Blood Sugar Sex Magik

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Blood Sugar Sex Magik

Album de Red Hot Chili Peppers
Sortie 24 septembre 1991
Enregistré Mai-juin 1991
Durée 73:55
Genre Funk rock
Rock alternatif
Producteur Rick Rubin
Label Warner Bros.
Critique

Albums de Red Hot Chili Peppers

Blood Sugar Sex Magik est le cinquième album studio du groupe de rock californien Red Hot Chili Peppers, sorti le 23 septembre 1991 en Europe puis le 24 septembre 1991 aux États-Unis. Produit par Rick Rubin, ce disque est le premier enregistré sous le label Warner Bros.[2].

Acclamé dès sa sortie par le public et les critiques, cet album marque un profond changement dans les techniques musicales du groupe par rapport à Mother's Milk sorti en 1989. En effet, il mélange les éléments caractéristiques du funk à une approche axée du rock alternatif voire du heavy metal.

Vendu à des millions d'exemplaires à travers le monde à l'époque (plus de 15 millions à ce jour), Blood Sugar Sex Magik reste encore aujourd'hui un des succès musicaux majeurs du début des années 1990. Les singles Give It Away et Under the Bridge deviennent les premiers véritables tubes du groupe.

L'album est une source d'inspiration pour nombre d'artistes (tel Incubus) et « probablement le meilleur album que les 'Chili Peppers' auront jamais fait », d'après le chroniqueur Steve Huey du site musical Allmusic[1].

Réalisation et enregistrement[modifier | modifier le code]

Genèse et enregistrement[modifier | modifier le code]

En 1987, les Red Hot Chili Peppers enregistrent The Uplift Mofo Party Plan. Le quatuor se compose d'Anthony Kiedis au chant, Hillel Slovak, à la guitare, Jack Irons à la batterie et Flea à la basse. Hillel Slovak meurt d'une overdose en 1988. Jack Irons, le batteur, est incapable de supporter sa disparition, et quitte ainsi la formation. Anthony Kiedis et Flea, les deux membres restants, décident toutefois de continuer leur carrière au sein du groupe. Ils choisissent d'intégrer D. H. Peligro à la batterie, ainsi que Blackbyrd McKnight à la guitare[3]. Cependant, ce dernier échoue et n'arrive pas à connecter sa musique Parliament-Funkadelic à celle du groupe, et sera remplacé par le jeune John Frusciante, un fan du groupe qui y fait rapidement ses preuves[4].
De même, Peligro est renvoyé quelques semaines plus tard pour ses consommations abusives d'alcool, qui ternissent ses capacités musicales[5]. Chad Smith prend ainsi la place de batteur[4].

Après le succès de Mother's Milk, le groupe décide de cesser toute collaboration avec Michael Beinhorn, sa production axée dans un unique but de profit commercial ayant créé de sérieux désaccords avec le reste de la bande durant l’enregistrement de l'album[6]. Kiedis choisit comme nouveau producteur Rick Rubin, et se prépare à l'enregistrement de son nouvel album. Sur demande de Rick Rubin, les Red Hot Chili Peppers s'installent dans un manoir de Laurel Canyon sur les hauteurs de Los Angeles entre mai et juin 1991[7].

Alors que le contrat avec EMI touche à sa fin, le prochain album est tout d'abord destiné à être enregistré sous la tutelle de Sony BMG. Alors que l'accord doit se conclure en quelques jours, plusieurs mois s'écoulent avant que le groupe puisse entrevoir une réponse favorable[2]. Entre-temps, Mo Ostin de chez Warner Bros. Records contacte Anthony et Flea pour les féliciter dans leurs démarches, bien que ce label fasse concurrence à la Warner Bros[2]; « Le type le plus clean, la plus sincère des personnes que nous avons rencontrées durant toutes ces négociations m'a personnellement appelé pour m'encourager à tout donner pour la compagnie rivale. C'était le type de gars pour qui et avec qui je voulais bosser » explique Anthony dans Scar Tissue, son autobiographie. Immédiatement après cet heureux évènement, il a appelé Flea, qui venait de recevoir les mêmes encouragements. La réflexion ne fut pas longue, et quelques jours plus tard, Ostin rappelle un vieil ami d'EMI pour effectuer le changement[2].

Les lieux d'enregistrement[modifier | modifier le code]

Après que le transfert Sony BMG/Warner Bros. fut complété, le choix de producteur se porta presque immédiatement sur Rick Rubin, le "gourou" de Hollywood en matière de production (AC/DC, U2, Metallica…). De plus, il devint un proche ami du groupe, les réconfortant dans les moments durs et les conseillant dans leurs choix de mélodies ou d'arrangements rythmiques[8].

Les séances d'enregistrements se déroulèrent dans un vieux manoir posté sur une colline surplombant Hollywood, dans lequel aurait vécu le magicien Houdini, qui fut aménagé en véritable studio pour l'occasion. Alors que Chad, convaincu que l'endroit était hanté, préférait faire l'aller-retour à moto[9], le reste de la bande dormait sur place. « Bien sûr qu'il y a des fantômes, indiqua Frusciante à l'époque, mais ils ne sont pas malveillants. Où qu'on aille dans cette baraque, on n'y trouve que des "good vibes" et de la bonne humeur »[10]. Ce dernier passa ses journées à lire, peindre et à jouer de la guitare, composant et complétant notamment des morceaux qui ne parurent que bien plus tard sur son premier album solo ; Niandra LaDes and Usually Just a T-Shirt[11].

De son côté, Kiedis termina la plupart des morceaux qu'il avait commencés durant la période des négociations faisant suite à la tournée promotionnelle de "Mother's Milk"[12]. Il s'avérera d'ailleurs que plus d'une trentaine de titres furent écrits pour l'album, et nombre d'entre eux ne seront ainsi jamais utilisés en tant que tels, ne paraissant que plus tard en tant que faces-B (Sikamikanico, Soul to Squeeze...).

Le beau-frère de Flea, Gavin Bowden, réalisa un documentaire durant ce mois entier sur le groupe et l'enregistrement de l'album[9]. Mêlant interviews de l'équipe et séances de "jams", Funky Monks (d'après une piste du disque) parut en 1992.

Ambiance et écriture de Blood Sugar[modifier | modifier le code]

Bien que les bœufs musicaux aient été jusqu'alors la marque de fabrique des Red Hot Chili Peppers en matière de composition musicale, cet album a marqué un renouveau dans cette approche, les enregistrements s'étant faits avec plus de "rigueur". Cependant, les membres ne se débarrassèrent pas de cette manie, et plusieurs morceaux de cet album auront vu le jour à travers ces 'jams'. Il en est ainsi pour le fameux Give It Away : « Dans le studio de répétition, je travaillais à mes textes, un peu à l'écart, pendant que le groupe jouait en trio, raconte Anthony dans "Scar Tissue". [...] Un jour où ils envoyaient la sauce, insouciants, Flea s'est mis à jouer cette ligne de basse incroyable ; aussitôt séduit, Chad l'a suivi. [Ça] m'a tellement plu que je me suis levé d'un bond pour aller au micro, mon carnet à la main. J'avais toujours des bouts de textes ou de simples vers en tête. Je me suis mis à beugler «give it away, give it away, give it away now». [...] On est sorti de ce bœuf persuadés qu'on avait réuni tous les ingrédients pour un morceau d'anthologie ». Cette ligne lui était venue d'une discussion qu'il avait eue bien plus tôt avec l'artiste allemande Nina Hagen, alors que celle-ci venait de lui léguer l'un de ses plus beaux blousons. Étant jeune à l'époque ("ma philosophie c'était de ne rien laisser filer, de se servir au contraire"), il avait alors été touché par ce geste, et ce morceau est effectivement une véritable ode au désintéressement[13].

Le thème, assez atypique pour un séducteur comme Anthony, fut en réalité un exemple très concret des nouvelles inspirations du chanteur pour cet album. Au lieu d'aduler des sujets "rock'n'roll" comme il avait l'habitude de le faire, il s'est essayé à la politique (le très engagé anti-raciste et anti-sexiste The Power of Equality), la séparation amoureuse (Breaking the Girl, émouvante ballade sur sa relation avec les femmes, qu'il affirme avoir tirée de son père, ou I Could Have Lied, où il règle ses comptes avec la chanteuse Sinéad O'Connor, une de ses courtes aventures) ou encore à l'addiction à la drogue (Under the Bridge, à la base un poème qui faillit ne pas faire partie de l'album, Kiedis craignant la réaction de Rick et du reste de la bande à la lecture des paroles)[14].

Parallèlement, le rapport que Kiedis établit avec l'amour et surtout au sexe y est beaucoup plus mature[15]; des morceaux comme Blood Sugar Sex Magik ou Sir Psycho Sexy (mettant en scène un personnage imaginaire, empli d'une séduction et d'une libido sans bornes, censé représenter Kiedis lui-même) balayant complètement les pseudo-provocations des premiers albums du groupe, alors qu'il y entonnait joyeusement des chansons comme Party On Your Pussy (parue sur The Uplift Mofo Party Plan en 1987) ou Catholic School Girl Rules (sur Freaky Styley en 1985).

« Dans ses paroles, Anthony n'a jamais été autant préoccupé par le sexe, explique le journaliste Steve Huey, l’invoquant tel une muse, l'implorant, ou s'enorgueillissant de sulfureux détails sur ses prouesses, dont les meilleurs exemples résident dans les singles inoubliables aux touches "funky" que sont "Give It Away" ou "Suck My Kiss". Cependant, il tempère sa bouillonnante testostérone en écrivant sur ses ratés sentimentaux ("Breaking the Girl", "I Could Have Lied")», son addiction à la drogue ("Under the Bridge"), ainsi qu'un éloge à Hillel Slovak ("My Lovely man") et autres appels embrumés d'une utopie de paix. Ces trois dernières chansons (exceptée "My Lovely Man") marquent les premières étreintes du groupe avec ce genre de ballades lyriques, et bien que Kiedis ne s'y montre pas sous son meilleur aspect vocal, elles engendrent les moments les plus apaisés de l'album, faisant onduler et s’élargir l’éventail musical et créatif du groupe »[1].

Lorsque Rick demanda à Anthony d'écrire une chanson sur "les filles et les bagnoles", Kiedis se montra d'abord réticent, arguant que ce sujet avait déjà été abordé par nombre d'artistes. Il accepta cependant tant bien que mal, et il en résulta le titre The Greeting Song, qu'Anthony admit avoir toujours détesté[16].

Également, de leur côté, John et Flea abandonnèrent leurs styles de jeu excentriques pour s'adonner à des techniques plus minimalistes mais toujours empreintes d'une grande maîtrise musicale[17]: alors que Flea a utilisé le picking sur la majorité des morceaux, délaissant presque totalement son style de prédilection qu'est le slapping[18], John s'est "assagi" dans une approche beaucoup plus cohérente avec son instrument, se tournant vers un son moins saturé[19] (auquel l'avait forcé Michael Beinhorn pendant la période Mother's Milk) et plus "funk" (If You Have to Ask, Apache Rose Peacock ou encore Mellowship Slinky in B Major). Steve Huey nota effectivement que le jeu du guitariste était « moins "bruyant", laissant la place à des textures différentes et à des lignes plus nettes, alors que le groupe dans son ensemble est plus concentré et moins négligent »[1].

« J'essayais de jouer d'une manière plus simple sur 'Blood Sugar Sex Magik', explique Flea dans une interview de 1995, car j'avais pris l'habitude de jouer "trop" avant cet album, et je me suis fait la réflexion : "tu dois te relaxer, et jouer 2 fois moins de notes !". Quand tu joues moins, c'est plus attrayant - tu laisses plus de place aux nouvelles idées. Si je dois jouer quelque chose de chargé, ça ressort mieux qu'un flot ininterrompu de notes. Le vide devient quelque chose de positif»[18].

Promotion post-parution[modifier | modifier le code]

Paru en septembre 1991, l'album fut certifié "or" 2 mois plus tard, le 26 novembre, et obtint le platine le 1er avril 1992. Il fut dès lors certifié multi-platine aux États-Unis, 7 fois en tout. Il a également atteint la 3e place du Billboard 200, et sera le premier album du groupe à y être aussi bien classé ; seuls les 2 derniers se plaçant plus haut (By the Way (2002) atteindra la seconde place et Stadium Arcadium (2005), la première)[20].

Cette notoriété aussi impressionnante qu'assez inattendue ne prit pas la même tournure pour le premier single Give It Away ; en effet, les premières radios auxquelles le titre fut proposé refusèrent de le passer à l'antenne, une d'entre elle leur conseillant de revenir "quand [leur] chanson aura une mélodie"[21]. C'est la station californienne "KROQ" qui accepta en premier de diffuser le morceau, ce qui selon les dires d'Anthony "fut le début de l'infiltration de 'Give It Away' dans la conscience collective". Le single atteignit à son plus haut la 9e place de l'UK Singles Chart et la première place du Modern Rock Tracks, et se classa 73e au Billboard Hot 100[22].

Ce succès également fulgurant ne conforta pas la bande dans l'idée d'y faire suivre le second single que serait Under the Bridge. Ce morceau fut choisi pour être interprété à un concert auquel devaient assister plusieurs représentants de la Warner Bros., venus exprès pour décider de son devenir. « Cette chanson, ça avait toujours été "ça passe ou ça casse", explique Anthony dans "Scar Tissue", tantôt je réussissais mon coup, tantôt je la chantais faux. Ce soir-là, devant une foule immense, quand John a joué les premiers accords, j'ai raté mon intro. Le public, lui, a entonné la chanson au bon moment ». Gêné par cette prestation, Anthony est allé s'excuser devant les producteurs quand ceux-ci lui ont répondu : « planté ? C'est une blague ? Tous les spectateurs connaissaient la chanson par cœur, c'est notre prochain single »[23]. La suite donnera effectivement raison à cette décision, et Under the Bridge deviendra un des plus gros tubes du groupe, culminant aux secondes places des Billboard Hot 100 et Mainstream Rock[22] dès sa sortie en mars 1992.

Illustrations[24][modifier | modifier le code]

La pochette représente les 4 visages du groupe, entourés de ramifications épineuses, autour d'une rose. Les paroles, en lettres blanches sur fond noir, furent écrites par Anthony Kiedis lui-même. Quelques photographies des différents membres parsèment le livret du CD, ainsi qu'une grille présentant les nombreux tatouages qu'ils possèdent. Elles ont été prises par Gus Van Sant, ami du groupe, qui fera aussi celles de l'album Stadium Arcadium.

Parallèlement, les pochettes des singles coïncident avec les illustrations correspondantes dans le livret de l'album. Give It Away est une peinture asiatique d'un bébé, Under the Bridge est une photo noir et blanc d'un pont de Los Angeles, Suck My Kiss est une photo du groupe, Flea et Kiedis tenant un gros poisson, Breaking the Girl représente un corps fait de lave en chute libre, et If You Have to Ask induit un gros plan sur le derrière d'une femme en bikini.

Anecdotes[modifier | modifier le code]

  • Anthony raconte dans son autobiographie que lui et les autres membres du groupe qui dormaient dans le manoir où ils enregistraient recevaient toutes les nuits la visite d'une jeune fan du groupe, qui passait de chambre en chambre pour satisfaire les pulsions de chacun des trois compères : « Elle passait chez moi, chez Flea et enfin chez John, avec qui elle s'entendait le mieux. C'était sympa, après une journée entière de travail sur l'album, de recevoir la visite de cette fille affectueuse, pour qui coucher avec trois hommes différents dans la même soirée n'était pas plus perturbant que ça. Elle n'avait pas l'air de manquer de confiance en elle ou d'être complètement nympho ! »[25].
  • "Blood Sugar Sex Magik" est sorti le même jour aux États-Unis que "Nevermind" de Nirvana, par simple coïncidence. Anthony ne rencontrera Kurt Cobain pour la première fois que plus tard, lors de la tournée de l'album, alors que Nirvana fut invité à partager l'affiche avec les Red Hot.

Pistes[modifier | modifier le code]

Toutes les chansons sont écrites par Anthony Kiedis, Michael "Flea" Balzary, John Frusciante et Chad Smith, hormis la chanson They're Red Hot reprise d'une chanson écrite par Robert Johnson.

Album
No Titre Durée
1. The Power of Equality 4:03
2. If You Have to Ask 3:37
3. Breaking the Girl 4:55
4. Funky Monks 5:23
5. Suck My Kiss 3:37
6. I Could Have Lied 4:04
7. Mellowship Slinky in B Major'' 4:00
8. The Righteous & The Wicked 4:08
9. Give It Away 4:43
10. Blood Sugar Sex Magik 4:31
11. Under the Bridge'' 4:24
12. Naked in the Rain 4:26
13. Apache Rose Peacock 4:42
14. The Greeting Song 3:14
15. My Lovely Man 4:39
16. Sir Psycho Sexy 8:17
17. They're Red Hot 1:12

Faces-B[modifier | modifier le code]

Musiciens et équipe de production[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d La chronique du disque par Steve Huey sur Allmusic.com
  2. a, b, c et d Kiedis et Sloman 2004, p. 241
  3. Anthony Kiedis et Larry Sloman, Scar Tissue, éd. Hyperion, 2004. p. 207
  4. a et b Une biographie du groupe sur Allmusic.com
  5. Kiedis et Sloman 2004, p. 214
  6. Kiedis et Sloman 2004, p. 220
  7. Fitzpatrick 2004, p. 67
  8. Kiedis et Sloman 2004, p. 243
  9. a et b Kiedis et Sloman 2004, p. 2
  10. Apter, 2004. p. 225
  11. Kiedis et Sloman 2004, p. 254
  12. Kiedis et Sloman 2004, p. 252
  13. Kiedis et Sloman 2004, p. 253
  14. Kiedis et Sloman 2004, p. 267
  15. Kiedis et Sloman 2004, p. 251
  16. Kiedis et Sloman 2004, p. 244
  17. Kiedis et Sloman 2004, p. 258
  18. a et b "Flea Interview" (octobre 1995), réalisée par Scott Malandrone pour le magazine "Bass Player"
  19. Apter, 2004. p. 288
  20. Liste des classements par album sur Allmusic.com
  21. Kiedis et Sloman 2004, p. 259
  22. a et b Liste des classements des singles sur Allmusic.com
  23. Kiedis et Sloman 2004, p. 263
  24. Infos tirées "de visu" du livret de l'album
  25. Kiedis et Sloman 2004, p. 256