Le Petit Chaperon rouge

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Le Petit Chaperon rouge
Image illustrative de l'article Le Petit Chaperon rouge
Le Petit Chaperon rouge
Illustration de Jessie Willcox Smith, 1911

Auteur Charles Perrault
Genre Conte en prose
Lieu de parution Paris
Éditeur Claude Barbin
Date de parution 1698
Chronologie
Précédent La Belle au bois dormant La Barbe bleue Suivant

Le Petit Chaperon rouge est un conte appartenant à la tradition orale. En Europe, il est principalement connu par le biais des versions collectées et retranscrites par Charles Perrault en France et par les frères Grimm en Allemagne.

Il est publié pour la première fois en France en 1698 par Perrault dans Les Contes de ma mère l'Oye. Il s'agit d'un conte-type 333 selon la classification Aarne-Thompson[1]

Origines du conte[modifier | modifier le code]

Le Petit Chaperon rouge est un conte de la tradition populaire qui connaît de nombreuses versions au cours de l’histoire et des sociétés. Il s’agit d’un conte d'avertissement qui contient des thèmes ayant trait à la sexualité, à la violence et à l'anthropophagie.

Versions européennes[modifier | modifier le code]

On retrouve trace de l’histoire dans la tradition orale de nombreux pays européens, sous différentes versions, antérieures au XVIIe siècle. Dans ses versions européennes, le conte oppose, dans une convention toute médiévale, l’univers sûr du village aux dangers de la forêt, même si aucune version écrite ne remonte à cette époque[2].

Les paysans français racontaient l’histoire dès le XIe siècle. L'une des versions orales du conte nous est connue, mais elle est l'une des plus sanglantes : le Loup, arrivé chez la Mère-grand, la dévore en en gardant toutefois un peu de côté, et prend sa place. La petite-fille arrive et, ne se doutant de rien, obéit à la fausse grand-mère lui disant de manger un peu de viande et de boire un peu de vin, en fait la chair et le sang de l'aïeule (la petite-fille s'interrogerait même quant aux dents présentes dans la chair, question à laquelle le Loup lui répondrait qu'il s'agit de haricots).

Dans la version italienne intitulée La Finta Nonna[3] (La Fausse Grand-mère), la petite fille l’emporte sur le Loup grâce à sa propre ruse, sans l’aide d’un homme ou d’une femme plus âgée. Ultérieurement sera ajouté le personnage d'un chasseur (ou d'un bûcheron, selon les versions) dont l'intervention relègue l’héroïne dans un rôle plus passif.

La version de Perrault[modifier | modifier le code]

« En passant dans un bois elle rencontra compère le Loup ». Illustration de Gustave Doré de 1867.
« Il se jeta sur la bonne femme et la dévora en moins de rien ». Illustration de Gustave Doré.

La plus ancienne version retranscrite et figée est celle de Charles Perrault, parue dans Histoires ou contes du temps passé, avec des moralités en 1698. Cette version sera plus malheureuse et moralisatrice que celles qui suivront. L’héroïne en est une jeune fille bien élevée, la plus jolie du village, qui court à sa perte en donnant au loup qu’elle rencontre dans la forêt les indications nécessaires pour trouver la maison de sa grand-mère. Le loup mange la vieille dame en se cachant des bûcherons qui travaillent dans la forêt voisine. Il tend ensuite un piège au Petit Chaperon rouge et finit par la manger. L’histoire en finit là, sur la victoire du loup. Pas de fin heureuse pour l’héroïne, la morale de Perrault est sans appel. Cette version a d'autant plus de répercussion qu'elle est publiée à une période qui correspond au pic d'attaques de loups sur l'homme que la France a connu depuis les quatre derniers siècles, soit 500 à 1500 enfants agressés annuellement par les loups[4]. Cependant, la moralité est avant tout un conseil de prévention contre le pervers ou le prédateur sexuel, incarné par le personnage du loup[5].

Les versions des frères Grimm[modifier | modifier le code]

Au XIXe siècle, deux versions distinctes furent rapportées par Jacob et Wilhelm Grimm : la première par Jeanette Hassenpflug (17911860) et la seconde par Marie Hassenpflug (17881856). Les deux frères firent de la première version l’histoire principale et de la seconde une suite. L’histoire de Rotkäppchen (La Capuche Rouge) parut dans la première édition de leur collection Kinder- und Hausmärchen (Contes des Enfants et du Foyer, 1812). Dans cette version, la fillette et sa grand-mère sont sauvées par un chasseur qui suivait la piste du Loup. La suite montre la fillette et sa grand-mère piégeant et tuant un autre loup, anticipant ses gestes grâce à l’expérience acquise au cours de la première histoire. Les frères Grimm modifièrent l’histoire dans les éditions postérieures, jusqu’à atteindre la version la plus connue dans l’édition de 1857. Cette version édulcorée, largement répandue, raconte l’histoire d’une petite fille qui traverse la forêt pour apporter un morceau de galette, une bouteille de vin à sa grand-mère. En chemin, la fillette fait la rencontre d’un loup, qui la piège à la fin et la dévore elle et sa grand-mère. Un chasseur vient néanmoins pour les sauver en ouvrant le ventre du Loup. Le Petit Chaperon rouge et sa grand-mère en sortent saines et sauves.

Le Petit Chaperon rouge par George Frederic Watts

Analyse[modifier | modifier le code]

Le conte entier est codé, selon les auteurs dont Bruno Bettelheim[6].

Codes[modifier | modifier le code]

La couleur du bonnet n'est pas un hasard. Toujours selon Bruno Bettelheim, le rouge est la couleur qui symbolise les émotions violentes et particulièrement celles qui renvoient à la sexualité[7]. La fillette, sa mère et sa grand-mère sont les trois figures féminines du conte. Le loup est, lui, une figure masculine ambiguë : il est à la fois un séducteur et un meurtrier. Enfin, à la fin du conte (dans la version des frères Grimm), apparaît une figure masculine positive : le personnage du chasseur qui tue le loup et lui ouvre le ventre pour délivrer le Chaperon Rouge et sa grand-mère. C'est une figure paternelle forte et responsable. La délivrance du Chaperon Rouge a aussi une symbolique forte et peut être interprétée comme une renaissance ou une métamorphose

Chaperon[modifier | modifier le code]

Le Petit Chaperon rouge est, à l’époque de Charles Perrault, une coiffure féminine populaire et bourgeoise, mais déjà démodée. La chose est naturelle, le costume des enfants du XVIIe siècle des classes aisées se caractérise par son archaïsme et ses emprunts aux modes populaires. Ce petit chaperon rouge serait donc la marque du désir des protagonistes villageois de se distinguer socialement, un signe de l’affection de la mère et de la grand-mère pour leur ravissante petite fille[8]. Certains chercheurs (notamment Pierre Saintyves) ont vu dans le chaperon rouge une couronne de fleurs, ce qui ferait de l'héroïne une reine de Mai, personnage du folklore populaire. Cette interprétation est combattue par les comparatistes qui font remarquer que les différentes versions du conte n'insistent pas toutes sur ce trait qui paraît avoir été mis en exergue (voire inventé) par Perrault et les frères Grimm[1].

Titre dans d'autres langues[modifier | modifier le code]

« Tire la chevillette, la bobinette cherra ». Illustration de F. O. C. Darley, 1850
« Elle était bien étonnée de voir comment sa Mère-grand était faite en son déshabillé ». Illustration de Gustave Doré.
Le Petit Chaperon rouge
Illustration d'Albert Anker (1883)
  • Allemand : Rotkäppchen
  • Anglais : Little Red Riding Hood
  • Arabe : ليلى و الذئب (Layla oua l-diâb, Layla et le Loup)
  • Arménien : Կարմիր գլխարկը (Karmir glkharky)
  • Basque : Txano Gorritxo
  • Breton : Kabelig ruz
  • Bulgare : Червената шапчица (Tchervenata chaptschitsa)
  • Catalan : La caputxeta vermella
  • Chinois : 小红帽 (Xiǎo hóng mào)
  • Coréen : 빨간 모자 (Ppalgan Moja)
  • Croate : Crvenkapica
  • Danois : Den lille Rødhætte
  • Espagnol : Caperucita Roja
  • Espéranto : Ruĝkufuletino
  • Estonien : Punamütsike
  • Finnois : Punahilkka
  • Galicien : Carrapuchiña vermella
  • Gallois : Hugan Fach Goch
  • Géorgien : წითელქუდა (Citelk'uda)
  • Grec : Η Κοκκινοσκουφίτσα (I Kokkinoskufítsa)
  • Hébreu : כיפה אדומה (Kippah Addumah)
  • Hindi : नन्हि लल छुन्नि (Nanhi Lal Chunni)
  • Hongrois : Piroska és a farkas
  • Islandais : Rauðhetta og úlfurinn
  • Italien : Cappuccetto Rosso
  • Japonais : 赤ずきん (あかずきん) (Aka Zukin)
  • Kurde : کیژە گچکەلە كلاو سورەکە
  • Latin : Lacernella Rubra
  • Letton : Sarkangalvīte
  • Lituanien Raudonkepuraitė
  • Néerlandais : Roodkapje
  • Norvégien : Rødhette og ulven
  • Persan : شنل قرمزی (Shenel qermezî)
  • Polonais : Czerwony Kapturek
  • Portugais : O Capuchinho Vermelho (au Portugal) ou Chapeuzinho Vermelho (au Brésil)
  • Roumain : Scufița roșie
  • Russe : Красная Шапочка (Krasnaia Chapotchka)
  • Slovaque : Červená Čiapočka
  • Slovène : Rdeča kapica
  • Serbe : Crvenkapica ou црвенкапица
  • Suédois : Lilla Rödluvan
  • Ukrainien: Червона Шапочка (Tchervona Chapotchka)
  • Tchèque : Červená Karkulka
  • Turc : Kırmızı Başlıklı Kız
  • Vietnamien : Cô bé quàng khăn đỏ

Adaptations[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Adaptation du Petit Chaperon rouge.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b P. Delarue, p. 373 sq.
  2. Dossier pédagogique : le Petit Chaperon Rouge, Joêl Pommerat, théâtre la coupole, St Louis
  3. Légendes sur le loup : le Petit Chaperon Rouge sur http://www.loup.ouvaton.org
  4. Jean-Marc Moriceau, Histoire du méchant loup, 3000 attaques sur l'homme en France XVe - XXe siècle, Fayard,‎ 2007, p. 57
  5. Bruno Bettelheim, psychanalyse des contes de fées, Pocket, 1999
  6. Bruno Bettelheim, Psychanalyse des contes de fées, traduction de Théo Carlier, Robert Laffont 1976, rééedition Pocket, 1999.
  7. Bruno Bettelheim explique le petit chaperon rouge, Insuf-FLE.
  8. Charles Perrault, Contes (introduction, notices et notes de Catherine Magnien), Éditions Le Livre de Poche Classique

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Bruno Bettelheim, The uses of Enchantment, 1976, Psychanalyse des contes de fées, traduction française 1976, édition citée : Hachette Littératures, 1998, ISBN 201278898 X
  • P. Delarue et M.-L. Tenèze, Le Conte populaire français, 1976-1985, ISBN 270681277 x
  • Serge Martin, Les Contes à l'école. Le(s) petit(s) chaperon(s) rouge(s), éd. Bertrand-Lacoste, 1997.
  • Bruno de La Salle, Le conteur amoureux, éd. du Rocher, 2007.

Textes complets sur Wikisource[modifier | modifier le code]

Charles Perrault

Les frères Grimm

Charles Deulin

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]