Château de Pierrefonds

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Château de Pierrefonds
Image illustrative de l'article Château de Pierrefonds
Vue générale du château en 2004.
Période ou style médiéval
Type château fort
Architecte Raymond du Temple,
Eugène Viollet-le-Duc
Début construction 1396 (Pour la partie médiévale de Louis Ier d'Orléans)
Fin construction 1885 (Pour la fin des travaux de Viollet-le-duc)
Propriétaire initial Louis Ier d'Orléans
Propriétaire actuel Centre des monuments nationaux
Destination actuelle Musée de la fortification
Protection Logo monument historique Classé MH (1862)[1]
Site web pierrefonds.monuments-nationaux.fr/
Coordonnées 49° 20′ 49″ N 2° 58′ 49″ E / 49.346944, 2.980278 ()49° 20′ 49″ Nord 2° 58′ 49″ Est / 49.346944, 2.980278 ()  [2]
Pays Drapeau de la France France
Région Picardie
Département Oise
Commune Pierrefonds

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Château de Pierrefonds

Le château de Pierrefonds est un imposant château fort situé à Pierrefonds, dans le département de l'Oise, à la lisière sud-est de la forêt de Compiègne, au nord de Paris, entre Villers-Cotterêts et Compiègne.

Le château de Pierrefonds présente la plupart des caractéristiques de l'ouvrage défensif du Moyen Âge. Il fut sauvé par Viollet-le-Duc, au XIXe siècle, qui y entreprit également d'importants travaux de décoration et de création de mobilier.

Ce château fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques par la liste de 1862[1]. Il est géré par le Centre des monuments nationaux[3].

Histoire[modifier | modifier le code]

Origines[modifier | modifier le code]

Au XIIe siècle, un château s'élevait déjà sur le site, construit par le puissant lignage des Nivelon, seigneurs de Pierrefonds, originaires de Quierzy. Il n'en reste que des caves situées sous le logis du XIe siècle. Ce château passe à la fin du XIIe siècle au roi Philippe Auguste, et demeure ensuite dans le domaine royal[4].

Le château de Louis d'Orléans (1396 - 1407)[modifier | modifier le code]

En 1392, à la mort de son père Charles V, Louis d'Orléans reçoit en apanage le comté de Valois, plusieurs châtellenies, dont Pierrefonds, et le duché de Touraine. En 1406, le roi érige le comté en duché, y incluant entre autres Pierrefonds. En 1396, Louis d'Orléans entreprend la reconstruction quasi totale du château, l'architecte n'en est pas connu, bien qu'on puisse sans doute attribuer l'édifice à Raymond du Temple. Le chantier fut dirigé par le maître des œuvres de la châtellenie de Senlis Jean le Noir, et supervisé après la mort de Raymond du Temple par le maître général des œuvres du duché Jean Aubelet. Les travaux s'interrompirent après l'assassinat du duc en 1407, alors que les logis bordant la cour ne comportaient encore que leurs deux niveaux gigantesques de caves, mais ils ne furent jamais achevés.

Le château est destiné à la surveillance des échanges entre les Flandres et la Bourgogne, deux domaines qui appartiennent à la famille des ducs de Bourgogne, rivaux des Orléans.

En 1411, les partisans du duc de Bourgogne dirigés par le comte de Saint-Pol, réussissent à occuper le château au nom du roi de France, fou, Charles VI. Mais en 1412, le duc d'Orléans, après sa paix avec le roi, rentre en possession de ses biens. Toutefois, Pierrefonds ne lui sera rendu par le comte de Saint-Pol qu'en 1413, celui-ci ayant pris soin d'en incendier les combles et les couvertures.

Charles d'Orléans, fils de Louis d'Orléans, battu à la bataille d'Azincourt par les Anglais d'Henri V en 1415, est emmené en captivité pendant 25 ans. Le capitaine de Pierrefonds, Nicolas Bosquiaux, résiste jusqu'en 1420, mais la rigueur de l'hiver et la disette qui sévit, l'oblige à capituler face aux partisans de l'Angleterre. Cette place reste une base bourguignonne jusqu'aux environs de 1436, où elle est alors commandée par un Armagnac.

Charles d'Orléans ne revient en France qu'en 1440 mais se retire dans ses apanages de Touraine. Toutefois, il fait réparer le château. La forteresse échoit, ensuite, à son fils, le futur roi de France Louis XII.

Après son accession au trône, Louis XII donne en apanage le duché de Valois à son cousin François. À partir de 1515, le duché de Valois reste réuni à la couronne jusqu'au règne de Louis XIII.

Démantèlement du château par Louis XIII (1617)[modifier | modifier le code]

En 1588, le château est occupé par un « seigneur de la guerre », le capitaine Rieux, partisan de la Ligue qui continue à lutter contre Henri de Navarre, devenu le roi de France Henri IV. Le capitaine Rieux repousse en 1591 deux tentatives de l'armée royale. En 1594, Rieux est capturé et pendu. Un nouveau commandant entreprend des négociations pour rendre le château de Pierrefonds. Mais, Antoine de Saint-Chamand, un autre ligueur, grâce à des complicités dans la place, prend le château et ne le livre que moyennant rançon à la fin de l'année 1594.

En 1595, le château est confié à Antoine d'Estrée, gouverneur de l'Île-de-France, et, surtout, le père de Gabrielle d'Estrées, la maîtresse d'Henri IV.

Le 10 août 1595, Henri de Saveulx (ou Saveux) prend le château pour le compte de Philippe II d'Espagne. Le château est alors occupé par sept à huit cents napolitains et wallons expédiés par les Pays-Bas espagnols. Mais, après avoir résisté à plusieurs attaques royalistes, Saveulx est fait prisonnier, et les napolitains vendent le château à Antoine d'Estrées.

Durant la période troublée de la Régence de Marie de Médicis et des débuts du règne de Louis XIII, le château est la propriété de François-Annibal d'Estrées vicomte de Coeuvres, fils d'Antoine d'Estrées, et membre du « parti des mécontents » mené par Henri II de Bourbon-Condé, prince de Condé, désireux de renforcer son pouvoir au détriment de celui du roi de France.

Le château est assiégé en 1616 et pris en 1617 par les troupes du gouverneur de Compiègne, le comte d'Auvergne, envoyées par Richelieu, secrétaire d'État à la Guerre, à la suite de bombardements qui ont créé une faille en un point faible de la forteresse, près de la porte, permettent ainsi aux troupes royalistes d'entrer dans le château. Le conseil du roi Louis XIII décide alors de démolir le château, en mai 1617. Son démantèlement est entrepris, par le comte d'Angoulême. On fait sauter les grosses tours par la mine, les logements détruits, les planchers et charpentes brûlés. Les ouvrages extérieurs sont rasés, les toitures détruites et des saignées sont pratiquées par la sape dans les tours et les courtines nord.

La redécouverte de Pierrefonds[modifier | modifier le code]

Au cours du XVIIIe siècle, le château, abandonné, attire quelques rares visiteurs. En 1798, il est vendu comme bien national pour 8 100 francs. Napoléon Ier le rachète en 1813 pour 2 700 francs et le fit rentrer dans les dépendances de la forêt de Compiègne.

Au cours du XIXe siècle, l'engouement pour le patrimoine architectural du Moyen Âge le fait devenir une « ruine romantique » : en août 1832, Louis-Philippe y offre un banquet à l'occasion du mariage de sa fille Louise avec Léopold de Saxe-Cobourg Gotha, premier roi des Belges. Comme d'autres artistes, Corot représente les ruines à plusieurs reprises entre 1834 et 1866.

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La réinvention du château[modifier | modifier le code]

Au-delà d'une simple restauration[modifier | modifier le code]

Le prince-président Louis-Napoléon Bonaparte le visite en 1850. Sur les conseils de Prosper Mérimée, celui-ci devenu l'empereur Napoléon III, demande en 1857 à l'architecte Eugène Viollet-le-Duc (1814-1879) d'entreprendre sa restauration. Une anecdote raconte que l'empereur hésitant entre la restauration du château de Pierrefonds et celle d'un autre château, l'impératrice Eugénie lui proposa un tirage au sort, dont sortit le nom de Pierrefonds. Et pour cause : pour satisfaire sa préférence, elle aurait écrit ce nom sur les deux papiers du tirage.

Le chantier commence, en janvier 1858, tout d'abord pour rénover la tour Hector de cette ruine célèbre et visitée[5]. Il n'est alors question que d'une simple remise en état des parties habitables (donjon et deux tours), les ruines « pittoresques » devant subsister pour le décor. En 1862, le projet prend de l'ampleur : le souverain désire cette fois-ci en faire une résidence impériale afin de recevoir et de faire admirer sa splendide collection d'armes et d'armures; le château doit donc être entièrement reconstruit. Les travaux, qui auront coûté cinq millions de francs de l'époque (dont quatre millions ont été prélevés sur la liste civile de l'empereur), seront arrêtés en 1885, six ans après la mort de Viollet-le-Duc. Faute d'argent, la décoration des salles reste inachevée.

Viollet-le-Duc fera pour l'intérieur un travail d'invention et de recréation beaucoup plus que de restauration. Il imaginera comment aurait dû être le château, sans se fonder sur l'histoire stricte de l'édifice. La cour intérieure, avec ses galeries Renaissance, tout autant que les peintures polychromes d'inspiration médiévale, témoigne de son éclectisme et de sa liberté d'interprétation.

On reconnaît par contre dans l'architecture extérieure son excellente connaissance de l'art castral du XIVe siècle[6]. L'architecte s'offrira cependant dans le parc et les fortifications un éventail éclectique des constructions défensives des autres époques. Il a laissé libre cours à une inspiration très personnelle, travail qui n'est pas sans rappeler celui effectué par l'architecte au château de Roquetaillade. Mort avant la fin du chantier, c'est son gendre Maurice Ouradou qui continuera la reconstruction puis Juste Lisch qui la terminera[7] sur la période 1858-1885.

Si ses détracteurs lui ont reproché cette réinvention d'une architecture néo-médiévale, qui prenait de larges libertés avec la vérité archéologique, Viollet-le-Duc a fait montre dans cette reconstruction d'un exceptionnel sens de l'élévation et des volumes et d'une incontestable sensibilité au site[8]. Il ne fit pas œuvre d'archéologue, mais de créateur. Il a imaginé des sculptures, des boiseries, un décor peint, des meubles, tout un ensemble qui annonce parfois plus l'Art nouveau des années 1900 que le retour au Moyen Âge. Il s'est attaché à concilier le respect des vestiges médiévaux et les impératifs de la vie de cour telle qu'on la concevait sous Napoléon III.

Des techniques modernes[modifier | modifier le code]

À Pierrefonds, Eugène Viollet-le-Duc est à la fois, architecte et pédagogue. Son programme est exprimé de manière claire en 1853 : «Le château de Pierrefonds, rétabli en totalité, fera connaître cet art à la fois civil et militaire qui, de Charles V à Louis XI, était supérieur à tout ce que l’on faisait alors en Europe.». L’œuvre de Pierrefonds est donc une leçon d’architecture.

La reconstruction du château est donc un manifeste du répertoire décoratif architectural, directement issu des dessins d’Eugène Viollet-le-Duc mais aussi de l’emploi de procédés constructifs les plus performants de son temps. Si l’apparence est médiévale, les procédés constructifs sont ceux du XIXe siècle.

Ainsi, la silhouette générale du château est rehaussée par de nombreux et variés accessoires de toitures qui sont modernes (lucarnes, crêtes de faîtage, épis, poinçons, girouettes et bannières).

L’usage du fer est généralisé, visible dans les combles pour les charpentes et dissimulé dans les planchers dont l’âme des poutres est renforcée de métal. Les couvertures d’ardoise sont posées au crochet. Les portails et le pont-levis sont entièrement métalliques.

Le confort moderne fait aussi son apparition avec l’installation d’un calorifère répartissant l’air chaud dans les salles par des boisseaux en fer et plâtre[9].

Chronologie du chantier[modifier | modifier le code]

  • décembre 1857 : Napoléon III approuve le projet de restauration du donjon proposé par Viollet-le-Duc.
  • 1858 : travaux de fouilles. Les découvertes sont exposées au château.
  • décembre 1858 : achèvement de la couverture de la tour Hector.
  • décembre 1860 : achèvement de la couverture de la tour Godefroy de Bouillon et de la tour carrée du donjon.
  • décembre 1861 : achèvement de la couverture du donjon.
  • décembre 1864 : poursuite des travaux du donjon et achèvement de la tour de César.
  • 1865 : achèvement du donjon, des tours Artus et Alexandre, de l'aile Ouest.
  • décembre 1866 : achèvement du décor de la salle des Preuses.
  • décembre 1867 : achèvement des tours Charlemagne et Josué. Création du vieux pont devant le châtelet.
  • décembre 1868 : achèvement des maçonneries et des couvertures de la chapelle.
  • septembre 1870 : achèvement de l'ensemble des couvertures. Cinq salles sont entièrement décorées.
  • 1882 : achèvement des travaux de la façade de la chapelle.
  • novembre 1885 : arrêt définitif des travaux[10]

Description de l’extérieur du château[modifier | modifier le code]

Bien que dans l'ensemble l'aspect extérieur du château ait été respecté, Viollet-le-Duc a tout de même apporté quelques modifications sur la partie Sud. En effet, afin de justifier l'emplacement du château qui est dominé de ce côté par un plateau, Viollet-le-Duc a prétendu qu'il existait entre le château et le plateau un profond fossé et trois retranchements pour canons, alors que l'artillerie n'a été utilisée qu'au XVIe siècle. Dans sa reconstitution, il a donc placé un fossé et plusieurs dispositifs extérieurs de défense (portes, chicanes, pont-levis, châtelets) qui n'ont aucune efficacité militaire, mais qui contribuent à l'aspect de décor théâtral.

Pour le reste, le château présente, comme sous Louis d'Orléans, cette forme de quadrilatère irrégulier de 65 × 85 m, flanqué de huit grosses tours portant chacune dans une niche la statue d'un preux. La façade principale est également ornée d'un bas-relief représentant l'Annonciation. Cela s'inscrit dans une transformation, qui émerge en ce début du XVe siècle, de la conception du château qui n'apparaît plus seulement comme un objet de défense mais aussi comme un lieu d'habitation.

Un des traits les plus caractéristiques du système de défense du château est d'être muni, au niveau des courtines et des tours, de deux chemins de ronde superposés. Le premier, chemin de ronde inférieur, est couvert d'un toit pour empêcher l'escalade au moyen d'échelles et repose sur des mâchicoulis. Les murs sont percés d'archères cruciformes permettant d'atteindre les assaillants qu'ils soient éloignés ou proches des murailles. Le chemin de ronde supérieur, avec ses créneaux et ses meurtrières, forme une seconde ligne de défense. L'originalité est que le crénelage se trouve de niveau avec celui des tours, ce qui permet une communication entre elles. Enfin, sur les deux grosses tours Charlemagne et Jules César, Viollet-le-Duc a rajouté un troisième étage de défense – que beaucoup de spécialistes contestent – constitué de hautes cheminées crénelées qui donne au château un aspect féerique.

Les tours[modifier | modifier le code]

Le château comporte huit tours dont chacune porte le nom d’un personnage issu des Neuf Preux.

Personnages nés dans un roman au début du XIVe siècle, les preux symbolisent toutes les vertus des chevaliers : bravoure, fidélité, honneur… Au nombre de neuf, ils sont issus de trois sources: l’Antiquité et les histoires juive et chrétienne. Ils sont tous des héros de l’histoire et de grands conquérants. Ainsi les preux de l’Antiquité sont Hector (roi de Troie), Alexandre (Alexandre le Grand, conquérant d’un empire allant de la Grèce jusqu’à l’Inde) et Jules César. Ceux représentant l’histoire juive : Josué (successeur de Moïse qui se bat contre les Infidèles), Judas Maccabé (s’est rendu maître de Jérusalem en combattant les Syriens) et David (vainqueur du géant Goliath). Enfin, trois rois chrétiens : Charlemagne (roi de France à la tête d’un empire s’étendant jusqu’à l’Allemagne), le roi Arthur ou Artus (célèbre pour son légendaire Camelot et son épée Excalibur) et Godefroy de Bouillon (héros de la première croisade au XIe siècle). Ces neuf personnages se retrouvent à Pierrefonds dans chacune des tours du mur d’enceinte mais aussi, dans leur version féminine, dans la plus grande salle d’apparat du château : la salle des preuses[11].

Parmi ces tours nous avons : Artus, Alexandre, Godefroy de Bouillon, Josué, Hector, Judas Maccabée, Charlemagne et Jules César[12]. La tour Alexandre (dite tour de la torture) reprend l’architecture du XIVe siècle avec ses murs bruts. Au bas, dans les soubassements de la tour, se trouvent toujours les oubliettes datant de l’époque médiévale. Le preux non doté d'une tour (le roi David) a été symbolisé par la présence d'une étoile de David dans la rosace de la chapelle.

Pour leur permettre de résister aux tirs des bombardes, les tours placées face au plateau (tours Jules César et Charlemagne) ont des diamètres exceptionnels de 16 m et 15,50 m avec une épaisseur des murs pouvant aller jusqu'à 4,50 m. Les autres tours ont des diamètres compris entre 10 m et 12 m.

Les tours ont été reconstruites à partir des maçonneries anciennes.

La cour d’honneur[modifier | modifier le code]

Cour intérieure

La cour d'honneur a distribue au sud-ouest, le donjon qui enferme les appartements impériaux; au nord-ouest, le grand corps de logis qui abrite les salles d’apparat ; au nord-est, l’aile des cuisines avec les appartements des invités et au sud, la chapelle et la cour des provisions.

Les façades de style Renaissance qui donnent sur la cour sont toutes conçues comme des écrans ou des décors de théâtre dont le dessin est destiné à l’agrément du visiteur situé au centre. Elles ne reflètent en rien la disposition intérieure, à l’inverse du système médiéval. Ainsi, les toitures de l’aile destinée aux invités sont-elles dédoublées de manière à donner un pignon sur la cour et, de l’autre côté, un haut toit à double pente. La coupe sur ce bâtiment montre aussi la variété d’agencement des cloisons et des voûtements d’un étage à un autre, liberté rendue possible uniquement par l’utilisation d’une structure métallique dissimulée dans les maçonneries d’aspect traditionnel.

La façade principale, celle du grand logis, présente des arcades en anses de panier formant un préau, que surmonte une galerie de 57 mètres de long. L’ensemble a été imaginé par Viollet-le-Duc. Dans la galerie couverte, les clés de voûtes sont, sur une face, sculptées de représentations des métiers du Moyen Âge (tailleurs de pierre, écuyer…) et sur l’autre face de monstres et de chimères. Les chapiteaux de cette galerie, retracent l’un des romans les plus célèbres du Moyen Âge, le Roman de Renart. Plus qu’un roman le Roman de Renart est un ensemble de récits de différents auteurs mettant en scène des animaux qui se comportent comme des humains. Ces récits s’axent autour d’un personnage central : Renard, le goupil (nom ancien désignant un renard) habile et rusé. On retrouve aussi Ysengrin, le loup bête et cruel, Noble, le lion, roi des animaux ou encore Chanteclerc, le coq[11].

Au milieu de la cour d’honneur, trône une statue équestre en bronze de Louis d'Orléans, et d'énormes salamandres, symbole du duc, font office de gargouilles. Ces sculptures ont été réalisées par Emmanuel Frémiet [1824-1910] ainsi que les chimères du grand perron d'angle.

Description de l’intérieur du château[modifier | modifier le code]

La chapelle[modifier | modifier le code]

Chapelle

La chapelle a été entièrement reconstruite. Lovant son abside dans la tour Judas-Maccabée, elle n’est pas visible de l’extérieur. Sa façade sur cour rappelle les saintes chapelles du Moyen Âge (château de Vincennes). Ornée d’une figure de pèlerin de Saint-Jacques-de-Compostelle (auquel Viollet-le-Duc a prêté ses traits, réalisée en 1884 par Hiolin), elle dissimule une architecture étonnante, bien loin des modèles anciens puisqu’une tribune destinée aux gardes du château a été installée au-dessus du chœur.

Aux piédroits du portail, figurent Louis d'Orléans et sa femme, Valentine Visconti. Au-dessus du tympan de la chapelle, figure saint Denis accompagné de ses compagnons saint Rustique et saint Éleuthère.

Le donjon[modifier | modifier le code]

Le donjon du château pouvait être complètement isolé des autres défenses. Il comprend les deux grosses tours de César et de Charlemagne, tout le bâtiment carré, divisé en trois salles à chaque étage, et la tour carrée. Le donjon était l’habitation réservée au seigneur.

Bâti dès le XIVe siècle, le donjon a pour particularité et originalité à Pierrefonds d’être totalement accolé à la muraille du château. Composé de trois étages successifs, il était destiné à accueillir les appartements des souverains. Aujourd’hui (en 2013), seuls les appartements de l’empereur Napoléon III sont accessibles au public.

En relevant les ruines en 1858, Viollet-le-Duc n'a pas modifié fondamentalement l'implantation initiale du donjon. Sa première intention, conformément à la volonté de Napoléon III, fut de remonter exclusivement que le donjon car d'importantes portions de murs subsistaient.

L’escalier du donjon, entièrement imaginé lors des restaurations du XIXe siècle, est greffé sur des murs restaurés. Son départ en perron couvert échappe à tout modèle médiéval mais assure une entrée majestueuse aux appartements impériaux. Si l’aspect général de cet escalier est incontestablement médiéval, le foisonnant répertoire décoratif est d’inspiration très originale avec une liberté certaine dans le mélange des réminiscences médiévales et Renaissance. Les quatre statues féminines représentent les quatre vertus cardinales : la Justice, la Tempérance, la Prudence et la Force.

Le salon de réception[modifier | modifier le code]

détail de décoration intérieure dans le salon de réception

Au XIXe siècle, l’empereur et l’impératrice recevaient ici leurs proches et intimes. Salle dépourvue d’ameublement à l’exception d’une banquette remarquable due à Viollet-le-Duc, la décoration est quant à elle très lumineuse et riche. Les murs représentent divers emblèmes et blasons de souverains peints par la technique dite de peinture au pochoir. Se côtoient dans cet ensemble l’Aigle impérial de Napoléon III et le porc-épic de Louis XII. Le porc-épic était l’emblème de la dynastie des Valois d’Orléans et leur devise était : « Qui s’y frotte s’y pique ». Le reste de la pièce est agrémenté de panneaux de lambris sculptés et représentant diverses chimères.

Toute la sculpture en bois a été réalisées par Zoegger.

La grande banquette sculptée à dossier basculant a été réalisée à partir de dessins de Viollet-le-Duc montrant les projets d'ameublement destinés aux appartements privés.

La salle des plâtres de travail[modifier | modifier le code]

Dans ce lieu totalement dépourvu de peintures murales, étaient réalisées et exposées diverses statues destinées à orner le château. Posés sur leur sellette d'origine, les plâtres de travail ont été utilisés par Viollet-le-Duc pour faire exécuter la statuaire monumentale du château: les preux des tours, les preuses de la salle de bal, l'archange saint Michel et la Vierge de l'Annonciation.

Le cabinet de travail de l’Empereur[modifier | modifier le code]

C’est la pièce la plus meublée du donjon, avec notamment le bureau sur lequel travaillait Viollet-le-Duc. Intrigant mais amusant, un cabinet de toilette était dissimulé derrière une porte faisant office d’armoire. Ce cabinet de toilette possédait un système de chasse d'eau alimenté par le biais d’une bassine remplie d’eau et située au-dessus de l’armoire.

Les parties hautes des lambris représentent des rinceaux, des feuillage, et des figures d'animaux combattants. Le décor peint au pochoir reprend le motif de l'aigle impériale mais modifié pour éviter toute répétition. Le manteau de la cheminée est peint d'abeilles, emblème choisi par Napoléon 1er pour évoquer la notion de pugnacité.

La chambre de Napoléon III[modifier | modifier le code]

C’est une pièce immensément illuminée. Cet avantage provient de sa position au centre du donjon. Viollet-le-Duc a conçu un décor ornemental de lambris sculpté et de peinture au pochoir où la richesse des figures inspirées des bestiaires médiévaux rivalise avec le foisonnement des motifs floraux. Par cette utilisation de la ligne végétale, par la stylisation du dessin et l'emploi d'une vive polychromie, l'architecte s'impose ici, avec cinquante ans d'avance, comme l'un des précurseurs de l'Art nouveau si brillamment illustré par Guimard ou Horta. Symbole récurrent, l'aigle impériale orne poutres, murs et cheminées tandis qu'une frise historiée narre la vie des chevaliers du XIVe siècle. Elle se lit en partant de la droite de la cheminée. Elle décrit l'éducation idéale du chevalier, l'art de combattre. Elle évoque l'exploit que doit réaliser chaque chevalier par la mort d'un griffon. Enfin, elle rappelle que l'un des devoirs d'un seigneur est de rendre la justice.

Le linteau de la cheminée s'orne d'abeilles sculptées. dans le cartouche s'inscrit la devise : « Qui veult peult ».

La chambre est vide de tout meuble. Viollet-le-Duc dessina un projet de lit qui restât sans suite.

L’appartement de l’Impératrice[modifier | modifier le code]

La chambre de l'impératrice Eugénie est une haute salle voûtée sur le plan d'un octogone, entièrement peinte, au second étage de la tour Jules-César, au-dessus de la chambre de Napoléon III. Le salon-antichambre occupe la moitié du donjon.

Sur le manteau de la cheminée figure un arbre dont les branches à enroulement désignent chacune un des huit chevaliers de la Table Ronde. Au sommet, siège Arthur (ou Artus). Les vitraux aux aigles héraldiques portent la devise « Je l'envie ».

En cours de restauration et de mise aux normes en 2013, l’appartement devrait être ouvert au public prochainement.

Le grand logis[modifier | modifier le code]

Le dépôt des sculptures[modifier | modifier le code]

Dans ces salles gothiques, sont exposées au public depuis 1997 les sculptures de plâtre commandés par Louis-Philippe pour le musée national du château de Versailles. Ce sont pour la plupart les copies des gisants et d’orants de la basilique Saint-Denis. Parmi ces sculptures figurent également ceux qui ont fait Pierrefonds : Louis et Charles d'Orléans ou Valentine Visconti duchesse de Milan.

En 2006, l’artiste Skertzo a installé une muséographie moderne. Mais la présentation des moulages respecte pour l'essentiel, la dépose effectuée en 1953, sans respect chronologique ni intention pédagogique.

Les caves où se trouve ce dépôt correspondent aux parties de château datant de Louis d'Orléans. On y voit aussi les foyers en brique du système de chauffage par calorifères datant du XIXe siècle.

La salle de la maquette[modifier | modifier le code]

Maquette en pierre

La maquette en pierre du château a été réalisée pour l’Exposition universelle de 1878 par Lucjan Wyganowski (1809-1884), inspecteur des travaux et collaborateur de Viollet-le-Duc dès 1857. Lors de sa présentation à l'exposition universelle, elle a été découpée en 85 morceaux et rangées dans 28 caisses.

La salle des gardes ou des mercenaires[modifier | modifier le code]

D’après Viollet-le-Duc, elle était destinée à abriter des soldats que l’on surveillait depuis la galerie du demi-étage. Quelques vestiges de l'ancien château découverts lors des fouilles archéologiques de 1858 sont entreposés, notamment une statue de la Vierge de l'Annonciation et trois statues de Preux : Artus, Charlemagne et Godefroy de Bouillon.

Cette salle a été entièrement créée par Viollet-le-Duc sauf la cheminée à deux âtres et blason des Orléans qui est en partie d'origine.

La salle des preuses[modifier | modifier le code]

Salle des Preuses

Ancienne salle de justice, c’est aujourd’hui la salle la plus imposante du château incarnant le faste de la période Second-Empire avec son architecture impressionnante et sa décoration grandiose. Elle a une longueur de 52 m, une largeur de 9,50 m et une hauteur de 12 m. La voûte en berceau lambrissées carénée, en double presque le volume. Elle est éclairée par 22 fenêtres.

Sous le Second Empire, ce lieu sert de salle de réception ainsi que de galerie de bal. À cet effet, une tribune d’orchestre située au-dessus de la salle d'armes, la domine.

Deux ensembles statuaires se répondent aux extrémités de la salle : Le portail est richement orné de statues-colonnes avec, au centre, l’empereur Charlemagne entouré des princes paladins: Olivier, Roland, l’évêque Turpin et Guillaume d'Orange. À son dessus, deux anges soutiennent le blason impérial surmonté d’une couronne. Les sculptures ont été réalisées par Gondran.

De l’autre côté de la salle, une cheminée à double foyer est monumentale et ornée d’un manteau représentant neuf statues féminines nommées les preuses. Elles évoquent l’amour courtois. Les visages des « preuses » s'inspirent de ceux de l'impératrice et de ses dames de compagnie. Nous avons de gauche à droite : Thamaris (maréchale Canrobert), Cinopé (princesse Murat), Lampetto (duchesse de Malakoff), Hipolyté (baronne de Pierres), Sémiramis (impératrice Eugénie), Penthésilée (duchesse de Cadore), Teuca (duchesse de Bassano), Déiphyle (Comtesses de la Poeze) et Ménalippe (madame Carette) qui, n’étant pas d’origine noble, est la seule statue à ne pas avoir de couronne.

Seules deux banquettes circulaires dessinées par Viollet-le-Duc constituent le mobilier après le déménagement de la collection d’armures médiévales de Napoléon III qui se trouve maintenant à l’hôtel des Invalides, à Paris. La collection d’armures et d’armes de poing avait été acquise par l’empereur à la vente du prince Soltikoff en 1861 et elle était présentée auparavant dans le palais de l’Industrie aux Champs-Élysées.

L’aile des invités[modifier | modifier le code]

L’aile des invités abritait au rez-de-chaussée, les cuisines et à l’étage, des salons, puis à l’étage supérieur, les appartements des invités. Cette aile n’a jamais été terminée.

De nos jours, elle abrite les collections des ateliers Monduit. Ces ateliers surent renouveler la technique de la plomberie d’art. Les plus grands sculpteurs et architectes confièrent à ces ateliers la restauration des toitures de châteaux, d’églises ou d’hôtels particuliers mais aussi des créations telles que la flèche de la cathédrale Notre-Dame de Paris, la grande lanterne de la coupole de l’Opéra de Paris, la flèche de la cathédrale d’Amiens, la couverture en bronze de la statue de la Liberté à New York (une reproduction en modèle réduit est visible), le Lion de Belfort, l’archange saint Michel qui couronne la flèche de l’abbaye du Mont-Saint-Michel, la réalisation du quadrige sur le toit du Grand Palais à Paris et aussi, les couvertures du château de Pierrefonds.

Les pièces présentées ne sont pas des copies mais des doubles véritables, fabriqués par les ateliers Monduit au moment de la réalisation des commandes, pour être exposés lors des expositions universelles. L’escalier à double révolution emblématique de la période Renaissance offre deux volées qui ne se croisent pas (comme au château de Chambord), jouant ainsi sur une idée de divertissement pour la Cour.

Un monument en constante transformation[modifier | modifier le code]

Dès ses origines[modifier | modifier le code]

Ouverts au public sous le Second Empire comme un musée, le bâtiment et son parc, une fois la défaite consommée, retrouvent cette vocation, et, jusqu’en 1879, date de la mort de Viollet-le-Duc les travaux d’aménagement se poursuivent. Pourtant, dès l’année 1870, la collection d’armures a été déménagée. Vide, le château est loin d’être terminé. Les visiteurs se font rares. Ils afflueront plus tard, d’autant qu’en 1884, date du décès de Maurice Ouradou, gendre de l’architecte, qui avait poursuivi l’entreprise d’après les dessins de son beau-père, le train arrivera à Pierrefonds. Mais, après 1870, Viollet-le-Duc programme seul la reconstruction du château. L’empereur est absent, humilié par les Prussiens; l’architecte prépare donc sans lui le devenir de cette œuvre si peu ordinaire et fait de la reconstruction de Pierrefonds une leçon pour le présent.

De nos jours[modifier | modifier le code]

  • Au terme d'une période de désaffection qui a vu diminuer le nombre de ses visiteurs (100 000 en 2000), le domaine est dirigé depuis 2008 par l'administratrice Mme Eva Grangier Menu.
  • D'autres parties du château sont ouvertes, dont l'exposition de la collection Monduit, en cuivre martelé.
  • Le parc du château fait l'objet d'un programme de restauration, avec la construction et l'installation d'engins de siège, comme un trébuchet.
  • Depuis décembre 2012, une campagne de restauration sans précédent étalée sur cinq ans, a été lancée. Objectif : donner encore plus à voir aux visiteurs et ainsi attirer un nouveau public
Trébuchet visible dans le parc du château.

Le château comme décor de cinéma[modifier | modifier le code]

Le château a servi fréquemment de lieu de tournages de films :

Il a aussi inspiré le château du roi Miraz dans Le Monde de Narnia : Le Prince Caspian (2008).

Plus récemment, il a servi de décor pour des séries télévisées :

Galerie[modifier | modifier le code]

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Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Eugène Viollet-le-Duc, Description du château de Pierrefonds, Paris, Bance,‎ 1857, 23 p. (OCLC 458608678, notice BnF no FRBNF31590227t) [lire sur Wikisource]
  • Collectif, Viollet-le-Duc à Pierrefonds et dans l'Oise : actes du colloque de juin 2007, Paris, Éditions du patrimoine / Centre des monuments nationaux, coll. « Idées et débats »,‎ 2007, pdf, 153 p. (lire en ligne)
  • Jacques Harmand, « Le plus ancien château de Pierrefonds et ses problèmes », Bulletin monumental, Paris, Société française d'archéologie, vol. 117,‎ 1959, p. 167-202 et 245-264 (ISSN 0007473X)
  • Jacques Harmand, « Le manoir d'Orléans à Pierrefonds, esquisse d'une restitution », Bulletin de la Société nationale des antiquaires de France, Paris,‎ 1960, p. 159-174 (ISSN 00811181)
  • Jacques Harmand, Pierrefonds, la forteresse d'Orléans : les réalités, Le Puy-en-Velay, Éditions Jeanne d'Arc,‎ 1983, 208 p.
  • Jean Mesqui, Île-de-France gothique 2 : Les demeures seigneuriales, Paris, Picard,‎ 1988, 404 p. (ISBN 2-7084-0374-5), p. 281-293
  • Jean Mesqui, « Le château de Pierrefonds : Une nouvelle vision du monument », Bulletin Monumental, vol. 166, no 3,‎ juillet-septembre 2008, p. 197-245 (ISSN 0007473X, DOI 10.3406/bulmo.2008.2034)
  • Gérard Dalmaz, Le Château de Pierrefonds, éditions du patrimoine, 2010.
  • Robert Dalau, Le Château de Pierrefonds, éditions du patrimoine, 1997, ISBN 978-2-85822-192-9.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b « Notice no PA00114803 », base Mérimée, ministère français de la Culture
  2. Coordonnées vérifiées sur Géoportail et Google Maps
  3. Pierrefonds sur le site du Centre des Monuments nationaux
  4. Voir article de Jean Mesqui, publié en 2008 par le Bulletin monumental : PDF Le Château de Pierrefonds. Une nouvelle vision du monument, 2007
  5. http://www.monuments-nationaux.fr/fichier/editions_ebook_chapitre/664/03.pdf
  6. Viollet-le-Duc était un auteur d'ouvrages reconnus sur les fortifications.
  7. page 4 du document des Monuments nationaux
  8. Des qualités que l'on retrouve par ailleurs dans deux autres reconstructions majeures : la cité de Carcassonne et le site de Vézelay.
  9. Collectif, Viollet-le-Duc à Pierrefonds et dans l'Oise : actes du colloque de juin 2007, Paris, Éditions du patrimoine / Centre des monuments nationaux, coll. « Idées et débats », 2007[réf. incomplète]
  10. Robert Dalau, Le Château de Pierrefonds, éditions du patrimoine, 1997
  11. a et b Dossier pédagogique sur le château de Pierrefonds réalisé par le Centre des Monuments nationaux
  12. Éditions du Patrimoine Le Château de Pierrefonds
  13. Scénographie Hélène Richard et Jean-Michel Quesne, voir l'article de Michèle Leloup dans L'Express du 3/08/2006.