Nouveau chrétien

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L'expression de nouveau chrétien (cristiano nuevo en espagnol, cristão novo en portugais) est employée à partir du XVe siècle pour désigner les juifs et les musulmans convertis au catholicisme dans la Péninsule Ibérique. Le terme s'entend par opposition aux « vieux chrétiens », dont aucun ascendant n'est censé avoir embrassé la religion juive ou musulmane.

Sur le plan juridique, étaient considérés comme « nouveaux chrétiens » non seulement les conversos au sens strict, autrement dit les juifs et les musulmans récemment baptisés, mais aussi toute personne ayant au moins un converso parmi ses ascendants en remontant jusqu'à la quatrième génération. Avec Philippe II d'Espagne, la définition s'élargit à toute personne comptant un ancêtre juif ou musulman, à quelque époque que ce fût. Au Portugal, il fallut attendre 1772 pour que Sebastião José de Carvalho e Melo, premier marquis de Pombal, décidât de mettre fin à la distinction entre « vieux chrétiens » et « nouveaux chrétiens ».

Le terme a aussi été utilisé en France, où des Juifs venus d'Espagne se sont réfugiés au XVIe siècle et pour parler des Juifs de Provence qui se sont convertis au christianisme pour éviter leur expulsion en 1501.

Espagne[modifier | modifier le code]

En Espagne, on désignait les nouveaux baptisés sous le nom de conversos (convertis) ou, de manière infamante, de marranes[1] lorsqu'ils étaient soupçonnés de continuer à pratiquer secrètement leur religion. Le mot « marranos » signifie « porcs » en espagnol et faisait référence à l'interdiction de manger cet animal pour les pratiquants du judaïsme et de l'islam.

La distinction discriminatoire entre « vieux chrétiens » et « nouveaux chrétiens » structura les sociétés ibériques dès lors que de nombreuses institutions exigèrent, à partir de 1449, que leurs membres démontrent leur « pureté de sang » (« limpieza de sangre », en espagnol), c'est-à-dire leur qualité de « non-juifs ». La légalité de ces exigences fut reconnue par l'État espagnol, même s'il ne demanda jamais pour lui-même une telle démonstration : les décrets de pureté de sang relèvent du droit privé, ils ne furent jamais étendus comme une loi générale s'appliquant à tous les individus et toutes les institutions relevant de l'État espagnol.[réf. nécessaire]

Les nouveaux chrétiens nourrirent les rangs des Alumbrados[2] — illuminisme chrétien d'Espagne qui sera bientôt inquiété pour hérésie — et plusieurs descendant de Juifs convertis deviendront des personnalités notables du catholicisme espagnol comme Thérèse d'Avila et Jean de la Croix, parmi d'autres mystiques, ou comme Luis de León[3].

Portugal[modifier | modifier le code]

Au Portugal, l'expression cristãos novos a essentiellement désigné des juifs convertis.

La plupart des nouveaux chrétiens portugais sont d'origine castillane : environ 100 000 juifs de Castille[4] se réfugièrent au Portugal après le décret d'expulsion de 1492, venant ainsi rejoindre les Juifs déjà présents dans le pays. La proportion de Juifs dans la population était alors d'au moins 10 % puisque le royaume de Portugal ne comptait guère plus d'un million d'habitants.

Dès 1496-1497, la politique royale du Portugal dut s'aligner sur celle de l'Espagne. Le roi donna aux Juifs le choix entre le baptême ou l'exil mais la plupart furent contraints au baptême. Le nombre de conversos augmenta alors massivement au Portugal. Beaucoup se convertirent en surface mais continuèrent à pratiquer le judaïsme en secret et devinrent des marranes.

Brésil[modifier | modifier le code]

L'émigration des nouveaux chrétiens portugais est à l'origine des marranes du Nord-Est du Brésil qui, contraints au secret, ne sortirent de l'ombre que dans le courant des années 1980.[réf. nécessaire]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. "Le terme espagnol de marrano a désigné de façon infamante, à partir du XIIIème siècle, mais plus systématiquement après l’expulsion des Juifs en 1492, le Juif (et parfois l’Arabe) espagnol converti au catholicisme, cristiano nuevo", Albert Bensoussan, professeur émérite de littérature espagnole à l'Université de Haute-Bretagne à Rennes, lire en ligne http://www.lycee-chateaubriand.fr/wp-content/uploads/sites/2/2008/10/atala11Bensoussan.pdf
  2. article le Siècle d'or espagnol, in encyclopédie Larousse en ligne, 2008 article en ligne
  3. Julia Kristeva, interview à propos de son ouvrage Thérèse, mon Amour, in Le Nouvel Observateur, 22/05/08, interview en ligne
  4. Voir par exemple Cecil Roth, Histoire des Marranes, cf bibliographie

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Yves Chevalier, Inquisition, juifs et nouveaux-chrétiens au Brésil. Le Nordeste, XVIIe et XVIIIe siècle, éd. Leuven University Press, 2003; recension en ligne
  • Bartolomé Bennassar (dir.), L'Inquisition espagnole, XVIIe – XIXe siècle, éd. Hachette, coll. Pluriel/Histoire, 2001
  • Mario Javier Saban, "Judíos conversos", Buenos Aires, Sudamericana, 2007.
  • Yosef Hayim Yerushalmi, Sefardica : Essais sur l’histoire des juifs, des marranes & des nouveaux-chrétiens d’origine hispano-portugaise, éd. Chandeigne, 1998; recension en ligne
  • (en) Norman Roth, Conversos, Inquisition and the Expulsion of the Jews from Spain, éd. The University of Wisconsin Press, 1995

Articles connexes[modifier | modifier le code]