Pandémie de Covid-19 en Colombie

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Pandémie de Covid-19 en Colombie
COVID-19 Outbreak Cases in Colombia.svg
Départements touchés par le virus.
  • <1 000 cas confirmés
  • 1 000-4 999 cas confirmés
  • 5 000–9 999 cas confirmés
  • 10 000–49 999 cas confirmés
  • 50 000–99 999 cas confirmés
  • 100 000–499 999 cas confirmés
  • ≥500 000 cas confirmés
Maladie
Agent infectieux
Origine
Milan (Italie) (local)
Wuhan (Hubei, Chine) (mondial)
Localisation
Premier cas
Site web
Bilan
Cas confirmés
1 117 576 (
Cas soignés
833 199 (
Morts
32 208 (

La Colombie compte, à la date du , près de 2 000 000 de cas confirmés de Covid-19, dont plus de 50 000 décès[1].

Mesures gouvernementales[modifier | modifier le code]

Le gouvernement impose à partir du 25 mars un confinement général obligatoire pour une durée de trois semaines. Ce confinement a ensuite été prolongé jusqu'au [2]. Pour les personnes âgées de plus 70 ans, le confinement est obligatoire jusqu'au 30 mai. Les Colombiens ne peuvent sortir de chez eux que pour faire des courses ou promener leur chien, à raison d'une personne par famille, ou en cas de force majeure. Les infractions sont passibles d'amendes, voire de prison. Sont exemptés le personnel des services de santé, d'hygiène, de télécommunication, des établissements financiers ainsi que des médias. Le gouvernement a en outre ordonné la fermeture des frontières, l'interdiction des vols de passagers, la suspension des cours en présentiel et des rassemblements. Quelque 60 000 militaires et policiers sont déployés pour « faire respecter » les mesures[3].

Le 5 mai, le président Iván Duque annonce que le confinement est prolongé jusqu'au 25 mai et qu'entre le 11 et le 25 mai, le gouvernement va « étendre l'isolement préventif obligatoire, mais en récupérant de l'espace pour la vie productive »[4]. Les assouplissements prévus à partir du 11 mai concernent notamment la vente en gros de certains produits (comme les véhicules et les meubles) tandis que les enfants de 6 à 17 ans sont autorisés à sortir trois fois par semaine pendant 30 minutes[4].

Des libérations anticipées de prisonniers âgés de plus de 60 ans sont prévues. La surpopulation carcérale favorise en effet la propagation du virus en Colombie. La prison de Villavicencio, au pied de la cordillère des Andes, recense ainsi 772 cas de contamination au 8 mai. La surpopulation oblige les prisonniers à dormir les uns sur les autres, parfois dans les couloirs, et rend impossible l’isolement des malades[5].

Le taux de chômage grimpe à 19,6% en novembre 2020. La gestion de la pandémie par les autorités serait désapprouvée par 61% des Colombiens[6].

Nombre de cas déclarés (bleu) et décès (rouge) en échelle logarithmique. Les différences quotidiennes sont indiquées en pointillés.

Un programme de vaccination devrait être entrepris à partir de février 2021. Les migrants vénézuéliens en seront cependant exclus[7].

Le , le président Iván Duque annonce que le confinement est prolongé jusqu'au 28 février[8].

Difficultés à faire appliquer le confinement[modifier | modifier le code]

Selon plusieurs experts, les mesures de confinement risquent de montrer leurs limites dans un pays tels que la Colombie, dans lequel il n'existe pas d'État-providence. Ainsi, moins d'un million de personnes bénéficie d'une retraite et les aides sociales sont très faibles. Beaucoup de personnes âgées vivent dans la pauvreté, voire l'indigence, et sont contraintes de continuer de travailler ou de mendier[9].

« Sans famille ni aide sociale suffisante, beaucoup d'anciens craignent autant de mourir de faim que de tomber malades », relève l'Agence France-Presse. Luis Carlos Reyes, de l'Observatoire fiscal de l'Université Javeriana à Bogota, explique qu'« il y a un manque de protection préoccupant du fait de l'absence d'un véritable État providence »[9].

Amnesty International a également alerté sur la situation des communautés indigènes : « Les peuples indigènes en Colombie sont en alerte maximale. Le gouvernement met en place dans le pays des mesures de prévention pour le COVID-19 sans garantir de façon adéquate leurs droits fondamentaux. Si historiquement elles n’ont pas eu accès à la santé, à l’eau et à l’alimentation, dans le contexte de l’actuelle pandémie, cette situation est d’une gravité exceptionnelle, car les conditions sanitaires et sociales ne leur permettent pas de faire face de façon adéquate » à la pandémie[10].

Des émeutes ont éclaté le 21 mars dans plusieurs prisons du pays contre le manque de mesures sanitaires. Les affrontements les plus violents - accompagnés de tentatives d’évasion - ont eu lieu à la prison de La Modelo, à Bogota : au moins vingt-trois prisonniers sont morts et quatre-vingt-dix personnes, dont sept gardiens, ont été blessées. Les prisonniers n'auraient pas de réelle assistance médicale, les gardiens n'auraient ni gants ni masques alors qu'ils rentrent et sortent de la prison, et l'administration pénitentiaire ne fournirait pas de masques et de gants. La surpopulation pourrait aussi favoriser la propagation du virus : le taux d'occupation des prisons colombiennes était de 152 % en 2017[11].

Dans les quartiers populaires de Bogota, de Medellín et de plusieurs autres villes, de nombreux habitants accrochent aux fenêtres de leur logement un chiffon rouge en signe de protestation contre le manque de nourriture et l'inaction des autorités. Avant de devenir un « emblème de la colère », le chiffon rouge accroché à la fenêtre a d'abord été le signal d'un appel au secours auprès des voisins, notamment à Soacha, une ville pauvre proche de Bogota. « Si vous voyez un chiffon rouge à la porte de vos voisins, c'est qu'ils en appellent à votre solidarité », a indiqué la maire de la ville. Dans une zone déshéritée de la ville d’Itaguï, dans la région de Medellín, une habitante témoigne auprès du quotidien El Colombiano : « La majorité des familles ici a faim, ce sont des gens qui vivent au jour le jour, des vendeurs ambulants, des mères de famille qui travaillent comme employées de maison. Certaines de ces familles n'ont pas mangé depuis deux jours et nous essayons tous de nous entraider, mais tous les portefeuilles sont vides[12]. » Le président Ivan Duque a dénoncé « une haine de classes » dans ces actions[13].

Des personnes n'ayant pas respecté le confinement ont été tabassées ou tuées par la police[14].

Conséquences politiques[modifier | modifier le code]

La guérilla de l'Armée de libération nationale annonce un cessez-le-feu unilatéral pour une durée d'au moins 30 jours à partir du 1er avril. L'organisation évoque l’appel de l'ONU à un cessez-le-feu de tous les conflits dans le monde, ainsi que la demande « dans le même sens » d'« organisations sociales et politiques de Colombie ». La guérilla indique en outre qu'elle se réserve le « droit » de se défendre des « attaques » des forces gouvernementales comme des groupes de narcotrafiquants. Le gouvernement a répondu que les « conditions n'étaient pas réunies » pour un « espace de dialogue ouvert »[15].

D'après le journaliste Maurice Lemoine, le chef de l'État Iván Duque, compromis dans une affaire d'achats de vote lors de l'élection présidentielle de 2018, « peut respirer (ne serait-ce que très-très relativement) : pour une durée encore indéterminée, l'épidémie de Covid-19 va monopoliser toute l'attention et l'énergie de la société, faisant passer tous ces désordres inopportuns au second plan[16]. »

Des groupes criminels ont profité du confinement pour assassiner plusieurs militants des droits humains. Rester au même endroit fait des militants des cibles faciles[17]. Une mission de l'Organisation des États américains dénonce fin mars « les graves faits de violence qui ont eu lieu ces derniers jours contre des leaders sociaux et des défenseurs des droits de l'homme ainsi que les affectations persistantes contre plusieurs communautés du pays à cause du conflit armé et de la criminalité ». Au moins 14 leaders sociaux ont été assassinés entre le 6 mars et le 2 avril, ainsi que quatre ex-guérilleros des Forces armées révolutionnaires de Colombie[18]. Début avril, le nombre d'assassinats politique recensés depuis le début du confinement est de 30. La plupart des leaders interrogés s’étonnent de l’inaction de l’armée lors des violences contre les populations civiles. Celles-ci ont lieu « dans des régions fortement militarisées », souligne le sénateur de l'opposition Iván Cepeda. Et d’ajouter : « On peut donc se poser la question de la connivence entre les autorités et le narcotrafic[19]. »

Des enquêtes judiciaires sont ouvertes pour des faits présumés de corruption concernant Rodolfo Enrique Zea, le ministre de l'Agriculture, mais aussi quatre gouverneurs des régions d'Arauca, Magdalena, Vichada et San Andres. Tous sont soupçonnés de malversation dans la gestion de fonds destinés à la lutte contre la pandémie[20]. La santé est un secteur traditionnellement très touché par la corruption en Colombie[21].

Références[modifier | modifier le code]

  1. « Covid-19 : la Colombie dépasse le seuil des 50.000 morts », sur Le Figaro,
  2. « La Colombie prolonge le confinement jusqu'au 11 mai », Le Figaro,‎ (lire en ligne, consulté le 14 octobre 2020).
  3. « Coronavirus : la Colombie en confinement général », sur voaafrique.com, (consulté le 14 octobre 2020).
  4. a et b « Coronavirus: le confinement prolongé en Colombie jusqu'au 25 mai », sur Le Figaro.fr, (consulté le 14 octobre 2020).
  5. « Coronavirus : la surpopulation carcérale, cause de propagation du virus en Colombie », sur rfi.fr, (consulté le 14 octobre 2020).
  6. « Faible mobilisation des manifestations contre le président Duque », sur SWI swissinfo.ch,
  7. « Covid-19. La Colombie prive des migrants de vaccin », Ouest-France,‎ (lire en ligne)
  8. (es) « Duque extiende aislamiento selectivo y emergencia sanitaria », El Tiempo,‎ (lire en ligne, consulté le 13 janvier 2021).
  9. a et b « Colombie : mourir de faim confinés ou du coronavirus dans la rue, dilemme des pauvres âgés », sur Le Journal de Montréal (consulté le 14 octobre 2020).
  10. « Colombie. Les peuples indigènes vont mourir du COVID-19 ou de faim si l’État ne réagit pas immédiatement », sur www.amnesty.org (consulté le 30 novembre 2020)
  11. « En Colombie, le Covid-19 provoque des émeutes meurtrières en prison : "Si le virus entre ici, on est foutu" », sur france24.com, (consulté le 14 octobre 2020).
  12. « Urgence. En Colombie, les chiffons rouges de la faim », Courrier international,‎ (lire en ligne, consulté le 14 octobre 2020).
  13. « En Colombie, des étendards rouges aux fenêtres pour signaler les familles en détresse », L'Humanité,‎ (lire en ligne, consulté le 14 octobre 2020).
  14. « Colombie : nouveaux affrontements malgré la demande de « pardon » du gouvernement », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le 14 octobre 2020).
  15. « Coronavirus : la guérilla de l’ELN annonce un cessez-le-feu en Colombie », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le 14 octobre 2020).
  16. http://www.medelu.org/La-Colombie-aux-temps-du-cholera
  17. « En Colombie, les gangs profitent du confinement pour assassiner des militants des droits humains », sur Reporterre, le quotidien de l'écologie (consulté le 14 octobre 2020).
  18. Anne Proenza, « En Colombie, un cessez-le-feu de la principale guérilla du pays », Libération,‎ (lire en ligne, consulté le 14 octobre 2020).
  19. Anne Proenza, « En Colombie, «la pandémie rend les violences encore plus invisibles» », Libération,‎ (lire en ligne, consulté le 14 octobre 2020).
  20. « Colombie: un ministre soupçonné de corruption liée au coronavirus », Le Figaro,‎ (lire en ligne, consulté le 14 octobre 2020).
  21. Marie Delcas, Angeline Montoya et Anne Vigna, « En Amérique latine, le Covid-19 révèle l’ampleur de la corruption des systèmes de santé », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le 14 octobre 2020).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]