Ulysse

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Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Ulysse (homonymie) et Odysseus.
Ulysse lié au mât de son navire pour ne pas céder au chant des sirènes, Musée national archéologique d'Athènes (Inv. 1130)

Ulysse (en grec ancien Ὀδυσσεύς / Odusseús, en latin Ulixes, puis par déformation Ulysses) est l'un des héros les plus célèbres de la mythologie grecque. Roi d'Ithaque, fils de Laërte et d'Anticlée, il est marié à Pénélope dont il a un fils, Télémaque. Il est renommé pour sa mètis (« intelligence rusée »), qui rend son conseil très apprécié dans la guerre de Troie à laquelle il participe. C'est encore par la mètis qu'il se distingue dans le long périple qu'il connaît au retour de Troie, chanté par Homère dans son Odyssée.

Chez le Pseudo-Apollodore, qui organise les récits de la mythologie grecque en un ensemble chronologique globalement cohérent, la mort d'Ulysse, annoncée par une prophétie, marque la fin de l'âge des héros, et donc des récits de la mythologie classique.

Ulysse est le personnage central du poème de l’Odyssée, à laquelle il donne son nom.

Étymologie du nom d'Ulysse

Le nom d'Ulysse existe sous plusieurs formes en grec ancien ; on trouve par exemple : Ὀλυσσεύς / Olusseús, Ὀλυττεύς / Olutteús, Οὑδυσσεύς / Houdusseús ; Οὐλιξεύς / Oulixeús et Οὐλίξης / Oulíxês. L'emprunt latin Ulixēs vient de cette dernière forme.

L'étymologie du nom est sujette à discussions [1]. À la suite d'Homère [2], le Petit Larousse des mythologies [3] le rattache au verbe ὀδύσσομαι / odússomai (« être irrité », « se fâcher »). Ainsi, au chant XIX de l’Odyssée, Autolycos est invité à choisir un nom pour son petit-fils qui vient de naître, et déclare :

« Comme j'arrive ici fâché contre beaucoup de gens,
hommes et femmes sur la terre qui nourrit les hommes,
Que cet enfant se nomme Le Fâché [4]. »

Mais cette étymologie tardive et conjecturale représente plus un jeu de mots qu'une véritable étymologie. De son côté, Paul Faure rapproche la forme latine Ulixēs du radical grec ολιγ- / olig- au sens de petit [5]. Force est de reconnaître en définitive que le nom d'Ulysse reste fondamentalement inexpliqué [6].

Enfin, le nom d'Ulysse donne naissance à quelques dérivés : Ὀδυσσεία / Odusseía (l’Odyssée), Ὀδὐσσειον / Odússeion (sanctuaire d'Ulysse) et Ὀλισσεῖδαι / Olisseîdai, nom d'une phratrie à Thèbes et Argos.

La naissance d'Ulysse

Anticlée fut violée par Sisyphe, qui la rendit mère d'Ulysse, dont elle était enceinte lors de son mariage à Laërte. Anticlée, après avoir épousé Laërte, est conduite à Alalcomènes, en Béotie, où naît Ulysse[7].

Le royaume d'Ulysse

Chaque fois qu'Homère évoque le royaume d'Ulysse, il nomme toujours un archipel composé de quatre îles, et qui correspond à l'archipel actuel des îles ioniennes : Ithaque, Doulichion qu'on peut identifier à l'actuelle Leucade, Samé, aujourd'hui Céphalonie, et Zakynthos. Parlant de ces îles, Ulysse précise qu'elles sont « habitées », νῆσοι πολλαὶ ναιετάουσι[8], affirmant ainsi qu'il exerce son pouvoir politique sur leur peuple. Loin de se réduire à la seule île d'Ithaque, le royaume d'Ulysse est donc constitué d'un véritable bassin méditerranéen délimité au nord-est par de multiples îles et îlots comme ceux aujourd'hui nommés Arkoudi, Méganisi, Oxia et les Échinades[9]. Les ressources naturelles de ces îles sont précisées : Ithaque et Doulichion produisent du blé mais aussi du vin ; Ithaque « bon pays à chèvres et à porcs »[10], connaît un élevage prospère : Ulysse possède un cheptel de plusieurs milliers de bêtes, sous la conduite d'Eumée, son porcher-chef, ainsi que de plusieurs bouviers et pâtres. L'île possède en outre des forêts, tout comme Zakynthos. Quand Télémaque dresse le catalogue des nobles pouvant prétendre à la main de Pénélope, il livre une précieuse indication sur les ressources en hommes de ces différentes composantes du royaume : de Doulichion sont venus « cinquante-deux jeunes gens distingués », tandis que d’Ithaque n'en sont venus que douze[11]. Ithaque apparaît ainsi la moins riche, mais l'exploitation de l'ensemble du royaume et les richesses tirées du commerce et des expéditions maritimes permettent à son roi de mener grand train. Ulysse affirme en outre : « J'habite dans Ithaque »[12], indiquant par là que le siège politique de son royaume se trouve sur cette île.

Un des héros de l’Iliade

Au moment du déclenchement de la guerre de Troie, Ulysse, persuadé par les arguments de Ménélas et Agamemnon, quitte Ithaque pour prendre part à la guerre dans le camp achéen — alors qu'une prophétie lui a prédit un retour semé d'embûches. Selon d'autres versions[13], il est lié par le serment de Tyndare, obligeant les prétendants malheureux à la main d'Hélène à aider celui qui l'emporterait. Ulysse, qui a entre temps épousé Pénélope et ne veut pas laisser son jeune fils Télémaque, simule alors la folie pour éviter de partir à la guerre, labourant un champ avec un attelage composé d'un bœuf et d'un cheval et y semant du sel (ou des pierres, selon les versions). La ruse est éventée par Palamède[14]. En effet, il va placer Télémaque au milieu du champ que laboure son père, qui, pour ne pas le blesser, révèle sa lucidité. Ulysse est contraint de rejoindre le camp grec. Dans l’Iliade, il est représenté comme un roi sage, favori d'Athéna, et habile orateur ; il prit part à la guerre à la tête de douze nefs. Il occupe de ce fait une place d'honneur dans le Conseil des rois. Le Conseil, par ailleurs, se tient, tout comme le tribunal de guerre, devant ses nefs, qui sont au milieu de la ligne formée par les vaisseaux grecs sur la plage à Troie. Il est dès lors normal[15] que les Grecs s'y réunissent, parce qu'il est un point central au propre comme au figuré, pour les sacrifices et les décisions de justice.

Lors de l'une de ces assemblées, il châtie le manant Thersite, qui prétend contester la parole des rois, en le frappant de son bâton de commandement. Jugé digne de confiance par les autres rois, il est chargé par Agamemnon de récupérer Briséis auprès d'Achille, après avoir en vain plaidé auprès de ce dernier retranché dans sa tente. C'est également lui qui est chargé des ambassades : avec Ménélas, il se rend à Troie pour négocier le retour d'Hélène, enlevée par Pâris. Ami du jeune guerrier Diomède, il l'accompagne dans la capture de l'espion Dolon. Selon une légende cyclique, ils dérobent également tous deux le Palladion.

Après la mort d'Achille, Ulysse vainc en duel Ajax fils de Télamon, et remporte les armes du Péléide. Enfin, il est l'auteur du stratagème du cheval de Troie, évoqué dans l’Odyssée et les épopées cycliques, parmi les premiers à sortir attaquer[16].

Le héros de l’Odyssée

Article détaillé : Odyssée.
Ulysse offrant du vin au Cyclope, copie romaine d'un original de la fin de l'époque hellénistique, musée Chiaramonti

La guerre de Troie ayant pris fin, Ulysse erre sur la mer après avoir provoqué le courroux de Poséidon. Ses errances comprennent notamment l'épisode des sirènes poussant grâce à leurs chants enchanteurs, les navires vers les récifs ; Ulysse, prévenu par Circé, demande à son équipage de se boucher les oreilles avec de la cire ; quant à lui, il se fait attacher au mât du bateau car il voulait écouter leur chant. Dans un autre épisode, Ulysse lutte contre le cyclope du nom de Polyphème, un fils de Poséidon, dont il crève l'œil grâce à un pieu après l'avoir . Le cyclope, blessé, lance vers Ulysse d'énormes rochers, qui le manquent et s'abiment dans la mer. On identifiait certains îlots de la mer Ionienne à ces rochers. Au cours de nouvelles aventures, Ulysse rencontre la nymphe Calypso qui le garde sur son île durant sept ans et lui offre l'immortalité. Il découvre le peuple des Lotophages et affronte aussi la magicienne Circé, connue pour avoir le pouvoir de transformer les hommes en animaux.

Ulysse se rend au pays des Cimmériens, qui sont, dans l’Odyssée les Enfers ou royaume d'Hadès : c'est l'épisode de la Nekuia. Il y rencontre les ombres errantes de nombreux héros qu'il a côtoyés : Agamemnon, Achille devenu le roi du monde des ombres, Ajax fils de Télamon... Au bout de vingt ans, lorsqu'il rentre à Ithaque, sa patrie, déguisé en mendiant, il tue les prétendants de sa femme Pénélope et la retrouve, elle et son fils Télémaque.

Descendance

Dans l’Odyssée, Ulysse n'a qu'un fils, Télémaque, qu'il a eu de son épouse Pénélope. D'autres sources lui prêtaient cependant plusieurs autres enfants :

Mort

La mort d'Ulysse n'est pas racontée dans l’Odyssée, qui s'achève à son retour à Ithaque, mais l'ombre du devin Tirésias prédit à Ulysse, au chant XI (v.134-136), qu'il connaîtra une mort douce et heureuse, qui lui viendra « de la mer » ou l'atteindra « hors de la mer », selon le sens que l'on donne à la préposition ἐξ[18].

En revanche, la mort d'Ulysse est relatée dans une autre épopée du Cycle troyen, la Télégonie, attribuée à Eugammon de Cyrène, et dont nous ne connaissons qu'un résumé très postérieur attribué au grammairien Proclos. Selon la Télégonie, Télégonos, fils d'Ulysse et de Circé, fit le voyage à Ithaque avec quelques compagnons pour connaître son père. Ayant été jeté sur les côtes d'Ithaque sans le connaître, il alla faire des vivres avec ses compagnons qui se livrèrent au pillage. Ulysse, à la tête des habitants d'Ithaque, vint pour repousser ces étrangers : il y eut combat sur le rivage, et Télégonos frappa Ulysse d'une lance dont le bout était fait d'un dard venimeux de raie, accomplissant ainsi la prédiction de Tirésias dans l’Odyssée. Ulysse, mortellement blessé, se souvint alors d'un oracle qui l'avait averti de se méfier de la main de son fils ; il s'informa de l'identité de l'étranger et de son origine. Il reconnut Télégonos et mourut dans ses bras. Athéna les consola tous les deux, en leur disant que tel était l'ordre du destin : elle ordonna même à Télégonos d'épouser Pénélope et de porter à Circé le corps d'Ulysse pour lui faire rendre les honneurs de la sépulture.

Interprétations mythologiques

La mètis d'Ulysse

Article détaillé : Mètis (Grèce antique).

Dans une série d'articles parus entre 1965 et 1974 puis regroupés en volume en 1974, les hellénistes Jean-Pierre Vernant et Marcel Detienne ont mis en avant la cohérence d'une notion propre à la pensée grecque : la mètis, une forme d'intelligence rusée à laquelle sont associés des modes d'action, des structures de pensée et des connotations ambivalentes[19]. Les dieux, les héros et les créatures de la mythologie grecque ont recours à la mètis, mais les Grecs la percevaient aussi chez certains animaux et l'associaient à certains domaines de compétence (la chasse, la pêche, l'équitation). Sans avoir le monopole de cette intelligence rusée, Ulysse est l'un des héros qui lui sont le plus étroitement associés. Dans l’Odyssée, il est Ulysse polutropos, « Ulysse aux mille tours », c'est-à-dire aux mille ruses, qui surpasse en ingéniosité tous les autres héros : sa prudence et sa ruse (déguisements, mensonges) lui sauvent la vie à plusieurs reprises au cours de son périple puis de sa vengeance contre les prétendants de Pénélope[20].

Hypothèse du parcours initiatique

Sur le plan symbolique, l'étude des interpolations de textes d'époques et de styles différents dans l’Odyssée montre selon certains auteurs[21] qu'il s'agissait à l'origine d'un parcours initiatique symbolique, transformé par Homère en un récit de voyage géographique rappelant peut-être des courants de navigation antiques entre les Pélasges, les Peuples de la mer, les Phéniciens et l'Asie Mineure. À part Troie et la Sicile, la plupart des lieux cités dans l’Odyssée sont difficiles à identifier.

Recherches archéologiques

Le culte d'Ulysse à Ithaque

D'importantes découvertes archéologiques effectuées dans la grotte de Loïzos à Port Polis, au nord d'Ithaque, permettent d'affirmer qu'un culte héroïque a été rendu à Ulysse[22]. Cette grotte, aujourd'hui à demi-submergée et écroulée à la suite de plusieurs tremblements de terre, a en effet été un sanctuaire depuis l'âge du Bronze ancien jusqu'à l'époque romaine. En tant que sanctuaire, elle était fermée, placée sous l'autorité de prêtres et gardée par des officiers de la cité. On y a retrouvé entre autres les restes de trépieds en bronze, tout semblables à ceux qui furent offerts à Ulysse par les Phéaciens[23], restes exposés aujourd'hui dans le petit musée de Stavros. Dans l'antiquité, de tels trépieds étaient des objets de prestige et de prix, « exclusivement destinés à des usages cérémoniels dans les palais des princes ou à des usages cultuels dans les temples des dieux » écrit l'ethnologue Jean Cuisenier. Ils constituaient également le prix offert aux vainqueurs des jeux funèbres en l'honneur des héros. Or, au IIIe siècle encore, on célébrait à Ithaque des jeux appelés Ὀδύσσεια, Odysseia, en l'honneur d'Ulysse. L'analyse des bronzes de la grotte Loïzos permet de les dater du VIIIe siècle avant J.C., ils sont donc très postérieurs à l'époque d'Ulysse, héros du XIIIe siècle. Des masques en terre cuite hellénistiques ont aussi été découverts et surtout un tesson de terre cuite de masque votif portant en toutes lettres, et parfaitement déchiffrable, une dédicace à Ulysse : ΕΥΧΗΝ ΟΔΥΣΣΕΙ, « prière (ou vœu) à Ulysse ». Ce fragment daté du IIIe-IIe siècle av.J.C., aujourd'hui célèbre, atteste sans contestation possible qu'en ces lieux un culte était rendu au héros divinisé ou au dieu Ulysse. Le professeur allemand H.G.Buhholz a localisé près de Stavros, au lieu-dit The School of Homer, le sanctuaire d'Ulysse datant de l'époque hellénistique.

Quelle était la signification de ce culte ? L'île d'Ithaque était un point de passage obligé pour tous les matelots, capitaines de navires ou chefs d'expéditions en route vers la mer Adriatique, la mer de Sicile ou la mer Tyrrhénienne. Grands navigateurs, les Grecs ont eu besoin de reconnaître des routes maritimes aisément navigables vers l'Ouest, de repérer des mouillages, des amers, et de connaître les régimes des vents et des courants. Ulysse lui-même dit que sa navigation est « une recherche des portes (ou passes) de la mer », πόρους ἁλὸς ἐξερεείνων[24]. Dans ces aventures qui précèdent les expéditions pour la fondation de colonies, la grotte a servi à célébrer une liturgie appropriée pour prononcer avant l'embarquement un vœu qu'on imagine identique à celui qu'Ulysse dans sa nostalgie d'Ithaque répète si souvent : « Puissé-je au logis retrouver sains et saufs ma femme et tous les miens ! »[25] ; et en cas de retour heureux, matelots et capitaines pouvaient y déposer une offrande à Ulysse, ce héros du νόστος, du grand retour, « l'homme aux mille ruses », modèle exemplaire de la métis grecque.

Emplacements du royaume d'Ulysse

L'Ithaque homérique

La localisation de l'Ithaque décrite par Homère a été longtemps débattue : certains auteurs[réf. nécessaire] pensent qu'il s'agit de l'actuelle Céphalonie, et l'Ithaque actuelle pourrait alors être la Phéacie homérique (souvent identifiée dans l'actuelle Corfou), car d'une part un village du nom de Φεάκοι (Phéakoi) était localisé sur l'île, à Platrithrias[26], et d'autre part le nom populaire de l'île, Θιάκη, « Thiaki », pourrait venir de Φεάκια (Phéakia : il ne serait alors pas une déformation d'Ιθάκη - Ithaque). Cependant, il est très probable que l'île actuelle d'Ithaque, qui n'a pratiquement jamais cessé de porter ce nom à travers l'histoire, correspond à l'Ithaque homérique, comme tendent à le prouver les travaux de recherches de plusieurs universitaires grecs[27].

Le palais dit d'Ulysse à Ithaque

Vestiges probables du palais dit d'Ulysse à Stavros, sur l'île d'Ithaque.

Depuis longtemps hellénistes et archéologues ont cherché à retrouver les vestiges du palais d'Ulysse. Homère situe ce palais « au pied du mont Néion[28] », et à une hauteur suffisante pour apercevoir les bateaux dans la rade et le port, en distinguant les manœuvres des marins[29]. Des fouilles archéologiques ont été menées par l'École britannique d'Athènes à partir de 1930 sur les hauteurs du village actuel de Stavros, au nord d'Ithaque, au lieu-dit Platreithrias, en grec Πλατρειθρίας. Le site est aujourd'hui familièrement appelé The School of Homer. Au terme de seize ans de recherches, la mission archéologique de l'Université de Ioannina conduite par les professeurs d'archéologie préhistorique Athanase Papadopoulos et Litsa Kondorli a annoncé avoir mis au jour le palais du légendaire roi d'Ithaque[30]. Cette découverte a été menée en collaboration avec plusieurs archéologues de réputation internationale, entre autres, le professeur suédois Paul Aström de l'Université de Göteborg. Elle s'appuie sur de multiples indices concordants. Les restes de l'important bâtiment qui a été découvert suit le modèle des palais mycéniens de Mycènes, Tirynthe et Pylos ; il est construit sur deux niveaux à onze mètres de profondeur et de différence de hauteur, avec des escaliers taillés à même le rocher au flanc de la colline, ce qui confirme les descriptions de l'Odyssée qui évoque les serviteurs montant et descendant sans cesse les escaliers du palais d'Ulysse ; le bâtiment comporte des assises de pierre de grande taille et il est entouré de murailles fortifiées ; les travaux d'aménagement d'une fontaine en sous-sol ont été formellement datés du XIIIe siècle avant J.C. par un archéologue spécialiste de l'Université de Munich ; des fragments de poterie d'époque mycénienne et des tablettes de terre cuite en Linéaire B ont été récemment découverts. De ces hauteurs, on a vue sur les rades d'Ormos Polis et de Frikès[31]. En 2011, les fouilles se poursuivaient sur ce site. Cette hypothèse est suffisamment étayée selon les chercheurs pour permettre d'affirmer que ce palais d'époque mycénienne n'a pu appartenir qu'au roi d'Ithaque ; il est connu sous le nom de « palais d'Ulysse », comme celui de Pylos est traditionnellement connu sous le nom de « palais de Nestor »[32].

Dans les arts après l'Antiquité

Littérature

Le personnage d'Ulysse n'a cessé d'inspirer poètes et écrivains, tantôt comme personnage de la mythologie, tantôt comme source d'une réécriture ou d'une actualisation du mythe. Les poètes ont mis en avant tour à tour certains aspects de la personnalité d'Ulysse : Dante évoque Ulysse, homme de ruse et de vengeance, au Chant XXVI de l'Enfer, première partie de la Divine Comédie :

« ...et je voulais te demander qui est dans ce feu, si divisé à son sommet qu’on dirait qu’il s’élève du bûcher sur lequel Étéocle fut mis avec son frère ? Il me répondit : « Là dedans sont tourmentés Ulysse et Diomède ; ils sont ensemble emportés par la vengeance, comme ils le furent par la colère[33]. »

Dans cette scène, Dante invente un ultime voyage fait par Ulysse après son retour à Ithaque et qui le conduit à sa perte : incapable de retenir sa soif de voyage, Ulysse repart avec ses compagnons et explore les mers jusqu'au bout du monde, mais finit englouti au cours d'une tempête par la volonté divine[34]. Dans le poème de Dante, auteur chrétien, Ulysse est coupable du péché de libido sciendi, le désir de connaissance excessif. Mais au cours des siècles suivants, les lecteurs de Dante font d'autres interprétations plus positives de ce passage, surtout à l'époque romantique[35].

Joachim du Bellay chante le voyageur au début du sonnet 31 des Regrets[36] avec le célèbre vers : « Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage ». Dans son recueil Alcools, (1920) Apollinaire exalte « le sage Ulysse », fidèle à Pénélope, dans deux strophes de la Chanson du Mal-Aimé.

Romanciers et dramaturges ont réinterprété le personnage et son mythe : Ulysse (1922), roman le plus connu de James Joyce, est une transcription de l’Odyssée (organisation en chapitres, symbolisme des aventures, ...) sur une journée de personnages de Dublin, dont l'artiste qui y joue le rôle de Télémaque. Le mythe d'Ulysse a aussi inspiré à Jean Giono Naissance de l'Odyssée. Mais dans ce roman, Ulysse est un coureur de jupons qui invente l’Odyssée pour justifier sa longue absence. Le personnage d'Ulysse intervient dans la pièce La guerre de Troie n'aura pas lieu de Jean Giraudoux (1935) comme l'homme de la négociation, lucide et réaliste. Enfin, dans le roman Ulysse from Bagdad (2008), Éric-Emmanuel Schmitt réinterprète le personnage et les aventures d'Ulysse sous la forme d'un clandestin qui, partant d'Irak, tenterait de gagner Londres.

Musique

Danse

  • Le chorégraphe français Jean-Claude Gallotta crée en 1981 son œuvre fondatrice, Ulysse, qu'il revisite à de nombreuses reprises tout au long de sa carrière.

Cinéma

Séries télévisées

  • La série animée franco-japonaise Ulysse 31 (1981) transpose les aventures d'Ulysse au XXXIe siècle ap. J.C., dans un univers de science-fiction mâtiné de science fantasy.
  • L'Odyssée (2002), série télévisée d'animation française créée par David Michel, met en scène les aventures d'Ulysse durant son voyage de retour à Ithaque en s'inspirant librement de l’Odyssée.
  • La série franco-italo-portugaise Odysseus, créée par Frédéric Azémar, réalisé par Stéphane Giusti et diffusée en France en 2013, s'inspire quant à elle de la seconde moitié de l’Odyssée et met en scène le retour d'Ulysse à Ithaque vu par ceux qui l'y attendent, Pénélope, Télémaque et les prétendants à la main de Pénélope.

Autres références à Ulysse

Deux astéroïdes sont nommés d'après Ulysse : (1143) Odyssée (d'après son nom grec) et 5245 Ulysse (d'après sa forme latinisée).

Notes et références

  1. Pierre Chantraine, Dictionnaire étymologique de la langue grecque, Klincksieck, 1990 (nouvelle édition), s. v. Ὀδυσσεύς, p. 775b-776a.
  2. Odyssée [détail des éditions] [lire en ligne] (I, 60-62 ; 5, 339-340 ; XIX, 407-416).
  3. Petit Larousse des mythologies, Paris 2007, p. 112
  4. Traduction de Philippe Jaccottet pour les éditions Maspéro, 1982.
  5. Paul Faure, Ulysse le Crétois, Paris, Fayard, 1980.
  6. Jean Cuisenier, Le Périple d'Ulysse, Paris, Fayard, p. 81-82.
  7. Plutarque, Questions grecques (question 43)
  8. Odyssée, chant IX, vers 22-23.
  9. Jean Cusenier, Le périple d'Ulysse, Paris Fayard, p. 37 à 43.
  10. Homère, Odyssée [détail des éditions] [lire en ligne] (Chant XIII, vers 246)
  11. Odyssée, XVI, vers 247 à 251.
  12. Homère, Odyssée [détail des éditions] [lire en ligne] (Chant IX, vers 21)
  13. Fable 95 d'Hygin, et Epitomé du Pseudo-Apollodore (III, 6-7).
  14. Envers qui Ulysse gardera une rancune fatale.
  15. Selon Robert Flacelière dans ses notes sur l’Iliade parues dans la collection de La Pléiade p. 924.
  16. Virgile, Énéide [détail des éditions] [lire en ligne] (II, 265)
  17. Hésiode, Théogonie [détail des éditions] [lire en ligne], 1017-1018.
  18. θάνατος δέ τοι ἐξ ἁλὸς αὐτῷ / ἀβληχρὸς μάλα τοῖος ἐλεύσεται (XI, 134-135). Victor Bérard (Belles Lettres, 1924) traduit : « puis la mer t'enverrait la plus douce des morts ». Philippe Jaccottet (La Découverte, 1982) traduit : « et la mort viendra te chercher / hors de la mer, une très douce mort »
  19. Jean-Pierre Vernant et Marcel Detienne, Les Ruses de l'intelligence. La mètis des Grecs, Paris, Flammarion, 1974.
  20. Suzanne Saïd, Homère et l'Odyssée, Paris, Belin, 1998, p. 218-221.
  21. Préface de Fernand Robert et introduction de Robert Flacelière dans L'Odyssée traduite par Victor Bérard, Livre de Poche, ainsi que Marija Gimbutas : La Parole de la déesse.
  22. Jean Cuisenier, Le périple d'Ulysse, Fayard, p. 53 à 57 et p. 375 à 379.
  23. Odyssée, chant XIII, vers 13-14.
  24. Odyssée, chant XII, vers 259.
  25. Odyssée, chant XIII, vers 42-43.
  26. L’Odyssée, traduite et commentée par Victor Bérard, préface par Fernand Robert, Le Livre de Poche, 1982.
  27. Voir la video Throwing Light on Homer's Ithaca.
  28. Odyssée, III, vers 81.
  29. Odyssée, XVI, vers 351-353.
  30. (el)« Nous avons trouvé le palais d'Ulysse », entretien du 26 janvier 2011 avec les archéologues chargés des fouilles. Voir aussi Jean Cuisenier, Le périple d'Ulysse, Fayard, p. 52 à 57.
  31. L'Odyssée indique que du haut du palais d'Ulysse, on a vue sur une rade.
  32. On sait que les épopées homériques, faites de pièces et de morceaux d'inspiration et d'âge différents, évoquent des personnages devenus légendaires mais qui dérivent de la réalité historique, depuis les royaumes achéens du XIIIe siècle av. J.-C. jusqu'à la période archaïque du VIIIe siècle av. J.-C. Selon Michel Woronoff et Monique Trédé, les épopées homériques ne peuvent pas constituer un témoignage historique direct sur une époque réelle donnée ou sur des personnes ayant réellement existé : voir Jean Leclant (dir.), Dictionnaire de l'Antiquité, Paris, PUF, 2005, entrée Homère, p. 1087-1088.
  33. Commedia, Inf. XXVI, 52-57 (texte original) - Traduction Lamennais (1883) sur Wikisource
  34. Dante, L'Enfer, chant XXVI, vers 79-142.
  35. Ariane Eissen, Les Mythes grecs, Paris, Belin, 1993, chapitre 6, p. 342.
  36. Sonnet 31 dans l'édition Poésie Gallimard.

Sources

Annexes

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Bibliographie

Sur Ulysse dans l'Antiquité

  • Jean Cuisenier, Le Périple d'Ulysse, Fayard,‎ 2003 (ISBN 9-782213-615943).
  • Olivier Estiez, Mathilde Jamain et Patrick Morantin (dir.), Homère. Sur les traces d'Ulysse, Paris, éditions BNF, 2006 (ISBN 978-2-7177-2365-6) (Catalogue de l’exposition Homère. Sur les traces d’Ulysse, présentée par la Bibliothèque nationale de France sur le site François-Mitterrand du 21 novembre 2006 au 27 mai 2007).
  • Alessandro Perutelli, Ulisse nella cultura romana, Firenze, Le Monnier Università, 2006 (ISBN 978-88-00-86073-4).
  • Suzanne Saïd, Homère et l'Odyssée, Paris, Belin, 1998.

Ulysse après l'Antiquité

  • Evanghélia Stead (ed.), Seconde Odyssée, Ulysse de Tennyson à Borges, Jérôme Million, coll. « Nomina », 2009.
  • Agathe Entanaclaz (ed.), Les Métamorphoses d'Ulysse. Réécritures de l'Odyssée, présentation et dossier par Agathe Entanaclaz, GF-Flammarion, 2003.

Liens externes