Eadweard Muybridge

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Eadweard Muybridge

Description de l'image Muybridge-2.jpg.
Nom de naissance Edward James Muggeridge
Naissance
Kingston-upon-Thames
Décès (à 74 ans)
Kingston-upon-Thames
Nationalité Britannique Drapeau : Royaume-Uni Royaume-Uni
Profession
Activité principale
Autres activités
Photographie de paysage, de portrait et de reportage

Compléments

Ses travaux sur la décomposition du mouvement le classent dans la catégorie des précurseurs du cinéma

Eadweard Muybridge, pseudonyme d'Edward James Muggeridge, né le à Kingston-upon-Thames dans la banlieue de Londres, et mort dans sa ville natale le , est un photographe britannique, renommé pour ses décompositions photographiques du mouvement.

Les débuts[modifier | modifier le code]

Né à Kingston-upon-Thames, il émigre aux États-Unis en 1855 en passant, comme la plupart des émigrants, par New York, puis Las Vegas, où il commence à travailler. Eadweard Muybridge devient libraire-éditeur.

Un grave accident de diligence, en 1860, peut être vu comme l'explication d'un tempérament fantasque et morne, au point que certains le considèreront plus tard comme dérangé. Après quelques courtes semaines d'hospitalisation sur place au Texas il reprend son voyage vers l'Angleterre où il se rendait pour l'édition. D'abord très diminué dans ses capacités d'attention, il y est pris en charge par un spécialiste réputé, sir William Gull, puis commence à étudier la photographie, pendant sept ans, en partie dans le contexte de sa thérapie de réhabilitation. Il y fait des investissements considérables pour obtenir le matériel photographique le plus performant de l'époque. Ses études terminées, il est de retour à San Francisco en 1867.

Le 19 octobre 1874, le San Francisco Examiner révèle que le photographe est accusé d'avoir assassiné l'amant de sa femme, également père de celui qu'il croyait être son enfant. Il est inculpé puis finalement relaxé, notamment grâce à ses relations avec Leland Stanford, à l'époque gouverneur de Californie[1]. Cet épisode inspire à Philip Glass l'opéra The Photographer en 1982.


À cette époque, la photographie en relief stéréoscopique est en vogue. Eadweard le constate, et se fait un nom en créant un studio de photographie itinérant, avec lequel il photographie les environs de San Francisco. Son panorama à 360° de la ville (réalisé en 1877) devient célèbre, l'élite californienne l'engage régulièrement pour des portraits, mais sa renommée grandit par sa collaboration avec le Caast and Geadetic Survey en tant que photographe paysagiste. Ses reportages sur la guerre indienne entre le gouvernement américain et les Modocs, ainsi que les premières photos du parc national de Yosemite font sensation. Elles seront primées en 1867. La même année, il devient le photographe officiel de la présence militaire américaine en Alaska. Entre 1868 et 1873, il arpente le Far West, où il réalise 2 451 clichés.

Décomposition du mouvement[modifier | modifier le code]

Séquence en mouvement de La chienne Maggie (1887).

Parmi ses nombreux et riches clients, figure Leland Stanford, passionné par les chevaux de course, éleveur et entraîneur. C'est par ce personnage que Muybridge prend connaissance de la polémique sur le galop du cheval. À l'époque, en 1872, le physiologiste français Étienne-Jules Marey, également pionnier de la chronophotographie, affirme que les jambes d'un cheval, au cours des phases du galop, ne quittent ensemble le sol qu'une seule fois, une vision vivement repoussée par les savants de l'époque et dont l'énoncé le plus simple est la représentation picturale traditionnelle qui montre des chevaux au galop avec leurs quatre pieds décollés du sol d'un même élan, comme lors d'un saut[2]. Un prix est offert à qui résoudra le problème et Muybridge se propose de le gagner en utilisant la photographie. Le 18 juin 1878, devant la presse convoquée, il dispose douze (ou vingt quatre selon les versions) appareils photographiques (des chambres noires) le long d'une piste équestre blanchie à la chaux. Le procédé photosensible choisi par Muybridge est le collodion humide, qui permet des temps de pose rapides mais qui doit être préparé quelques minutes avant son utilisation. Chaque appareil photographique est enfermé dans un petit laboratoire photographique où un opérateur se tient prêt à enduire de collodion la plaque de verre et d'en charger la chambre photographique. De minces fils tendus sur le parcours d'un étalon, nommé « Occident », sont heurtés violemment par son poitrail lancé au galop et se détachent après avoir déclenché à distance les chambres photographiques l'une après l'autre. De nombreux essais sont nécessaires, se soldant parfois par la casse des précieuses chambres[3]. Enfin, Muybridge obtient les fameux clichés qui confirment la théorie de Marey[4].

Il s'intéresse dès lors au mouvement, animal et humain. Il met au point le zoopraxiscope, un projecteur qui recompose le mouvement par la vision rapide et successive des phases du mouvement. La machine est réalisée dès 1879, puis présentée au public européen deux ans durant. Ses travaux le posent en précurseur du cinéma. La photographie oscille entre science et art, chose discutée dans les milieux intellectuels de l'époque. Muybridge appartient à cette génération qui utilise la photo comme témoignage scientifique sûr et objectif. En 1887 est édité son plus important ouvrage, Animal Locomotion, en 11 volumes qui contiennent 100 000 photographies prises entre 1872 et 1885. Il parcourt l'Amérique et l'Europe, puis meurt en 1904 en Angleterre.

Exposition universelle de Chicago[modifier | modifier le code]

Zoopraxiscope d'Eadweard Muybridge, (1893)
Phénakistiscope d'Eadweard Muybridge (1893)

À l'Exposition universelle de 1893, Muybridge donna une série de représentations sur la Science of Animal Locomotion dans le Zoopraxographical Hall, construit spécialement dans ce but dans la section « Midway Plaisance » du parc. Il utilisa son zoopraxiscope pour montrer ses films à un public payant faisant de ce pavillon, la toute première salle de cinéma commerciale[5].

Influence[modifier | modifier le code]

Avancées dans la représentation picturale du mouvement[modifier | modifier le code]

Avant les travaux de Muybridge, les artistes représentaient le mouvement, comme la course d'un animal, de manière erronée. L'objectif affiché du photographe était d'apporter de nouvelles connaissances aux artistes et à la science par le biais de ses prises de vues en série.

Ainsi le peintre Ernest Meissonier reconsidère-t-il sa manière de représenter le galop du cheval quand il prend connaissance des travaux de Muybridge[6].

Œuvres inspirées par Eadweard Muybridge[modifier | modifier le code]

Plusieurs œuvres sont inspirées des travaux de Muybridge et de l'effet Marey, tels que :

  • Frederic Remington : en 1890, la série de photographies Annie G., qui décompose le galop d'un cheval, lui inspire Cowboy.
  • Marcel Duchamp : en 1912, l'artiste peint Nu descendant un escalier, inspiré du livre Le Mouvement d'Étienne-Jules Marey qui lui-même s'est appuyé sur les travaux de Muybridge.
  • U2 : l'esthétique du clip de la chanson Lemon (1993), dans lequel les quatre musiciens irlandais sont en action sur un fond noir quadrillé de blanc, est directement inspiré des travaux d'Eadweard Muybridge.
  • John Gaeta : les principes de base de Muybridge ont servi dans la réalisation de l'effet du bullet time dans le film Matrix.
  • Philip Glass compose, en 1983, une pièce musicale en trois actes intitulée The Photographer en hommage à l'histoire personnelle et mouvementée de Muybridge.
  • Francis Bacon a peint plusieurs toiles inspirées des photos de Muybridge, en particulier celles tirées de The Human Figure in Motion.
  • Jean-Claude Meynard, dans la série des Babels, revisite les travaux d'Eadweard Muybridge sous l’angle de la géométrie fractale.
  • Gotlib dans sa Rubrique-à-brac.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Monique Sicard, La Fabrique du regard : images de science et appareils de vision (XVe-XXe siècle), Paris, Odile Jacob,‎ , 275 p. (lire en ligne), p. 138
  2. [www.bretagne-equitation.com « La représentation picturale du cheval »] sur bretagne-equitation.com
  3. Marie-France Briselance et Jean-Claude Morin, Grammaire du cinéma, Paris, Nouveau Monde, 2010, 588 p. (ISBN 978-2-84736-458-3), p. 14-15.
  4. Georges Sadoul, Histoire du cinéma mondial, des origines à nos jours, Paris, Flammarion, 1968, 719 p., p. 9.
  5. Brian Clegg, The Man Who Stopped Time, Joseph Henry Press, 2007.
  6. Rebecca Solnit, River of Shadows : Eadweard Muybridge and the Technological Wild West. [1].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]