Panique de 1837

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L'affiche de campagne des Whig blâme Van Buren pour cette période désastreuse (1840).

La panique de 1837 se produisit aux États-Unis après une période de fièvre spéculative. La bulle éclata le 10 mai 1837 à New York, lorsque les banques cessèrent tout paiement en espèce (monnaie or ou argent). La panique fut suivie d'une dépression longue de cinq années, accompagnée de faillites bancaires et d'un taux record de chômage.

Causes[modifier | modifier le code]

Selon les partisans du président Andrew Jackson, l'introduction par les banques du papier-monnaie créait un risque d'inflation, car trop de billets n'étaient pas couverts par une réserve équivalente en or.

Un décret d'Andrew Jackson, le Specie Circular, décida qu'à partir du 15 août 1836 tout terrain acheté à l’État américain devait être payé en or. Cette décision visait à doper le prix de l'or pour encourager la conquête de l'Ouest, déjà expérimentée à Auraria (Georgie), dans les années 1832 et 1833, par des loteries promettant aux colons les terres aurifères des cherokee, chassés par le traité de New Echota et la piste des larmes. Andrew Jackson prétendit faire d'une pierre deux coups : enrichir l’État et les colons, d'une vraie richesse, basée sur l'or.

Le Specie Circular créa progressivement une pénurie d'or et incita les spéculateurs à vendre leurs billets de banque contre de l'or, suscitant progressivement une défiance dans le papier-monnaie.

Le président Andrew Jackson refusa au même moment de renouveler la charte de la Second Bank of the United States, ce qui se traduisit par le retrait des fonds gouvernementaux de cette banque, chargée de refinancer tout le système bancaire. Cela fragilisa du coup toutes les autres banques et aggrava la défiance dans le papier-monnaie.

Son successeur, Martin Van Buren, prit ses fonctions en mars 1837, cinq semaines avant la panique. Son refus d'impliquer le gouvernement dans l'économie fut considéré comme ayant contribué à la durée de cette crise.

Analyse[modifier | modifier le code]

Lorsqu'on analyse la bulle financière qui précéda la panique de 1837, à l'aide des connaissances actuelles, on constate qu'elle fut surtout créée par des capitaux extérieurs. Suggérer que les banques américaines prêtaient sans retenue aurait impliqué une forte chute des taux de couverture. Cependant au début des années 1830, les taux moyens de couverture des banques restaient relativement stables, même si la masse monétaire en circulation s'était accrue d'environ 200%. Cette croissance de la masse monétaire provenait en fait d'investisseurs britanniques, qui prêtaient de l'argent aux gouvernements des divers États des USA, pour financer la construction de canaux, comme le canal Érié, par exemple.

La Specie Circular de 1836 imposait aux acheteurs de terrains appartenant à l'État de les payer en or plutôt qu'en billets de banque. Bien que l'utilisation de billets soit plus aisée que le transport d'or.

La crise fut déclenchée de l'extérieur, par la Banque Centrale britannique. Celle-ci ne voyait pas d'un très bon œil le flux de capitaux vers les États-Unis, provenant d'investisseurs britanniques. Pour le combattre, elle augmenta son taux d'intérêt sur les dépôts, ce qui rendit plus attractif, pour les investisseurs britanniques, les placements au Royaume-Uni. Le crédit se raréfiant brutalement, et la confiance dans les billets de banque diminuant, l'économie fut vite paralysée.

Conséquences[modifier | modifier le code]

Un dessin de la presse Whig illustrant la réalité du chômage.

Dans les deux mois qui suivirent, le montant total des faillites dans la seule ville de New York atteignit pratiquement 100 millions de dollars de l'époque. « Sur les 850 banques des États-Unis, 343 fermèrent leurs portes, 62 firent partiellement faillite et le système des banques d'État subit un choc dont il ne se remit jamais totalement. »[1]

Quelques grandes banques locales, comme la Suffolk Bank of Boston, agirent comme des banques centrales, prêtant des réserves à d'autres banques, ce qui atténua les effets de la panique de 1837 en Nouvelle-Angleterre. Bien que Van Buren n'ait pas engendré la panique de 1837, il fut durement jugé (et ne fut pas réélu) parce qu'idéologiquement, il répugnait à voir le gouvernement imposer des règles au marché bancaire, une résolution, qui selon de nombreux historiens de l'économie, prolongea les effets de la panique (alors que d'autres considèrent que son approche a évité une interférence potentiellement destructive), qui se firent subir jusqu'en 1843. Van Buren avait même conservé à son poste le Secrétaire au Trésor de Jackson, Levi Woodbury.

L'économiste Milton Friedman donne l'analyse suivante[2]:

« La panique bancaire de 1837 fut suivie de conditions économiques particulièrement perturbées et d'une longue contraction jusqu'en 1843 qui ne fut interrompue que par une brève amélioration de 1838 à 1839. Cette grande dépression est particulièrement intéressante pour notre propos. Elle est la seule dépression enregistrée comparable de par sa sévérité et son étendue avec la Grande Dépression des années 1930 et ses évènements monétaires concomitants reproduisent largement ceux de la crise ultérieure. Dans ces deux cas, une fraction importante des banques aux États-Unis cessèrent leurs activités soit par suspension, soit par fusion --environ un quart lors de la première et un tiers lors de la dernière contraction-- et la masse monétaire diminua d'environ un tiers. Aucune autre contraction n'approche, même de loin, ce lugubre record. Dans ces deux cas, une politique monétaire gouvernemental erratique ou imprudente jouèrent un rôle important. »

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) « The financial panic of 1837 » dans The Great Republic by the Master Historians, Charles Morris, New York, Pittsburgh etc.: R.S. Belcher Co., 1902.
  2. Milton Friedman, (1960) p. 10

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

  • (en) James C Curtis, The Fox at Bay: Martin Van Buren and the Presidency, 1837-1841, Lexington, Univ. Press of Kentucky,‎ 1970 (ISBN 978-0-8131-1214-5), p. 64-151
  • (en) Milton Friedman, A Program for Monetary Stability, New York, Fordham Univ. Press,‎ 1960
  • (en) Edward S Kaplan, The Bank of the United States and the American Economy, Westport, Greenwood,‎ 1999 (ISBN 978-0-313-30866-6, lien LCCN?)
  • (en) Reginald C MacGrane, The Panic of 1837: Some financial problems of the Jacksonian era,‎ 1924
  • (en) Peter L Rousseau, « Jacksonian Monetary Policy, Specie Flows, and the Panic of 1837 », Journal of Economic History, vol. 62, no 2,‎ 2002, p. 457-488 (lire en ligne)
  • (en) Larry Schweikart, Banking in the American South from the Age of Jackson to Reconstruction, Baton Rouge, LSU Press,‎ 1987 (ISBN 978-0-8071-1403-2, lien LCCN?)