Manuel Azaña

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Manuel Azaña
Manuel Azaña en 1933.
Manuel Azaña en 1933.
Fonctions
Président de la République espagnole

(2 ans, 9 mois et 20 jours)
Président du Conseil Santiago Casares Quiroga
Diego Martínez Barrio
José Giral
Francisco Largo Caballero
Juan Negrín López
Prédécesseur Niceto Alcalá-Zamora y Torres
Successeur Francisco Franco Bahamonde (chef de l'État)
Président du Conseil des ministres d'Espagne

(2 mois et 21 jours)
Président Niceto Alcalá-Zamora y Torres
Gouvernement Azaña IV et V
Prédécesseur Manuel Portela Valladares
Successeur Augusto Barcia Trelles

(1 an, 10 mois et 29 jours)
Président Diego Martínez Barrio (intérim)
Gouvernement Azaña I, II et III
Prédécesseur Niceto Alcalá-Zamora y Torres
Successeur Alejandro Lerroux García
Biographie
Nom de naissance Manuel Azaña Díaz-Gallo
Date de naissance
Lieu de naissance Alcalá de Henares, Espagne
Date de décès (à 60 ans)
Lieu de décès Montauban (France)
Sépulture Montauban
Nationalité espagnole
Parti politique Gauche républicaine
Membre du Front populaire
Diplômé de université de Saragosse
Profession écrivain
journaliste

Manuel Azaña
Présidents du Conseil des ministres d'Espagne
Présidents de la République espagnole

Manuel Azaña Díaz, né le à Alcalá de Henares et mort en exil le à Montauban, est un écrivain, intellectuel, journaliste et homme d'État espagnol

Président du gouvernement provisoire de la République espagnole (du 14 octobre 1931 au 16 décembre 1931), président du Conseil des ministres de 1931 à 1933 et à nouveau en 1936, et second président de la Seconde République de 1936 à 1939, Manuel Azaña est une des grandes figures du républicanisme en Espagne.

Arrivé au pouvoir en 1931, il entreprend de réformer une Espagne agraire en retard, divisée et sclérosée par les inégalités. Il est notamment l'un des grands artisans de l'introduction de la séparation de l'Eglise et de l'Etat en Espagne sous la Seconde République. Toutefois, malgré un certain nombre de réformes majeures, Azaña s'avère incapable d'empêcher la formation de deux Espagne antagonistes durant l'Entre-deux-guerres.

Élu président de la République par les Cortes au printemps 1936, il devient l'un des chefs de file du camp républicain à la suite du déclenchement de la guerre civile. De 1936 à 1939, Azaña assiste impuissant aux divisions du camp républicain et à l'internationalisation d'un conflit entre espagnols, la guerre civile, qui se transforme à la suite de l'intervention de l'URSS, du Mexique, de l'Italie fasciste et du IIIe Reich en un conflit international, la guerre d'Espagne, véritable terrain d'affrontement entre fascistes et antifascistes. À la suite de la défaite de la République et de la victoire des nationalistes de Franco, Azaña est contraint à l'exil en avril 1939 et trouve refuge dans le sud de la France, où il meurt le 3 novembre 1940.

Orateur et intellectuel, Manuel Azaña est considéré de nos jours comme l'un des plus grands hommes politiques espagnols du XXe siècle[réf. nécessaire][1]. Il est aussi un écrivain de renom dont la maîtrise de la langue de Cervantès fut récompensée par le Prix National de Littérature en 1926 pour sa biographie Vida de Don Juan Valera, Néanmoins, son oeuvre la plus connue demeure La velada en Benicarló, une réflexion sur la décennie des années 1930 en Espagne. Rédigées en exil avant de mourir, les mémoires de Manuel Azaña, intitulées Diarios, sont considérées comme l'un des documents historiques les plus importants pour la période de la Guerre Civile.

Biographie[modifier | modifier le code]

Débuts en politique[modifier | modifier le code]

Né à Alcalá de Henares, Manuel Azaña Díaz participe en 1913 à la fondation de la Ligue d’éducation politique qui cherche à sensibiliser les Espagnols à l’idéal républicain et parlementaire, puis à celle d’España, hebdomadaire d’opposition créé par l’écrivain José Ortega y Gasset, de laquelle il est directeur de 1923 à 1924. Directeur dudit journal en 1922, il devient un des porte-parole de l’opposition républicaine à la dictature de Miguel Primo de Rivera, qu’il critique en particulier pour la guerre du Maroc en rappelant la cuisante défaite à Cuba (1898). Azaña était aussi actif dans la franc-maçonnerie [2]. Homme pondéré mais peu avare de sens critique, Azaña s’affirme bientôt comme un vrai chef politique.

Président du Conseil[modifier | modifier le code]

Après la victoire de la gauche aux élections municipales de 1931, qui entraîne l’exil du roi Alphonse XIII et la proclamation de la République le 14 avril, Azaña est nommé président du Conseil en octobre de la même année.

Principal tenant de l’exécutif sous l’autorité du président de la République, Niceto Alcalá Zamora, il dirige, dit-il, un « gouvernement de raison » et mène une politique laïque radicale tout en essayant de préserver la difficile cohésion des partis républicains. Pratiquement, il épure l’armée, limite la puissance de l’Église (expropriation de nombreux couvents et monastères), met en chantier de grandes réformes agraires, électorales (suffrage universel) et administratives (autonomie provinciale). Mais, en 1933, il perd les élections face à une coalition de droite regroupée dans la CEDA de José María Gil-Robles.

Dans l'opposition[modifier | modifier le code]

Il porte alors une responsabilité non négligeable dans la montée aux extrêmes que connaît le pays en se compromettant lourdement dans les insurrections socialistes et anarchistes de septembre et octobre 1934, planifiées comme coup d'État par leurs chefs, qui ont lieu dans plus de 20 provinces, entre autres en Catalogne, à Madrid et dans les mines des Asturies[3].

Victoire électorale[modifier | modifier le code]

Le 16 février 1936, après la dissolution de l’Assemblée nationale, il mène la gauche du Front populaire à la victoire est nommé chef du gouvernement le 19 février.

Président de la République[modifier | modifier le code]

Le 11 mai, il est élu président de la République en remplacement d'Alcalá-Zamora. Éloigné des leviers de l’État, il assiste impuissant au « printemps tragique ». En proie à une grave crise politique ponctuée de grèves, d’enlèvements, d’assassinats d'opposants comme José Calvo-Sotelo, le pays se délite sous ses yeux. En juillet 1936, les généraux Emilio Mola et Francisco Franco organisent le soulèvement militaire nationaliste et le putsch qui rallient plusieurs régions d'Espagne et marquent le début de la guerre civile.

Réfugié à Barcelone durant toute la guerre civile, Azaña conserve la présidence de la République mais n’a guère d’influence sur les gouvernements qui se succèdent jusqu’en 1939.

Exil et mort[modifier | modifier le code]

Le 5 février 1939 enfin, peu avant la chute de la Catalogne, il fuit l’Espagne en passant le col de la Lli, à La Vajol et rejoint la diaspora républicaine en France. Il présente sa démission le 27 novembre 1939 au président du Congrès des députés, démission acceptée par la représentation permanente des Cortes le 3 mars suivant[4].

Il meurt le 3 novembre 1940 à Montauban dans l’hôtel du Midi, abritant le siège de la légation du Mexique, où il avait reçu asile en vue d’entraver les manœuvres des polices pétainiste et franquiste visant à son enlèvement ; le 5 novembre, son cercueil est amené au cimetière de la ville recouvert d’un drapeau mexicain, répliquant en cela à l’interdiction faite par « le préfet Albert Durocher d'apposer des drapeaux républicains avant la visite du maréchal Pétain à Montauban. »[5]. Selon l'historien Max Lagarrigue : « Ce jour-là, plus de 3 000 républicains espagnols et de nombreuses personnalités » l'accompagnèrent jusqu'au cimetière communal de la cité d'Ingres où il repose encore aujourd'hui.

Analyse historique[modifier | modifier le code]

Le rôle de Manuel Azaña et sa responsabilité dans la venue de la guerre civile espagnole sont l'objet de débats entre les historiens. Si des historiens tels que l'historien anglais Hugh Thomas portent un regard positif sur son action dans les mois qui précèdent le conflit, vision partagée par Bartolomé Bennassar et des politiciens espagnols comme José María Aznar qui évoque « la lucidité et l’intelligence de Manuel Azaña », d'autres tels que le spécialiste de l'Espagne franquiste Stanley Payne, voient au contraire dans Azaña l'un des principaux responsables du conflit[6].

La mémoire d'Azaña à Montauban[modifier | modifier le code]

Depuis sa mort de nombreuses commémorations ont eu lieu devant la sépulture du dernier président de la République espagnole. Depuis 2004, d'abord sous l'impulsion de l'association Arkheia, puis de l'association « Présence de Manuel Azaña », des journées Manuel Azaña sont organisées chaque année. La 3e édition de ces journées de l'association Azaña, en octobre 2008, a été marquée par la restauration de la tombe de l'ancien chef d'État. Une sculpture de l'artiste Christian André-Acquier a été placée sur la tombe devant plus de 500 personnes.
À cette occasion, Jean-Michel Baylet, président du conseil général de Tarn-et-Garonne, annonçait l'ouverture prochaine à Montauban d'un collège d'enseignement qui portera le nom, pour la première fois au monde, de « Manuel Azaña ». Cet établissement ultra-moderne et répondant aux dernières normes environnementales a donc été inauguré le 23 octobre 2009 en présence de nombreuses personnalités dont le Consul général d'Espagne[7]. En 2008, un chant, Azaña para que viva España, a vu le jour à Montauban. L'idée au départ vient de Wilfrid Garcia, petit-fils de réfugié espagnol, et la chanson verra le jour à Montauban avec la collaboration de Franck Deitos, Paco Ruiz et Elias Ruiz.

Textes d'Azaña en français[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (es) Santos Juliá, Vida y tiempo de Manuel Azaña (1880-1940), Madrid, Taurus, , 584 p. (ISBN 9788430606962)
  2. www.gle.org
  3. Arnaud Imatz, « La guerre d'Espagne et ses mémoires antagonistes », Nouvelle Revue d'Histoire, n°85 de juillet-août 2016, p. 45-50
  4. « Diario de Sesiones del Congreso de los Diputados, 3 marzo 1939 » in La España política del siglo XX, en fotografías y documentos: Tomo tercero: La Guerra Civil: 1936-1939, éd. Fernando Díaz-Plaja (Barcelone : Plaza & Janes, 1970), p. 501-503.
  5. Max Lagarrigue, Manuel Azaña et la France, Editions Arkheia, Montauban, 2007.
  6. Stanley Payne, La Guerre d’Espagne. L’histoire face à la confusion mémorielle, Le Cerf, 2010
  7. Revue de presse, journées Manuel Azaña, octobre 2009

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]