Harvey Milk

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Harvey Milk

Description de cette image, également commentée ci-après

Harvey Milk dans le bureau du maire, George Moscone, à San Francisco en 1978.

Nom de naissance Harvey Bernard Milk
Alias
Glimpy
The mayor of Castro Street
Naissance 22 mai 1930
Long Island, États-Unis
Décès 27 novembre 1978 (à 48 ans)
San Francisco, Californie
États-Unis
Nationalité Américaine
Pays de résidence États-Unis
Profession Homme d'affaires
Autres activités
Formation

Harvey Bernard Milk (né le 22 mai 1930 à Woodmere, à Long Island, mort le 27 novembre 1978 à San Francisco) est un homme politique américain et un militant pour les droits civiques des homosexuels. Il a été le premier « superviseur » (poste similaire à celui de conseiller municipal) ouvertement gay de la ville de San Francisco.

Harvey Milk a été assassiné avec le maire de San Francisco, George Moscone, le 27 novembre 1978. Leur meurtrier, Dan White, a été condamné à sept ans et huit mois de prison, pour homicide involontaire. Ses défenseurs plaidèrent qu'il aurait été perturbé par une « mauvaise alimentation » ; il sera finalement libéré après cinq ans de réclusion [1]. Le verdict, considéré comme trop clément par la communauté gay mais pas seulement, a provoqué un scandale dans l'opinion publique[réf. souhaitée], qui a mené à des émeutes réprimées par la police de San Francisco, les « White night riots ».

Biographie[modifier | modifier le code]

Début de carrière[modifier | modifier le code]

Harvey à 4 ans avec son grand frère Robert.

Harvey Bernard Milk était surnommé Glimpy dans son enfance et sa jeune adolescence. Harvey Bernard Milk est né à Woodmere, État de New York, sur Long Island le 22 mai 1930, fils de William et Minerva Karns Milk. Issu d'une famille juive, d'origine lituanienne, il est le petit-fils de Morris Milk qui avait aidé à l'édification de la première synagogue de la région[2],[3]. Enfant, Milk est sujet aux railleries à cause de ses grandes oreilles, de son grand nez et de ses grands pieds, il est souvent perçu comme le clown de la classe. Durant ses études, Il pratique le football américain et développe une passion pour l'opéra ; à l'adolescence, il est conscient de son homosexualité, mais garde cela secret[4].

Diplômé de l'Université d'Albany en 1951, il s'engage dans la marine américaine mais ne renouvelle pas son engagement malgré une carrière prometteuse terminée avec le grade de lieutenant en 1955. Milk déclarera avoir été victime d'une purge contre les homosexuels dans l'armée[5].

Après son service dans la marine, Milk vit à Dallas, mais son origine juive lui rend difficile sa recherche d'emploi. Il finit par quitter le Texas pour aller à New York où il trouve un travail à Wall Street. Il devient également producteur de pièces de théâtre aux côtés de Tom O'Horgan : ensemble, ils produisent des pièces comme Lenny ou la comédie musicale Jesus Christ Superstar.

En 1972, comme de nombreux homosexuels à l'époque, Milk déménage pour San Francisco. Il s'y installe avec son compagnon Scott Smith et y ouvre un magasin d'appareils photographiques, Castro Camera, dans le quartier gay qui deviendra peu à peu connu sous le nom du Castro. Il se distingue rapidement comme un meneur de la communauté homosexuelle, notamment à travers la création de la Castro Valley Association of Local Merchants, une association de commerçants du Castro, et en représentant le quartier lors des négociations avec la mairie.

Mandat[modifier | modifier le code]

Harvey et sa belle-sœur Audrey Milk en 1973.

Milk se présente à deux élections du conseil municipal en 1973 et 1975, sans succès. Il est peu à peu connu comme le « maire de Castro Street », titre dont il aime bien se targuer. À chaque campagne, il reçoit un soutien de plus en plus large de la communauté gay.

Prenant acte du fort soutien dont bénéficie Milk, le maire de l'époque, George Moscone, le nomme au Comité d'appel de permis en 1976. Milk doit néanmoins quitter ce poste à peine cinq semaines plus tard pour se présenter en tant que député à l'assemblée de Californie, une élection qu'il perd face à son adversaire Art Agnos.

En 1977, le mode de scrutin change : les superviseurs sont maintenant élus par district et non plus au niveau municipal. Milk est alors élu représentant du 5e district, qui inclut le quartier du Castro, et devient le premier homosexuel ouvertement déclaré comme tel à être élu dans une grande ville des États-Unis.

Durant ses onze mois de mandat, il soutient un projet de loi pour les droits des homosexuels et s'oppose à la Proposition 6, un projet de loi du sénateur Briggs soumis à référendum qui aurait autorisé le licenciement des enseignants ouvertement homosexuels. Le thème de l'homosexualité est alors très sensible aux États-Unis, suite aux engagements et aux déclarations ouvertement homophobes de la chanteuse Anita Bryant, et aux différentes ordonnances locales prises dans plusieurs États des États-Unis pour empêcher — ou au contraire parfois pour favoriser — les discriminations liées à l'orientation sexuelle. Dans ce contexte tendu, Milk parvient malgré tout à faire passer son projet de loi [Lequel ?] et à empêcher l'adoption de la Proposition 6. [réf. souhaitée]

Assassinat[modifier | modifier le code]

Le 27 novembre 1978, Milk est assassiné avec le maire George Moscone dans la mairie par l'ancien superviseur Dan White. Milk et White avaient du mal à s'entendre, s'opposant sur de nombreux projets de loi. À l'automne 1978, faisant face aux difficultés financières de son restaurant et aux critiques concernant son rôle de superviseur, White démissionne soudainement. Immédiatement, de nombreux groupes d'intérêts économiques qui comptaient sur la présence de White à la mairie font pression sur lui pour qu'il demande le retour de sa lettre de démission, mais lorsqu'il fait sa requête, il apprend que sa démission est d'ores et déjà effective. Seul le maire a le pouvoir de rétablir White à son poste, une décision que Moscone est d'abord tenté de prendre, avant d'être convaincu par Milk et d'autres qu'il s'agit d'une mauvaise idée qui entraverait les objectifs progressistes du maire et de ses alliés. Cette version est contestée par certains militants homosexuels qui y voient une façon de tenter d'excuser le geste de White en arguant que ce sont les pressions de Milk sur Moscone qui auraient poussé White à commettre ce geste.

Le 27 novembre, alors que Moscone s'apprête à nommer un remplaçant pour le siège du 8e district, White s'habille d'un costume marron, prend son ancien revolver de service et quelques balles supplémentaires et se rend à la mairie de la ville. Une fois sur place, White pénètre dans la mairie à travers une fenêtre de sous-sol afin d'éviter le détecteur de métaux à l'entrée du bâtiment. Il monte l'escalier menant au bureau du maire et il est autorisé à voir Moscone après une courte attente. Une dispute éclate immédiatement entre les deux hommes au sujet de la nomination imminente. Moscone suggère de continuer leur conversation dans une pièce privée afin que les éclats de voix ne parviennent pas à la salle d'attente. Une fois dans la pièce, White sort son revolver et tire deux balles dans la poitrine du maire, puis deux balles dans la tête. White quitte le cabinet du maire en coup de vent, croisant la présidente du conseil des superviseurs Dianne Feinstein en chemin vers l'aile hébergeant les cabinets des superviseurs. Sur place, White trouve un prétexte pour demander une entrevue en privé avec Milk. Une fois introduit dans une salle de réunion par Milk, il se met à crier et l'abat de deux balles dans la poitrine, une dans le dos et deux autres dans la tête. White quitte ensuite la mairie sans être inquiété alors que les corps des deux victimes sont découverts.

Ce soir-là, des milliers de San-Franciscains se rassemblent à la lueur de bougies pour pleurer les deux personnalités et marchent à travers le quartier de Castro dans le district de Milk pour défiler devant la mairie[6].

Milk avait envisagé un possible assassinat et avait enregistré plusieurs cassettes audio qui devaient être écoutées dans un tel cas. L'une d'entre elles contenait la phrase célèbre « Si une balle devait traverser mon cerveau, laissez-la briser aussi toutes les portes de placard » (« If a bullet should enter my brain, let that bullet destroy every closet door »), en référence aux homosexuels craignant de faire leur coming-out (de sortir du placard).

Procès[modifier | modifier le code]

Dan White est arrêté immédiatement après les assassinats. Son procès, qui se tient en 1979, est célèbre dans les annales judiciaires américaines pour la « défense du Twinkie » (Twinkie defense). Les avocats de White arguent que Dan White était dépressif et s'appuient notamment sur le fait que Dan White avait changé ses habitudes alimentaires, consommant plus de malbouffe (junk food). [réf. souhaitée] Cette défense est perçue par l'opinion publique comme l'invocation d'une consommation excessive de sucreries pour expliquer le comportement irrationnel de White. [réf. souhaitée] Un Twinkie est une gourmandise populaire aux États-Unis.

Le jury populaire déclare Dan White coupable d'homicide involontaire au lieu de meurtre au premier degré, malgré l'évidente préméditation des assassinats, et White est condamné à sept ans et huit mois de prison. La communauté gay de San Francisco réagit violemment à l'annonce du verdict et des émeutes éclatent, notamment dans le quartier du Civic Center. La police réprime sévèrement les violences par ce que certains dénoncèrent comme une « invasion » du quartier rose de Castro. D'autres au contraire y voient un laxisme de la part de la police n'ayant pas suffisamment protégé les biens et les personnes. [réf. nécessaire] Cet épisode de l'histoire de San Francisco est appelé the White night riots — les « émeutes de la nuit White », jeu de mots avec « nuit blanche » (white night).

Dan White est relâché le 6 janvier 1984. Après avoir passé cinq ans à la prison d'État de Soledad, il est amnistié et remis en liberté. Dan White se suicide le 21 octobre 1985, moins de deux ans après avoir été relâché de prison[1].

Mémoire[modifier | modifier le code]

Harvey Milk est souvent vu comme un martyr de la cause gay. De nombreuses institutions dédiées à la communauté LGBT portent son nom, notamment à San Francisco (comme le Harvey Milk Institute et le Harvey Milk Lesbian, Gay, Bisexual and Transgender Democratic Club), mais aussi dans d'autres villes des États-Unis.

La vie de Milk a servi de canevas à de nombreuses œuvres. En 1984, le documentaire the Times of Harvey Milk, Oscar du meilleur documentaire, retrace la vie de cet homme politique au parcours atypique. En 2004, une version DVD du film est enrichie de nombreux entretiens, notamment avec le réalisateur Rob Epstein et le neveu de Harvey, Stuart Milk.

En 1979, l'écrivain Roger Peyrefitte publie son roman « Roy », dans lequel, en arrière-plan, nous est raconté le parcours de Harvey Milk, de son élection en tant que conseiller municipal, à son assassinat.

Plusieurs chansons ont également été inspirées par cet assassinat, notamment « I Fought the Law » de Sonny Curtis reprise par the Clash et les Dead Kennedys, « Harvey Milk (Portrait) » (1978) de Blue Gene Tyranny, « God is a Bullet » (1989) de Concrete Blonde ou « Harvey » par Zoe Lewis.

En 1995, l'opéra Harvey Milk du compositeur Stewart Wallace et du librettiste Michael Korie est représenté au San Francisco Opera, puis enregistré sur CD en 1996.

Il existe également un groupe américain de doom metal nommé Harvey Milk.

En 1999, le film Execution of Justice, basé sur la pièce de théâtre du même nom écrite par Emily Mann, retrace les derniers instants de l'assassinat.

Un film de Gus Van Sant, nommé simplement Harvey Milk, est sorti en décembre 2008 aux États-Unis et au Canada et en mars 2009 en France. Le 22 février 2009, Sean Penn obtient l'Oscar du meilleur acteur pour sa prestation. Dustin Lance Black est également récompensé par l'Oscar du meilleur scénario.

En 2011, Safia Amor publie Harvey Milk : non à l'homophobie, un roman documentaire de jeunesse retraçant la biographie de Harvey Milk. Ce roman, publié chez Actes Sud Junior dans la collection « Ceux qui ont dit non », est accompagné de 20 pages documentaires illustrées sur le combat de la communauté homosexuelle.

Mark Leno, sénateur de Californie ouvertement gay, d'origine latino, a proposé de faire du 22 mai, jour de naissance de Harvey Milk, un jour spécial, orienté contre les discriminations à l'égard des homosexuels. Cette proposition (bill) a été votée mais son adoption s'est vu opposer le veto du gouverneur Arnold Schwarzenegger le 30 septembre 2008. Depuis, Sean Penn, fraîchement oscarisé pour son incarnation de Harvey Milk, est intervenu pour tenter de pousser le gouverneur à changer sa position.

Harvey Milk a été nommé en 2009 par Barack Obama pour recevoir la plus haute distinction civile américaine[7], la « Médaille de la liberté ».

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b New York Times du 21 octobre 1985
  2. « Harvey Bernard Milk ». Dictionary of American Biography, Supplément 10 : 1976–1980. Charles Scribner's Sons, 1995.
  3. « Harvey Bernard Milk », Encyclopedia of World Biography, 2nd ed., 17 vol., Gale Research, 1998.
  4. « Hidden depths of Long Island native Harvey Milk », Newsday, 2009‑01‑11
  5. Harvey Milk, sa vie, son époque, Randy Shilts, M6 Éditions, 2009, p. 39.
  6. (en) Harvey Milk's Last Words (1979), extrait du documentaire The Life and Times of Harvey Milk.
  7. Bureau de l'attaché de presse de la Maison Blanche

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]