Woodville Latham

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Le maire Woodville Latham (1837-1911) était un officier des États confédérés d'Amérique durant la Guerre de Sécession (nommée Civil War, Guerre civile, par le Nord), et professeur à la West Virginia University.

Il est surtout célèbre pour sa participation au développement du cinéma.

Biographie[modifier | modifier le code]

Woodville Latham est le père de Grey et Otway Latham, tous deux employés aux laboratoires de Thomas Edison. En décembre 1894, lui et ses fils forment la Lambda Company à New York et travaillent sur la mise au point d'un nouveau « Kinétoscope de projection », profitant de ce que Thomas Edison diffère l'adaptation de sa machine de visionnement à œilleton, le Kinétoscope, qui permet de voir individuellement les films tournés avec le Kinétographe, en machine à projeter sur grand écran, à la manière d'une lanterne magique. Ils reçoivent l'aide du bras droit d'Edison en matière d'images animées, William Kennedy Laurie Dickson, et de son assistant le Français Eugene Lauste. Laurie Dickson a tenté, en vain, de convaincre Edison qu'il leur fallait se pencher sur la modification du Kinétoscope en appareil de projection, et il tient à cette idée. Le projet familial des Latham, le Panoptikon, devient, avec l'apport décisif de ces deux techniciens dissidents, l'Eidoloscope. Les Latham organisent le 20 mai 1895 une projection qui rencontre un écho très favorable dans la presse américaine, mais n'évite pas la faillite de la Lambda Company en 1896, liée notamment à des désaccords familiaux.

En 1898, Woodville abandonne définitivement le milieu du cinéma.

"Boucle de Latham"[modifier | modifier le code]

Projecteur 35 mm primitif (1910). Le mécanisme d'avance intermittente à croix de Malte entraîne la totalité du film (moins d'une minute).

L'histoire garde le nom de la famille Latham car il est associé à la description des mécanismes de prise de vues et de projection du cinéma, avec la "boucle de Latham". Ce dispositif, inventé par Dickson et Lauste, est signé du nom de leur employeur, selon la coutume industrielle. Son apparition permet au cinéma de dépasser la minute de spectacle qui est la norme, aussi bien dans les "films" de Dickson-Edison (1891), que dans les "vues animées" des frères Lumière (1895), jusqu'à cette invention. Les "pantomimes lumineuses" d'Émile Reynaud (1892), qui ne sont pas obtenues par un système de déplacement intermittent de la pellicule, ne sont pas limitées de la même façon dans leur durée et peuvent atteindre 5 minutes.

Projecteur 16 mm (1940) : boucle de Latham inférieure.

Dans les caméras d'Edison-Dickson et des Lumière, la pellicule est entraînée par un système intermittent, un débiteur denté couplé à une roue à rochet pour Edison, deux griffes sur excentrique pour Lumière (dans le seul domaine de la projection, les griffes seront en général — plus spécialement pour le 35 mm — remplacées par un débiteur denté couplé à une croix de Malte ou croix de Genève). Le mouvement linéaire continue de la pellicule vierge déroulée puis rembobinée après son impression derrière l'objectif, est contradictoire avec la traction brutale exercée dans le couloir de prise de vue par l'entraînement intermittent. Au-delà d'un bobineau de 20 mètres, le poids, donc l'inertie de la pellicule, provoque une cassure à l'entrée ou en sortie du couloir de prise de vues, malgré la résistance tout à fait remarquable du support souple inventé par John Carbutt[1].

L'illustration de droite montre un appareil de projection de salon 35 mm, équipé d'une croix de Malte : la manivelle entraîne la pellicule directement par le débiteur denté associé à cette croix activée par son plateau à ergot. Il n'y a pas d'autre système d'entraînement, le film visionné se déroule sur la table et il est ensuite embobiné de nouveau en faisant marche arrière. Ces opérations ne sont possibles qu'avec une faible longueur de pellicule.

Dickson et Lauste imaginent d'ajouter deux débiteurs dentés, l'un en amont du couloir de prise de vues, l'autre en aval. Ce sont ces deux débiteurs qui débitent la pellicule de façon continue et la rembobinent, permettant de charger la caméra avec plus de pellicule (galettes de 60, 120 et 300 mètres). Mais ce dispositif, nécessaire, n'est pas suffisant, le conflit entre le mouvement continu et le mouvement intermittent subsiste. Dickson et Lauste trouvent une parade aussi simple qu'astucieuse : le parcours de la pellicule, aussi bien dans la caméra que dans l'appareil de projection, comporte maintenant deux boucles d'amortissement, juste à l'entrée et à la sortie du couloir de prise de vues (ou de projection), ces boucles étant constamment résorbées et reformées par le mouvement intermittent, et constituent ainsi une séparation efficace entre le mode intermittent et le mode continu du déplacement linéaire de la pellicule.

L'illustration de gauche montre que le mécanisme d'avance intermittente (à griffes) est indépendant du défilement continu assuré par le débiteur supérieur (caché) et le débiteur inférieur (en bas à droite), grâce à la boucle d'amortissement formée au moment du chargement de l'appareil, la fameuse boucle de Latham, que l'on distingue nettement à la sortie du couloir de projection. Capacité de cet appareil de projection au format 16 mm, de marque André Debrie, le MB40 : 600 mètres de pellicule (1 heure).

Dans les appareils de prise de vues, un "boucleur" forme automatiquement, lors du chargement de la pellicule, les boucles de Latham inférieure et supérieure, avant de s'effacer pour filmer.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Marie-France Briselance et Jean-Claude Morin, « Grammaire du cinéma », pages 15-16, Nouveau Monde éditions, Paris, 2010 (ISBN 978-2-84736-458-3), 588 pages
Article connexe : Histoire du cinéma.
Article connexe : William K.L. Dickson.

Lien externe[modifier | modifier le code]