La Barbe bleue

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La Barbe bleue
Image illustrative de l'article La Barbe bleue
« ...s'il vous arrive de l'ouvrir, il n'y a rien que vous ne deviez attendre de ma colère ».
Illustration de 1867 de Gustave Doré

Auteur Charles Perrault
Genre Conte en prose
Pays d'origine Belgique
Lieu de parution Liège
Éditeur Claude Barbin
Date de parution 1697
Chronologie
Précédent Le Petit Chaperon rouge Le Maître chat ou le Chat botté Suivant

La Barbe bleue est un conte populaire, dont la version la plus célèbre est celle de Charles Perrault, parue en 1697 dans Les Contes de ma mère l'Oye. C'est également le nom du personnage central du récit.

Résumé[modifier | modifier le code]

Il s'agit d'un roturier très riche qui a une barbe de couleur bleue, c'est pour ça qu'on le surnomme « la Barbe bleue ». Celle-ci le rend laid et terrible . Il dégoûte les femmes. De surcroît, il a déjà eu plusieurs épouses et on ne sait pas ce qu'elles sont devenues. Il propose cependant à ses voisines de l'épouser, mais aucune ne le souhaite. Finalement, l'une d'elles accepte, séduite par les richesses de la Barbe bleue.

Un mois après les noces, La Barbe bleue doit partir en voyage. Il confie à sa jeune femme un trousseau de clefs ouvrant toutes les portes du château, mais il y a une petite pièce où elle ne doit entrer sous aucun prétexte. Curieuse, elle pénètre cependant dans la pièce interdite et y découvre tous les corps des précédentes épouses, accrochés au mur. Effrayée, elle laisse tomber la clef, qui se tache de sang. Elle essaye d'effacer la tache, mais le sang ne disparaît pas car la clef est fée[1], c'est-à-dire magique.

Barbe bleue revient par surprise et découvre la trahison de sa femme. Furieux, il s'apprête à égorger cette épouse trop curieuse, comme les précédentes. Celle-ci attend la visite de ses deux frères et le supplie de lui laisser assez de temps pour prier. Le monstre lui donne un quart d'heure. Pendant ce temps, sa sœur Anne monte dans une tour d'où elle cherche à voir si leurs frères sont sur le chemin. La malheureuse demande à plusieurs reprises à sa sœur Anne si elle les voit venir, mais cette dernière répète qu'elle ne voit que le soleil qui poudroie, et l'herbe qui verdoie. Barbe bleue crie et s'apprête à l'exécuter avec un coutelas, la tenant par les cheveux. Les frères surgissent enfin et le tuent à coups d'épée. Elle hérite de toute la fortune de son époux, aide sa sœur à se marier et ses frères à avancer dans leurs carrières militaires. Elle épouse ensuite un honnête homme qui la rend enfin heureuse.

Le personnage de Barbe-bleue[modifier | modifier le code]

Barbe-bleue est à l'origine inspiré de la tradition orale. C'est une variante de l'ogre qui s'attaque à ses femmes successives et aux enfants qu'il en a. À la suite de la diffusion du récit de Perrault, on l'a associé à différents personnages, historiques ou mythologiques :

  • Ainsi, dans la mythologie grecque, Cronos et Médée partagent cette conduite infanticide, mais c'est la mise en cause de la femme dans sa fonction la plus élevée qui est la faute majeure. La finalité morale du conte doit faire entendre qu'elle mérite la mort.
  • Conomor, personnage historique travesti en Barbe-bleue aux couleurs bretonnes, est conforme au personnage du conte de Charles Perrault.
  • Henri VIII d'Angleterre, qui eut six femmes et fit condamner à mort pour adultère et trahison ses deuxième et cinquième épouses (respectivement Anne Boleyn et Catherine Howard), est un modèle très vraisemblable du personnage de Barbe-bleue. Il était effrayant, énorme et avait une barbe… rousse.
  • Henri Désiré Landru, tueur en série français, fut surnommé « le Barbe-bleue de Gambais ».
  • Gilles de Rais, compagnon d'armes de Jeanne d'Arc, a été qualifié de « Barbe-bleue » nantais. Il fut exécuté après avoir été accusé d'avoir violenté et assassiné nombre d'enfants et jeunes gens mais, mis à part les meurtres en série, sa vie et ses actions sont loin de celles du personnage du conte.

Le personnage de Barbe-bleue inspira nombre d'écrivains, musiciens et cinéastes.

Analyse[modifier | modifier le code]

« Ils lui passèrent leur épée au travers du corps et le laissèrent pour mort ». Illustration de Gustave Doré

Le conte de la Barbe-bleue aborde le thème du mariage, du point de vue de la jeune fille. Comme il était d’usage à l’époque en Europe, les mariages étaient l’affaire des familles, et les unions arrangées par les parents ou tuteurs légaux. Être unie à un parfait inconnu pouvait représenter quelque chose d’angoissant et d’effrayant pour des jeunes filles, surtout lorsqu’un grand nombre d’années les séparait de leur futur conjoint.

La sexualité, découverte par la majorité des jeunes filles le soir de leurs noces en ces temps, n’est pas le thème du récit, contrairement à La Belle au bois dormant ou au Petit chaperon rouge. Le conte éduque en revanche la lectrice au devoir d'obéissance. Car si la Barbe-bleue est décrit comme une sorte d’ogre, les choses se passent parfaitement bien entre les époux jusqu’à ce que la jeune mariée transgresse la règle fixée par le chef de famille. Et on peut imaginer que c’est la même désobéissance qui a conduit les précédentes épouses jusqu’à leur funeste destin.

Le thème de la curiosité des femmes et de leur désobéissance est à rapprocher du péché originel d’Ève dans la Bible ou de la boîte de Pandore de la mythologie grecque. La trame générale du conte se rapproche également de certains mythes celtiques. Le genre littéraire est le conte merveilleux.

En réalité, dans la légende composée après la délivrance d'Orléans par son évêque Aignan, contre l'invasion, en l'an 451, d'Attila et des Huns, la phrase est « Agne, mon frère Agne (c'est-à-dire Aignan), ne vois-tu rien venir ! »[2].

La symbolique de la Barbe bleue[modifier | modifier le code]

Illustration anglaise de 1729.

Le mystère semble cependant persister quant à la couleur de la barbe du grand homme. Sa laideur pourrait en effet être causée par sa barbe de couleur bleue, couleur bien sûr inhabituelle pour une barbe. Pour d'autres, la barbe ne serait pas bleue mais noir corbeau, un noir tellement intense qu'il tire sur des reflets bleutés. En supposant que la barbe de l'ogre soit noire et non pas bleue, elle symboliserait ainsi la cruauté de l'homme[3].

Sous l’angle d’une interprétation psychanalytique, la Barbe bleue pourrait être le mari déçu par sa femme parce qu'elle l’a trompé. La clef tachée de sang indélébile est un symbole de la défloration. Ce conte apparaît dès lors comme une mise en garde à l'encontre de l'adultère qui pourrait tenter certaines femmes. En revanche Perrault ne fait nullement l'apologie du comportement meurtrier de Barbe bleue en réponse à sa femme. La mort de celui-ci peut être perçue comme une condamnation de la démesure avec laquelle il s’emporte[4].

Une autre interprétation, plus profonde et moins dramatique, serait de voir en ce conte une incitation, pour les partenaires d'un couple, à aller fouiller dans le passé amoureux de l'autre. La vie en commun implique à la fois la confiance (Barbe bleue remet la clé à son épouse, il l'incite à savoir, à comprendre, à connaître, comptant sur son amour donc sur sa curiosité) et la nécessité de dévoiler son jardin secret à l'autre (ou, en l'occurrence, le cabinet des horreurs, les ombres d'un passé mort). La mise à mort de l'épouse symboliserait la destruction de l'ignorance, source de malentendus, la fin de la solitude à deux, geste salutaire qui finit par fonder une union fusionnelle, le frère aimant ayant remplacé le mari étranger dans le coeur des amants

Adaptations[modifier | modifier le code]

Barbe bleue, illustration de l'anglais Edmund Evans, vers 1888.
Opéra
Ballet
Cinéma

Le conte est aussi cité dans:

  • Monsieur Verdoux, film réalisé en 1947 par Charlie Chaplin. Le personnage principal, inspiré par l'assassin Henri-Désiré Landru, est plusieurs fois qualifié, d'abord par lui-même puis par la police, de « Barbe bleue ».
  • The Piano, film réalisé en 1993 par Jane Campion. Une pièce de théâtre sur le conte de Barbe-Bleue est monté par les enfants de l'école.
  • Cure, film japonais réalisé en 1997 par Kiyoshi Kurosawa. La femme du détective lit un extrait à son docteur au début du film.
Télévision
  • Barbe-Bleue, téléfilm musical (réalisateur non connu), diffusé en 1972 à la télévision française
  • Barbe-Bleue, téléfilm musical, réalisé par Jean Bovon, diffusé en 1984 à la télévision française
  • Barbe-Bleue, téléfilm réalisé par Catherine Breillat, diffusé en 2009 à la télévision française
Roman
  • Les Sept femmes de la Barbe-Bleue et autres contes merveilleux est un recueil d'Anatole France (Paris, Calmann-Lévy, 1909).
  • L'Affaire Barbe-Bleue est un roman de Yak Rivais (2000)
  • Barbe bleue est un roman d'Amélie Nothomb (2012)
  • Les portes closes, roman de Lori Saint-Martin (2013) s'inspire du personnage.
  • Les Sangs, roman d'Audrée Wilhelmy (2013) met en scène les femmes de Barbe Bleue.
Théâtre
  • L'histoire de la Barbe bleue a été adaptée au théâtre sous le nom de Beards (« Barbes »)
  • Barbe Bleue, l'espoir des femmes (1999) de Dea Loher
  • La Petite Pièce en haut de l'escalier (2008), de Carole Fréchette, mise en scène de Lorraine Pintal, thriller contemporain inspiré du mythe de la Barbe bleue
  • La Barbe bleue (2011), texte et mise en scène de Jean-Michel Rabeux
  • La Barbe Bleue (2009) Théâtre d'ombre[5] et conte musical créé par la Compagnie Comme Si sur le texte intégral de Charles Perrault et la musique d'Isabelle Aboulker. Création et mise en scène de Caroline Maydat.
  • Mais où se cache la Barbe Bleue (2014) Théâtre d'objets et installation par la Compagnie Arts Nomades. Création France Everard inspiré de l'opéra Ariane de Paul Dukas sur un livret de Maeterlinck
Musique
  • Barbablù : Barbe-Bleue est le nom d'une chanson d'Angelo Branduardi (Album « Pane E Rose » 1996) - chantée en italien ou en français
  • La Barbe Bleue (2011) est le nom d'une chanson de Thomas Fersen (Album « Je suis au paradis »)
Arts plastiques
  • "Barbe Bleue" est un livre animé géant d'Armand Langlois.
  • Mais où se cache la Barbe Bleue (2014) installation exposition de France Everard.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. "fée" dans le texte, §10 ligne 7
  2. J-M.Flonneau, « 451, Attila assiège Orléans », sur http://www.loiret.com,‎ 30 avril 2001 (consulté le 11 octobre 2013)
  3. référence manquante
  4. Psychanalyse des contes de féesBruno Bettelheim
  5. site et affiche

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Essai

Textes complets sur Wikisource[modifier | modifier le code]

Charles Perrault

Charles Deulin

Liens externes[modifier | modifier le code]