Mariage interreligieux

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Le mariage interreligieux (terme propre à l'Église catholique) ou mariage mixte est le mariage civil ou religieux entre des personnes de confessions différentes.

Les religieux sont généralement hostiles à de telles unions et les encadrent par des règles strictes, exigeant le plus souvent la conversion du conjoint « allogène ». Différentes raisons sont invoquées :

Certaines religions tiennent leurs règles sur le mariage comme émanant de Dieu. Certains groupes se voient investis d'une mission sacerdotale, avec le devoir de se maintenir en tant que groupe homogène. Par ailleurs, un mariage interreligieux peut entraîner l'affaiblissement de la foi des époux en quête d'un terrain neutre, ou l'apparition de pratiques « fausses ». Les enfants issus du mariage risquent d'échapper à la doctrine.

Sans même interdiction religieuse formelle, il peut y avoir une tendance naturelle à choisir un conjoint de sa religion. Une personne professant une foi différente est parfois considérée incompatible et non intéressante pour le mariage. Certains pensent[Qui ?] que la cohabitation de deux systèmes de croyances dans un mariage est source de différends matrimoniaux, et augmente le risque de divorce. D'autres estiment que des parents de morales religieuses différentes sont préjudiciables psychologiquement aux enfants, souvent forcés de « choisir » une religion au détriment de l'autre. Certains groupes, comme les Druzes par exemple, constituent de toute façon des communautés fermées qui n'acceptent pas de nouveaux membres, que ce soit par le mariage ou par la conversion.

Position des différentes religions[modifier | modifier le code]

Judaïsme[modifier | modifier le code]

Pour le judaïsme orthodoxe, c'est l'interdiction pure et simple, mais ce n'est pas forcément le cas dans les autres courants. Les samaritains permettent l'union à condition que le conjoint accepte leurs rites.

Les rabbins ont refusé l'assimilation culturelle dans la société chrétienne médiévale et ont choisi de sanctionner ceux qui contractaient un mariage mixte. Les défis de la société sécularisée sont d'un autre ordre puisque celles-ci prennent le modèle d'une société ouverte, où il est difficile de vivre en communautés séparées.

Pour les raisons théologiques de l'interdiction, il faut les situer par rapport à la controverse sur le statut des goyim dans le judaïsme.

Aux États-Unis, près de la moitié des Juifs vivent en mariage mixte, fait sans précédent dans l'histoire juive. [1]

Église catholique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Mariage catholique.

Une personne catéchumène allant recevoir le baptême catholique ou l'ayant déjà reçu[1], peut se marier dans une église catholique avec une personne non-baptisé si les mêmes conditions qu'un mariage catholique entre deux catholiques sont réunies[2]:

Religion Religion chrétienne Religion non-chrétienne ou sans-religion
Orthodoxe Protestante Juive, musulmane, bouddhiste, athée ou autre
Validité du baptême (si présent) Les baptêmes orthodoxes sont reconnus Certains baptêmes protestants sont valides comme ceux des Anglicans, Luthériens, Évangélistes ou Réformées Certains baptêmes protestants ne sont pas reconnus comme ceux de la Scientologie, des Témoins de Jéhovah ou des Mormons[3] Tout baptême non-chrétien comme le baptême républicain ou de tout autre dénomination et tout non-baptisé
Type de mariage « mariage mixte » entre un catholique et un baptisé chrétien reconnu[4] « mariage dispars » entre un catholique et un baptisé non-reconnu ou un non-baptisé
Mariage pouvant n'être qu'une bénédiction nuptiale ou comporter une eucharistie Il est recommandé que le mariage ne soit qu'une liturgie de la parole, appelée « bénédiction nuptiale » et ne comporte pas d’eucharistie. Au chapitre III du « Rituel romain de la célébration du mariage » on trouve des formulations adaptées aux situations particulières. La Déclaration « Nostra Ætate » du Concile Vatican II autorise la lecture de textes d'autres religions par son représentant (imam, rabbin ou autre) tant qu’ils ne remplacent pas les textes liturgiques et bibliques et ne contredisent aucune vérité chrétienne.
Qu'il soit qu'une bénédiction ou comportant une eucharistie, dans les deux cas, le mariage est sacramentel (avec la grâce de Dieu) et est indissoluble Qu'il soit qu'une bénédiction ou comportant une eucharistie, dans les deux cas, le mariage est non sacramentel (sans la grâce de Dieu), mais est tout de même indissoluble.
Demande faite à l’évêché (le défaut de forme canonique peut entrainer une nullité du mariage)  : « Dispense de religion mixte » et « dispense de forme canonique » « Dispense de religion mixte » « Dispense d’empêchement de disparité de culte » (réf. : code de droit canonique, can. 1086 §§ 1 et 2)
L'évêché peut donner la permission de célébrer le mariage dans un autre lieu qu’une église ou une chapelle catholique, comme un temple protestant, une église orthodoxe, ou dans un autre endroit convenable (can. 1118 § 2)
L'évêché peut valider le mariage célébré œcuméniquement par un pasteur ou par un célébrant orthodoxe sans la présence obligatoire d'un prêtre catholique. L'évêché peut valider le mariage célébré œcuméniquement et conjointement par un prêtre catholique avec le représentant d'une autre religion (rabbin, imam, ...) dans les formes prévues par le droit canon (can. 1108 § 1[5] ; can. 1117).
L'échange des consentements donné devant un pasteur, un imam, un rabbin ou un représentant d'une autre religion est reconnu par l'Église qui ne demandera pas une nouvelle fois l'échange des consentements. Un couple catholique/non-catholique marié religieusement dans une autre religion que l'Église catholique ne pourra plus être marié religieusement à l'Église.
Déclaration d’intention signé par les deux futurs époux s'engageant à [6]: Si le couple choisi d'échanger ses consentements à l'Église, il s'engage à ne pas les échanger une seconde fois dans une autre religion;
Les époux doivent s’engager à instruire leurs enfants de la foi chrétienne de l’une ou l’autre confession. La personne catholique : de tout faire pour que leur enfant soit élevé dans la foi catholique et si l'enfant le souhaite, être baptisé à son adolescence. En 1832, l'encyclique Summo iugiter studio du pape Grégoire XVI demanda au clergé d'empêcher le mariage si cette condition n'est pas présente;
  • La personne catholique et non-catholique doivent accepter les éléments essentiels du mariage catholique : liberté, fidélité à une unique personne, indissolubilité et ouverture à la fécondité (la fermeture à la fécondité entraine une nullité de mariage);
  • La personne catholique doit respecter la conscience de son conjoint;
  • La personne non-catholique doit respecter la foi de son conjoint;
Conditions L'une ou/et l'autre personne n'est pas unis avec quelqu'un d'autre par un mariage catholique (le mariage civil de deux non-baptisés est valide (cf. can. 1127 § 2) sauf si l'un des deux non-baptisés refuse de recevoir le baptême);
L’âge minimum est de 16 ans pour l’homme et 14 ans pour la femme (une grave immaturité psychologique entraine une nullité de mariage);
Le mariage doit être libre et non pas de convenance[7],[8], arrangé ou forcé (un défaut de consentement et/ou des troubles mentaux entrainent une nullité de mariage);
En France, l'échange des consentements mutuels est préalablement obligatoire à la mairie mais pas celui des alliances;

En principe, avoir reçu le baptême catholique ne suffit pas pour se marier religieusement, aussi le sacrement de confirmation est requis mais est dispensé si il existe « un grave inconvénient » (réf. : code de droit canonique - can 1065).

Il n'est pas obligatoire de se fiancer préalablement (voir : Fiançailles).

Un divorce ou une nullité du mariage au civil n'entraine pas automatiquement une nullité du mariage catholique.

En 2006 (version remanié en 2009), la Conférence des évêques suisses a publié une documentation dans laquelle elle dit que « l’Église catholique romaine n’encourage pas ces mariages [entre catholiques et musulmans][9] ».

Islam[modifier | modifier le code]

D'après la sourate n°2, verset n°220 (ou 221) « n’épousez point les femmes idolâtres tant qu’elles n’auront pas cru. Ne donnez point vos filles aux idolâtres tant qu’ils n’auront pas cru » et la sourate n°5, verset n°7 (ou 5) « il vous est permis d’épouser les filles des croyants », le coran autorise l'union d'un homme musulman à une femme chrétienne ou une juive, mais l'interdit avec une femme polythéiste ou irréligieuse sauf si elle se convertit à l'islam. Le mariage d'une musulmane avec un non-musulman est dans tous les cas interdit, sauf si ce dernier se convertit à l'islam.

Si un Français non-musulman se marie avec une Marocaine musulmane en France, le « certificat de coutume » n'est pas obligatoire, mais du coup, le mariage ne sera pas transcrit et n'aura aucune valeur au Maroc[10],[11]. Pour obtenir le « certificat de coutume », le non-musulman devra suivre la procédure de conversion à l'islam devant un notaire marocain (adel) en récitant les 5 piliers de l’islam dont le premier, la déclaration (chahada) « Il n'y a de Dieu que Dieu et Mohammed est son prophète »[12],[13]. La circoncision n'est pas obligatoire[14].

Le droit musulman (fiqh) établit une asymétrie entre l'Islam et les religions du Livre sur le plan matrimonial et tient, de façon inédite jusqu'alors, pour supérieure l'isogamie religieuse par rapport à l'isogamie sociale en tenant le mariage avec une esclave croyante pour supérieur à une union avec une associationniste libre[15]. Les juristes musulmans jetteront cependant le discrédit sur l'union avec des esclaves se basant sur la notion d'égalité de condition entre les conjoints (Kafâ'a) qui, bien qu'elle n'apparaisse pas dans le Coran, permet de prononcer l'annulation du mariage[16].

Bouddhisme[modifier | modifier le code]

Dans le monde bouddhiste et les religions asiatiques en général, il n'y a pas d'opposition idéologique au mariage interreligieux. Néanmoins, la participation à certains rites (culte des ancêtres p. ex.) ou l'adoption de certaines pratiques (végétarisme) peut être exigée du conjoint.

Musique sacrée[modifier | modifier le code]

Dans les temps modernes, plusieurs compositeurs ont écrit de la musique sacrée pour les mariages interreligieux. Sont inclus dans ce groupe:

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Mariage avec un non chrétien, est-ce possible ? », sur toulouse.catholique.fr (consulté le 4 novembre 2018)
  2. « Conditions du mariage catholique », sur cybercure.fr/, (consulté le 3 novembre 2018)
  3. « DIRECTIVES POUR LA RECONNAISSANCE DES BAPTÊMES », sur catholiqueottawa.ca, (consulté le 7 novembre 2018)
  4. « Les mariages mixtes », sur liturgie.catholique.fr (consulté le 4 novembre 2018)
  5. « Code Droit Canonique 1983 1073 », sur clerus.org (consulté le 8 novembre 2018)
  6. « Les mariages islamo chrétiens », sur relations-catholiques-musulmans.cef.fr, (consulté le 8 novembre 2018)
  7. « Quand on parle de mariage à l’Eglise, il faudrait cerner la force du sacrement, le distinguer d’une bénédiction d’union publiée », sur enmanquedeglise.com, (consulté le 6 novembre 2018)
  8. « Comment mieux préparer au mariage ? », sur la-croix.com, (consulté le 5 novembre 2018)
  9. « Mariage entre catholique et musulmans pour une pastorale du discernement 1ère partie aide pastorale 2 », sur groupe-islam.eveques.ch, (consulté le 7 novembre 2018)
  10. « Pour se marier, il devait se convertir », sur lefigaro.fr, (consulté le 2 novembre 2018)
  11. « Certificat de coutume », sur service-public.ma (consulté le 4 novembre 2018)
  12. « Mariage franco marocain Procédure administrative », sur mariage-franco-marocain.net, (consulté le 3 novembre 2018)
  13. « Certificat de coutume (pour mariage) », sur consulat.ma, (consulté le 4 novembre 2018)
  14. « Mariage franco marocain Procédure administrative », sur mariage-franco-marocain.net, (consulté le 3 novembre 2018)
  15. Coran, sourate 2, 221
  16. Mohammed Hocide Benkheira, article Marriage, in Mohammad Ali Amir-Moezzi (dir), Dictionnaire du Coran, éd. Robert Laffont, 2007, p. 531