Salomon ibn Gabirol

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Salomon ibn Gabirol (représentation artistique)

Salomon ibn Gabirol (héb.שלמה בן יהודה אבן גבירול, Shelomo ben Yehouda ibn Gabirol; ar.أبو أيوب سليمان بن يحيى بن جبيرول, Abou Ayyoūb Souleiman ibn Yahya ibn Jabirūl; lat. Avicebron, une corruption d'Ibn Gabirol[1]) (1020, Malaga - vers 1058, Valence) était un rabbin andalou, poète, théologien et philosophe.

Destinée curieuse de ce « poète parmi les philosophes, philosophe parmi les poètes » comme le qualifiait Heinrich Heine, dont l'œuvre philosophique influença bien plus la scolastique chrétienne que la philosophie juive, alors que ses poèmes (dont le plus célèbre, Keter Malkhout est encore chanté de nos jours à Yom Kippour) ont tant fait pour sa renommée que la grande artère du district nord (he) de Tel-Aviv, porte aujourd'hui son nom, ainsi que d'autres rues en Israël.

Biographie[modifier | modifier le code]

Salomon ibn Gabirol naît à Malaga vers 1020. Orphelin en jeune âge, il arrive à Saragosse, où son génie poétique lui vaut la protection du mécène Yekoutiel ben Isaac ibn Hassan, ministre juif du roi taïfa de Saragosse, Ahmad ibn Sulayman al-Muqtadir. Lorsque Yekoutiel meurt assassiné, victime d'intrigues politiques, Ibn Gabirol lui dédie une élégie dont la puissance ne sera égalée que pour la mort de Haï Gaon.

Peu après, il quitta Saragosse et vagabonda à travers l'Espagne. Il trouva un autre protecteur en la personne de Samuel ibn Nagrela, avec lequel il finit par se brouiller et décharger ses piques les plus ironiques.

Il mourut à Valence vers 1058-59 après des années d'errance. Ibn Yaḥya dans son Shalshelet ha-Kabbalah rapporte une légende selon laquelle il fut assassiné par un poète jaloux et enterré sous un figuier, qui donna de si bons fruits, qu'on creusa sous lui afin de déterminer les causes de cette qualité, et qu'on trouva le cadavre d'Ibn Gabirol ; le meurtrier aurait alors expié de sa vie.

Adepte de la philosophie néoplatonicienne, son œuvre la plus célèbre qui nous soit parvenue est Fons Vitae (מקור חיים Source de Vie, d'après Psaumes 36:10), écrite en arabe.

Le piyut (poème religieux) "Shachar Avakeshcha" lui est attribué. Ce poème fait partie du répertoire chanté par les juifs du Maroc et d'Afrique du Nord. Il est repris dans de nombreux rituels destinés aux juifs sépharades et est chanté lors des jours de fêtes (Yom Tov). On lui attribue également l'écriture du piyut philosophique "Keter Malkhout" qui est lu le jour de Yom Kippour.

Fons Vitae (Fontaine de Vie)[modifier | modifier le code]

Influencée par les idées néoplatoniciennes, l'œuvre est écrite sous forme d'un dialogue entre un maître et son disciple, et est divisée en cinq parties :

  • La première partie est une clarification préliminaire des notions de forme et matière universelle.
  • La seconde décrit la matière spirituelle sous-jacente aux formes corporelles.
  • La troisième démontre l'existence de substances simples.
  • La quatrième s'occupe des formes et matières de ces substances simples.
  • La cinquième discute enfin des formes et matières universelles telles qu'elles existent en elles-mêmes.

Si cette œuvre inspire, tant dans le fond que dans la forme, le très néo-platonicien Abraham ibn Ezra, Abraham ibn Dawd Halevi, en revanche, loue également le poète, mais critique vertement le philosophe, allant jusqu'à rédiger dans son Emouna Rama, une attaque en règle de toutes ses assertions, en lui reprochant, entre autres, d'avoir philosophé sans avoir tenu compte du moindre point de vue religieux.

De fait, même si l'on peut trouver de vagues similitudes entre Mekor Haïm et son plus grand poème Keter Malkhout, on est avant tout frappé par les différences de Weltanschauung : le Dieu impersonnel, aristotélicien, mécanistique du philosophe, fait place au Dieu miséricordieux, qui aime, et Se soucie de la moindre de ses créatures, qui infléchit le cours du monde et de l'histoire en fonction de Ses desseins, en agissant directement sur la fabrique même de la réalité. C'est le Dieu qui dit d'une chose « Sois » et elle est[2].

Comme Philon, qui avait contribué à introduire la philosophie grecque dans les milieux juifs d'Alexandrie, ibn Gabirol assimile la pensée gréco-arabe, et la répand en Occident. L'œuvre d'ibn Gabirol n'aura pas davantage d'influence sur ses contemporains juifs que son prédécesseur en son temps.

En revanche, tout comme le message de Philon (assez déformé au passage) avait influencé les Pères de l'Église, ibn Gabirol marqua profondément les scolastiques chrétiens, y compris Albertus Magnus et son élève, Thomas d'Aquin. C'est ironiquement par leur biais que le philosophe, dont le nom aura été déformé en Avicebron, sera connu d'Isaac et Juda Abravanel, Moïse Almosnino, et Joseph Delmedigo.

Cet ouvrage, bien que cité par plusieurs Rishonim, tomba dans l'oubli, du moins dans les milieux juifs. Comme il ne contenait pas les habituelles références aux textes fondateurs du judaïsme, à savoir le Pentateuque et le Talmud, et que, d'autre part, il était rédigé en arabe, on prit son auteur, Avicebron, (cf. supra) pour un philosophe scolastique chrétien, défenseur de saint Augustin, ou un défenseur musulman d’Aristote, et cet ouvrage, traduit en latin sous le nom de Fons Vitae par des moines franciscains, devint une importante référence pour eux, et pour le monde chrétien en général. En 1846, Salomon Munk découvre parmi les manuscrits hébreux de la Bibliothèque Nationale, Paris, l’œuvre de Shem Tov Ben Joseph Falaquera, qui, après comparaison avec un manuscrit latin du "Fons Vitae" d’Avicebron (également trouvée par Salomon Munk à la Bibliothèque nationale), s'est avéré être une collection d'extraits de l'original arabe dont le "Fons Vitae" n’était qu’une traduction. il en conclu qu’Avicebron, était en réalité le juif Ibn Gabirol.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Dans "Orient, Lit." 1846, No. 46, l'orientaliste, historien et traducteur juif, Salomon Munk, traducteur entre autres du Guide des Egarés, trouve à la Bibliothèque Nationale de Paris un texte rédigé en hébreu parmi les œuvres de Shem Tov Ben Joseph Falaquera, qui est à l'évidence traduit de l'arabe. Or, cette traduction correspond également au manuscrit latin très prisé dans les milieux chrétiens du philosophe dit musulman, Avicebron, en réalité déformation d'Ibn Gabirol --Ibn Gavirol → Even Gavirol → Avengevrol → Avencebrol → Avencebron → Avicebron
  2. Maurice-Ruben Hayoun Maïmonide ou l'Autre Moïse, éd. Agora

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Salomon Ibn Gabirol, La source de vie, livre III. De la démonstration de l’existence des substances simples. Traduction, introduction et notes de Fernand Brunner, Paris, Vrin, 1950, 192 pp.
  • La Couronne Royale de Salomon Ibn Gabirol, introduit, traduit et annoté par Paul Vulliaud, éd. Dervy 1953.
  • Fernand Brunner, Platonisme et aristotélisme. La critique d'Ibn Gabirol par Saint Thomas d'Aquin, Louvain-Paris, Publications universitaires de Louvain-Ed. Béatrice Nauwelaerts, 1965.
  • Jacques Schlanger, La philosophie de Salomon Ibn Gabirol, étude d'un néoplatonisme. Leiden, E.-J. Brill, 1968 (coll. Études sur le judaïsme médiéval, n°3.
  • Salomon Ibn Gabirol, Livre de la source de vie (Fons Vitae). Traduction, introduction et notes par Jacques Schlanger, Paris, Aubier Montaigne, 1970, 328 pp, (coll. Bibliothèque philosophique).
  • Shelomoh Ibn Gabirol, Fons Vitae, Meqor hayyîn. Edizione critica e traduzione dell’Epitome ebraica dell’opera, a cura di Roberto Gatti, Genova, Il melangolo, 2001, 336 pp. (coll. Testi e studi di filosofia ebraica medioevale).
  • Mickaël Vérité, Saint Thomas d’Aquin lecteur du Liber Fontis Vitae d’Avicébron, pp. 443-448, dans la Revue des Sciences Philosophiques et Théologiques, n°86, Paris, Vrin, 2002.

Liens externes[modifier | modifier le code]