Thomas Edison

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
(Redirigé depuis Thomas Alva Edison)
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Edison.

Thomas Edison

Description de cette image, également commentée ci-après

Thomas Edison

Nom de naissance Thomas Alva Edison
Naissance
Milan, Ohio
Décès (à 84 ans)
West Orange, New Jersey
Nationalité Drapeau des États-Unis Américain
Profession
Autres activités
Signature de Thomas Edison

Thomas Alva Edison, né le à Milan dans l'Ohio et mort le à West Orange dans le New Jersey[1], est un inventeur, un scientifique et un industriel américain. Fondateur de la General Electric, l'une des premières puissances industrielles mondiales, il est un inventeur prolifique (plus de 1 000 brevets[2]) et controversé[3]. Pionnier de l'électricité, diffuseur, vulgarisateur, il est également un des inventeurs du cinéma[4] et de l'enregistrement du son. Il est parfois surnommé «  le sorcier de Menlo Park  », ville rebaptisée Edison en son honneur en 1954.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance autodidacte[modifier | modifier le code]

Thomas Edison, enfant.

Thomas Alva[5] Edison est le septième et dernier fils[6] de Samuel Edison (1804-1896), canadien d'origine néerlandaise, qui dut fuir le Canada pour avoir participé aux Rébellions de 1837-1838[7] et qui fut brocanteur, épicier, agent immobilier, charpentier. Sa mère, Nancy Elliot (1810-1871), ancienne institutrice, était également Canadienne mais d'origine écossaise. Le père de Nancy était un héros de la Guerre d'indépendance des États-Unis[8]. Thomas Alva Edison est le cadet d'une famille modeste qui le stimule intellectuellement et politiquement.

En 1854, alors qu'il est âgé de 7 ans, sa famille s'installe à Port Huron dans le Michigan où son père obtient un emploi de charpentier. Son professeur, le révérend Engle, le considère comme un hyperactif stupide car il se montre trop curieux, pose trop de questions et n'apprend pas assez rapidement. Après trois mois de cours, il est renvoyé par son établissement scolaire. Aidé par sa mère qui lui donne des cours à la maison, il complète alors sa formation de base en parfait autodidacte, lisant des grands auteurs comme Dickens, Shakespeare et en dévorant tous les livres de science que sa mère lui apporte, notamment l'ouvrage de physique expérimentale School of Natural Philosophy de Richard Green Parker[9]. Il fréquente assidûment la bibliothèque de la ville de Détroit : « Si mes souvenirs sont exacts, je commençai par le premier livre du rayon du bas pour dévorer ensuite tout le reste, l'un après l'autre. Je n'ai pas lu quelques livres; j'ai lu la bibliothèque entière[9] ».

En 1857, âgé de 10 ans, Thomas possède déjà un vrai petit laboratoire de chimie dans le sous-sol de la maison de ses parents pour développer son intelligence pratique, reproduisant les expériences de School of Natural Philosophy[10].

En 1859, âgé de 12 ans, Thomas obtient la concession exclusive de vendeur de journaux, boissons, cigares, cigarettes, bonbons, dans le train de la « Grand Trunk Railway » qui fait l'aller-retour quotidien Port Huron-Detroit, en utilisant ses premières économies pour acheter des produits chimiques à la pharmacie locale. Il en profite pour vendre dans les gares des fruits et légumes. Avec l'argent gagné et l'aide de quatre assistants, il s'achète vers 1862 une presse d'imprimerie d'occasion qu'il installe dans un wagon à bagages pour la rédaction et l'impression (durant les trajets) de son propre mini-journal hebdomadaire le Weekly Herald, premier à paraître à bord d'un train, tiré à 400 exemplaires. Le 6 avril 1862, Edison annonce à ses voyageurs lecteurs, grâce à un ami télégraphiste de Détroit, les nouvelles de la bataille de Shiloh[9]. La même année, il s'intéresse également au télégraphe du train, inventé en 1838 par Samuel Morse. Il est autorisé à aménager son laboratoire de chimie dans son wagon à bagages-imprimerie. Il poursuit ses expériences durant les haltes de 5 heures à Détroit. Une embardée du train renverse un flacon de phosphore et provoque un incendie, ce qui lui vaut son renvoi immédiat avec cependant ses premiers 2 000 dollars de gain commercial, fièrement[11] gagnés[10].

Âgé de 13 ans, il attrape la scarlatine dont il ressort pratiquement sourd, même si Edison forge sa légende en racontant qu'il eut une surdité partielle de l'oreille gauche après qu'un cheminot l'eut empoigné (autre version qu'il donne : gifle) par les oreilles alors que son laboratoire de chimie prenait feu[12]. Dès lors, ce handicap influence fortement son caractère. « J'étais exclu de cette forme particulière des relations sociales qu'on appelle le bavardage. Et j'en suis fort heureux... Comme ma surdité me dispensait de participer à ces bavardages, j'avais le temps et la possibilité de réfléchir aux problèmes qui me préoccupaient[13] ». Ce comportement renfermé sur la pensée et la réflexion influence aussi l'orientation de ses recherches. Son désir d'améliorer le sort de l'humanité décuple son avidité pour la lecture, en particulier pour les ouvrages de chimie, d'électricité, de physique et de mécanique. « Ma surdité m'avait appris que presque n'importe quel livre peut être agréable ou instructif[13] ».

Employé télégraphiste[modifier | modifier le code]

Toujours en 1862 Thomas sauve héroïquement Jimmie MacKenzie, un enfant de trois ans qui manque se faire écraser par un train, Jimmie étant le fils de J.U. MacKenzie, chef de gare à Port Huron. Pour le remercier, l'officier accepte de lui apprendre l'alphabet morse et l'utilisation de son télégraphe durant 2 mois de formation. Cette nouvelle compétence-passion lui permet de trouver un emploi de télégraphiste à Memphis[14]. Son directeur remarque qu'Edison lit ou dort pendant son travail, il lui ordonne d'envoyer toutes les demi-heures un message morse pour attester qu'il travaille. Un jour, ce directeur se présente à la cabine de télégraphie pour constater qu'Edison l'a dupé en ayant automatisé le transmetteur[10].

En 1866, âgé de 19 ans, il emménage à Toronto au Canada et trouve un emploi d'assistant-télégraphiste à la Western Union Company. Son travail consiste à transmettre par télégraphe les messages reçus à chaque heure. Il réalise alors sa première invention : il transforme son télégraphe en « transmetteur-récepteur duplex automatique de code Morse », capable de transmettre sur un même câble deux dépêches en sens inverse, automatiquement sans intervention d'employé, et dépose ainsi son premier brevet. Continuant ses expériences pendant son travail, il laisse échapper de l'acide sulfurique d'une batterie au plomb, acide qui traverse le plancher et atterrit dans le bureau du directeur de la compagnie qui le licencie sur le champ[15]. Puis il devient opérateur télégraphiste, itinérant de ville en ville dans tout l'Est des États-Unis.

En 1868, âgé de 21 ans, expert en télégraphie, Thomas est embauché comme opérateur-télégraphiste de nuit à la Western Union Company de Boston et travaille en parallèle sur plusieurs projets d'inventions dont une Machine de comptage automatique de vote qui n'est pas retenue par le Congrès des États-Unis car jugée trop rapide… Il en déduit un de ses futurs grands principes de base :«  Never invent something that people don't want  » (ne jamais inventer quelque chose dont les gens ne veulent pas).

En 1869 il tente sa chance à New York, où il trouve une chambre de bonne dans les sous-sols de la chaufferie de la Bourse de New York à Wall Street. Il dort à côté du téléscripteur qui transmet les cours de l'or sur les marchés financiers, et étudie cette machine de près. Il aide un jour le télégraphiste de la Western Union à résoudre une panne importante et se voit proposer une confortable place d'assistant de l'ingénieur en chef de la Western Union de New York, aux appointements de 300 dollars, avec pour mission d'améliorer le téléscripteur de la Bourse de New York. Parallèlement, il étudie à la Cooper Union qui lui permet, grâce à des cours gratuits, d'augmenter ses connaissances en chimie[9].

Patron d'entreprise[modifier | modifier le code]

En 1874 avec les 40 000 dollars récoltés de son télégraphe multiplexé, il fonde son entreprise industrielle de « Menlo Park », avec des laboratoires de recherche à Newark dans le New Jersey près de New York. Il est précurseur de la recherche industrielle moderne appliquée, avec 2 associés et une équipe de 60 chercheurs salariés (au lieu de chercheurs isolés). Il supervise jusqu'à 40 projets en même temps, et dépose jusqu'à 400 brevets par an[réf. nécessaire] ( et au total 1074 ). Thomas Edison vit dans son laboratoire et ne dort que quatre heures. Il dit être capable de travailler 48 heures, voire 72 heures d'affilée.

En 1887, Edison s'installe à West Orange dans le New Jersey près de New York, pour multiplier par neuf la taille de ses laboratoires de recherche, sur un immense complexe industriel comportant 14 bâtiments, dont 6 consacrés à la recherche et au développement, une usine de fabrique d'ampoules, une centrale de production électrique, une bibliothèque et plus de 5 000 employés sur le site.

Fin de vie[modifier | modifier le code]

Lors de la Première Guerre mondiale, Edison conçoit et fait fonctionner des usines chimiques et il est nommé président du comité consultatif de la marine américaine.

En 1930, âgé de 83 ans, il mène encore des tests sur 17 000 plantes pour produire de la gomme synthétique. La même année, il dépose son dernier brevet.

En 1931, à l'âge de 84 ans, alors qu'il poursuit inlassablement ses travaux, il meurt sur son site de West Orange.

Vie de famille[modifier | modifier le code]

Le 25 décembre 1871, il épouse Mary Stilwell (6 septembre 1855-9 août 1884), une des employées de son laboratoire, âgée de quinze ans, qui décède prématurément à l'âge de 28 ans, laissant Thomas veuf avec trois enfants : Marion Estelle Edison (18 février 1872–16 avril 1965, à 93 ans), Thomas Alva Edison Jr. (10 janvier 1876–25 août 1935, à 59 ans) et William Leslie Edison (26 octobre 1878–10 janvier 1935, à 57 ans).

Il se remarie à Mina Miller (1866-1947) en 1886, avec qui il aura encore trois enfants : Madeleine Edison (31 mai 1888–1979), Charles Edison (3 août 1890-1969), 42e gouverneur du New Jersey (1941-1944), et Theodore Miller Edison (10 juillet 1898–25 novembre 1992, à 94 ans).

Dans les dernières années de sa vie, il fait la connaissance d'Aimée de Heeren, jeune Brésilienne de grande beauté à qui il offre de somptueux bijoux[16].

Travailleur acharné, Edison se concentre tellement sur ses travaux qu'il ne passe que peu de temps auprès de sa famille. Il évite la plupart des situations sociales, d'autant que sa surdité lui évite les bavardages. Sa détermination et son esprit procédurier sont souvent vécus comme tyranniques par ses employés et son entourage[réf. nécessaire].

Philanthropie[modifier | modifier le code]

Décoration et prix de philanthropie reçus pendant la première guerre mondiale.

Industriel productif[modifier | modifier le code]

En tout, sa firme dépose au cours de sa vie 1 074 brevets[17] et emploie plus de 35 000 personnes dans un « empire industriel » qui est fondé sur l'utilisation de l'électricité dans le monde entier.

Brevets et inventions notables de la firme Edison[modifier | modifier le code]

Première ampoule électrique de Thomas Edison (1879).
Dickson Greeting, le premier film du cinéma (1891).

Historique de son activité dans l'industrie[modifier | modifier le code]

General Electric[modifier | modifier le code]

Thomas Edison en 1878.

Industriel en 1878, lors d'une partie de pêche au lac Battle dans la Sierra Madre, état du Wyoming, Edison observe à quel point les fibres d'un morceau de bambou (de sa canne à pêche), jeté au feu, brillent sans se désintégrer. Cette observation lui inspire l'idée d'utiliser un filament fortement chauffé par un courant électrique à l'intérieur d'une ampoule hermétique, de laquelle on a enlevé l'air par une pompe à vide, pour produire de la lumière. Thomas Edison se lie avec des hommes d'affaires parmi les plus riches de New York et fonde l'Edison Electric Light Company[18], qui deviendra en 1889 l'Edison General Electric Company », puis la General Electric en 1892.

Le principe de l'ampoule électrique avait été auparavant établi et expérimenté sans suite industrielle par l'Écossais James Bowman Lindsay en 1835. En 1879-1880, en rivalité directe avec l'Anglais Joseph Swan, il expérimente et brevète l'ampoule électrique à base de filament en bambou du Japon sous basse tension électrique à l'intérieur d'une ampoule de verre vidée de son air, après avoir testé 6 000 substances végétales qu'il a fait récolter dans le monde entier, disposant d'un budget de 40 000 dollars. Sans être les inventeurs de l'ampoule électrique, l'équipe d'Edison et celle de Joseph Swan ont apporté des contributions essentielles au développement industriel de l'ampoule à incandescence.

Laboratoire d'Edison, équipé des premières ampoules électriques.

Lewis Howard Latimer, ingénieur de l'Edison Company remédie au problème majeur de l'ampoule à filament de bambou, qui grille au bout de 30 heures. En 1881, il dépose avec son ami Joseph V. Nichols un brevet portant sur la première ampoule à incandescence avec filament de carbone puis obtient, seul, en 1882, un brevet pour son procédé de fabrication et de montage de filaments de carbone. Il est le seul Noir dans l’équipe de recherche scientifique d’Edison, et la présence d'un Afro-américain à un poste d'ingénieur est une nouveauté qu'il faut souligner. Latimer est chargé de l'installation du système de la lumière électrique publique à Philadelphie, ainsi qu’à Montréal au Québec. Puis il est envoyé à Londres, où il crée et dirige un département de lampes à incandescence pour la Maxim-Weston Electric Light Company. William Hammer, un des ingénieurs de Thomas Edison, découvre à partir de cette invention l'effet Edison : émission d'électrons par un filament chaud qui conduit à l'invention des lampes de radio qui sont à la base de l'électronique moderne et de la radiophonie, bien qu'Edison ne croit pas en l'avenir de la radiodiffusion[19].

En 1880, Edison illumine le 1er janvier toute la rue, la bibliothèque et le laboratoire de Menlo Park avec une dynamo et 40 ampoules électriques basse tension. Il fonde en octobre avec l'aide de grands financiers, sa propre fabrique d'ampoules de l'Edison Electric Light Company. De mai à juin, il dépose une série de 33 brevets de « distribution complète d'éclairage électrique domestique », de générateurs électriques, conducteurs électriques, moteurs électriques, fusibles, etc. Il améliore les brevets de ses prédécesseurs tels que Joseph Swan, Henry Woodward, James Bowman Lindsay et William Sawyer.

En 1881, l'Exposition internationale d'Électricité de Paris porte Thomas Edison au rang de « symbole international de la modernité et du progrès social scientifique ».

Menlo Park[modifier | modifier le code]

Il développe et commercialise pour 40 000 dollars son télégraphe multiplexé automatique breveté, le Edison Universal Stock Printer, pouvant transmettre et imprimer simultanément plusieurs cours de valeurs boursières[9]. En 1874 avec les 40 000 dollars ainsi récoltés, il fonde son « empire industriel » de « Menlo Park », doté de laboratoires de recherche à Newark dans le New Jersey près de New York.

Il fabrique et commercialise les premiers téléscripteurs qui impriment à haute-vitesse.

En 1876, il entreprend de développer le téléphone mais Alexandre Graham Bell dépose son brevet avant lui le 7 mars[20]. Edison développe alors un microphone à cartouche de carbone qui améliore considérablement la portée du téléphone de son concurrent[10].

West Orange[modifier | modifier le code]

(en) A Day with Thomas Edison (1922) Documentaire muet relatant les activités quotidiennes d'Edison à West Orange

En 1887, Edison s'installe à West Orange dans le New Jersey près de New York, il déclare : « Je vais rendre l'électricité si bon marché que seuls les riches pourront se payer le luxe d'utiliser des bougies[réf. nécessaire]. »

En 1889, il visite l'Exposition universelle de Paris de 1889, où il expose son Phonographe à la galerie des machines. Il rencontre aussi Gustave Eiffel, qui lui fait visiter la Tour Eiffel. Il assiste à la séance du 19 août de l'Académie des sciences, à qui il offre un Phonographe.

Inventions[modifier | modifier le code]

Invention du phonographe[modifier | modifier le code]

Edison et son phonographe à cylindres (configuration d'enregistrement son).

Le Français Édouard-Léon Scott de Martinville avait déjà enregistré des sons sur papier en 1857, inventant ainsi la phonautographie, enregistrement visuel sans possibilité de reproduction. En avril 1877, un autre inventeur français, Charles Cros, adresse à l'Académie des sciences, un mémoire décrivant le principe d'un appareil de reproduction des sons, qu'il nomme paléophone, et réussit un enregistrement, mais bute à son tour sur le problème de la reproduction de ces sons, visiblement enregistrés mais que l'on ne peut écouter. Les deux chercheurs n'ont pas trouvé le moyen adéquat pour résoudre ce problème, il leur manque ce qui ferait d'eux les inventeurs de l'enregistrement sonore ; ils n'en sont que les précurseurs.

Au même moment, alors que Charles Cros et Thomas Edison ne sont pas au courant de leurs recherches respectives, l'Américain achève la mise au point de son phonographe, capable non seulement d'enregistrer mais aussi de restituer toute forme de sons dont la voix humaine. Les premiers phonographes sont munis d'un (cylindre phonographique d'acier en rotation, couvert d'une feuille d'étain), et la gravure est effectuée par une aiguille d'acier transformant les sons reçus en vibrations verticales qui tracent un sillon continu, le porte-aiguille se déplaçant horizontalement le long du cylindre.

L'enregistrement, limité au début à une ou deux minutes, est lu par la même aiguille dont les vibrations sur un diaphragme mince sont amplifiées par un cornet acoustique. Le cylindre est remplacé plus tard par une galette de cire durcie après enregistrement. Mais en 1889, lors de ses essais de prises de vues photographiques animées, Edison installera côte à côte, sur le même cylindre tournant, un graveur de sons et un appareil de prise de vues sur une feuille de papier enduite de bromure d'argent. Il pensera ainsi - à tort - avoir trouvé la solution des prises de vues animées sonores (sans désynchronisation)[21]. Les versions suivantes du phonographe sont à la base de l'Industrie de la musique enregistrée.

Kinétographe et kinétoscope[modifier | modifier le code]

Chronophotographies d'Eadweard Muybridge, mises en mouvement grâce au Zoopraxiscope (1880).

Dès 1888, Edison se consacre également à la grande aventure des pionniers du cinéma. Il reçoit le photographe anglais Eadweard Muybridge, dont le Zoopraxiscope l'émerveille et l'inspire.

Avec son électricien William Kennedy Laurie Dickson, il travaille d'abord sur un support papier enduit de bromure d'argent. Les premiers essais de prises de vues animées sont faits sur un cylindre tournant, selon une technique bien rodée avec le Phonographe. Ses essais sont visibles, image par image, mais comme les essais à la même époque de Louis Aimé Augustin Le Prince, le procédé sur papier ne permet pas de visionner les photos en mouvement. En 1889, Edison achète du film souple en celluloïd (nitrate de cellulose), inventé par John Carbutt, et commercialisé par l'industriel George Eastman. Avec Dickson, il découpe le film de 70 mm de large en trois rouleaux de 19 mm de large qu'il dote d'une rangée de perforations rectangulaires arrondies, dont il dépose plusieurs brevets internationaux.

Intérieur du kinétoscope (1889) chargement du film en boucle.
Modèle de film à perforation Edison doublée et à défilement vertical.

Avec Laurie Dickson et son aide, William Heise, il développe une caméra, le Kinétographe, dont il dépose de nombreux brevets internationaux. C'est la première caméra de l'histoire, munie d'une seule optique, et entraînée par un moteur électrique. On la charge avec un bobineau de pellicule 19 mm à défilement horizontal. L'unique rangée de perforations est située en bas des photogrammes, à raison de six perforations par image. Le format des images est du type portrait, plus haut que large. Les premiers essais sont ensuite visionnés sur le Kinétoscope, une machine de visionnement individuel, dont Edison dépose un brevet valable seulement aux États-Unis, la machine lui paraissant n'être qu'un premier pas vers une autre invention qui en découlerait, alliant à l'image un son enregistré, un projet qui lui tient particulièrement à cœur. Il rêve en effet de coupler au Phonographe une machine qui permettrait d’enregistrer l’image d’un chanteur ou d’un orchestre interprétant une chanson ou un air d’opéra. « On pourrait ainsi assister à un concert du Metropolitan Opera cinquante ans plus tard  »[22] , alors que tous les interprètes auraient disparu depuis longtemps[23] ».

En 1891, il organise devant un public exclusivement féminin, des militantes de la Federation of Women’s Clubs, le visionnement de l'un des essais, Le Salut de Dickson (Dickson Greeting), qui dure moins de dix secondes, mais qui est disposé en boucle dans la machine, et que l'on peut ainsi voir et revoir. L'accueil de ce premier public du cinéma, qui consacre ainsi Le salut de Dickson comme premier film du cinéma, est enthousiaste, ainsi que les éloges de la presse. C'est Edison qui a l'idée d'adopter le mot anglais film pour désigner les bobineaux impressionnés[24]. Mais l'industriel et ses employés ne sont pas entièrement satisfaits de ces essais, l'image est jugée trop petite et manquant de stabilité verticale au visionnement. Ils décident alors de découper la bande Eastman de 70 mm par son milieu, créant deux galettes de 35 mm de large, qu'ils font défiler cette fois verticalement dans la caméra en la munissant d'une seule rangée de quatre perforations rectangulaires sur l'un des bords. Encore une fois, le résultat est décevant par manque de stabilité. La dotation d'une seconde rangée de perforations est décidée : l'entraînement est alors parfait, chaque photogramme est encadré de huit perforations, quatre de chaque côté. Ce format, à quelques aménagements de détail près, est celui qui existe encore aujourd'hui. « Edison fit accomplir au cinéma une étape décisive, en créant le film moderne de 35 mm, à quatre paires de perforations par image[25]. »

Premier studio de cinéma[modifier | modifier le code]

La Black Maria, premier studio de cinéma du monde (1893).

En 1893, Edison fait construire par William K.L. Dickson le premier studio de cinéma, la "Black Maria", et fait enregistrer en quelques années plusieurs dizaines de films grâce au kinétographe[26]. Il équipe les « Kinetoscope Parlors » (les premières salles de cinéma, à visionnement individuel, après le sous-sol du Musée Grévin qui accueille dès 1892 les Pantomimes lumineuses dessinées sur pellicule mais projetées sur grand écran par Émile Reynaud). Si Edison a pris soin de protéger le kinétographe par de nombreux brevets internationaux, paradoxalement son kinétoscope est protégé sur le seul territoire des États-Unis. Il est aussitôt l'objet de nombreuses contrefaçons dans le monde entier. « À ce moment-là, il était bien entendu déjà trop tard pour protéger mes intérêts[13] », écrit Edison dans ses mémoires. Une démonstration est faite à Paris, à laquelle assiste Antoine Lumière, le peintre dont les fils, Auguste et Louis, seront célébrés par la postérité sous le nom des frères Lumière et selon certains auteurs crédités seuls de l'invention du cinéma. La recherche aboutit en 1895 à la conception du Cinématographe Lumière, une machine plus aboutie que le couple kinétographe/kinétoscope et que le Théâtre optique d'Émile Reynaud, ce qui lui assure un succès mondial éclipsant les procédés de ses prédécesseurs partout dans le monde.

Thomas Edison dans son laboratoire de recherche (1901).

En 1896, Georges Méliès, entre autres cinéastes, reprend le dessin des perforations rectangulaires du film 35 mm mises au point par Edison et Dickson, et qui, elles, font l'objet de brevets internationaux. En 1902, lorsque Méliès investit aux États-Unis en faisant ouvrir un bureau par son frère, Thomas Edison fait saisir par la justice américaine la moitié des copies du film Le Voyage dans la Lune, adapté du célèbre roman de Jules Verne, De la Terre à la Lune. Edison se rembourse ainsi selon lui du « manque à gagner par contrefaçon » du kinétoscope et des perforations Edison, sur le seul Georges Méliès, dont la tentative d'implantation aux États-Unis échoue. Georges Méliès ne fera pas faillite à l'époque à cause de cela, mais 21 ans plus tard, en 1923, date à laquelle sa société, la Star Film, dépose son bilan. Cependant Thomas Edison pour certains auteurs resterait, « à tort », à l'origine de la déconfiture de Georges Méliès[27].

Centrale et chaise électrique[modifier | modifier le code]

Le 4 septembre 1882, l'Edison Electric Light Company fonde la première centrale électrique à charbon du monde, la Pearl Street Station, à base de 6 dynamos Jumbo, pour produire du courant continu dans le quartier de Wall Street à Manhattan, d'une capacité de 1 200 lampes pour éclairer 85 maisons, bureaux ou boutiques. Moins d'un an plus tard, d'autres centrales toujours plus puissantes éclairent plus de 430 immeubles new-yorkais avec plus de 10 000 ampoules. C'est ensuite le tour de Londres.

En 1884, Edison, fervent partisan du courant continu, se sépare de son employé Nikola Tesla, un des pionniers du courant alternatif capable d'être acheminé sur de plus longues distances que le courant continu. Les deux hommes ne peuvent s'entendre. Edison use de ses relations afin de discréditer Tesla aux yeux de l'opinion publique, ce dernier se mettant alors au service de George Westinghouse qui persuade les industriels de s'équiper en courant alternatif. Edison tente une campagne de lobbying en faisant des démonstrations publiques d'électrocution de différents animaux, pour prouver le danger du courant alternatif. Ces démonstrations conduisent à l'invention de la chaise électrique et l'adoption progressive de l'électrocution comme moyen d'exécuter les condamnés à mort. Edison embauche à cet effet Harold P. Brown qui achète un générateur alternatif pour électrocuter William Kemmler. Malgré les recours juridiques de George Westinghouse, l'exécution a bien lieu mais Edison ne parvient cependant pas à imposer le mot « westinghousé » au lieu d'« électrocuté » dans le langage public[28],[29].

Décorations et hommages[modifier | modifier le code]

Postérité[modifier | modifier le code]

De nombreux lieux et objets portent son nom : (742) Edisona, Edison High School (en), Edison Institute, médaille Edison (en)etc.

Robert Oppenheimer a inventé l'expression « complexe du délice technique » à propos d'Edison afin d'évoquer le risque de la technique qui prend le pas sur la science[30].

Il fait partie des personnalités dont John Dos Passos a écrit une courte biographie, au sein de sa trilogie U.S.A..

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Biographie de Thomas Edison
  2. Thibaut De Jaegher, 2014. « Thomas Edison, l’homme qui inventa l’innovation ». Industrie & technologies
  3. Why Nikola Tesla was the greatest geek who ever lived? Oatmeal.com
  4. Georges Sadoul, Histoire du cinéma mondial, des origines à nos jours, Flammarion, Paris, 1949
  5. Son deuxième prénom, Pierre, lui a été donné en l'honneur du Capitaine Alva Bradley qui dirigeait une flotte de bateaux sur le lac Érié.
  6. Les autres frères et sœurs sont : Marion, William Pitt, Harriet Ann, Carlile, Samuel et Eliza (Carlile, Samuel et Eliza meurent pendant leur enfance).
  7. (en)Samuel and Nancy Elliott Edison
  8. (en) Neal Baldwin, Edison: Inventing the Century, Hyperion,‎ 1995 (ISBN 978-0-7868-6041-8), p. 3–5
  9. a, b, c, d et e Thomas Alva Edison (1847-1931) Inventeur américain
  10. a, b, c et d Franck Ferrand, « Thomas Edison, saint patron des inventeurs », émission Au cœur de l'histoire, 7 mars 2012
  11. Célébré par le film de 1940 : La Jeunesse d'Edison (Young Tom Edison) de Norman Taurog. 
  12. L'Histoire, Numéros 107-112, Société d'éditions scientifiques, 1988, p. 45.
  13. a, b et c Thomas Alva Edison, « Mémoires et observations », traduction Max Roth, éditions Flammarion, Paris, 1949
  14. Baldwin, op. cité, p. 37
  15. Baldwin, op. cité, p. 40–41
  16. Charlie Scheips, Elsie de Wolfe's Paris - frivolity before the storm, New York, Abrams Books, 2014, 159 pages, citation et photo page 129
  17. (en) Martin Woodside, Thomas A. Edison: The Man Who Lit Up the World, Sterling Publishing Company, Inc., 2007, p. 119.
  18. http://edison.rutgers.edu/list.htm
  19. Alain Beltran, « Thomas Edison, saint patron des inventeurs », émission Au cœur de l'histoire sur Europe 1, 7 mars 2012
  20. Geoffrey William Arnold Dummer, Electronic inventions and discoveries: electronics from its earliest beginnings to the present day, CRC Press, 1997, p. 90.
  21. (en) Charles Musser, « History of the American Cinema, Volume 1, The Emergence of Cinema, The American Screen to 1907, page 64, Charles Scribner’s Sons, New York, Collier Macmillan Canada, Toronto, Maxwell Macmillan International, New York, Oxford, Singapore, Sydney, 1990 (ISBN 0-684-18413-3), 613 pages
  22. Ceci est dans la mode du besoin exprimé de transport de la voix et de l'image de la fin du XIXe S: il existe des salles de téléphonie, les parlors (parloirs) dans le monde anglo-saxon, où on diffusait avant que la T.S.F n'existe des journaux et aussi par exemple des opéras en direct hors-salle dans des locaux peu éloignés, avec des « téléphones » non électriques à cornets (Source: expo BML 02/2015), [-des systèmes à tubes identiques aux systèmes de communication embarqués entre ponts sur les navires].
  23. Thomas Edison, préface de la brochure écrite par W.K.L. Dickson & sa sœur Antonia Dickson, « History of the Kinetograph, Kinetoscope, and Kineto-Phonograph », facsimile edition par The Museum of Modern Art, New-York, 2000 (ISBN 0-87070-038-3)
  24. Source:(en) William Kennedy Laurie Dickson et Antonia Dickson (préf. Thomas Edison), History of the Kinetograph, Kinetoscope and Kineto-Phonograph, New York, The Museum of Modern Art,‎ , 55 p. (ISBN 0-87070-038-3).
  25. Georges Sadoul, Histoire du cinéma mondial, des origines à nos jours, Paris, Flammarion, 1968, 719 pages, citation de la page 11
  26. Laurent Mannoni (célébration du 22 mars 1895, année française de l’invention du cinéma), Lexique, Paris, SARL Libération (numéro spécial), coll. « supplément » (no 4306),‎ , p. 3
  27. Marie-France Briselance et Jean-Claude Morin, Grammaire du cinéma, Paris, Nouveau Monde,‎ , 588 p. (ISBN 978-2-84736-458-3)
  28. (en) Tom McNichol, AC/DC : the savage tale of the first standards war, John Wiley and Sons,‎ 2006 (ISBN 9780787982676), p. 126
  29. (en) Richard Moran, Executioner's Current. Thomas Edison, George Westinghouse and the Invention of the Electric Chair, Alfred A. Knopf,‎ 2002
  30. Jean-Jacques Salomon, Le destin technologique, Gallimard,‎ 1993, p. 331

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]