Rois catholiques

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Armoiries des Rois catholiques

Rois catholiques, ou même « Rois très catholiques », est un titre reçu par Isabelle Ire de Castille et Ferdinand II d'Aragon, accordé par le pape Alexandre VI en compensation pour l'octroi du titre Très chrétien aux rois de France.

Les rois ont accédé au trône après la guerre de succession castillane (1475-1479), contre les partisans de la princesse Juana la Beltraneja, fille du roi Enrique IV de Castille. En 1479, Ferdinand hérite du trône d'Aragon, quand son père Jean II d'Aragon est mort. Isabelle et Ferdinand ont régné ensemble jusqu'à la mort d'Isabelle en 1504. Ensuite, Ferdinand fut le roi seulement d'Aragon, laissant le trône de Castille à sa fille, Jeanne Ière la Folle, et à son mari, Philippe Ier le Beau, qui était déjà Archiduc d'Autriche, duc de Bourgogne, et comte de Flandres.

L'histoire espagnole considère le règne des Rois catholiques comme la transition du Moyen Âge vers l'époque moderne. Ce sont donc avec des liens matrimoniaux que se sont unies provisoirement, dans la dynastie des Trastámara, deux couronnes : celle de Castille et celle d'Aragon, en créant en même tant la couronne d'Espagne, et ils ont créé, avec le soutien de villes et de la petite noblesse, une monarchie forte, face aux envies de pouvoir des ecclésiastiques et des nobles. Avec la conquête du Royaume de Grenade, du Royaume de Navarre, des Canaries, de Melilla, et de plazas de sobernía, ils ont réussi à placer leur territoire sous l'autorité d'une seule couronne, régnant sur tout le territoire qui forme actuellement l'Espagne -sauf Ceuta et Olivenza, qui appartenaient alors au Portugal.

Les Rois ont établis une politique extérieur commune, marquée surtout par les mariages royaux avec d'autres familles Européennes, lesquels ont abouti à l'hégémonie des Habsbourg durant les XVIe et XVIIe siècles.

Pendant dix années, ils mènent les guerres de Grenade qui se concluent en l’Année cruciale : la ville de Grenade, assiégée à partir de 1491, capitule le . Sur la vega (la plaine en contrebas de Grenade qui abrita le campement de leur armée), ils fondent la ville de Santa Fe.

Une légende voudrait qu'Isabelle la Catholique ait financé avec ses bijoux le voyage de Christophe Colomb en Inde par une nouvelle route vers l'ouest, qui l'amena à découvrir les Amériques le . En réalité, les fonds provenaient de Luis de Santángel, chancelier de la maison royale, de Gabriel Sánchez, trésorier d'Aragon, et d’Isaac Abravanel. Les deux premiers étaient des conversos, le troisième était le Juif le plus célèbre d'Espagne.

Mariage[modifier | modifier le code]

Le couple s'est marié à Valladolid le 19 octobre 1469, lorsqu'elle avait 18 ans et lui 17.

Comme c'étaient des cousins au second degré, pour que le mariage soit reconnu par l’Église, ils devaient avoir une dérogation de la part du Pape Paul II, que leurs partisans sollicitèrent de manière instante. Comme le Pape ne voulait pas la délivrer, le couple a utilisé une fausse bulle pontificale. Pour certains, le faussaire était Alfonso Carillo de Acuña, archevêque de Tolède, tandis que d'autres soutiennent que le falsificateur était le légat pontifical Antonio Veneris.

Politique intérieure[modifier | modifier le code]

La lutte pour le trône[modifier | modifier le code]

Article principal : Guerre de succession castillane

La Guerre de succession castillane a été le conflit que dura de 1475 à 1479, durant lequel se disputa la succession au trône de Castille, avec d'une part la fille du roi Enrique IV de Castille, Juana la Beltraneja, ou Juana de Trastámara, et la demie-sœur du monarque mort, Isabelle.

Cette guerre a été un conflit international, car Isabelle était mariée a Ferdinand, l'héritier de la Couronne d'Aragon, tandis que Juana était mariée au roi Alfonso V de Portugal. De son côté, la France est intervenue, en supportant le Portugal pour éviter qu'Aragon, son rival en Italie, unisse ses pouvoir à ceux de la Castille.

Sans aucun doute, la bataille navale de Guinée, en 1478 fut décisive pour les Portugais. C'est durant cette bataille que les Portugais ont réussi a conservé leurs richesses en Guinées, sans quoi ils auraient perdu d'importantes ressources en esclaves et en or.

Cette guerre se finit en 1479, avec la signature du traité d'Alcáçovas, qui fait d'Isabelle et de Ferdinand les Rois de Castille, destitue Juana de toute prétention au trône. C'est aussi à la fin de cette guerre que le Portugal obtiendra l'hégémonie sur l'Atlantique, à l’exception des îles Canaries.

Institutions politiques[modifier | modifier le code]

En raison du fait que l'union des Couronnes d'Aragon et de Castille était seulement d'ordre dynastique, les royaumes qui se sont unis, plus celui de Navarre depuis son annexion ont conservé leurs institutions et leurs propres lois.

Couronne de Castille (Royaumes de Castille et de León)[modifier | modifier le code]

Dans les royaumes de Castille et de León, depuis le XIIIe siècle, avec Alfonso X, un processus de concentration des pouvoirs pour la couronne, au détriment de la noblesse, avait été commencé, ce qui a entraîné les création d'institutions qui permettaient un plus grand contrôle sur le territoire et une augmentations des revenus fiscaux. Cette transformation a atteint son apogée lors du règne d'Isabelle et de Fernando.

Après la conquête du Royaume de Grenade l'Audience de Grenade s'est crée, et le trésor public castillan en fut renforcé, grâce aux impôts perçut et aux seigneuries du territoire conquit.

Couronne d'Aragon[modifier | modifier le code]

La Couronne d'Aragon, au contraire, n'a pas subi beaucoup de modifications. Elle avait un système de gouvernement très rigide dans chacun des territoires qui la composait (le Royaume d'Aragon, le Royaume de Valence, le Royaume de Majorque, le Royaume de Catalogne, le Royaume de Sicile, le comté de Barcelone, le comté de Roussillon et le comté de Cerdagne), avec plusieurs privilèges pour la noblesse, qui limitaient grandement le pouvoir du Roi. Les revenus se gagnaient avec l'accord des Cortes de chaque territoire, qui étaient contrôlés par la noblesse et le clergé. Avec l'association de la Couronne au royaume de Castille, Ferdinand a pu compté sur les apports financiers castillans (qui étaient très supérieurs à ceux d'Aragon) pour ne plus convoquer les Cortes.

Dans les petites seigneuries les corrégidor furent crées, qui avaient l'autorité dans les villes, qui existaient déjà en Castille depuis 1393.

Politique religieuse[modifier | modifier le code]

En plus des envies des Rois Catholiques d'étendre leur domination à tous les royaumes de la péninsule ibérique, leur règne fut marqué par l'unification religieuse en faveur du catholicisme de tout le royaume.

Le Pape Innocent VIII a concédé aux Rois Catholiques le droit de "Patronage" sur Grenade et les îles Canaries, ce qui inclut donc le contrôle de ces provinces au point de vue religieux.

Une bulle du Pape Sixte IV, en 1478 a créé l'Inquisition en Castille, pour avoir un plus grand contrôle de la pureté et de la foi. Déjà en Aragon, l'Inquisition existait depuis 1248, et l'Inquisition espagnole fut donc la seule institution commune aux deux royaumes.

En 1492, les Rois ont décrété la conversion forcée au christianisme des juifs du royaume -il les appelaient alors "porcs"- et l'expulsion ou l’exécution de ceux qui ne se convertissaient pas. Dix ans plus tard, ils obligèrent aussi les musulmans à se convertir -en les appelant, eux, "morisques"- ou à partir d'Espagne.

Ils ont aussi créé une ambassade permanente au Saint-Siège.

Économie et société[modifier | modifier le code]

La base économique durant le règne des Rois Catholiques était l'agriculture, l'élevage pour avoir de la laine et l'exportation de matière première. Pour défendre les richesses qui venaient de la laine, les Rois ont donné des privilèges à la Mesta, avec la Loi de Défense des Cañadas, en 1489. Le commerce intérieur permettait de protéger les artisans.

La haute noblesse fut socialement et économiquement privilégiée par rapport au peuple, en récompense pour sa fidélité et son apport en hommes et en moyens pour contrer les conflits. Les Lois de Toro, passées en 1505, ont renforcé l’institution du majorat.

Politique extérieure[modifier | modifier le code]

La victorieuse politique expansionniste menée par Ferdinand et Isabelle a été possible grâce à de nombreux facteurs :

  • L’initiative diplomatique du roi Ferdinand a continué la politique traditionnelle de la Couronne d'Aragon, avec ses intérêts placés dans la Méditerranée, en rivalité avec la France qui, sans aucun doute, n'a jamais été l'ennemie de Castille.
  • La diplomatie du royaume de Castille a été orientée surtout sur l'Océan Atlantique, et son expansion de l'autre côté de l'Océan, vers le Nouveau Monde.
  • L’efficacité de l'armée de la Couronne, sous le commandement de Gonzalo Fernández de Córdoba, plus connu sous le nom de Grand Capitaine . Il a réorganisé les troupes militaires sur une nouvelle unité, le tercio, ou tercios royaux, qui a entraîné la création de la première armée moderne dépendante de la Couronne.
  • Le grand apport des ressources économiques provenant de l'industrie et du commerce de la laine et du blé.
  • La politique d'alliances et de mariages des Rois.
  • En 1502 ils ont hérité du titre d'Empereur des Romains.

Politique de mariages[modifier | modifier le code]

La politique de mariage des Rois Catholiques consiste à marier ses fils avec ceux des autres monarchies européennes, chose que faisaient tous les gouvernements de la fin du Moyen Âge et du début de l'ère moderne. Dans ce cas, ils se sont surtout préoccupé de faire une alliance avec le Portugal et à créer une coalition contre la France.

Les mariages des fils des Rois Catholiques ont été les suivants :

Conquête de Grenade[modifier | modifier le code]

Article principal : Guerres de Grenade

Une fois qu'Isabelle et Fernando se sont affirmés comme souverains de Castille, ils ont achevés la conquête du Royaume de Grenade, le dernier bastion musulman dans la péninsule ibérique, en profitant du fait que ledit royaume était en proie à des troubles dû à une crise dynastique entre le sultan Abu al-Hasan Ali et son fils, Boabdil, et Mohammed XIII az-Zaghall, le fils du premier et l'oncle du second.

La guerre a eu plusieurs phases :

  • de 1484 à 1487, la partie occidentale du royaume de Grenade est conquise par les castillan-aragonais.
  • de 1488 à 1490, la conquête de la partie orientale du Royaume est commencé. La base des opération est déplacée à Murcie, et c'est durant cette étape que Mohammed XII s'est rendu.
  • de 1490 à 1492, les Rois exigèrent de Boabdil la capitulation de Grenade. Quand il a parlé de ce traité de paix au peuple de Grenade, ce dernier a opposé une vive résistance, et c'est les armés royales qui y répondirent. Finalement, Boabdil abdiqua après des négociations secrètes.

La réussite de cette guerre a signifié plusieurs choses :

  • Le dernier royaume musulman de la péninsule Ibérique, sur laquelle règnent des chrétiens, est tombé, ce qui fut le point culminant de la Reconquista et a considérablement augmenté le prestige des Rois Catholiques à travers l'Europe chrétienne.
  • L'apparition d'une armée structurée et professionnelle, indépendante de la noblesse.
  • De plus grands revenus pour la Couronne.
  • L'apaisement de plusieurs classes, comme la noblesse, grâce à la répartition des territoires de Grenade entre eux.

Conquête des Iles Canaries[modifier | modifier le code]

En 1402, le roi Henri III de Castille a concédé à Jean de Béthencourt le privilège sur archipel, provoquant ainsi la conquête des Iles Canaries, qui étaient jusque là occupées par des Aborigènes canariens, des peuples berbères, qui vivaient indépendamment. Après, la Couronne de Castille a repris pour elle le droit de conquête sur les îles que les seigneurs féodaux n'avaient pas pu conquérir ( Grande Canarie, Tenerife et La Palma).

En 1478, dans le cadre de la Guerre de Succession Castillane contre le Portugal, les castillans ont commencé la conquête de Grande Canarie. La souveraineté sur l'archipel canarien lui fut reconnu par le Traité d'Alcáçovas, en 1479, qui limitait les territoires castillans et portugais.

En 1492, les Rois ont conquis l'île de La Palma et le processus d'incorporation des Iles Canaries fut fini avec la conquête de Tenerife en 1496.

Politique d'alliances[modifier | modifier le code]

Quadruple en or à l'effigie d'Isabelle et Ferdinand les monarques catholiques
Les Rois Catholiques

La politique des rois catholiques comprenait aussi les alliances en raison des mariages de leurs enfants.

Les alliances furent celles-ci :

  • Isabelle, mariée à Alphonse de Portugal.
  • Jean, marié à Marguerite d'Autriche, mort prématurément en 1497 et enterré dans le monastère de saint Thomas, à Avila.
  • Jeanne, mariée à Philippe d'Autriche (Philippe le Beau)
  • Marie, mariée à Manuel de Portugal.
  • Catherine, mariée tout d'abord à Arthur Tudor, puis après la mort prématurée de celui-ci, à son frère, qui deviendra Henri VIII d'Angleterre.

Religion[modifier | modifier le code]

Articles connexes : Conversos et Morisques.

Les Rois Catholiques ont proclamé que les Espagnes devaient être une terre plus catholique que le pays mère du Vatican, l'Italie. L'année suivant la Reconquista, ils promulguèrent par le décret de l'Alhambra l'expulsion des Juifs ayant refusé de se convertir.

Ils abrogèrent les accords signés en 1492 avec Abû Abdil-lah, dernier roi de l'Émirat de Grenade, et qui permettaient aux musulmans d'Espagne, bien que vaincus, de conserver sur le sol espagnol leur foi et leurs coutumes islamiques.

Notes[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) David Hook (dir.), The Spain of the Catholic Monarchs : papers from the Quincentenary Conference, Bristol, 2004, University of Bristol, Bristol, 2008, 240 p. (ISBN 978-0-9552406-2-1)
  • (es) John Edwards, Isabel de Castilla y Fernando de Aragón : constructores de un régimen (traduit par Nellie Manso de Zúñiga), Biblioteca nueva, Madrid, 2007, 248 p. (ISBN 978-84-9742-582-7)
  • (es) Miguel-Ángel Ladero Quesada, La España de los Reyes Católicos, Alianza Editorial, Madrid, 2005 (2e éd.), 559 p. (ISBN 84-206-6134-1)
  • (es) Miguel-Ángel Ladero Quesada, Los Reyes Católicos y su tiempo : repertorio bibliografico, Centro de información y documentación científica-CINDOC, Madrid, 2004, 2 vol. XIX-815 p.
  • (es) Vicenta Márquez de Plata, El trágico destino de los hijos de los reyes católicos, Aguilar, Madrid, 2008, 233 p. (ISBN 978-84-03-09906-7)
  • (fr) Eugenio d'Ors, Ferdinand et Isabelle : rois catholiques d'Espagne (version française de Paul-Henri Michel), Gallimard, Paris, 1932 (5e éd.), 332 p.
  • (fr) Joseph Pérez, L'Espagne des rois catholiques, Bordas, Paris, 1971, 128 p.