Émile Reynaud

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Charles-Émile Reynaud

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Naissance 8 décembre 1844
Montreuil, Drapeau de la France France
Nationalité Drapeau de la France Français
Décès 9 janvier 1918 (à 73 ans)
Ivry-sur-Seine, Drapeau de la France France
Profession Dessinateur
inventeur
réalisateur
Films notables Pauvre Pierrot (1892), premier dessin animé du cinéma, première projection animée sur grand écran
Autour d'une cabine (1894)

Charles-Émile Reynaud (né le 8 décembre 1844 à Montreuil, dans le département de la Seine, actuelle Seine-Saint-Denis, et mort le 9 janvier 1918 (à 73 ans) à Ivry-sur-Seine) est un photographe, professeur de sciences, inventeur et réalisateur français.

Il est l'inventeur du Praxinoscope, sous diverses formes, et surtout du Théâtre optique, dont le fonctionnement est basé sur le procédé des miroirs tournants[1], qui provoque un phénomène de compensation optique permettant aux vignettes dessinées de paraître immobiles un très court instant alors qu'en fait elles défilent de façon continue. Il réalise les premiers dessins animés du cinéma, qu'il projette devant un public payant assemblé dans la salle (premières projections d'images animées sur grand écran, avant celles des frères Lumière), accompagnés par une musique originale spécifiquement composée par Gaston Paulin (première BO). Ce qu'il nomme les Pantomimes lumineuses, présentées au musée Grévin à partir du 28 octobre 1892. Cette date a été retenue par l’Association internationale du film d’animation (Asifa) pour l'instauration de la Journée mondiale du cinéma d'animation.

Biographie[modifier | modifier le code]

Émile Reynaud apprend dans l'atelier de son père, graveur de médailles et horloger, la mécanique de précision. Auprès de sa mère aquarelliste, élève de Pierre-Joseph Redouté, il apprend les techniques du dessin qui lui serviront plus tard. À treize ans, il réalise un théâtre d'ombre, puis une machine à vapeur miniature.

En 1858, il entre comme apprenti aux établissements Adolphe Gaiffe à Paris, où il travaille à la réparation, au montage et à la mise au point d'instruments d'optique et de physique. Puis il travaille comme opérateur chez le portraitiste Adam-Salomon, où il fait de la retouche photographique, et s'installe ensuite comme photographe à Paris.

En 1864, il suit les cours publics de vulgarisation scientifique par projections lumineuses de l'Abbé Moigno, devient son assistant et apprend le métier d'enseignant-conférencier. Son cours est très demandé. À la même époque, il participe à l'illustration du Dictionnaire général des sciences théoriques et appliquées, paru en 1870, du professeur et naturaliste français Adolphe Focillon.

Après le décès de son père en 1865, Émile Reynaud retourne avec sa mère au Puy-en-Velay, berceau familial, où il donne ses propres conférences scientifiques. Ces conférences sont un succès auprès de la population du Puy, qui peut y admirer sur grand écran, entre autres expériences, la magie de la cristallisation de sels dans l'eau. C'est là qu'il conçoit un nouveau jouet optique, le Praxinoscope, en 1876.

En décembre 1877, il regagne Paris pour s'installer au 58 de la rue Rodier, dans le IXe arrondissement où il se consacre à la fabrication, la commercialisation et au développement de son Praxinoscope.

Il épouse Marguerite Rémiatte le 21 octobre 1879 à Paris. Ils auront deux fils, Paul (1880) et André (1882).

Dès le 28 octobre 1892, Émile Reynaud présente au public un appareil qu'il a mis patiemment au point en une quinzaine d'années de réflexions et d'essais. C'est le musée Grévin de Paris qui accepte d'héberger sa nouvelle invention : le Théâtre optique.

Victime d'une congestion pulmonaire, Reynaud entre à l'hospice des Incurables d'Ivry le 29 mars 1917. Il y reste jusqu'à sa mort en janvier 1918.

Ses inventions[modifier | modifier le code]

Stéreo-Cinéma
  • Le Praxinoscope, en 1876, permet de visualiser une animation cyclique à travers un cylindre à facette de miroirs tournant autour d'un axe.
  • Le Praxinoscope-jouet, en 1877, est un petit Praxinoscope dont l'animation, destinée aux enfants, ne comporte que huit dessins.
  • Le Praxinoscope-théâtre, en 1879, permet à un spectateur de visualiser une animation cyclique à l'intérieur d'un décor fixe.
  • Le Praxinoscope à projection, en 1880, permet de projeter sur un écran une animation cyclique à l'intérieur d'un décor fixe, via une lanterne magique.
  • Le Stéréocinématographe, en 1902, permet d'effectuer des prises de vues chronophotographiques en relief stéréoscopique.
  • Le Stéréo-cinéma, en 1907, permet d'animer des photographies en relief stéréoscopique.

Le Théâtre optique (1892)[modifier | modifier le code]

Pauvre Pierrot (extrait de 5 secondes - sur 5 minutes) : Le premier dessin animé du cinéma.

Le Théâtre optique permet de projeter des images animées. Ce sont les premières projections sur grand écran du cinéma, avant celles des frères Lumière. Ce sont aussi les premiers dessins animés du cinéma. Émile Reynaud les appelle des Pantomimes lumineuses. Le public assiste au déroulement d'une histoire complète, projetée par Reynaud en personne, sur un écran installé dans le Cabinet fantastique du Musée Grévin, plongé dans l'obscurité totale[2].

Malgré ce qu'affirment bon nombre d'auteurs, le Théâtre optique ne fait pas partie du précinéma, dont chaque spectacle est cyclique et ne dure qu'une seconde, ou deux tout au plus, comme c'est le cas avec toute la série des praxinoscopes de Reynaud. Les premiers « films » du cinéma, tournés en (1891) par William Kennedy Laurie Dickson (le mot anglais film, appliqué au cinéma, l'a été par Thomas Edison), ne dépassent pas en durée 50 secondes et les futures « vues photographiques animées » de Louis Lumière (1895) seront tout aussi courtes. Les pantomimes lumineuses, elles, durent 1 minute 30, pour les plus courtes, 5 minutes pour les plus longues. Comme l'entraînement du film le permet, la durée est doublée, voire triplée, par la possibilité qu'a le présentateur d'effectuer des ralentis, des accélérés, des marches arrière et des arrêts sur image, en fonction des réactions du public, un mélange de spectacle enregistré et de spectacle vivant[3]. Le brevet que dépose Reynaud le 1er décembre 1888 différencie bien son Théâtre optique des jouets optiques (Phénakistiscope, Zootrope, Praxinoscope, Stroboscope, Zoopraxiscope) : « L'appareil a pour but d'obtenir l'illusion du mouvement non plus limité à la répétition des mêmes poses à chaque tour de l'instrument, mais ayant, au contraire, une variété et une durée indéfinies et produisant ainsi de véritables scènes animées et un développement illimité[4] ». À l'initiative du musée Grévin, Émile Reynaud rencontre Gaston Paulin à qui il commande la composition des partitions originales de chaque pantomime lumineuse, de véritables et premières BO du cinéma.

(1892) Émile Reynaud projetant Pauvre Pierrot dans son Théâtre optique (gravure de Louis Poyet)

Émile Reynaud utilise une bande souple originale de 70 mm de large. Elle est constituée de carrés de gélatine recouverts de gomme laque pour les protéger[5]. Ces carrés sont fixés de part et d'autre dans un cadre ajouré de papier fort (comme les futures diapositives). La bordure de la bande est renforcée par des lamelles métalliques souples protégées par des bandes en tissu ; il faut imaginer les contraintes apportées à chaque œuvre par les quelque 10 000 passages de 1892 à 1900. Émile Reynaud utilise un support vierge de toute émulsion photosensible car il peint ses personnages directement sur le support avec des encres transparentes à l'aniline (technique déjà employée pour les plaques de verre des lanternes magiques). Autour des personnages, le support est recouvert d'encre noire, la lumière ne peut passer qu'à travers les dessins. Reynaud munie ses bandes d'une perforation centrale unique entre chaque dessin. La fonction de ces perforations n'est pas de permettre l'entraînement du film (comme dans les appareils d'Edison-Dickson et celui des frères Lumière), mais d'entraîner le mécanisme lui-même (le cylindre à miroirs) par le biais de tenons.

La pellicule est contenue dans une bobine à flasque disposée horizontalement, munie d'une manivelle, appelée « dévidoir ». Elle passe, guidée par des galets évidés, dans le faisceau d'une puissante lanterne de projection et atteint un cylindre tournant comportant 36 miroirs, une sorte de prisme à 36 faces. Son fonctionnement est basé sur le procédé des miroirs tournants[1], qui provoque un phénomène de compensation optique permettant aux vignettes dessinées de paraître immobiles un très court instant alors qu'en fait elles défilent de façon continue. La compensation optique obtenue permet de prolonger l'apparition de l'image virtuelle d'une vignette puis de passer très rapidement de cette image à l'image de la vignette suivante selon le principe : quand un miroir, qui reçoit une image incidente, tourne d'un angle A, le rayon réfléchi tourne d'un angle égal à 2 x A, donc deux fois plus vite, ce qui, dans le Théâtre optique, est l'égal d'un jeu de griffes ou d'une croix de Malte, qui escamotent rapidement chaque photogramme après sa projection. La lumière réfléchie par chaque miroir du cylindre est déviée par un jeu de miroirs qui la dirige sur l'écran en rétroprojection (par l'arrière de l'écran). Le décor, dessiné sur une plaque de verre, est projeté par une seconde lanterne, afin d'éviter un travail superflu et fastidieux de répétition du décor derrière chaque dessin des personnages. Le décor apparaît ainsi légèrement en transparence dans la matière des personnages[2].

La pellicule est réceptionnée par une seconde bobine à manivelle, ou dévidoir récepteur. L'opérateur mouline en même temps les deux bobines, il n'y a pas d'autres mécaniques. Sur Youtube, on peut voir une animation montrant le Théâtre optique, sur le site du Musée du cinéma de Gérone (Espagne). Mais on peut visiter utilement le site de la Cinémathèque française[6].

Les personnages de Autour d'une cabine

Un seul inconvénient, et de taille, condamne l'invention de Reynaud par son impasse : il n'est pas possible de faire des copies pour exploiter les Pantomimes lumineuses dans d'autres salles, la pellicule couleur n'existe pas encore à l'époque. Et refaire à la main les quelques centaines de dessins que représente chaque histoire serait une folie d'un point de vue financier. Pauvre Pierrot comporte 500 vignettes pour 36 mètres de pellicule, Autour d'une cabine en a 636 pour 45 mètres. Le Théâtre optique ne sortira jamais du musée Grévin, d'autant que le contrat léonin qu'a signé Reynaud avec la direction lui interdit formellement toute représentation hors du musée. Pourtant, Reynaud attire un demi million de spectateurs entre octobre 1892 et mars 1900, ce qui est un résultat remarquable pour une seule salle. Quand la concurrence du Cinématographe se fait pressante, Reynaud tente d'utiliser le film noir et blanc 35 mm dans ce qu'il appelle alors les « Photo-peintures animées »[7], mais il ne reste rien alors de ses délicats dessins coloriés, et c'est un échec. Au bout du chemin, Émile Reynaud succombe au désespoir : il vend sa machine aux chiffonniers et lui-même va jeter à la Seine ses précieuses Pantomimes lumineuses. Miraculeusement, deux bandes échappent à ce quasi suicide : Autour d'une cabine, et Pauvre Pierrot, ainsi que quelques débris d'autres œuvres[8]. Ces dernières bandes ont été restaurées et présentées à l'occasion de la commémoration du centenaire du Théâtre optique en 1992[9].

Créations[modifier | modifier le code]

Bandes de praxinoscope (1876-1879)[modifier | modifier le code]

  • Série 1 :
    • L'Aquarium...
    • Le Jongleur
    • L'Équilibriste
    • Le Repas des Poulets
    • Les Bulles de Savon
    • Le Rôtisseur
    • La Danse sur la Corde
    • Les Chiens Savants
    • Le Jeu de Corde
    • Zim, Boum, Boum
  • Série 2 :
    • Les Scieurs de Long
    • Le Jeu du Volant
    • Le Moulin à Eau
    • Le Déjeuner de Bébé
    • La Rosace Magique
    • Les Papillons
    • Le Trapèze
    • La Nageuse
    • Le Singe Musicien
    • La Glissade
  • Série 3 :
    • La Charmeuse
    • La Balançoire
    • L'Hercule
    • Les Deux Espiègles
    • Le Fumeur
    • Le Jeu de grâces
    • L'Amazone
    • Le Steeple-chase
    • Les Petits valseurs
    • Les Clowns

Les Pantomimes lumineuses (1892-1898)[modifier | modifier le code]

Les Pantomimes lumineuses, Affiche de Jules Chéret (1892)
Année Film
1892 Un bon bock
Pauvre Pierrot
Clown et ses chiens
1894 Un Rêve au coin du feu
1895 Autour d'une cabine
1896 Guillaume Tell
1897 Le Premier cigare

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Maurice Noverre (préf. Victor Collignon), La Vérité sur l'invention de la projection animée. Émile Reynaud, sa vie et ses travaux, Brest,‎ 1926
  • Dominique Auzel, Émile Reynaud et l'image s'anima, biographie d'Émile Reynaud avec photographies en couleurs, éditions du May, 1992 (ISBN 2-906450-72-3) ; avec photographies en noir et blanc, Dreamland éditeur, 2000 (ISBN 2-910027-37-6)
  • Bernard Lonjon, Émile Reynaud, le véritable inventeur du cinéma, nombreuses photographies inédites, Éditions du Roure, 2007

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b http://uel.unisciel.fr/physique/optigeo
  2. a et b Marie-France Briselance et Jean-Claude Morin, Grammaire du cinéma, Paris, Nouveau Monde éd,‎ 2010, 588 p. (ISBN 9782847364583), p. 21 à 23
  3. Georges Sadoul, Histoire du cinéma mondial, des origines à nos jours, page 15, Flammarion, Paris, 1968
  4. http://www.cinematheque.fr/zooms/reynaud/index_fr.htm
  5. Laurent Mannoni et Donata Pesenti Campagnoni, Lanterne magique et film peint : 400 ans de Cinéma, Paris, La Martinière/La Cinématèque française,‎ 2009, 333 p. (ISBN 9782732439938), p. 253
  6. http://www.cinematheque.fr/zooms/reynaud
  7. Christelle Odoux, Émile Reynaud et la photographie, Cinéscopie n°27, Septembre 2012, Page 5
  8. Marie-France Briselance et Jean-Claude Morin, Grammaire du cinéma, Paris, Nouveau Monde éd,‎ 2010, 588 p. (ISBN 9782847364583), p. 38-39
  9. On peut voir ces deux films in extenso, avec leur musique originale, sur Youtube

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]