La Païva

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La Paiva, en 1860, portrait par Marie-Alexandre Alophe.

Esther Lachmann, marquise de Païva, dite « la Païva », née le à Moscou et morte le au château de Neudeck, en Silésie, est une célèbre salonnière et demi-mondaine du XIXe siècle. Elle posséda une remarquable collection de diamants.

Biographie[modifier | modifier le code]

Origines, enfance et premiers mariages[modifier | modifier le code]

Esther Pauline Blanche Lachmann naît à Moscou le , de parents juifs polonais[1]. Son père, Martin Lachmann, est un pauvre tisserand. Vers 1815, il a épousé Anne Amalie Klein.

Le 11 août 1836[2], on la marie à Antoine François Hyacinthe Villoing, un modeste tailleur français né vers 1810. Un fils, Antoine, naît en 1837. Mais dès l'année suivante, rebutée par une vie qu'elle juge vite ennuyeuse, elle s'enfuit avec un inconnu, dans un long périple à travers l'Europe qui la conduit jusqu'à Paris.

Vie mondaine à Paris et à Londres[modifier | modifier le code]

Installée près de l'église Notre-Dame-de-Lorette, elle s'introduit dans le milieu de la prostitution. Sur le conseil d'une de ses semblables, elle adopte le prénom de Thérèse. Vers 1840, elle rencontre le riche pianiste Henri Herz, qui tombe éperdument amoureux d'elle. Il lui fait connaître plusieurs artistes : les compositeurs Franz Liszt et Richard Wagner, les écrivains Théophile Gautier et Émile de Girardin. On suppose qu'un mariage - illégitime vu la bigamie de l'épouse - eut lieu à Londres. De cette union naît vers 1847 une fille prénommée Henriette, aussitôt confiée aux parents de Herz[3]. L'enfant décédera prématurément en 1859.

Dès cette époque, Thérèse s'affirme comme l'une des femmes les plus élégantes de Paris.

En 1848, Herz part donner des concerts aux États-Unis. Restée en France, elle s'approprie la fortune de son compagnon. La famille de ce dernier la chasse.

Elle va tenter de refaire sa vie à Londres. Au Covent Garden, elle rencontre Lord Édouard Stanley, qui s'éprend d'elle et la comble de présents.

D'autres riches amants succèdent à Stanley. Fin 1848, elle regagne Paris où elle entretient une liaison avec le duc de Gramont. Son premier mari, Villoing, quitte la Russie pour la reconquérir mais elle le repousse. Désespéré, il meurt à Paris en 1849.

Le 5 juin 1851, elle épouse un noble portugais, Albino Francisco, marquis de Paiva Araújo. Il lui offre un hôtel au 28 place Saint-Georges, construit en 1840 par l'architecte Édouard Renaud, où elle réside jusqu'en 1852. Le lendemain du mariage, elle déclare à son mari que chacun ayant obtenu ce qu'il voulait, il convient d'en rester là. Le couple se sépare et le marquis de Païva retourne au Portugal. Mais elle continue de porter le titre nobiliaire de son époux, « qui sonne bien ».

En 1852, elle devient la maîtresse d'un richissime cousin du chancelier allemand Otto von Bismarck, le comte Guido Henckel von Donnersmarck, originaire de Silésie. Entre 1856 et 1865, il lui fait construire, au 25 avenue des Champs-Élysées, le somptueux hôtel de la Païva. Son coût exorbitant (dix millions de francs-or) défraie la chronique. L'architecte Pierre Manguin choisit le style, alors en vogue, de la Renaissance italienne. La bâtiment abrite aujourd'hui le Travellers Club. On y admire encore un grand escalier en onyx jaune d'Algérie, une salle de bains de style mauresque, des sculptures d'Albert-Ernest Carrier-Belleuse et des peintures de Paul Baudry[4].

En 1857, von Donnersmarck lui offre aussi le château de Pontchartrain, où elle séjourne en villégiature[5].

Son fils Antoine Villoing meurt en 1862. Elle a pourvu à son éducation mais ne l'a jamais revu.

Son mariage avec le marquis de Païva est annulé le 16 août 1871. Ce dernier revient en France mais, ruiné. Il se suicide le [6].

Le 28 octobre 1871, elle épouse à Paris son amant von Donnersmarck, bientôt nommé gouverneur de la Lorraine annexée. Elle est utile à son nouveau mari : sa connaissance des milieux parisiens fortunés facilite le remboursement anticipé de l'indemnité de guerre de six milliards de francs-or exigée par Bismarck[7].

Exil en Allemagne[modifier | modifier le code]

Après la guerre franco-allemande de 1870, elle se mêle de politique. Cherchant à s'entremettre dans les négociations avec la Prusse, elle reçoit Léon Gambetta à Pontchartrain[8]. Mais le gouvernement la soupçonne d'espionnage. En 1877, elle doit quitter la France.

Elle se retire en Prusse-Orientale, avec son époux, dans le château qu'il possède à Neudeck (aujourd'hui Świerklaniec)[9].

Elle y décède le , âgée de soixante-cinq ans[10].

Bijoux[modifier | modifier le code]

  • Aux termes d'une transaction secrète, elle possédait le collier de 600 000 francs ayant fait partie de la collection de l'impératrice Eugénie[11].
  • Le , Sotheby's vend à Genève, pour 3,5 et 5 millions de francs suisses (soit 2 et 3 millions d'euros), deux diamants jaunes dits Donnersmark lui ayant appartenu : l'un en forme de poire (pear shaped), pesant 82,48 carats ; l'autre en forme de coussin (cushion shaped), de 102,54 carats[12],[13].

Citations à son propos[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. à l'époque, la majeure partie de la Pologne fait partie de l'Empire russe.
  2. Parisis (Blavet, Émile) : La vie parisienne; la ville et le théâtre ; Préface de François Coppée Éditeur : L. Boulanger (Paris) Date d'édition : 1885, pp. 46-47.
  3. Historia, janvier 1984, n°446, p. 76.
  4. Les heureux maitres de la Païva, sur le site lepoint.fr, consulté le 9 octobre 2014.
  5. Viel-Castel, Horace de : Mémoires sur le règne de Napoléon III (1851-1864). [4] ; préface par L. Léouzon Le Duc, Éditeur : chez tous les libraires (Paris) édition : 1883-1884, p68.
  6. Historia, janvier 1984, n°446, page 76.
  7. Alfred Colling, La Prodigieuse histoire de la Bourse, Paris, Société d'éditions économiques et financières,‎ , p. 286.
  8. Revue catholique des institutions et du droit Éditeur : [s.n.?], Paris, publication en série imprimée (Français), 1872, p. 266.
  9. le bâtiment fut incendié en 1945 par les troupe soviétiques et ses ruines furent détruites en 1950.
  10. une légende prétend que son mari, tout d'abord inconsolable, fit embaumer son corps dans un cercueil de verre, conservé dans les combles du château de Neudeck. Mais sa seconde épouse exigea que la dépouille fût inhumée.
  11. Gabrielle Houbre, Courtisanes sous surveillance in Dans les secrets de la police.
  12. L’ascension d’une courtisane au XIXe siècle : la marquise de la Païva, sur le site evous.fr, consulté le 9 octobre 2014.
  13. (en)The Donnersmarck Diamonds, sur le site royal-magazin.de, consulté le 25 janvier 2015.
  14. "La Païva, qui paye y va...", sur le site moniquetdany.typepad.fr, consulté le 9 octobre 2014.
  15. Émission "la marche de l'Histoire" du 3 janvier 2013 sur Radio France.
  16. La Païva, coûteuse mais endurante, sur le site leparisien.fr, consulté le 9 octobre 2014.

Notices[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]