Dis Pater

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Dis Pater, fréquemment écrit Dispater et abrégé Dis, est le nom romain d'un dieu des Enfers antiques qui est devenu au fil des années Pluton.

Étymologie[modifier | modifier le code]

Littéralement Dis Pater pourrait signifier le Père des richesses. On pourrait dire de lui qu'il règne sur l'intérieur de la Terre, le sous-sol, comme son contraire Iu-piter, règne, lui, sur les cieux[1],[2]. Le terme Dis' pourrait aussi avoir la même origine que Deus, c'est-à-dire divin en latin, via la racine proto-indoeuropéennes Dyeus désignant les dieux.

Dis Pater et les Gaulois[modifier | modifier le code]

Chez les Romains, Dis Pater est un dieu assez obscur assimilé à Pluton. Or, d'après Jules César[3], « (...) Les Gaulois se vantent d'être issus de Dis Pater, tradition qu'ils disent tenir des druides. C'est pour cette raison qu'ils mesurent le temps, non par le nombre des jours ; mais par celui des nuits. Ils calculent les jours de naissance, le commencement des mois et celui des années, de manière que le jour suive la nuit dans leur calcul (...) ». Quand Jules César évoque les dieux des Gaulois, il les désigne sous le nom de divinités romaines. L'affirmation relative à Dis Pater a donné lieu à plusieurs interprétations, les historiens et archéologues cherchant à identifier le dieu gaulois que César présente sous un nom latin.

  • Selon l'archéologue et chercheur au CNRS Jean-Louis Brunaux, la personnalité du dieu gaulois qui lui est comparée ne peut être comprise que si elle est mise en relation avec la croyance, transmise par les druides, de la transmigration des âmes, une forme de métempsycose au cours de laquelle l'âme du défunt s'installe dans un autre corps humain à sa mort. Dans le texte de César, c'est cette théorie qui serait évoquée, les corps humains ne sont que les véhicules de l'âme et le dieu gaulois serait le père de toutes les âmes : celles-ci seraient issues du monde souterrain qu'elles quitteraient pour gagner la vie terrestre[4]. Pour Jean-Louis Brunaux, on peut penser que c'est dans le royaume souterrain de Dis Pater que les âmes passaient d'un corps à l'autre[5]. Les âmes immortelles passeraient ainsi de corps en corps jusqu'à l'atteinte d'un état de pureté la rendant totalement divine : les âmes des guerriers les plus braves étant ainsi appelées à échapper au cycle des réincarnations et à rejoindre le séjour des dieux.
  • Selon l'archiviste paléographe Anne Lombard-Jourdan, le dieu père des Gaulois pourrait avoir été honoré sous des formes et des dénominations variées : tel peuple pouvait célébrer son culte sous tel ou tel nom selon des qualités divines mises en avant par les druides locaux[6]. Ces appellations ont donné naissance à des dieux plus connus : chacun de ces dieux ne serait en fait qu'une hypostase du dieu Père. Cernunnos pourrait être ainsi une désignation de Dis Pater.
  • Selon l'historien Paul-Marie Duval, il existe des parallélismes entre Dis Pater et Sucellos[7]. Sucellos est un dieu gaulois, représenté avec un maillet, divinité chtonienne qui possède le don de frapper et de faire renaître.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le nom Jupiter vient de l'évolution d'un nom composé (« Ζεύς πατήρ » signifiant « Zeus père »). La première partie du composé appartient à la famille formée sur *dyew, racine indo-européenne sur laquelle est également formé le mot latin dies. On trouve même Diespiter chez Plaute et Varron pour désigner Jupiter.
  2. Ernout-Meillet, Dictionnaire étymologique de la langue latine, Paris, Klincksieck, 1967, s.v.
  3. Jules César, Guerre des Gaules, Livre VI, chap 18.
  4. Jean-Louis Brunaux, Nos ancêtres les gaulois, Seuil, 2008, p. 257.
  5. Jean-Louis Brunaux, Nos ancêtres les gaulois, Seuil, 2008, p. 170.
  6. Anne Lombard-Jourdan, Alexis Charniguet, Cernunnos, dieu Cerf des Gaulois, éd. Larousse, 2009, p. 19.
  7. Paul-Marie Duval, Les Dieux de la Gaule, page 64, Payot, Paris, 1993, (ISBN 2-228-88621-1).

Articles connexes[modifier | modifier le code]