Musée du Luxembourg

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48° 50′ 55″ N 2° 20′ 02.5″ E / 48.84861, 2.334028

Façade du musée du Luxembourg.

Le musée du Luxembourg est un lieu d'exposition d'art installé dans une aile bâtie perpendiculairement à l'orangerie du Palais du Luxembourg, rue de Vaugirard, dans le 6e arrondissement de Paris. Depuis 2000, cette institution culturelle est placée sous la tutelle du Sénat français, qui siège dans le reste du palais (dans certains cas, cette tutelle consiste à confier la gestion d'expositions à une société privée[1]). Sa vocation actuelle est de présenter périodiquement des expositions artistiques thématiques et originales.

Mais l'histoire du musée du Luxembourg, qui a vu se succéder sous cette appellation plusieurs institutions muséales, remonte au milieu du XVIIIe siècle. En 1750, il fut avec l'exposition des « Tableaux du Roy », et après celui de Besançon ouvert en 1694, le premier musée des beaux arts d'importance ouvert au public en France[2], lequel préfigura la création du musée du Louvre en 1793, avant d'être, en 1818, le premier musée d'art contemporain créé en Europe, à l'origine cette fois du musée national d'art moderne, qui lui succéda en 1937[3],[4].

Le musée du Luxembourg et l'art ancien[modifier | modifier le code]

Le premier musée du Luxembourg : 1750-1780[modifier | modifier le code]

Le Luxembourg fut le premier quartier de Paris à compter une galerie publique de peinture, et ce presque cinquante ans avant la création du muséum du Louvre. Ouverte le 14 octobre 1750, à l'emplacement même de la galerie de Marie de Médicis, dans l'aile Est du palais du Luxembourg, la galerie royale de peinture du palais du Luxembourg avait très tôt attiré les visiteurs étrangers, tant par la richesse que par la diversité des collections. La création d'une telle galerie dut être vécue comme un privilège royal conféré au quartier. Elle constitue également un jalon essentiel de la socialisation progressive des édifices privés au XVIIIe siècle.

La paternité du projet de galerie publique est généralement attribuée à M. de Tournehem, directeur des Bâtiments du roi : « La collection des tableaux du Roy […] se monte à présent à 1 800 morceaux tant des maîtres étrangers que de ceux de notre école. De ce nombre, M. de Tournehem en vient de faire exposer 96. Nous avons lieu d'espérer qu'il nous les fera passer successivement en revue, du moins ceux qui peuvent être facilement transportés. »[5].

Parmi les œuvres exposées dans la galerie Est figuraient : La Sainte Famille par Léonard de Vinci, La Vierge au lapin par Titien, des Raphaël, des Véronèse, des Rembrandt, des Poussin, des Van Dyck, ainsi que des œuvres de Claude Gellée dit Le Lorrain, etc. Dans la galerie parallèle, à l'ouest, étaient exposés la série de toiles biographiques commandées par Marie de Médicis à Rubens.

C'est le comte de Provence, futur Louis XVIII, qui fit fermer la galerie en 1780 : il avait dès 1760 commencé à entreposer ses archives dans le Palais du Luxembourg, qu'il reçut en complément d'apanage en 1778. L'administration de la Couronne reprit les tableaux ainsi que l'ensemble de toiles de Rubens, et les déposa au Louvre en 1790.

Le deuxième musée du Luxembourg : 1803-1815[modifier | modifier le code]

En 1803, la galerie, fermée depuis 1780, avait rouvert sous l'impulsion de Joseph-Marie Vien, sénateur et peintre en vue : avait-il agi isolément ou au nom du Sénat ? Le fait est qu'en 1802 c'est le Sénat qui avait financé, à hauteur de 4 500 francs de l'époque, l'achat de la série de toiles de Jacob Jordaens intitulée Les Signes du Zodiaque, dans le but d'en orner le plafond de la galerie Est du Palais du Luxembourg.

C'est le peintre Jean Naigeon qui fut nommé conservateur de cette seconde galerie de peinture, en janvier 1803. Le nouveau musée fut inauguré le 26 juin 1803. Les Rubens avaient retrouvé leur emplacement d'origine, et la collection fut complétée par d'autres tableaux de maîtres (Nicolas Poussin, Simon Vouet, Jacques-Louis David…), ainsi que de la série des Saint Bruno par Eustache Lesueur.

Le musée commença alors son expansion dans le Palais, en annexant trois salles dans l'aile Ouest, à la suite de la galerie Rubens, du côté de la rue de Vaugirard. Elles accueillirent, jusqu'en 1820 environ, la série des ports de France par Claude Joseph Vernet, puis d'autres toiles par Rubens et Lesueur.

À la suite de la restitution des œuvres issues des pillages des guerres napoléoniennes, une grande partie des toiles constituant le musée du Luxembourg fut transférée au Musée du Louvre pour combler les lacunes laissées par ces restitutions : « […] Les lacunes immenses que la suite des événements de 1815 avoient laissées dans la magnifique galerie du Louvre, ont déterminé le gouvernement à y faire transporter de nouveau les tableaux de Rubens, de Lesueur et de Vernet, qui décoroient celle du palais des Pairs. […] »[6].

Horsin-Déon, en 1849, s'interroge sur l'utilité d'un tel transfert : « […] le Louvre, quoique veuf de tous ces chefs-d'œuvre, n'en resta pas moins le musée le plus complet et le plus riche du monde. […] »[7]. Cela était valable aussi bien pour les peintures que pour les sculptures. En effet, le musée du Louvre avait eu la possibilité de racheter sur place certaines œuvres restituées à leurs propriétaires qui souhaitaient, malgré tout, s'en défaire. Les pertes ne furent pas aussi importantes qu'on avait bien voulu le faire croire, ainsi que l'avouait Pierre-François-Léonard Fontaine dans son Journal : « Nous avons reçu ordre en même temps d'achever et d'arranger aussi le musée de sculpture qui malgré de nombreux enlèvements des étrangers sera encore après celui du Vatican le plus riche de l'Europe »[8].

Le musée des artistes vivants : 1818-1937[modifier | modifier le code]

L'art vivant au palais du Luxembourg : 1818-1885[modifier | modifier le code]

Le 11 avril 1818 ouvrait, dans les galeries du palais du Luxembourg, le musée des artistes vivants qui exposait, entre autres, des œuvres de David (1748-1825), de Gros (1751-1835), de Girodet (1767-1824), d'Ingres (1780-1867) et de Delacroix (1798-1863). Le système prévoyait que dix ans après la mort de l'artiste, les œuvres dont « l'opinion universelle a consolidé la gloire » soient transférées au Louvre, les autres étant reversées à d'autres institutions ou administrations[9].

Dans un premier temps, les collections du musée du Luxembourg sont presque exclusivement constituées par des achats au Salon. Elles reflètent donc le goût officiel de l'époque faisant la part belle à la peinture d'histoire, aux portraits et aux paysages classiques, selon une hiérarchie des genres bien établie.

Jusqu'aux années 1880, le musée du Luxembourg demeure donc fermé aux recherches les plus contemporaines. Courbet et Millet, par exemple, n'y seront pas exposés de leur vivant. Il faudra les changements provoqués par les gouvernements républicains victorieux en 1879 et les efforts conjugués des artistes, de leur famille, des collectionneurs et de certains fonctionnaires pour que les peintres les plus novateurs de l'École de Barbizon (Millet en 1887 puis en 1890 avec Des glaneuses) et de l'impressionnisme (Manet en 1890 avec Olympia offert par souscription publique) fassent enfin leur entrée dans les collections nationales françaises, à la suite du réalisme de Courbet initialement entré au Louvre en 1881, avec le don par sa sœur d'Un enterrement à Ornans. La construction en 1884 de l'aile perpendiculaire à l'orangerie du Luxembourg, directement ouverte sur la rue de Vaugirard et qui demeure seule affectée au musée aujourd'hui, permit en effet de répondre à l’exiguïté initiale de l'orangerie, bâtie par Alphonse de Gisors en 1839 puis provisoirement affectée au musée, qui freinait également la présentation des nouvelles écoles.

L'art vivant à l'Orangerie du Luxembourg : 1886-1937[modifier | modifier le code]

En 1894, Caillebotte, ami et mécène des impressionnistes lègue sa collection à l'État. En 1896, les musées nationaux ne retiennent finalement que quarante œuvres sur les soixante proposées mais s'engagent formellement à les exposer. Malgré ces difficultés et la protestation officielle de l'académie des Beaux-Arts, le legs Caillebotte permet l'entrée en force des impressionnistes au musée du Luxembourg. À la même époque, l'État commence également à acquérir des œuvres d'artistes plus modernes. On peut citer les achats du Pauvre pêcheur de Puvis de Chavannes en 1887, Un atelier aux Batignolles de Fantin-Latour et les Jeunes filles au piano de Renoir en 1892 ou encore La famille du peintre de Carrière en 1896. Dans les années suivantes, c'est encore grâce aux dons venant d'héritiers d'artistes ou de grands collectionneurs que le fonds des impressionnistes s'enrichit. Ainsi entre 1883 et 1927, Étienne Moreau-Nélaton effectue plusieurs dons et legs qui permettent notamment l'entrée dans les collections nationales du Déjeuner sur l'herbe de Manet. En 1909, est offerte la collection d'Alfred Chauchard, riche d'un fordimable ensemble de tableaux de l'école de Barbizon, dont le célèbre Angélus de Millet. En 1911, Isaac de Camondo fait un legs comprenant quatre des Cathédrales de Monet.

À la fin du XIXe siècle, le musée du Luxembourg s'ouvre également aux écoles étrangères et la section étrangère devient finalement assez importante pour constituer un musée indépendant installé au musée du Jeu de Paume en 1922.

En 1937, le musée du Luxembourg est remplacé par le musée national d'art moderne, situé dans le nouveau Palais de Tokyo construit pour l'Exposition internationale, lequel n'ouvrira que partiellement en 1942, puis véritablement en 1947.

Le musée du Luxembourg dédié aux expositions d'art : depuis 1976[modifier | modifier le code]

Il accueille de 1976 à 1978 le Salon de la Jeune Peinture. En 1979, le musée est rouvert pour se consacrer à l'art des régions françaises et à partir de 2000, sa gestion est reprise par le Sénat qui s'oriente vers la présentation d'expositions artistiques plus ambitieuses, notamment d'art ancien en nouant des liens avec les institutions italiennes. L'extension et la semi rénovation du musée sont confiés, après sélection et jury, à Françoise Mahiou. En 2010, le Sénat a délégué la gestion du musée à la Réunion des musées nationaux avec la mission d’y organiser des expositions privilégiant trois axes de programmation, en lien avec l’histoire du lieu : « la Renaissance en Europe », « Art et pouvoir » et « le Palais, le Jardin et le Musée : le Luxembourg au cœur de Paris, capitale des arts ».

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Didier Rykner, « Nouvelles révélations par le journal Libération sur la gestion du musée du Luxembourg », La Tribune de l'art, 4 janvier 2004.
  2. La plus ancienne collection de France est celle du Cabinet des médailles dotée d'un administrateur par Charles IX
  3. Les musées du Luxembourg depuis 1750, site du Sénat
  4. Catalogues et explications des tableaux du Musée, site du Sénat
  5. Laran J., « L'exposition des tableaux du roi au Luxembourg en 1750. Description inédite de l'abbé Gougenot », Bulletin de la Société d'histoire de l'art français, 1909, p. 154-202.
  6. Grivaud de la Vincelle C.-M., Notice sur le palais de la Chambre des Pairs de France anciennement appelée palais du Luxembourg ou d'Orléans, Nepveu, Paris, 1820.
  7. Horsin-Déon, De l'organisation des musées nationaux, Bonaventure et Ducessois, Paris, 1849.
  8. Fontaine P. F. L., David-Roy M. (éd.), Journal 1799-1853, ENSBA (ISBN 2-903639-47-7) / IFA (ISBN 2-904448-12-X[à vérifier : ISBN invalide]) / Société de l'histoire de l'art français, Paris, 1987, t. 1, p. 527-528.
  9. « Les origines : le musée du Luxembourg », sur le site du Musée d'Orsay.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Bonafoux Pascal, Le Musée du Luxembourg à Paris, Skira 2006 (ISBN 8876245499)
  • Palais du Luxembourg. Historique de la galerie Est (aujourd'hui annexe de la bibliothèque du Sénat), plaquette éditée par le Sénat
  • Kazerouni G., « Musée du Luxembourg », in De Andia B. (dir.), Les Musées parisiens, histoire, architecture et décor, Action artistique de la Ville de Paris, Paris, 2004, p. 213-214
  • Lacambre G., Le Musée du Luxembourg en 1874, peintures, RMN, Paris, 1974
  • Alary L., « L'art vivant avant l'art moderne. Le musée du Luxembourg, premier essai de muséographie pour l'"art vivant" en France », Revue d'histoire moderne et contemporaine, t. 42-2, avril-juin 1995, p. 219-239
  • Bastoen J., L'État aux prises avec la modernité. Le musée des artistes vivants, laboratoire d'expérimentation architecturale et muséographique. Du Palais du Luxembourg au Palais de Tokyo, 1818-1937, mémoire de DEA « Le Projet architectural et urbain », dir. Pierre Pinon et Jean-Louis Cohen, Université Paris VIII, 2004
  • Delesalle H., « Quelques vues de l'ancien musée du Luxembourg », in Gazette des Beaux-Arts, avril 1961, p. 237-248
  • Lacambre G., « Le Musée du Luxembourg sous la Seconde République », in Georgel C. (dir.), 1848, La République et l'art vivant, Paris, Fayard / RMN, 1998, p. 148-163
  • Ladoué P., « Le Musée français des artistes vivants », in Gazette des Beaux-Arts, septembre 1948, p. 193-208
  • Ladoué P., « Musée du Luxembourg : le "nouveau musée" de 1886 », in Bulletin des musées de France no 10, décembre 1936, p. 184-189
  • Jesus Pedro Lorente, Cathedrals of urban modernity: the first museums of contemporary art, 1800-1930, Ashgate, 1998
  • Jesus Pedro Lorente, Les musées d'art moderne et contemporain : une exploration conceptuelle et historique, Paris, éd. L'Harmattan, 2009 (ISBN 978-2296108202)
Monographies anciennes
  • Camille Mauclair, Le Musée du Luxembourg, Nilsson, coll. « Les Musées d'Europe », Paris, 1933
  • Robert Rey (préface de Charles Masson), Une heure au Musée du Luxembourg, Braun, Paris, 1928
  • Eugène de Montrosier (éd.), Les Chefs-d'œuvre de l'art du Luxembourg, Baschet, Paris, 1881

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Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]