Frères Dardenne

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour l’article homonyme, voir Dardenne

Frères Dardenne

Description de cette image, également commentée ci-après

Jean-Pierre et Luc Dardenne au Festival de Cannes 2009.

Naissance Jean-Pierre : (62 ans)
Luc : (60 ans)
Nationalité Drapeau de la Belgique Belge
Profession Réalisateurs
Films notables La Promesse
Rosetta
Le Fils
L'Enfant
Le Silence de Lorna
Le Gamin au vélo

Jean-Pierre Dardenne, né le à Engis, et Luc Dardenne, né le aux Awirs, sont deux frères belges qui réalisent leurs films en commun. Ils sont également scénaristes et producteurs.

Leur cinéma connaît un impact international, notamment grâce au Festival de Cannes, où plusieurs de leurs réalisations ont été présentées et récompensées[1]. Ils font d'ailleurs partie du cercle très fermé des six réalisateurs deux fois lauréats de la Palme d'or[1].

Les frères Dardenne ont élaboré une œuvre cohérente et exigeante[1]. Ils sont aujourd’hui considérés comme les grands représentants du cinéma social européen, au même titre que Ken Loach et Mike Leigh[2].

Les Dardenne sont en effet reconnus comme ceux qui en ont renouvelé l'esthétique et la narration grâce à un style personnel, concret et épuré, loin des facilités[3]: caméra à l'épaule ou poing suivant au plus près les visages crispés et les corps en mouvement, longs plans-séquences dilatant la durée et captant des gestes de nervosité et des moments de vide, d'irritation et de frustration, absence de plage musicale, silences, choix d'acteurs non professionnels ou méconnus[4]...

Leur cinéma a notamment apporté un regard neuf sur les conflits familiaux et sociaux et est toujours resté fidèle à ses principes[4].

Biographie[modifier | modifier le code]

Les frères Dardenne ont grandi en Belgique dans la banlieue industrielle de Liège, à Seraing. Leur cinéma s'enracine dans cette région de leur enfance, étant donné leur volonté de filmer « l'ici[5]. ».

C’est en tant qu’étudiant en art dramatique à Bruxelles que Jean-Pierre Dardenne rencontre Armand Gatti, metteur en scène et poète, qui le marquera beaucoup et surtout qui lui permettra de débuter dans la réalisation en lui proposant ainsi qu’à son frère Luc de devenir les assistants de ses expériences théâtrales que sont « La Colonne Durutti » et « L’Arche d’Adelin » puis plus tard de son film Nous étions tous des noms d'arbres.

Après leurs études respectives (Jean-Pierre en art dramatique et Luc en philosophie[6] de 1974 à 1977), « les frères » comme les appellent leurs amis et collaborateurs, tournent des vidéos militantes et d’interventions dans des cités ouvrières qu'ils financent grâce à leurs petits emplois[Lesquels ?] respectifs. L’art filmique et les aspects sociaux de la vie viennent alors de se rencontrer, deux éléments qui sont à la base du cinéma engagé des frères Dardenne.

De plus, soucieux de bénéficier des structures qui leur permettraient de lier indépendance, engagement social et cinéma, Luc et Jean-Pierre Dardenne créent en 1975 la maison de production « Dérives » qui se lance dans le financement d'une cinquantaine de documentaires. Ils fondent ensuite, en 1981, la société « Films Dérives Productions » qui produit six longs métrages puis, en 1994, « Les Films du Fleuve » qui finance toutes leurs réalisations à partir de La Promesse et participe entre autres à la production de nombreux films d'auteur : Stormy Weather de Solveig Anspach, Le Monde vivant d’Eugène Green, Le Mystère de la chambre jaune de Bruno Podalydès, Le Couperet de Costa-Gavras ou plus récemment L'Exercice de l'État de Pierre Schöller, La Part des anges de Ken Loach et Au-delà des collines de Cristian Mungiu. Par la suite, en 1978, les deux frères cinéastes réalisent de nombreux documentaires sur les radios libres et évoquent les problèmes engendrés par la vie collective ou encore la grève générale de 1960 (lorsque le bateau de Monsieur Léon descendit la Meuse pour la première fois), les journaux clandestins, la résistance anti-nazie en Belgique (le Chant du rossignol).

En 1981 ils retrouvent Armand Gatti pour le film Nous étions tous des noms d’arbres pour lequel Luc est le premier assistant réalisateur et Jean-Pierre le premier assistant caméra.

En 1987, Falsch, adapté d’une pièce de René Kalisky et coécrit avec Jean Gruault, scénariste de François Truffaut, marque un tournant décisif dans leur carrière : le passage à la fiction. En effet, leur cinéma, toujours engagé socialement, prend maintenant son point de départ dans la fiction tout en restant très proche du documentaire dans la forme.

Ils réalisent ensuite Je pense à vous, en 1992 mais ne sont découverts par le public et la critique qu'en 1996 qui marque la première étape de leur glorieux parcours cannois. Ils présentent, à la Quinzaine des réalisateurs, La Promesse qui révèle Jérémie Renier, héros de L'Enfant et Olivier Gourmet, interprète du Fils. Par ailleurs, outre son importance pour la suite de la carrière des frères Dardenne, ce film préfigure les thèmes qui seront au centre de leur œuvre : le conflit entre enfants et parents, entre une société en perdition et une jeunesse égarée, et enfin entre un monde libéral et exploiteur (voire, d’une certaine façon, cannibale) et ses victimes (commentaire partisan tirant le style des frères vers Ken Loach ?). Leur style naturaliste s'y affirme également dans la volonté de combiner une forme visuelle nerveuse à une histoire surprenante, profonde et pleine de rebondissements qui tire les codes de la tragédie du côté des personnes en marge. Le décor post-industriel de la périphérie liégeoise reste leur cadre de prédilection et on décèle déjà leur manière singulière de coller convulsivement à leur personnage principal et de montrer ses gesticulations et ses mouvements répétés dans un quotidien de débrouille et de clandestinité. Ce troisième long métrage de fiction utilise d'ailleurs le fil central de leurs scénarios à venir, à savoir un protagoniste peu sympathique au départ, entraîné dans un problème d'ordre moral puis confronté à un dilemme cornélien qui fera ressurgir son humanité cachée.

Ce ressort dramatique distingue d'ailleurs les Dardenne de Ken Loach auquel une partie de la critique les rapproche souvent : si le second caractérise d'emblée les partisans du bien et du mal et suscite une empathie immédiate pour ses protagonistes, les Dardenne s'abstiennent de tout jugement et n'hésitent pas à mettre de la distance avec leurs héros qui peuvent se montrer capables du meilleur (abnégation, solidarité) comme du pire (délation, cruauté, insouciance criminelle etc.)[4],[1].

En 1999, les frères Dardenne sont reconnus mondialement grâce à leur première Palme d'or cannoise, reçue pour Rosetta. Cette fiction racontant le combat d’une jeune femme en quête désespérée d’un emploi lance la carrière d'Émilie Dequenne, comédienne débutante, qui gagne le Prix d'interprétation féminine.

En 2002, les réalisateurs permettent à Olivier Gourmet d'être lui aussi honoré d'un Prix d'interprétation à Cannes grâce à son rôle dans Le Fils, film d'une grande intensité dramatique sur les relations père / fils et la difficulté de pardonner. Dans cette œuvre, le comédien joue un menuisier formateur de jeunes qui rencontre l’enfant qui a tué, quelques années plus tôt, son propre fils.

En 2005, les frères Dardenne rejoignent le club restreint des cinéastes doublement palmés à Cannes (au côté d'Emir Kusturica, président du jury d'alors) grâce à L'Enfant, nouvel opus sur la précarité et la rédemption, interprété par Jérémie Rénier et Déborah François. L'œuvre évoque le sort de très jeunes parents « instables socialement » dont la vie bascule à la naissance d'un enfant, vendu plus tard, de manière totalement insouciante et sans aucun remords, par son père, désireux de régler ses problèmes d'argent. En 2008, Le Silence de Lorna, drame sur l'immigration clandestine et le mariage blanc, leur vaut un autre trophée cannois : le Prix du scénario. Sans jamais être répartis bredouilles de la Croisette, les Dardenne comptent parmi les metteurs en scène les plus primés de l'histoire du festival. Ils ratent d'ailleurs de peu une troisième palme, mais gagnent le Grand Prix pour Le Gamin au vélo en 2011, film qui narre la possibilité pour un jeune garçon abandonné par son père de se choisir une mère d'adoption, incarnée par Cécile de France.

Jean-Pierre et Luc Dardenne (au centre), à gauche Philippe Reynaert, et à droite Gabriel Ringlet.

Ils ont reçu le prix Robert-Bresson à la Mostra de Venise 2011 pour l'ensemble de leur œuvre, signifiant ainsi qu'elle peut être compatible avec le message de l'Évangile.

Filmographie[modifier | modifier le code]

En tant que réalisateurs[modifier | modifier le code]

Fictions[modifier | modifier le code]

Documentaires[modifier | modifier le code]

  • 1978 : Le chant du rossignol
  • 1979 : Lorsque le bateau de Léon M. descendit la Meuse pour la première fois
  • 1980 : Pour que la guerre s'achève, les murs devaient s'écrouter
  • 1981 : R... ne répond plus
  • 1982 : Leçons d'une université volante
  • 1983 : Regard Jonathan/Jean Louvet, 231

En tant que producteurs[modifier | modifier le code]

Récompenses[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Luc Dardenne, Au dos de nos images, 1991-2005, suivi du scénario du Fils et de L'Enfant, de Jean-Pierre et Luc Dardenne., Éditions du Seuil, La Librairie du XXIe siècle, 2005.
  • "Les frères Dardenne", coordonné par Louis Héliot et Frédéric Sojcher, Revue Contrebande, Université Paris 1 Panthéon - Sorbonne, 2006.
  • Sebastiano Gesù (ed.), Etica ed estetica dello sguardo. Il cinema dei fratelli Dardenne, Catania 2006
  • Luc Dardenne, Sur l'affaire humaine, Le Seuil, 2012
  • Alessia Cervini e Luca Venzi (ed. par), Jean-Pierre e Luc Dardenne, Pellegrini, Cosenza, 2013.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d (fr) Article de l'encyclopédie Universalis sur les frères Dardennes, consulté le 18 octobre 2012.
  2. L'Angleterre, par son histoire – depuis le Free cinema – étant l’autre pays marqué par un cinéma dit « social ».
  3. Notamment selon l'Encyclopédie Larousse
  4. a, b et c (fr) Article de l'encyclopédie Larousse sur les frères Dardennes, consulté le 18 octobre 2012.
  5. « Pourquoi faisons-nous de l' « ici » ? Parce c'est de cela que nous avons envie de parler, de Seraing, moi et mon frère, on a envie de parler de notre enfance, des paysages de notre enfance et de notre adolescence. Nous c'est comme cela. Le prochain film se tournera encore à Seraing et dans les environs. Quand nous pensons un film, nous le pensons là et nous voyons des gens là, des gens de la famille, des dialogues, des morceaux de dialogues. Nous avons filmé beaucoup de monde dans les années 75/80 en vidéo. Les films, on disait les bandes vidéos, ont disparu, mais on en a gardé la mémoire et cela nous revient chaque fois que nous discutons de certains personnages de nos fictions. On pourrait imaginer aller filmer ailleurs. Mais nous, c'est notre plaisir, notre joie de filmer dans les décors de notre enfance. Ce n'est pas par appréhension d'aller ailleurs que nous faisons les choses de cette façon. Le scénario que nous venons de terminer, cela se passe ici, dans la banlieue de Liège, Seraing, Flémalle, dans un rayon de 50 kilomètres autour de Liège. Le cinéma est né avec le local, l'ici, et comme industrie avec les nations, les langues et les industries françaises, américaines, allemandes, japonaises. » dans une interview intitulée Interview de la revue TOUDI consultée le 12 mars 2014
  6. http://www.ulb.ac.be/espritlibre/html/el102005/51.html pour Luc accomplie en 1979 à la KUL
  7. Les frères Dardenne font tourner Marion Cotillard - Le Soir,
  8. Palme d'or à Cannes aux frères Dardenne pour "Rosetta" sur ina.fr
  9. Palme d'or des frères Dardenne à Cannes pour "L'Enfant" sur ina.fr
  10. (fr) (en) « Mostra de Venise : Mgr Celli a remis le prix Robert-Bresson aux frères Dardenne », La Croix,‎ 6 septembre 2011 (consulté le 4 septembre 2012)