Louis Aimé Augustin Le Prince

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Louis Le Prince

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Nom de naissance Louis Aimé Augustin Le Prince
Naissance 28 août 1841
à Metz, France
Nationalité Drapeau de la France Française
Décès 16 septembre 1890 (à 49 ans)
Profession chimiste, ingénieur et inventeur
Films notables Une scène au jardin de Roundhay,
Le Pont de Leeds,
Le Joueur d'accordéon

Louis Aimé Augustin Le Prince, né à Metz le 28 août 1841[1] et disparu mystérieusement le 16 septembre 1890, est un chimiste, ingénieur et inventeur français, l'un des pionniers du cinéma.

Biographie[modifier | modifier le code]

Il est le fils d'un militaire de carrière et officier de la Légion d'honneur. Il grandit en passant beaucoup de temps dans l’atelier d'un pionnier de la photographie, Louis Daguerre, un ami de son père. Il reçoit de Daguerre des leçons de chimie et il est initié à la photographie. Il pose en tant que modèle pour un Daguerréotype, la forme la plus ancienne de la photographie. Il étudie la peinture à Paris puis la chimie à l’université de Leipzig.

En 1868, il part vivre à Leeds dans le Yorkshire de l'Ouest en Angleterre après avoir été invité à rejoindre un ami d’université, John Whitley, dans la Whitley Partners of Hunslet (en), une entreprise de fondeurs de laiton fabriquant des valves et des composants. En 1869, il épouse Elizabeth Whitley, sœur de John et artiste talentueuse. En 1871, Louis et sa femme créent une école d’art appliqué, The Leeds Technical School of Art. Ils acquièrent une renommée dans l’art de fixer des photographies en couleur sur le métal et les poteries, ce qui les amène à réaliser les portraits de la reine Victoria et du premier ministre William Gladstone, portraits qui sont enfermés dans une capsule temporelle, construite par Whitley Partners of Hunslet, placée dans les fondations de l’obélisque de Cléopâtre sur les bords de la Tamise.

En 1881, Louis Le Prince part pour les États-Unis en tant qu’agent de la Whitley Partners, où il demeure avec sa famille après l’expiration de son contrat. En 1885,résident à New-York,Il devient manager pour le grand artiste panoramiste "Théophile Poilpot" de Paris (à la tête d'un d’un groupe d’artistes français) et construit à New-York le célèbre spectacle de cyclorama nommé plus communément "Panorama".Il s'agit du MERRIMAC AND MONITOR,construit sur Madison Avenue à l'angle de 59th street. Durant cette période il est amené à entreprendre ses premières expériences sur l'image animée (moving picture).En cette période de la fin du "pré-cinéma" , Leprince est le premier inventeur qui se propose de restituer par la projection sur écran, ce que la caméra a filmé des mouvements de la vie réelle, dans le même temps et avec le même nombre d'images par secondes.Il dépose une demande de brevet au Patent Office de Washington DC le 26 Octobre 1886.

Le succès populaire considérable du Panorama de New-York sera suivit par la construction de deux autres panoramas Poilpot, ceux de Chicago(Battle of Shiloh) et de Washington (Battle of Manassas or second battle of Bull Run).

Leeds en Angleterre - une plaque commémorative

Après son retour à Leeds en 1887, Louis Le Prince construit et brevète le 11 janvier 1888 un appareil de prise de vues animées équipé d'un seul objectif, utilisant un ruban de film perforé, enduit de collodion. Il fait des essais concluants à Leeds et surtout le 14 octobre 1888 dans la propriété de ses beaux-parents à Roundhay (en), un faubourg de Leeds, appelée Oakwood Grange (La grange au bois de chênes). Il tourne ainsi deux ou trois bandes de films (dont il ne nous reste malheureusement que quelques secondes de photogrammes captant le mouvement de personnages en marche. Mais,au contraire d'Edison Edison et Dickson, et bien plus tard des Frères Lumière, le but de ses travaux n'est pas la chronophotographie mais bel et bien ce que nous appelons aujourd'hui le "cinéma".

Une scène au jardin de Roundhay : les 20 vignettes originelles, qu'il est impossible de voir ou projeter en mouvement (1888)
Une scène au jardin de Roundhay, images fixes reproduites sur film 35 mm en 1930

Le court métrage muet de 2 secondes, connu sous le nom d'Une scène au jardin de Roundhay, qui est une reproduction sur film 35 mm effectuée en 1930 à partir des photogrammes fixes des bandes perdues de Le Prince, est l'un des premiers essais de films (avec ceux notamment du couple Edison-Dickson), compte tenu de la date de décès (24 octobre 1888) d’un des personnages qui y apparaît alors vivant. Vers la fin du même mois, Louis Le Prince utilise sa caméra pour filmer des tramways, des calèches et des piétons sur le pont de Leeds (Le Pont de Leeds) ainsi que son fils jouant de l'accordéon. Ces images sont-elles projetées sur un écran à Leeds, une par une, par une lanterne magique ? En tout cas, cette prétendue projection alimente encore de nos jours la thèse invérifiable de la première projection publique cinématographique, mais nul document ou témoignage n'est venu depuis corroborer cette allégation. À cette date, Le Prince est sans doute sur la bonne voie avec son appareil que l'on a baptisé « Mk2 », mais il lui manque, comme à tous les chercheurs, une étape, celle de l'invention par l'Américain John Carbutt du film souple transparent en nitrate de cellulose (le celluloïd), commercialisé par l'industriel américain George Eastman dès 1888, sous la forme de galettes de 70 mm de large[2]. Le Prince, malheureusement, meurt ou disparaît avant la commercialisation de cette invention fondamentale qui met fin à la période que l'on appelle le précinéma.

Jacques Pfend, historien du cinéma, spécialiste de Le Prince, signale l'éxistence d'un courrier en date du 18 août 1887, envoyé de Paris par Augustin Le Prince à son épouse, alors à New-York, dans lequel il confie l'état de ses travaux et cite en particulier une expérimentation à Paris, à l'angle de l'avenue Trudaine et de la rue Bochart-de-Saron, quelques jours auparavant. À ce courrier, Le Prince joint une série d'images prises successivement à la cadence de 32 images par seconde sur support film de gélatine, connue sous la désignation de Man Around the Corner.

La disparition inexpliquée[modifier | modifier le code]

En septembre 1890, Louis Le Prince se prépare à retourner au Royaume-Uni pour breveter son appareil de projection qu'il vient d'améliorer, ayant prévu de se rendre ensuite aux États-Unis pour le promouvoir. Avant son voyage, il décide de retourner chez lui voir ses amis et sa famille, puis quitte Bourges le 13 septembre pour rencontrer son frère à Dijon. Le 16 septembre, il monte à bord d'un train pour Paris (comme le prouve un courrier de ses nièces à ses filles) ; à l'arrivée de ce train, on découvre qu'il n'y a nulle trace de Le Prince à bord[3]. On ne trouve ni corps ni bagage dans les voitures, ni le long de la voie. Aucune attitude étrange ou agressive n'est signalée parmi les voyageurs[3].

La police française, Scotland Yard et la famille, entreprennent des recherches exhaustives qui n'aboutissent pas. La réalité et l'ampleur de cette enquête ont depuis été remises en question, plusieurs historiens ayant échoué à retrouver dans les archives de la Police nationale le moindre dossier Le Prince, ou tout autre document relatif à l'affaire ; de plus, Albert Le Prince n'aurait pas déposé de main courante pour signaler la disparition de son frère[4]. Cependant, un imprimé émanant de la Préfecture de Police, daté de 1900 et conservé dans les archives familiales de Memphis, fait état de l'échec des recherches (et corrobore ainsi leur existence)[5].

Quatre théories principales, relativement mal documentées et tenant davantage de l'hypothèse, ont été proposées pour expliquer les événements :

  1. Le suicide parfait
    En 1928, le petit-fils d'Albert Le Prince indique à l'historien Georges Potonniée que Louis Le Prince voulait se suicider, étant au bord de la faillite. Son suicide aurait été arrangé, afin que son corps et ses bagages ne soient jamais trouvés. Cependant, Potonniée note que les affaires de Le Prince étaient rentables, qu'il était fier de son invention, et qu'il n'avait de ce fait pas de raison de se suicider[6]. Ce n'est pourtant pas l'avis de tous les historiens. Christopher Rawlence, notamment, affirme que Le Prince était alors à court de ressources et criblé de dettes, et qu'incapable d'avouer à sa famille son incapacité à mettre au point un appareil de projection fiable pour l'exposition new-yorkaise, il aurait pu avoir intérêt à organiser sa disparition (suicide ou exil)[7].
  2. Disparition organisée par la famille
    En 1966, Jacques Deslandes propose une théorie dans Histoire comparée du cinéma, affirmant que Le Prince disparaît volontairement pour raisons financières et « convenances familiales ». Le journaliste Léo Sauvage soutient cette théorie, citant la note d'un historien, que lui aurait montré Pierre Gras (directeur de la bibliothèque municipale de Dijon) en 1977, celle-ci affirmant que Le Prince meurt à Chicago en 1898, s'étant exilé à la demande de sa famille en raison de son homosexualité. Il n'existe cependant aucune preuve dans les documents familiaux laissant à penser que Le Prince ait été homosexuel[8], et les recherches visant à retrouver un Louis Aimé Augustin Le Prince dans les cimetières de Chicago n'ont pas abouti[9].
  3. Fratricide pour des questions d'argent
    En 1976, Jean Mitry propose, dans Histoire du cinéma, la théorie selon laquelle Le Prince aurait été tué. Mitry note que si Le Prince avait réellement voulu disparaître, il aurait aisément pu le faire avant ce voyage en train. Il trouve ainsi peu probable qu'il soit monté à bord du train à Dijon, et s'interroge de fait sur son frère Albert Le Prince, qui est la dernière personne à l'avoir vu vivant[10]. Léo Sauvage reprend cette hypothèse, suggérant qu'Albert Le Prince aurait voulu, par ce meurtre, empêcher son frère de dilapider l'héritage de leur mère[11]. Il semble en effet que la visite du 14 septembre à Dijon avait pour objet le règlement des problèmes liés à l'héritage maternel, laissé en suspens depuis 1887[12].
  4. Assassinat dû à la guerre des brevets (« Equity 6928 »)
    Christopher Rawlence étudie, parmi d'autres théories, celle de l'assassinat. Il commente les soupçons de la famille Le Prince concernant Edison à propos des brevets (Equity 6928) dans son documentaire La bobine manquante. À l'époque de sa disparition, Le Prince s'apprête à breveter son projecteur de 1889 au Royaume-Uni, et à quitter l'Europe pour la présentation officielle de l'appareil, prévue à New York. Sa veuve suspecte un acte criminel, bien qu'aucune preuve concrète n'ait jamais émergé (Rawlence se rabat de ce fait sur la théorie du suicide). De plus, à l'époque des faits, Edison ne s'intéresse plus aux recherches des autres, les siennes venant d'aboutir, après la mise en vente par Eastman de son support souple et la mise au point par Edison et Dickson du film 35 mm à 4 jeux de perforations rectangulaires dont il dépose les brevets internationaux en 1891. D'autre part, dans un crime, commandité ou non, le mobile est un des trois éléments fondamentaux (arme, corps, mobile), et l'on ne voit pas ce qu'Edison aurait gagné en supprimant Le Prince qui n'avait ni les moyens financiers, ni les moyens industriels de faire de l'ombre à l'inventeur et industriel américain. En 1898, le fils aîné de Louis Le Prince, Adolphe, qui a assisté son père sur un grand nombre de ses expériences, est appelé comme témoin par l'American Mutoscope Company qui avait commis la contrefaçon du Kinétoscope (appareil, inventé et commercialisé par Edison, permettant de regarder individuellement par un œilleton les films tournés avec le Kinétographe). La Mutoscope, via l'invention de Le Prince, prétend prouver qu'Edison n'est pas l'inventeur de sa caméra, le Kinétographe. Lizzie (la veuve de Le Prince) et Adolphe y voient une opportunité de faire reconnaître les travaux du défunt, mais l'affaire se retournant contre l'American Mutoscope Company, reconnue coupable de contrefaçon, leurs espoirs sont déçus.

Louis Le Prince est officiellement déclaré mort en 1897[13]. La photographie d'un noyé ressemblant à Le Prince, datant de 1890, a été découverte dans les archives de la police de Paris en 2003[14].

En 1902, deux ans après avoir témoigné à l'Equity 6928, son fils Adolphe Le Prince est retrouvé mort, tué d'une balle de revolver, alors qu'il chasse le canard sur Fire Island, près de New York.

Etant installé à New-York avec sa famille (quartier de Washington Heights) depuis 1881,Leprince n'en garde pas moins des contacts importants avec sa famille,à Paris,ainsi qu'avec sa belle famille à Leeds(Yorkshire).Il y dispose de pieds à terre et d'ateliers qui lui permettent d'y prolonger ses travaux de 1887 à 1890.Avec sa femme Lizzie (artiste peintre de renom),il entretient une correspondance régulière et détaillée jusqu'à l'aboutissement de ses travaux.C

Jacques Pfend nous inofrme que cette correspondance nous est parvenue et est en possession de ses descendants.(Leprince Papers).Lizzie Leprince (veuve d'Augustin) en a tiré ses "Lizzie's Memoirs".Un long métrage réalisé en 2013-2014 sous le tire de THE FIRST FILM et qui relate cette extraordinaire histoire sortira très prochainement sur les écrans.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Georges Sadoul, Histoire générale du cinéma - tome I, Éditions Denoël, Paris 1947-1975
  • Léo Sauvage, L’Affaire Lumière p. 157-167, Éditions Lherminier, Paris 1985 - (ISBN 2-86244-045-0)
  • Christopher Rawlence: The Missing Reel. The Untold Story of the Inventor of Moving Pictures. William Collins Sons & Co., Ltd., Glasgow, 1989-90
  • Christopher Rawlence: Warum verschwand Augustin Le Prince ? Die mysteriöse Geschichte des Erfinders der bewegten Bilder. Verlagsgesellschaft, Köln, 1991 (ISBN 3-8025-2209-5)
  • Béatrice Nicodème, L’Énigme Leprince, Timée Éditions, 2008
  • Pfend Jacques: Louis Aimé Augustin Leprince, pioneer of the moving picture, and his family (Sarreguemines.2009).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Christopher Rawlence : dans son ouvrage, ce chercheur précise que l'année de naissance de Le Prince est bien 1841 et non pas 1842.
  2. Marie-France Briselance et Jean-Claude Morin, « Grammaire du cinéma », page 15, Nouveau Monde éditions, Paris, 2010 (ISBN 978-2-84736-458-3), 588 pages
  3. a et b Irénée Dembowski, « La naissance du cinéma : cent sept ans et un crime... », Alliage, numéro 22, 1995,‎ 1995 (consulté le 14 octobre 2008)
  4. Jean-Jacques Aulas et Jacques Pfend, Louis Aimé Augustin Leprince, inventeur et artiste, précurseur du cinéma, paragraphes 89 et 90, consulté le 15 août 2012
  5. Ibid, paragraphe 89 : "Le chef du 1er Bureau de la 1re Division à l’honneur de faire savoir à Made [sic] Leprince, en lui retournant la photographie ci-jointe, que les recherches dont M. Leprince, Louis Aimé Auguste, son mari, a été l’objet dans le ressort de la Préfecture sont demeurées sans succès."
  6. Dembowski (1995): "1928, Georges Potonniée avance une autre hypothèse ... – Augustin Le Prince s'est suicidé. Il était au seuil de la faillite."
  7. Ibid, paragraphes 96, 102 et Notes bibliographiques ("Ouvrages et articles sur Leprince")
  8. Demboswki (1995): "Pierre Gras, conservateur en chef de la Bibliothèque publique de Dijon, en 1977, montra à Léo Sauvage une note (il la cite dans son ouvrage), prise lors de la visite d'un historien connu (il a tu son nom) qui avait déclaré : – Le Prince est mort à Chicago en 1898, disparition volontaire exigée par la famille. Homosexualité. Disons clairement qu'il n'y a pas l'ombre d'une preuve à l'appui d'une telle assertion."
  9. Ibid, paragraphe 95
  10. Dembowski (1995): "S'il en était ainsi, pourquoi n'a-t-il rien fait pour l'empêcher de réaliser son funeste projet, pourquoi n'a-t-il pas averti la police à temps?"
  11. L’Affaire Lumière, enquête sur les origines du cinéma, op. cit
  12. Ibid, paragraphes 74 et 102
  13. (en) Hannavy, John (éditeur), Encyclopedia of nineteenth-century photography, vol. 1, CRC Press,‎ 2008 (ISBN 978-0-415-97235-2, lire en ligne), p. 837
  14. (en) Stephen Herbert, « Louis Aimé Augustin Le Prince », Who's Who of Victorian Cinema (consulté le 26 août 2006)

Liens externes[modifier | modifier le code]