ces déclarations sous serment sont qualifiées de « faux témoignage » par le Directeur général de l'AP-HP Martin Hirsch, mais le taux de mortalité de 43 % en réanimation concernant l'AP-HP est attesté par le registre REVA (Réseau européen de recherche en ventilation artificielle)[227]. Le conseil scientifique et la HAS qualifient d'« infamants et dépourvus de fondements » les propos de Didier Raoult, et, pour ce qui est des accusations de conflits d'intérêt, relevant de la « calomnie » [228].

L'équipe de Didier Raoult publie le 25 juin dans le journal Travel Medicine and Infectious Disease une étude rétrospective[229],[230] précédemment refusée par The Lancet[231], qui l'amène à conclure que « au moins trois jours d’administration d’hydroxychloroquine et d’azithromycine conduisent à des résultats cliniques significativement améliorés et à une baisse de la charge virale plus rapide qu’avec d’autres traitements »[231]. L'étude ne convainc pas nombre d’épidémiologistes[231]. Pour Anton Pottegard (le professeur de pharmacoépidémiologie à l'Université du Danemark du Sud qui a récemment contribué à définir des directives approuvées par la Société internationale de pharmacoépidémiologie (en) concernant les études liées à la Covid-19), des problèmes méthodologiques font que l'étude est « 100 % inutile pour guider la pratique clinique », et illustre à nouveau la « faillite complète du système de relecture par les pairs »[231]. Pour Dominique Costagliola, directrice adjointe de l'Institut Pierre-Louis d'épidémiologie et de santé publique (à Sorbonne Université, Inserm) et membre du consortium REACTing ce travail est « nul de chez nul », les patients ayant reçu le « protocole Raoult » étant en moyenne plus jeunes, moins sujets à des maladies chroniques, ou présentant des symptômes et des atteintes pulmonaires moins sévères[231].

Réactions de professionnels de la santé

L’affaire prend alors la dimension d’une polémique internationale, ce qui entretient énormément de confusion sur les faits réels, et entrave la réalisation des essais cliniques[232],[233].

Rony Brauman, directeur d'études et ancien président de Médecins sans frontières, considère alors que « la façon dont Didier Raoult a présenté la chloroquine comme un médicament miracle appartient plus à un prophète qu'à un spécialiste de santé. […] Didier Raoult a un passé de chercheur sérieux, mais son personnage de génie autoproclamé n'incite pas à la confiance. Quant à la validité de son essai, elle a été très précisément analysée »[234].
Pour Nicolas Martin, journaliste scientifique que l’étude de Raoult ne suive pas la méthode scientifique n’est pas qu’une simple question de procédure académique : « Dans l’esprit collectif, beaucoup semblent croire que ce sont juste des scientifiques et des journalistes scientifiques qui râlent alors qu’il y a des résultats positifs : mais non, il n’y a pas de résultats positifs que l’on peut attester. L’étude ne respecte aucune méthode, alors c’est comme construire un mur sans ciment, si on s’appuie dessus, il s’écroule »[235].
Selon une analyse du médecin Maxence Ouafik publiée par la Société scientifique de médecine générale (association belge), les deux études sont entachées de manquements tels qu'elles ne permettent pas de conclure quant à l'efficacité des traitements proposés[236]. Ces manquements sont des erreurs de conception, de méthodologie et d'analyse, dont la plupart « auraient pu être évitées sans prendre significativement plus de temps »[236].

Pour le professeur Christian Perronne, chef du service infectiologie de l'hôpital Raymond-Poincaré de Garches, « il est consternant de constater que dans la médecine actuelle la démarche empirique puisse être méprisée, sous prétexte qu'on n'ait pas recouru à des tests en randomisation avec tirage au sort »[237]./br> Certains médecins, comme l’ancien ministre de la Santé Philippe Douste-Blazy[238] (membre du conseil d'administration de l'IHU Méditerranée Infection[239]) ou le chef de service des urgences de l'hôpital européen Georges-Pompidou, Philippe Juvin[240], apportent leur soutien à Didier Raoult, notamment dans une pétition intitulée « Ne perdons plus de temps », signée le par de nombreuses personnalités[241],[54] et une semaine plus tard par plus de 462 000 personnes[242], et dans une tribune le 6 avril 2020 recommandant « d’appliquer le traitement » dès l’apparition des premiers symptômes du coronavirus[243], et demandent la généralisation de l'utilisation du Plaquenil par l'ensemble des médecins hospitaliers et libéraux.

Le 10 avril 2020, Le Quotidien du médecin annonce que l'ANSM a demandé des explications à Didier Raoult et son équipe sur sa deuxième étude, qualifiée d'étude observationnelle portant sur 80 patients traités avec la combinaison hydroxychloroquine/azithromycine. Cette étude a été autorisée par le comité d'éthique de l'IHU, mais n'a pas reçu d'autorisation auprès de l'ANSM[244]. S'il s'agit simplement d’une étude rétrospective sur données, il n'y a pas d'obligations légales. Par contre, s'il s'agit d'un essai clinique, celui-ci ne respecte pas les obligations légales d'autorisation auprès de l'ANSM via le CPP définies par la loi sur les recherches sur la personne humaine[245],[246]. L'auteur de cette loi, Olivier Jardé, lui-même signataire de la pétition « Ne perdons plus de temps », estime que l'utilisation de la chloroquine en milieu hospitalier ne pose pas de problème légal[247]. En l'absence de réponse de l'IHU, une inspection sur place pourrait être diligentée[244]. Selon Le Canard enchaîné, le parquet de Marseille aurait reçu une lettre de dénonciation d'un infectiologue en avril et serait chargé d'une enquête préliminaire sur la légalité de la deuxième étude ; le directeur général de l'ANSM, estimant qu'elle n'est « pas conforme aux exigences légales », aurait saisi à ce sujet le conseil national de l'ordre des médecins[248].

En Afrique, le Sénégal, le Burkina Faso, le Maroc et l'Algérie adoptent un traitement à base de chloroquine, celle-ci étant déjà largement utilisée sur le continent en tant qu'antipaludéen. Le professeur Moussa Seydi, du CHNU de Fann, administre de la chloroquine aux 100 premiers patients testés positifs à la Covid-19 au Sénégal, et exprime son intérêt pour le traitement de Didier Raoult dès le 19 mars[2]. Cependant, un collège de treize médecins, dont huit Africains, publie le 22 avril, dans la revue American Journal of Tropical Medicine and Hygiene (en), une mise en garde contre une utilisation inappropriée, généralisée ou en automédication de l’association hydroxychloroquine-azithromycine en Afrique subsaharienne, expliquant que ce traitement interfère avec ceux de la malaria, de la tuberculose et du VIH, trois fléaux de santé publique spécifiques à l’Afrique[249],[250].

Le 27 avril, le médecin David Gorski, rédacteur en chef du site américain Science-Based Medicine (en), qualifie la première étude de Didier Raoult d'« en tous points exécrable et peut-être même frauduleuse », et sa mise à jour ainsi que la seconde étude de « souffrant exactement des mêmes défauts »[251],[252]. Il ajoute que, « pendant ce temps, les études provenant de toute autre source que le groupe de Raoult s'accumulaient et suggéraient fortement que ni l'hydroxychloroquine ni la combinaison hydroxychloroquine-azithromycine ne montraient une activité détectable contre la Covid-19 mais avaient des effets toxiques »[251],[252].

Autres réactions

L'emballement qui suit l'annonce par Didier Raoult que l'hydoxychloroquine est un traitement de la Covid-19 est comparé par médecins et journalistes[253],[254],[255],[256] à l'affaire de la ciclosporine en 1985, dans le contexte de l'épidémie de sida.

Le , Donald Trump déclare qu'il a « approuvé » le recours à l'hydroxychloroquine qui a, selon lui, « montré des résultats préliminaires très encourageants » pour lutter contre la Covid-19[257]. Selon toute vraisemblance, il fait référence et a été influencé par les travaux de Didier Raoult[258],[259]. Il est immédiatement tempéré par la FDA, qui souhaite prendre plus de temps pour évaluer ce traitement et lancer « un essai clinique étendu »[260],[261], mais autorise le la prescription hospitalière de chloroquine et d'hydroxychloroquine en se basant sur les données françaises, qu'elle qualifie d'« anecdotiques »[173].

Le 21 avril 2020, un panel d'experts, convoqué par l'Institut national des allergies et des maladies infectieuses membre du NIH, déconseille aux docteurs américains de prescrire la combinaison hydroxychloroquine/azithromycine du fait de toxicités potentielles, et conclut qu'il n'y a pas assez de preuve pour promouvoir un traitement: « en dehors des soins de soutien, rien ne marche très bien »[262].

Une étude américaine concluant à une plus forte létalité chez des patients traités à l'hydroxychloroquine, est pré-publiée le même jour, et relayée par Elisabeth Bik. Didier Raoult parle d’une étude biaisée « plus proche de la fraude scientifique que d'une analyse raisonnable ». Le Figaro et des scientifiques soulignent que le texte n'a pas été évalué, que l’examen des dossiers médicaments a été fait a posteriori avec des patients dont le traitement a déjà été administré, que d’importantes corrections ont dû être apportées ou encore que 10 % des patients ont reçu le traitement après intubation[263].

En France, un sondage réalisé par l’IFOP le 6 avril, peu avant la troisième étude de Didier Raoult, indique que 59 % des Français croient que le protocole à base de chloroquine est efficace contre la Covid-19, contre 20 % qui sont d'un avis inverse[205],[264]. Pour le journal Science « le plébiscite populaire dont bénéficie l’hydroxychloroquine contraste fortement avec des données très peu convaincantes »[206]. Le Figaro décrie aussi les résultats annoncés au président en les qualifiant de « peu convaincants » pour un « remède miraculeux »[265]. De son côté, Le Monde indique que l'étude « ne permet toujours pas de conclure que l’association permet de guérir plus vite que l’évolution spontanée » et que 54 cas de troubles cardiaques, dont quatre mortels, ont été reportés depuis le au centre de pharmaco-vigilance chez des malades prenant de l'hydroxychloroquine associée ou non à de l'azithromycine[266].

Arnaud Benedetti, rédacteur en chef de la Revue politique et parlementaire, estime que la démarche « subversive et atypique » de Didier Raoult a fonctionné : « il a fait à sa manière de la controverse académique un fait de société total » et a fait « apparaître par contraste ce qui à terme risque d’être perçu comme les limites de la technostructure de la recherche »[267]. Selon Arnaud Benedetti, la visite rendue par le président Emmanuel Macron à Didier Raoult le 9 avril montre que le président ne ferme aucune porte ; elle envoie un signal à ceux qui parmi les élus ont pris fait et cause pour le professeur marseillais[268].

Une enquête réalisée par YouGov les 27 et , peu après l'abrogation du décret autorisant l'usage de l'hydroxychloroquine pour traiter la Covid-19, indique que les Français font plus confiance à Didier Raoult qu'au ministre de la Santé, Olivier Véran[269].

Hors du domaine de la santé

Prises de position politiques

Le professeur Didier Raoult intervient régulièrement dans les médias. Il anime une chronique, où il commente entre autres l’actualité politique, dans le journal Le Figaro de 1998 à 2001[270], puis dans le magazine Le Point[271] de 2011 à 2018[272] et depuis 2017, environ trimestriellement, dans le quotidien Les Échos[273]. Il a notamment défendu la liberté de porter un voile islamique à l’université[274],[275].

Changement climatique

En 2013, Didier Raoult publie un article où il fait part de son « scepticisme » face aux modèles mathématiques de prédiction du climat[276]. Il dit notamment que les modèles mathématiques sont la version moderne de la divination. Dans un article du [277], il note ironiquement, à propos de la « pause » constatée dans le réchauffement climatique depuis la fin des années 1990, que « la nature a oublié d’obéir aux prédictions. » Dans la même publication, au sujet d'un article paru peu avant dans la revue Nature et selon lequel la température globale de la Terre ne serait plus le bon indicateur du réchauffement climatique, il fait ce commentaire : « Il vaut mieux casser le thermomètre qui vous contredit ! »

Dans Le Point, en juin 2014, il estime qu’« après une poussée thermique notable dans les années 1990, la Terre a globalement arrêté de se réchauffer depuis 1998 ». Il conclut que « le réchauffement climatique est incertain et la responsabilité de l’homme discutable[278] ».

En 2020, il remet à nouveau en question l'existence du réchauffement climatique en déclarant : « Le réchauffement climatique, à titre personnel, je ne le vois pas »[279].

Stéphane Foucart, journaliste scientifique au Monde, le classe dans ceux qui propagent les « hoax climatiques »[280].

Immigration en France

Didier Raoult critique les restrictions posées par la France aux étudiants et chercheurs étrangers pour l'obtention d'un visa, en faisant valoir qu'« en France, 50 % des thésards sont étrangers. Sans les étrangers, il n’y a plus de science française »[2].

Controverses

Accusations de harcèlement au sein de son unité

Dans une lettre anonyme, datée du et adressée aux comités d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) de l'Inserm, du CNRS, et de l'université d'Aix-Marseille, douze ingénieurs et personnels techniques mettent en évidence de graves dysfonctionnements au sens de l'Urmite et de ses unités filles, et dénoncent des conditions de travail déplorables et une situation « insupportable et dégradante ». En outre, ils dénoncent l'absence totale de reconnaissance et de considération, le comportement inapproprié, par des humiliations, altercations verbales et menaces répétées, de certains personnels et directeurs de recherche, l'absence de représentants élus, ainsi que des conditions de travail « en dehors de toute règles »[281],[282],[283]. Quatre plaintes pour harcèlement ou agression sexuels sont déposées à l'encontre de chercheurs ou d'enseignants de l'Urmite[284],[285].

Didier Raoult nie la présence de tout climat malsain au sein de son unité. D'après lui, ces accusations seraient le résultat d'une minorité de détracteurs, jaloux du succès du l'IHU[281],[286]. En ce qui concerne les accusations de harcèlement et agressions sexuelles, il affirme avoir réglé le problème et dénonce le fait que le CNRS ait voulu rendre justice lui-même en révoquant le chercheur accusé de harcèlement[287],[288],[289].

Après enquête, les CHSCT de l'Inserm, du CNRS, de l'université d'Aix-Marseille, et de l'Institut de recherche pour le développement (IRD) confirment les faits dénoncés par le personnel de l'unité, mentionnant notamment un harcèlement quotidien de la part de Didier Raoult et de ses collaborateurs, des conditions de travail déplorables, au niveau des amplitudes de travail, des locaux et des rapports hiérarchiques, ainsi que des manquements graves et répétés aux règles de sécurité, pourtant extrêmement strictes en ce qui concerne les agents pathogènes manipulés dans ce genre d'installations[290],[291].

Relations avec les institutions

Didier Raoult attribue à l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) la perte d'influence de la recherche médicale française dans le monde considérant que « l’Inserm ne finance pas la recherche médicale, mais la recherche à propos de la médecine ». Ses critiques s'accentuent avec la nomination d'Yves Lévy à la tête de l'organisme en 2014. Depuis longtemps Didier Raoult critique l'engagement de fonds colossaux dans la recherche d'un vaccin contre le sida, domaine d'expertise d'Yves Lévy. La nomination d'Agnès Buzyn, épouse d'Yves Lévy, au poste de ministre de la Santé est suivie d'une décision ministérielle le visant à ramener les Instituts hospitalo-universitaires (IHU) dans le giron de l'Inserm tout en divisant leurs crédits par deux, le tout selon les critères demandés par son mari, alimentant le soupçon de conflit d'intérêts. Raoult, très attaché au statut de « fondation » des IHU, est soutenu par le neuroscientifique Richard Frackowiak qui démissionne « avec fracas » le de la présidence du jury international des IHU déclarant : « J'avais vu les liens entre le ministère et l'Inserm. J'ai alors présenté ma démission en défendant le modèle des IHU et les 200 millions qu’on nous prenait. Finalement j’ai obtenu gain de cause car leur position était intenable »[292],[293].

En 2018, les labels de l'Inserm et du CNRS sont retirés aux unités de recherches de Dider Raoult, en raison d'une mauvaise évaluation par le Haut Conseil de l'évaluation de la recherche et de l'enseignement supérieur (HCERES) et d'accusations de harcèlement visant certains chercheurs de l'IHU[6],[294]. Ni Agnès Buzyn, ni Frédérique Vidal ne sont présentes à l'inauguration des nouveaux locaux[287].

Plus généralement, d'après Paris Match, il affiche un large mépris à l'encontre d'une partie de ses confrères et des journalistes[11].

Suspicions de fraude scientifique

Selon les chercheurs Leonid Schneider[295] et Elisabeth Bik[296], plusieurs articles publiés par Didier Raoult et ses équipes à partir de 2005 présentent des problèmes de méthodologie et de falsification ou manipulation des données[135],[6].

La première étude en pré-publication sur l'hydroxychloroquine qu'il a cosignée en mars 2020 est aussi accusée d'être non probante voire entachée de fraude[297]. À ce sujet, un aréopage de médecins issus de différentes universités internationales mentionne des problèmes avec les données mesurées et restituées : des mesures de PCR manquantes dans le groupe témoin car non effectuées ont été extrapolées pour reconstruire l'évolution quotidienne du groupe[177]. Le 11 avril, la société savante propriétaire du journal (l'International Society of Antimicrobial Chemotherapy) et son éditeur Elsevier déclarent dans un communiqué, qu'il est prématuré de commenter pour le moment, qu'un examen indépendant est en cours pour déterminer si les préoccupations concernant le contenu de la recherche de l'article sont fondées, et qu'en fonction de l'évolution de cette procédure, une correction de l'article pourrait être envisagée[298].

En juin 2020, à la suite de révélations du site Mediapart[299], les professeurs Yves Gingras et Mahdi Khelfaoui de l'université du Québec à Montréal (UQAM) affirment que Didier Raoult a publié 234 études scientifiques dans la seule revue New Microbes and New Infections (et un total de 337 pour l'équipe marseillaise), alors que la très large majorité du comité éditorial de la revue est composé de proches collègues et de subalternes de Raoult, laissant planer le doute quant à la validité de ces publications[300].

Interdiction temporaire de publication dans les revues de la Société américaine de microbiologie

En 2006, Didier Raoult et quatre de ses co-auteurs ont été interdits de publication dans les revues de la Société américaine de microbiologie (ASM), comme l'a révélé en 2012 un article sur Didier Raoult publié dans la revue Science[301],[135],[6]. La sanction fait suite à un de leurs articles publié en 2006 dans le journal Infection and Immunity (en), qui présentait les mêmes chiffres pour des résultats d'expériences prétendument différentes[301], ce qui caractérise un manquement éthique selon les représentants de l'ASM[301]. En réponse à l'ASM, les deuxième et dernier auteurs[b] ont plaidé une simple erreur et ont voulu en assumer la pleine responsabilité, expliquant qu'il n'avaient pas montré l'article aux autres auteurs alors en vacances[301]. L'ASM, non convaincue par les réponses apportées, a interdit aux cinq auteurs dont Didier Raoult de publier dans ses revues pendant une année[301]. Didier Raoult a fait appel de l’interdiction (sans succès), démissionné du panel éditorial de deux autres revues de l’ASM, annulé son adhésion et interdit aux membres de son laboratoire de publier dans les revues de l'ASM[301].

Publications et ouvrages

Nombre de publications et taux de citations

Didier Raoult est un fervent défenseur de la bibliométrie, dont il explique qu'elle permet de rationaliser la compétition entre les savants grâce à des algorithmes qui évaluent les chercheurs en quantifiant leurs publications et l'impact de celles-ci[85],[302]. Selon l'analyse du journaliste Benoit Gilles de Marsactu, il l'utilise comme un moyen de construire sa réputation et ses réseaux, en s'appuyant sur une stratégie de publication destinée à le placer au premier rang[302]. Didier Raoult a co-signé de très nombreux articles (entre 2 000 et 3 000 jusqu'en 2020, selon les estimations par Le Point[303] et Marsactu[85] à partir de la base de donnée PubMed), certains dans des revues très prestigieuses, mais l'immense majorité dans des revues à faible impact[85],[294]. Des centaines de ses articles sont publiés dans des revues éditées par ses propres collaborateurs[6],[294],[303] : Le Point donne à ce sujet l'exemple de la revue « New Microbes And New Infections », dont l'éditeur en chef Michel Drancourt travaille depuis 35 ans avec Didier Raoult, et dont 230 articles, soit un tiers de toute la production du journal, sont signés par Didier Raoult[303],[304]. Selon Scott Sayare, du New York Times Magazine, Raoult est réputé être un travailleur infatigable mais atteint aussi son taux extraordinaire de publications et citations en associant son nom à presque tous les articles publiés par son institut[305].

En 2008, il est classé parmi les dix premiers chercheurs français par la revue Nature en termes de nombre de publications comme de citations reprenant ses travaux[24]. Par ailleurs, selon la source ISI Web of Knowledge Didier Raoult est un des chercheurs qui publie le plus en France[37]. En , sur Google Scholar citations, il cumule plus de 150 000 citations et un indice h de 175[306]. En 2015, il figure dans le classement des 1 000 chercheurs les plus cités au monde (dont 69 Français)[36], « Highly Cited Researchers » de Clarivate Analytics (anciennement publiée par Thomson Reuters)[307], qui répertorie les chercheurs qui influencent le plus la recherche dans leurs domaines, et dont les publications sont parmi les 1 % des plus citées dans les revues académiques. En 2017, il y apparaît comme l'un des 99 microbiologistes mondiaux et l'un des 73 scientifiques français les plus cités[308],[309]. Il fait également partie de la liste des 400 auteurs les plus cités du domaine biomédical[310]. Selon l'analyse des publications de 2007 à 2013, par Kathleen Gransalke, pour Labtimes en février 2017, Didier Raoult apparaît au sommet du classement européen avec 18 128 citations[311].

Ce nombre élevé de publications est important pour le financement de l'AP-HM[303] : le système d’interrogation de gestion, d’analyse des publications scientifiques (Sigaps) lie la dotation annuelle de chaque IHU au nombre de publications de ses chercheurs et praticiens[85],[312],[294]. En 2018, Didier Raoult expliquait : « Je rapporte au moins onze millions d’euros par an à l’AP-HM »[85]. Selon Le Point, chacun des quarante articles « signés par Didier Raoult dans le « International Journal Antimicrob Agents », dont l'éditeur en chef travaille au sein de son IHU, a ainsi rapporté de 3600 euros à 14 400 euros par an à l'AP-HM »[303]. Didier Raoult reconnait avoir « menacé de faire la grève des signatures » des articles pour obtenir son institut quand il ne disposait que d'un pôle dédié aux maladies infectieuses[313],[303].

À partir de 2013, il est également affilié à l'Université King Abdulaziz (en) de Djeddah (Arabie saoudite)[314],[315], connue pour offrir des postes lucratifs sans présence physique à des chercheurs étrangers hautement cités, afin d'augmenter son taux de citations institutionnelles[316].

Rapport

À la demande du ministre de la Santé, Jean-François Mattei, il rédige un rapport, publié en juillet 2003, visant à élaborer un plan d’action en cas d’attaque bioterroriste ou de retour d’épidémies[317]. Selon celui-ci, la France n'est pas préparée « à un problème d'épidémie massive »[318].

Livres publiés

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  • Collectif (Argenson JN, Aubaniac JM, Curvale G, Groulier P, Drancourt M, Raoult D), L'Infection ostéoarticulaire sur prothèse - Prévention, Diagnostic, Traitement. 1992
  • (en) Antimicrobial Agents and Intracellular Parasites. Boca Raton: CRC Press Book, 1993
  • Jean-Louis Mège, Didier Raoult et Jean-Pierre Revillard, Immunité et infection : concepts immunopathologiques et perspectives thérapeutiques, Paris, Arnette, , XII-448 p. (ISBN 2-7184-0855-3, notice BnF no FRBNF36698987).
  • Didier Raoult (dir.), Maîtrise de la prescription des antibiotiques dans les hôpitaux, Paris, Elsevier, , 82 p. (ISBN 2-84299-084-6, notice BnF no FRBNF37003796)
  • Dictionnaire de maladies infectieuses : diagnostic, épidémiologie, répartition géographique, taxonomie, symptomatologie, Paris, Editions scientifiques et médicales Elsevier, , 1162 p. (ISBN 978-2-84299-036-7, notice BnF no FRBNF38439044, lire en ligne)
  • Didier Raoult et Philippe Brouqui, Les rickettsioses, Paris, Elsevier, , 190 p. (ISBN 2-84299-064-1, notice BnF no FRBNF37002841, lire en ligne)
  • (en) Collectif: Yu VL, Merigan TC, Barriere SL, et al. Antimicrobial Therapy and Vaccines. Williams & Wilkins, 1998
  • Une ambition pour la recherche française, Paris, Association des amis de Jacques Chirac, coll. « Les Notes de l'Association des amis de Jacques Chirac », , 33 p. (ISBN 2-9513375-4-X, notice BnF no FRBNF37083883).
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  • Les nouvelles maladies infectieuses, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Que sais-je ? », , 127 p. (ISBN 2-13-050256-3, notice BnF no FRBNF37051672).
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  • Grippe aviaire, SRAS : vivre avec les nouveaux risques infectieux, 2012, Ebook Kindle, Amazon.
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  • De l'ignorance et de l'aveuglement : pour une science postmoderne Ebook Kindle, Amazon, 2012. (en) Of Ignorance and Blindness, 2013, Ebook Kindle, Amazon
  • Didier Raoult et Sabine Casalonga, Votre santé : tous les mensonges qu'on vous raconte et comment la science vous aide à y voir clair, Neuilly-sur-Seine, Éditions Michel Lafon, , 302 p. (ISBN 978-2-7499-2555-4, notice BnF no FRBNF44313859).
  • Arrêtons d'avoir peur ! : santé, environnement, climat, flux migratoires et société : la science vous aide à y voir clair, Neuilly-sur-Seine, Éditions Michel Lafon, , 347 p. (ISBN 978-2-7499-3003-9, notice BnF no FRBNF45031036, lire en ligne)
  • Mieux vaut guérir que prédire : santé, société, vivre ensemble, Neuilly-sur-Seine, Éditions Michel Lafon, , 280 p. (ISBN 978-2-7499-3149-4, notice BnF no FRBNF45184038, lire en ligne)
  • Didier Raoult et Olivia Recasens, La vérité sur les vaccins : tout ce que vous devez savoir pour faire le bon choix, Neuilly-sur-Seine, Éditions Michel Lafon, , 221 p. (ISBN 978-2-7499-3136-4, notice BnF no FRBNF45424036, lire en ligne)
  • Hervé Vaudoit, L'IHU méditerranée infection - Le défi de la recherche et de la médecine intégrée, Éditions Michel Lafon, , 267 p. (ISBN 9782749933832, lire en ligne [Kindle])
  • Didier Raoult, Épidémies : vrais dangers et fausses alertes, Éditions Michel Lafon, (ISBN 9782749944241)

Distinctions

Prix et récompenses

Décorations

Notes et références

Notes

  1. « Étant partiellement sénégalais, je ne peux pas ne pas me sentir concerné par ce qui se passe en Afrique. » (7 avril 2020)[2]
  2. En biologie, quand un article scientifique est publié par plusieurs auteurs, la position de chacun d'entre eux dans la liste des auteurs indique leur contribution relative (voir l'article Publication_scientifique#Listes d'auteurs pour plus de détails).

Références

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    « Conclusions: Short-term hydroxychloroquine treatment is safe, but addition of azithromycin may induce heart failure and cardiovascular mortality, potentially due to synergistic effects on QT length. We call for caution if such combination is to be used in the management of Covid-19. »

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    « As of this writing, more than 18 clinical trials enrolling more than 75,000 patients have been registered in North America for testing various hydroxychloroquine regimens for COVID-19. This massive commitment concentrates resources on nearly identical clinical hypotheses, creates competition for recruitment, and neglects opportunities to test other clinical hypotheses. »

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    « So far, there is very little data backing the idea that hydroxychloroquine works against coronavirus infection, yet the fervour surrounding it has created drug shortages and affected enrolment in clinical trials for other potential treatments. »

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  326. Décret du 30 décembre 2000 portant promotion et nomination
  327. Décret du 15 mai 2015 portant promotion et nomination.
  328. Décret du 10 mai 1995 portant promotion et nomination.

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