Randy Shilts

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Randy Schilts

Naissance 8 août 1951
Davenport, Iowa
Décès 17 février 1994 (à 42 ans)
Guerneville (en), Californie
Profession
Journaliste
Écrivain

Randy Shilts, né le 8 août 1951 à Davenport et mort le 17 février 1994, est un journaliste américain et auteur. Il travailla comme reporter pour The Advocate et San Francisco Chronicle, ainsi que pour des stations de télévision dans la région urbaine de San Francisco.

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Shilts est né le 8 août 1951 à Davenport, le siège du comté de Scott, dans l’Iowa. Il grandit à Aurora, deuxième plus grande ville de l'Illinois, avec cinq frères dans une famille politiquement conservatrice appartenant à la classe ouvrière. Il étudia le journalisme à l'Université d'Oregon, où il travailla pour le journal étudiant Oregon Daily Emerald (en), et en devint un responsable primé. Pendant ses jours à l'université, il annonça publiquement son homosexualité âgé de vingt ans, et posa sa candidature pour un poste au conseil étudiant. Son slogan « Come out for Shilts », signifie « prononcez-vous pour Shilts » tout en faisant un jeu de mot sur le coming out[1].

Journalisme[modifier | modifier le code]

Shilts sortit diplômé parmi les meilleurs de sa classe en 1975. Cependant, parce qu'il était ouvertement gay, il eut des difficultés à trouver un emploi à plein temps dans ce qu'il considérait comme l'environnement homophobe des journaux et des stations de télévision de cette époque[1]. Après plusieurs années en tant que journaliste indépendant, il fut finalement embauché comme correspondant national en 1981 par le San Francisco Chronicle, le plus gros journal de Californie du Nord. Il devint ainsi le « premier reporter ouvertement gay avec un 'tempo' gay dans les grands journaux américains[2] ». Par ailleurs, le SIDA (qui lui coûterait finalement la vie) fut porté à l'attention du public cette même année, et bientôt Shilts se consacra à couvrir l'histoire qui était en train de se dérouler sur cette maladie ainsi que ses implications médicales, sociales et politiques.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Homme en costume, cheveux noirs, raie sur le côté, souriant vers le hors champs, assis à un bureau avec derrière lui un drapeau américain
Le premier politicien ouvertement gay de San Francisco, Harvey Milk.

En plus d'un travail important de journaliste, Shilts écrivit trois livres à succès largement acclamés. Le premier, The Mayor of Castro Street: The Life and Times of Harvey Milk, traduit en français sous le titre Harvey Milk, sa vie, son époque[3], est une biographie du premier politicien ouvertement gay de San Francisco, Harvey Milk, qui fut assassiné par son collègue Dan White en 1978. Ce livre fit d'autant plus sensation qu'il fut écrit à une époque où « l'idée même de la biographie d'un homme politique gay était nouvelle[2] ». Le second livre de Shilts, And the Band Played On: Politics, People, and the AIDS Epidemic (1980-1985), publié en 1987, remporta le prix du livre Stonewall (décerné à des ouvrages LGBT) et assura à son auteur une renommée littéraire nationale. Cet ouvrage donne un compte-rendu détaillé des premiers temps de la diffusion du sida aux États-Unis d'Amérique : traduit dans sept langues[4], il fut porté à l'écran en 1993 par la chaîne américaine HBO. De nombreux grands noms du cinéma participèrent à cette adaptation, parmi lesquels Phil Collins, Richard Gere, Anjelica Huston et Matthew Modine, ou encore Lily Tomlin et Alan Alda. Le film remporta 20 nominations et 9 récompenses, comprenant un Emmy Award en 1994[5]. Son dernier livre, publié en 1993, Conduct Unbecoming: Gays and Lesbians in the US Military: Vietnam to the Persian Gulf (en), examine les discriminations dont sont victimes les gays et lesbiennes dans l'armée. Shilts et ses assistants conduisirent plus d'un millier d'interviews pour les recherches du livre, dont le dernier chapitre fut dicté par Shilts depuis sa chambre d'hôpital[6].

Le style de Shilts était admiré pour sa puissance dynamique narrative, mêlant histoires personnelles avec de la politique et les enquêtes sociales. Shilts se voyait lui-même comme un journaliste littéraire dans la tradition de Truman Capote et Norman Mailer[7]. Il se ne laissa pas décourager par le manque d'enthousiasme pour sa proposition initiale d'une biographie de Harvey Milk, et retravailla le concept, comme il le déclara plus tard, après de plus amples réflexions :

« J'ai lu Hawaï de James A. Michener. Cela me donna le concept pour le livre, l'idée de prendre les gens et de les utiliser comme des véhicules, symboles pour différentes idées. Je prendrai l'approche life-and-times et dirai l'histoire entière du mouvement gay de cette façon, utilisant Harvey comme le principal véhicule[7]. »

Critiques et éloges[modifier | modifier le code]

Shilts fut applaudi pour montrer au public les problèmes liés aux droits civils des gays et à la crise du sida, mais il fut aussi durement critiqué (et on lui cracha dessus dans le quartier gay de San Francisco, Castro District) par certains membres de la communauté gay après avoir appelé à la fermeture des saunas gays de San Francisco pour diminuer la propagation du sida[8]. Shilts maintint son sens de l'intégrité même si un collègue journaliste de la zone urbaine de San Francisco le qualifia de « traitor to his own kind », considérant qu'il trahissait les autres gays[1]. Dans une note incluse dans The Life and Times of Harvey Milk, Shilts donna son avis sur le devoir du journaliste de s'élever au-dessus de la critique :

« Je peux seulement répondre que j'ai essayé de dire la vérité et que, si [je n'ai été] objectif, alors au moins équitable; cela ne rend pas service à l'histoire lorsque les journalistes priment l'agitation et la bienséance par rapport au devoir du [vrai] journaliste qui est de dire l'histoire entière[8]. »

Shilts fut aussi critiqué par certains dans la communauté gay sur d'autres problèmes, tels que son opposition à la pratique controversée consistant à déclarer l'orientation sexuelle de personnalités ne l'ayant pas fait. Néanmoins, ses reportages tenaces faisaient l'objet d'éloges par d'autres dans les communautés homosexuelles comme hétérosexuelles, qui le voyaient comme « le chroniqueur prééminent de la vie gay et le porte-parole des problèmes gays[6] ». Shilts reçut en 1988 le prix de l'Auteur Remarquable de l'American Society of Journalists and Authors (en), en 1990 la chaire Mather d'enseignement à l'université Harvard, et en 1993 un prix saluant l'ensemble de son œuvre (Lifetame Achievement Award) par l'association nationale des journalistes gays et lesbiens[4]. En 1999, le département de journalisme de l'Université de New York classa[9] les reportages des Shilts sur le SIDA pour San Francisco Chronicle entre 1981 et 1985 en 44e position sur une liste de 100 travaux de journalisme aux États-Unis au XXe siècle.

Maladie et mort[modifier | modifier le code]

Shilts refusa de connaître les résultats de son test du sida avant d'avoir fini l'écriture de And the Band Played On, soucieux que le résultat du test, quel qu'il soit, puisse avoir une influence sur son objectivité d'écrivain[1]. Finalement, en mars 1987, il sut qu'il était HIV-positif. Bien qu'il ait utilisé l'antiviral Zidovudine pendant plusieurs années, il ne révèlera publiquement avoir le sida que peu avant sa mort. En 1992, Shilts eut une pneumocystose ; le micro-organisme à la source de cette maladie ne la provoque que si le taux de lymphocytes TCD4+ est bas, ce qui est le cas pour les patients atteints du sida. Conséquence de cette infection, Shilts eut un collapsus pulmonaire. L'année suivante, il eut la maladie de Kaposi, qui est connue pour se développer particulièrement chez les individus co-infectés par le VIH et l'herpèsvirus humain type 8. Dans une interview avec le The New York Times au printemps 1993, Shilts déclara que :

« Le SIDA forge certainement le caractère. Cela m'a fait voir toutes les petites choses auxquelles on se cramponne, comme l'égo et la vanité. Bien sûr, j'aurai préféré avoir quelques cellules CD4+ de plus et un peu moins de caractère[6]. »

Bien qu'il soit contraint de rester à domicile, et sous oxygène, il réussit à venir à la projection en salle à Los Angeles du film réalisé par HBO à partir de son livre, And the Band Played On, en août 1993. Il décéda à 42 ans, sur son ranch de 40 000 m2 à Guerneville (en), dans le Comté de Sonoma en Californie. Son partenaire Barry Barbieri lui survécut, ainsi que sa mère et ses frères. Le service funéraire eut lieu à l'église méthodiste Glide Memorial Church (en), à San Francisco, et l'enterrement au Redwood Memorial Gardens de Guerneville[7].

Héritage[modifier | modifier le code]

Mémorial du Projet NAMES pour commémorer ceux qui sont morts du SIDA.

Shilts légua 170 cartons d'articles, notes, et de recherches à la section historique locale de la Bibliothèque publique de San Francisco. Au moment de sa mort, il avait en projet un quatrième livre examinant l'homosexualité dans l'Église catholique romaine[7]. Ainsi que le déclara un collègue journaliste, en dépit de sa mort jeune, dans ses livres Shilts « réécrit l'histoire [ainsi] il sauva un segment de l'histoire de l'extinction[1] ». Sur And the Band Played On, l'historien Garry Wills, professeur émérite de l'Université Northwestern, écrivit « ce livre sera à la libération gay ce que Betty Friedan fut aux débuts du féminisme et Printemps silencieux de Rachel Carson fut à l'écologisme[8] ». Cleve Jones (en), qui fut interne au bureau d'Harvey Milk à San Francisco et fonda le Projet NAMES, décrivit Shilts comme « un héros » et ses livres comme « sans aucun doute les plus importants travaux de littérature touchant les gays[1] ». Après sa mort, un ami et assistant de longue date expliqua ce qui poussait Shilts : « il choisit d'écrire sur les problèmes des gays pour l'américain moyen précisément parce qu'il voulait que d'autres gens sachent ce que c'était que d'être gay. S'ils ne le savaient pas, comment est-ce que les choses pourraient changer [1]? ». En 1998, Shilts fut commémoré dans le Hall of Achievement de l'école de journalisme de l'Université d'Oregon, honorant son refus d'être « enfermé dans les limites de ce que la société lui offrait. Comme homosexuel déclaré, il laissa une trace dans le journalisme qui n'était pas simplement révolutionnaire mais eut une influence internationale pour changer la façon dont les médias couvraient le SIDA[4] ». Un reporter du San Francisco Chronicle résuma les accomplissements de son collègue « effronté et qui a du cran » :

« Peut-être parce que Shilts reste controversé parmi quelques gays, il n'y a pas de monument pour lui. Ni de rue nommée d'après lui, comme il y en a pour d'autres écrivains de San Francisco tels Jack Kerouac et Dashiell Hammett... Le seul monument de Shilts est son œuvre. Il reste le chroniqueur le plus prescient de l'histoire américaine gay du XXe siècle[1]. »

En 2006, le réalisateur Carrie Lozano produisit le récompensé Reporter Zero. Ce documentaire biographique d'une demi-heure sur Shilts contient des entretiens avec des amis et collègues[10].

Sources[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g et h (en) "Randy Shilts was gutsy, brash and unforgettable"; Weiss, Mike; San Francisco Chronicle, 17 février 2004; Page D-1; Accédé le 1er avril 2009.
  2. a et b (en) Randy Shilts sur Queer Theory. Accédé le 1er avril 2009.
  3. M6 Éditions, 2009.
  4. a, b et c (en) School of Journalism and Communication Hall of Achievement. Accédé le 1er avril 2009.
  5. (en) And the Band Played On sur IMDb, accédé le 1er avril 2009.
  6. a, b et c (en) "AT HOME WITH: Randy Shilts; Writing Against Time, Valiantly"; Schmalz, Jeffrey; The New York Times, April 22 1993. Accédé le 1er avril 2009.
  7. a, b, c et d (en) California Association of Teachers of English. California authors: Randy Shilts, 1951-1994; Albert, Janice; Accédé le 1er avril 2009.
  8. a, b et c (en) "Randy Shilts, Chronicler of AIDS Epidemic, Dies at 42; Journalism: Author of 'And the Band Played On' is credited with awakening nation to the health crisis"; Warren, Jennifer and Paddock, Richard; Los Angeles Times; February 18, 1994; PAGE: A-1; Accédé le 1er avril 2009.
  9. (en) New York University: Top 100 Works of Journalism; Project Director: Mitchell Stephens; announced March 1999; Accédé le 1er avril 2009
  10. (en) Reporter Zero Official Website; Accédé le 1er avril 2009.