William Kennedy Laurie Dickson

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William Kennedy Laurie Dickson

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Laurie Dickson dans Dickson Greeting (1891)

Naissance
Le Minihic-sur-Rance (France)
Nationalité Britannique Drapeau : Royaume-Uni Royaume-Uni
Décès
Twickenham (Royaume-Uni)
Profession Réalisateur, inventeur
Films notables Dickson Greeting (1891),
Dickson Experimental Sound Film (1894),
Annabelle Butterfly Dance (1894),
Sandow (1894).

William Kennedy Laurie Dickson est un inventeur, producteur, directeur de la photographie, réalisateur, scénariste et acteur britannique, mais dont la carrière marquante s'est déroulée aux États-Unis, né le 3 août 1860 à Le Minihic-sur-Rance (France), décédé le 28 septembre 1935 à Twickenham (Royaume-Uni).

Biographie[modifier | modifier le code]

Dickson naît le 3 août 1860 dans un petit port de Bretagne (France), Le Minihic-sur-Rance, d'une mère d'origine écossaise et d'un père anglais. Son père, James Waite Dickson, est artiste, astronome et linguiste, et se dit être le descendant en ligne directe du peintre Hogarth, ainsi que du juge John Waite, l'homme qui prononça la sentence de mort du roi Charles Ier. Musicienne douée, sa mère, Elizabeth Kennedy-Laurie Dickson, est apparentée aux Lauries de Maxwellton (immortalisés dans la ballade Annie Laurie) et, de façon plus lointaine, au duc d'Atholl et à la branche royale des Stuart.

Jusqu'à l'âge de 19 ans, William Kennedy Laurie Dickson reste en France puis, après la mort de son père, il retourne en Grande-Bretagne avec sa mère et ses sœurs. Là, Dickson, qui sera toujours fasciné par les sciences et la mécanique, envoie des lettres à Thomas Alva Edison aux États-Unis, demandant à l'inventeur et industriel de l'employer, mais ses demandes demeurent sans réponse. La famille de Dickson immigre aux États-Unis, et c'est plusieurs années après que Dickson voit son rêve s'accomplir : il obtient un emploi de photographe chez Edison. Très vite, il se révèle indispensable et doué, à tel point qu'il est chargé de travailler aux côtés d'Edison pour développer le phonographe.

Inventeur et pionnier du cinéma[modifier | modifier le code]

En 1887, Edison caresse un projet qui lui tient à cœur : créer un appareil qui devrait faire « pour l'œil ce que le phonographe fait pour l'oreille[1] ». Edison trace à grands traits les plans de plusieurs projets et charge Dickson d'entreprendre la réalisation des appareils. D'abord, puisque c'est la poule qui pond l'œuf, Dickson se penche sur la conception de l'appareil de prise de vues, la caméra. Plusieurs procédés voient le jour, qui seront abandonnées. Dickson développe notamment un système de prise de vue et d'enregistrement synchrone du son, qu'Edison croit être LA solution de ses rêves. C'est une adaptation du phonographe à cylindre, où sont disposés côte à côte sur le même axe en rotation, d'une part un graveur sur cylindre de cire, et d'autre part un enregistreur photographique enregistrant des photogrammes les uns à la suite des autres, à la manière du sillon du phonographe, en spirale, sur un cylindre enduit de produit photosensible. Le son et les images étant disposés sur le même entraînement rotatif, l'enregistrement, puis la lecture des photogrammes sur un cylindre transparent éclairé de l'intérieur, se font à la même vitesse et sont donc couplés au son. Mais Dickson se heurte à deux obstacles qui sont insurmontables. D'abord, la sensibilité de l'émulsion colloïdale est insuffisante, compte tenu de la nécessité d'enregistrer en une seconde au moins douze instantanés. D'autre part, alors que le cylindre de cire permet d'enregistrer quelques minutes de son, le cylindre-images, à douze photogrammes par seconde, est vite limité en durée, ne permettant que quelques secondes de prise de vues.

C'est l'invention d'un autre chercheur qui permet à Dickson (et à tous les autres chercheurs d'ailleurs) de sortir de l'impasse. En 1887, John Carbutt met au point un support souple de nitrate de cellulose (le celluloïd) que l'industriel américain George Eastman commercialise dès 1888 sous la forme d'un ruban de 70 mm de large, et de longueur en principe illimitée. Cette découverte met fin à la brièveté du cycle typique du jouet optique, phénakistiscope, zootrope, zoopraxiscope, praxinoscope, qui offre un maximum d'une à deux secondes de spectacle, des dessins ou des photographies installés à la circonférence d'un disque tournant.

Coinvention du film 35 mm standard[modifier | modifier le code]

Modèle de film cinéma 35 mm Edison-Dickson

Avec l'aide de ses assistants, William Heise et Charles Kayser, Laurie Dickson part dans une autre direction que lui trace — toujours à grands traits — leur employeur, Thomas Edison. Dickson découpe d'abord le support souple lisse Eastman en 3 bobineaux de 19 mm de large. D'autres problèmes interviennent : la perte financière due à la découpe, et la médiocrité de la définition des photogrammes, trop petits et dont le positionnement par rapport au faisceau lumineux de la prise de vues est approximatif lorsque le support se déplace pour recevoir un nouveau photogramme.

Modèle pellicule Lumière

Laurie Dickson conçoit alors seul un film plus adapté au travail demandé : le support Eastman de 70 mm de large est débité en deux rouleaux de 35 mm de large, que Dickson dote sur un bord de perforations rectangulaires. Dernier changement : pour assurer une complète stabilité lorsque le film se déplace, Dickson et Edison augmentent le nombre de perforations, à raison de 8 perforations par photogramme (4 d'un côté, 4 de l'autre), prévues pour l'entraînement linéaire de la pellicule et son calage mécanique précis par rapport au faisceau lumineux de prise de vues (et ensuite de projection).

Edison s'empresse de déposer plusieurs brevets internationaux sur la disposition, le nombre et la forme de ces perforations. Le film standard du cinéma est né : le 35 mm aux perforations Edison, que les cinéastes et industriels du monde entier choisiront en 1903 comme étant le standard international des films de cinéma, aux dépens d'autres formats, moins performants, comme le 35 mm à double jeu d'une seule perforation ronde par photogramme (1 d'un côté, 1 de l'autre) utilisé par les frères Lumière, et le 60 mm sans perforations (entraînement par pinces intermittentes) de l'industriel Léon Gaumont, et d'autres encore.

Coinvention du Kinétographe[modifier | modifier le code]

L'intérieur de la Black Maria, avec le Kinétographe et un Phonographe pour un jeu en "play-back"

La pellicule étant prête, la caméra d'Edison est alors finalisée. Baptisée Kinétographe, c'est une machine plutôt lourde et encombrante, et de surcroît nécessitant une alimentation électrique. Laurent Mannoni, conservateur à la Cinémathèque française des appareils du précinéma et du cinéma est clair sur ce point d'histoire : « Les premiers films ont été enregistrés par le Kinétographe (en grec, écriture du mouvement) : caméra de l’Américain Thomas Edison, brevetée le 24 août 1891, employant du film perforé 35 mm et un système d’avance intermittente de la pellicule par "roue à rochet". Entre 1891 et 1895, Edison réalise quelque soixante-dix films[2] ».

C'est ainsi que le couple Thomas Edison et William Kennedy Laurie Dickson est à l'origine de la première caméra de cinéma, et du film standard de 35 mm. Aux dires de Dickson lui-même, c'est Edison qui, le premier, adapte le mot anglais film au cinéma, pour désigner les bobineaux impressionnés et leur contenu artistique. Entre autres films, Dickson, personnage très narcissique, se fait filmer par William Heise, saluant avec son canotier un public imaginaire (la caméra). Ce film est présenté en public le 20 mai 1891, devant une assemblée de cent-cinquante militantes de la Federation of Women’s Clubs, qui sont enchantées de ce spectacle qu'elles admirent en se penchant sans se lasser sur l'œilleton du Kinétoscope[3].

Coinvention du Kinétoscope[modifier | modifier le code]

L'intérieur du Kinétoscope, le film est en boucle continue.

Car le procédé de vision dont s'est contenté pour le moment Thomas Edison, pour qui le Kinétographe ne sera au point que lorsqu'il pourra être couplé à un phonographe, est un système de vision individuel. Le Kinétoscope, développé pratiquement par le seul Dickson, se présente sous la forme d'un coffre en bois, dans les flancs duquel un film d'environ une minute, monté en boucle, se déroule en continu devant une forte lampe éclairant par intermittence grâce à un obturateur rotatif synchronisé aux perforations (Edison est par ailleurs l'un des inventeurs de l'ampoule électrique), et les spectateurs, les uns après les autres, se penchent sur un œilleton qui permet de regarder le film à travers une loupe. L'image apparente a les dimensions d'une carte postale, mais elle bouge ! Ironie du sort, Edison qui est plutôt de nature méfiante (il est sourd depuis son adolescence) oublie de déposer au niveau international les brevets de cette machine qui n'est pour lui, qu'un stade intermédiaire vers une invention plus parfaite : les films sonores. Il manque alors de discernement, car le retentissement de cette invention, et notamment lorsqu'il la présente en 1893 à l'Exposition universelle de Chicago est considérable et international. Des Anglais s'empressent de contrefaire le Kinétoscope, non protégé hors des États-Unis, et de le produire en série. C'est ainsi que les machines signées Edison (Dickson est son employé et à ce titre, il perd le bénéfice d'inventions qu'il a faites en étant missionné par son employeur) sont connues par les photographes et les industriels de la photographie du monde entier, et que les machines piratées sont livrées à leur curiosité, alimentant tous les fantasmes. « À ce moment-là, il était, bien entendu, déjà trop tard pour protéger mes intérêts[4] », soupire plus tard Thomas Edison. Ce qui ne l'empêche pas d'organiser, notamment à Paris, des démonstrations du Kinétoscope. L'Institut Lumière, intéressé au premier chef par les souvenirs des deux frères lyonnais, remarque qu'« il est bien difficile de déterminer précisément le moment à partir duquel les frères Lumière ont commencé à travailler sur la projection d’images animées, leurs souvenirs sur ce point étant contradictoires. Le Kinétoscope Edison est en revanche toujours cité comme point de départ de leurs réflexions visant à rendre visible par un public, et non plus individuellement, des images animées : ce n’est donc qu’à partir de septembre 1894 qu’ils ont pu, ou leur père Antoine, voir cette nouvelle attraction à Paris ». "Cette nouvelle attraction" n'est autre que les premiers films du cinéma, vus sur un Kinétoscope.

Coinvention de la "boucle de Latham"[modifier | modifier le code]

"Boucle de Latham" en sortie du couloir de projection 16 mm.

Sa non-reconnaissance en tant qu'inventeur par Edison blesse la personnalité très narcissique de Laurie Dickson. À la fin de 1894, après avoir essayé de convaincre son employeur de la nécessité urgente de mettre sur le marché un système de projection (ce qui ne pose aucun problème insurmontable au stade de développement où se trouve alors le Kinétoscope), Dickson entre secrètement en contact avec les fils de Woodville Latham, Otway et Grey, qui lui proposent de mettre son expérience auprès d'Edison au service de leur société, la Lambda Company pour finaliser un appareil de projection de films, un « Kinétoscope de projection », ainsi qu'il nomme d'abord leur projet[5], et le mettre en vente au public fortuné. Début avril 1895, Dickson quitte le navire Edison et entraîne avec lui Eugène Lauste, un Français qui l'assiste alors dans ses nouvelles recherches pour mettre au point l'Eidoloscope, l'appareil de projection que les Latham cherchent finalement à rendre capable de présenter des films de plus d'une minute.

En effet, le Kinétographe, ainsi que le Cinématographe qui arrive sur le marché fin 1895, ne peuvent projeter que des bobineaux de moins de 20 mètres de pellicule 35 mm, soit une minute. Dans la caméra, la pellicule est entraînée uniquement par le système intermittent (roue à rochet pour la caméra Edison, griffes sur excentrique pour le Cinématographe), la pellicule vierge est ainsi tirée de son logement par à-coups. Une fois impressionnée, la pellicule, qui avance toujours par à-coups, est rembobinée en continu sur un axe récepteur entraîné par le mécanisme. Le mouvement linéaire de la pellicule déroulée puis rembobinée est contradictoire avec la traction brutale exercée dans le couloir de prise de vue, et limite la capacité de chargement à moins de 20 mètres. Au-delà, le poids, donc l'inertie de la pellicule, provoque une cassure à l'entrée ou en sortie du couloir de prise de vues[6]. Le but de la recherche entreprise par Dickson et Lauste est de rendre indépendants les deux modes de déplacement de la pellicule dans le boîtier de la caméra. Les inventeurs ont alors l'idée d'ajouter deux débiteurs dentés, l'un en amont du couloir de prise de vues, l'autre en aval. Ces deux accessoires débitent la pellicule de façon continue (comme dans le Kinétoscope), et l'on peut charger la caméra avec plus de pellicule (60, 120, 300 mètres, voire plus). Mais si l'on se contente de ce dispositif, la pellicule casse immédiatement car le conflit entre le mouvement continu et le mouvement intermittent subsiste. L'astuce finale, aussi simple et géniale que le fil à couper le beurre, mais encore fallait-il la trouver, est de former une boucle de la pellicule entre chaque débiteur et le couloir de prise de vue, une boucle qui alternativement se résorbe et se reforme grâce à la souplesse du support de John Carbutt. Même dispositif à la projection. Cette boucle, Woodville Latham la baptise aussitôt "boucle de Latham", détournant à son tour (et légalement) l'invention de ses employés. Le 20 mai 1895, les Latham organisent une projection publique qui trouve un écho très favorable dans la presse américaine.

Cofondateur de l'American Mutoscope Company[modifier | modifier le code]

Mutoscope : La Tentation de Saint Antoine (1900)

Dès 1893, tout en travaillant pour Edison, Dickson s'associe à trois financiers et chercheurs dans ce qu'ils appellent le "groupe K.M.C.D.", aux initiales des quatre jeunes gens : Elias Bernard Koopman, Harry Norton Marvin, Herman Casler, et Dickson. Ils mettent au point un mini appareil photo, de la grosseur d'une montre-gousset, utilisant un film souple d'un format proche du futur 8 mm, qu'ils destinent aux détectives privés. C'est Koopman qui le commercialise avec sa société Koopman's Magic Introduction Company. Les gains sont modestes, les détectives ne se précipitent pas sur la nouveauté. Mais l'association K.M.C.D. débouche en 1897 sur la fondation de la société American Mutoscope Company, qui commercialise un appareil très primitif, une sorte de "folioscope" né de l'esprit fertile de Laurie Dickson, un appareil muni d'un monnayeur, qui effeuille derrière une vitre une série de quelques centaines de photogrammes d'un film, tirés sur papier cartonné, éclairés par une lampe, et actionnés par une manivelle fonctionnant aussi bien à l'endroit qu'à l'envers. Une sorte de Kinétoscope du pauvre. Mais les rentrées financières sont énormes, comparées aux dépenses, et les sujets traités pour le Mutoscope ne reculent pas devant la vulgarité, voire la pornographie (soft). La société American Mutoscope Company s'aligne bientôt au premier rang des sociétés de production, au point d'absorber la Biograph Company et de former l'une des plus puissantes maisons de production des États-Unis, l'American Mutoscope and Biograph Company, la première major, qui est aussi la première compagnie à s'implanter à Hollywood et à lancer ce lieu mythique, avant de cesser son activité en 1916.

En 1897, chargé de diriger la filiale britannique de l'American Mutoscope and Biograph Company, William Kennedy Laurie Dickson revient s'installer définitivement en Angleterre, où il meurt en 1935.

Filmographie[modifier | modifier le code]

comme producteur[modifier | modifier le code]

comme directeur de la photographie[modifier | modifier le code]

comme réalisateur[modifier | modifier le code]

comme acteur[modifier | modifier le code]

comme scénariste[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en) W.K.Laurie Dickson & Antonia Dickson, préface de Thomas Alva Edison, « History of the Kinetograph, Kinetoscope and Kineto-Phonograph », facsimile edition, The Museum of Modern Art, New York, 2000 (ISBN 0-87070-038-3)
  2. Laurent Mannoni, « Lexique », in Libération numéro spécial, page 3, supplément au n°4306 du 22 mars 1995, célébrant le 22 mars 1895, année française de l’invention du cinéma
  3. Marie-France Briselance et Jean-Claude Morin, « Grammaire du cinéma », pages 19-20, Nouveau Monde éditions, Paris, 2010 (ISBN 978-2-84736-458-3), 588 pages
  4. Thomas Alva Edison, « Mémoires et observations », traduction Max Roth, page 43, éditions Flammarion, Paris, 1949
  5. (en) Charles Musser, History of the American Cinema, Volume 1, The Emergence of Cinema, The American Screen to 1907, Charles Scribner’s Sons, New York, Collier Macmillan Canada, Toronto, Maxwell Macmillan International, New York, Oxford, Singapore, Sydney, 1990 (ISBN 0-684-18413-3), 613 pages, page 145
  6. (en) Charles Musser, History of the American Cinema, Volume 1, The Emergence of Cinema, The American Screen to 1907, op. cité, page 97 (illust.)

Lien externe[modifier | modifier le code]